‹ Traité de l'exploitation des mines de houille; ou, Exposition comparative des méthodes employées en Belgique, en France, en Allemagne et en Angleterre, pour l'arrachement et l'extraction des minéraux combustibles; (volume 3)Chapitre 87 sur 193 · Renversement du courant d^air · texte numérisé non relu

Renversement du courant d^air

Immédiatement après une explosion, les produits de la combustion formés sous Tinfluence d'une haute tem* pérature, fortement dilatés et tendant è occuper un grand espace, arrêtent momentanément la marche du courant d*air; puis , après quelques oscillations , sortent avec lui par les voies de retour de Pair. Mais si le champ de rexplosion est considérable, si les issues de sortie ne sont pas suffisantes pour l'évacuation de la masse gazeuse; si la distance à parcourir est beaucoup plus grande dans ce sens que dans le sens opposé ; si , enfin , les résistances sont fort grandes, le^ gaz brûlés refouleront le courant sur lui-mféme et feront irruption par les voies d'entrée de Tair comme plus courtes et comme cédant plus facilement à la force d'expansion qui anime la masse des gaz. Le courant ventilateur pourra reprendre sa direction primitive ou persister dans sa marche renversée ; quoi qu'il en soit , cette circonstance , heureusement fort rare , peut avoir les suiles les plus funestes pour les . mines où le moteur d'aérage est un foyer d'appel ordinaire, parce que lair, revenant sur ses pas chaîné d'hydrogène protocarboné, passe sur la flamme , où il peut déterminer une seconde explosion quelquefois plus désastreuse que la première. Cet accident ne peut arriver si le foyer n'a avec la mine d'autre communication qu'une cheminée inclinée pour le dégagement des produits de la combustion. Le seul moyen de prévenir le renversement du cou-

EXPLOSIONS DE GRrSOU. 301

rant est de donner aux galeries de retour et aux puas de sortie une section telle que les gaz trouvent un débouché suffisant , et que, par conséquent , elle soit au moins aussi grande que la section des voies d'entrée , contrairement à ce qui se fait en beaucoup de localités. On a vu ci-dessus qu'une bonne ventilation exigerait même davantage, puisque le courant sortant acquiert un volume plus considérable que celui qu'il possédait au moment de son entrée dans la mine.

364. Influence des saisons et des heures de la journée sur les explosions.

On croit généralement que lés coups de feu sont plus fréquents au printemps et en été que pendant les autres saisons de Tannée , soit que la ventilation naturelle, ou activée par un moteur quelconque, se ralentisse pendant la la saison la plus chaude de l'année ; soit que la températore plus douce du printemps vienne, au sortir de l'hiver, surprendre le mineur dans un moment où il croit pouvoir encore se relâcher d'une partie des nombreuses précautions qu'exige l'aérage d'une mine à grisou.

Cette opinion est évidemment fondée , quoique singulièrement compromise, par l'examen du tableau des accidents de cette espèce arrivés au Couchant de Mons pendant les 24 années comprises entre le 1"*'. janvier 1818 et le 31 décembre 1841. En effet, les 48 explosions qui ont eu lieu pendant cette période , se répartissent , pour chaque saison , de la manière suivante :

hivers ,

10 explosions.

printemps ,

étés.

automnes ,

Dans les vingt-quatre \ 4» \ ^

Les 94 périodes d*été ne sarpassent celles d*hiver que de trois explosions ; les automnes ont été plus malheureux que la saison la plus chaude , et pendant le mois de décembre , ordinairement fort rigoureux , on eompte sept oplosions , e'est-à-dire la moitié de toutes cdles que eom* portent les périodes d'automne. Si l'on divise fannée en deux parties ; l'une , comprenant l'hiver et Tautomna f l'autre, le printemps et Tété, on trouve que le nombre d'accidents est le même pour chacune d'elles.

Il en est à peu près de même dans les mines du nord de TAngleterre, où les explosions survenues de i 743 jusqu'en 1849 , c'est-à-dire pendant une période de 107 ans, peuvent se classer comme suit :

Janvier

Hiror»

S5 explosions.

Février

Mars .

' Avril .

Printemps ,

Mai. .

^ Jain .

Maillet . ,

Total, 2i9 explosiotts

Étë,

Août .

Septembre.

' Octobre

Automne ,

Novembre ^ Décembre

Cet accroissement des accidents pendant l'été et l'automne, si concordant en Belgique et en Angleterre, offre une anomalie facile à expliquer par le mouvement di| çoip* merce de la houille. Les produits de ces mines, étant ^n grande partie Tobjet d'expéditions lointaines , sont transportés à rétranger de juillet en décembre, période pendant laquelle Factivité des travaux d'arrachement s'accroit à mesure que Ton s'avance de Fépoque où ils devront se ralentir. De là des espaces eicavés plus grands, des surfaces

ék bMflle plu3 élendtttis miae$ à nu « aeeompagnées ordi- PMeneol i» Dombreuses n^ligânces relatives à raérage. D*où Ton peut conclure que , dans les bassins houillers «ooQiis à un pareil mouvement commercial , on peul regwfdfir cûomie dangereuse l'opinion trop exclusive, quoique fiMdée, de rinfluenee des saisons sur les coups de feu , parae qq'alors le miaeiif croit pouvoir se soustraire à cefiaiBm préoaiuioos ou moment même où elles sont

On observe que ^aqeoup d'explosions arrivées pendant rhiver ont lieu lorsque le dégel succède à une température Irée^froiije. Il est à supposer alors que le gaz inflammable, maintenu par le poids de Tatmosphère dans les ancieps travaux ou dans des vides laissés au milieu de remblais real exécutés, se répand subitement dans les excavations où oireulent les ouvriers au moment où , en vertu d'une température plus douce , la pression barométrique diminue d'énergie.

Les instants de la journée les plus dangereux sont ceux où les ouvriers rentrent dans la mine momentanément abandonnée ; soit que le travail ait été interrompu par la nuit , par la solennité du dimanche ou des jours de fête , soit qu'il l'ait été pendant les courts instants compris entre le dépprt d'un poste ^c mineurs et l'arrivée de l'autre poste destifté a lui succ^er. Pendapt ces interruptions , si souvent fatales I la diffusion des gaz cesse probablement d'être activé^ par la circulation des ouvriers dans les galeries; la lamndre négligence du poste qui se retire peut contribuer à reniplir immédiatement de gaz explosif les cavités où la cîronlatiQn de l'air vieni h cesser , comme , par exemple , Vo^bli de fermer une porte , erreur qui serait immédiatement péparée si les travaux étaient en activité. C'est à la ^te d*uii rideau en toile , qui forçait l'air à pénétrer dans

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une gdierie descendante, que doit être attiilHiée In eause de l'explosion survenue à la nûne de l'Espérance , à Seraîng ( 22 juin 1838 ) , près de Liège.

Pour se mettre en garde contre ees eauses d'acdd^it , il suffit de faire précéder chaque poste d'un ouvrier inteU ligent et prudent dont la mission soit d*«ipIorer toutes les galeries où doivent circuler les mineurs avant de permetlre à aucun d'eux d'y pénétrer pour se mettre à l'ouvrage.

36&I. Double cause des explosions.

Toute explosion est produite essentiellement par deux causes fort distinctes l'une de l'autre :

1*". L'accumulation du gaz hydrogène protocarboné dans une partie de la mine , accumulaUon dont l'origine est exclusivement due (excepté dans le cas d'un dégageaient subit de gaz inflammable) à l'insuffisance du moteur d'aérage , à la mauvaise direction ou a la mauvaise distribution du courant ventilateur.

2"". La mise à feu de ce gaz , soit par la flamme d*un coup de mine , ou d'une lampe de sùrelé dans laquelle des défauts accidentels ôtent à l'enveloppe son caractère isolant et préservatif ; soit enfin par l'imprudence des ouvriers , lorsque la passion de fumer ou tout autre motif les engage à ouvrir leurs lampes , à en aspirer la flamme au dehors , ou à se procurer les moyens de produire du feu dans la mine.

Comme il importe de connaître toutes les causes effi*» cientes de ces accidents , afin d'y porter les remèdes que peut suggérer la prudence et s'en garantir i l'avenir , on devra , en se livrant à ces recherches , s'attacher à eonnaître , non-seulement les causes de la mise h feu « mais encore et surtout les motifs pour lesquels le gaz n'a pas été noyé dans une quantité suffisante d'air atmosphérique.

Ces motifs peuvent se rapporter aussi bien à rinsuflfisanee du moteur d'aérage qu'à une mauvaise direction du courant ventilateur et à une porte essentielle laissée ouverte ; elles peuvent avoir pour cause un dégagement subit de gaz que le courant ne peut expulser immédiatement et auquel nulle disposition connue ne peut mettre obstacle; mais cet accident , heureusement fort rare , avertit tou« tefoia Texploitant de redoubler de prudence dans remploi et la surveillance des appareils d'éclairage. Malheureuse* ment , on n'agit pas toujours ainsi; souvent, lorsqu'on s'est assuré que l'explosion a eu pour cause déterminante les effets d'un coup de mine par exemple ; dès qu'on a trouvé dans le rayon du désastre une lampe trouée ou en mauvais état, on se borne è constater ce fait, en négligeant la circonstance principale, la plus impor* Cante, les motifs de la non-expulsion du grisou. L'administration gouvernementale des mines, mieux éclairée, établit quelquefois la double cause de l'accident ; mais les importants rapports qui en résultent vont s'ensevelir dans les cartons ministériels, où ils deviennent inutiles; tandis que leur publication accompagnée de plans , lorsque la clarté l'exige, fournissant aux directeurs des exemples d'explosions provenant de dispositions défectueuses, analogues à celles dont peut-être ils font usage et qu'ils considèrent comme convenables , leur démontrerait la nécessité de modifier leurs travaux.

Les coups de feu sont souvent aUribués aux malheureux mineurs, qui en sont presque toujours les victimes. Mais qu'on veuille réfléchir que, s'il est impossible de mettre le feu à un magasin à poudre lorsqu'il ne contient pas ce produit fulminant, de même aussi l'imprudence des ouvriers sera sans danger si tous les travaux sont bien disposés et constamment balayés par un courant d'air

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