Voyez page
Dans cet exemple on module de sol mineur à son relatif si V majeur; on ôte au sentiment non-seulement le ton et le mode auxquels il est habitué, mais encore on le menace de lui imposer une gamme, celle de si \, avec laquelle celle du rhythme précédent n'a aucune affinité. L'accord de sixle augmentée, sol V, si k, ré b, mi \, à la 5e mesure est composé des mêmes touches qui forment l'accord de septième de dominante de si% qui naturellement se résout sur fa %, si \, ré %, tandis que l'accord sol V, si \>, ré k, mi \ nous jette en si V, c'est-à-dire un demi-ton plus bas. (Voyez page 111.)
Comment le sentiment ne serait-il pas étonné par des évolutions si brusques et si hardies ? Ces passages produisent sur lui le même effet que produirait sur notre corps son brusque déplacement de la Sicile en Sibérie.
Les notes formant des intervalles augmentés ou diminués, quoique ayant place normalement dans le mode mineur, prennent néanmoins de l'accent si elles ont une grande durée. Ainsi les secondes, les quintes, les sixtes augmentées; les tierces, les quartes et les septièmes diminuées doivent être accentuées. Il en est de même de la quarte majeur fa si et de la quinte mineure si fa, quoique ces deux intervalles aussi se trouvent normalement dans le mode majeur et mineur'. Exemples :
Casta diva , Norma.
F^^ggl^^S
jte
Sixte augmentée. Tierce diminuée. Quinte mineure. Quarte majeure.
Quarte Tierce maj. dlmin.
NlEDERMEYER. Le LdC.
Tierce dlm. :mi b-dojj. S«andeinrn. rdo|-*i^,
Eg=ff=Sff
Que le brait des ra- meurs qui frap - paient
oa - den - oe Tes flots
liai- - l-o -ni - eux.
1. L'explication de ce fait est des plus simples : il n'y a qu'une seule quarte augmentée, qu'une seule quinte diminuée dans la gamme majeure. Donc, ces intervalles, arrivant plus rarement, nous impressionnent davantage. Les 2 termes de ces intervalles sont le type des i et des h si est le modèle des jL/a est celui des [?.
Rossini. Guillaume Tell.
ffihN-ffigffi^- i * ' -I- ^*N#NigfMi
Tierce dip fa\>-réfi
Schubert. Sérénade.
Niedermeyer. Marie Stuart.
T Tierce dira.
do? -la h.
ËfefeS
Quarte diminuée.
gai
itiS
7e dim. : si \}-do fy.
Si les notes chromatiques, si les intervalles diminués et augmentés, quoique normaux dans la gamme mineure , sont énergiques, à plus forte raison doit-on donner de l'accent aux passages enharmoniques. On dirait, dans ce cas , que la voix épuise toutes ses forces pour se cramponner à la tonalité qui lui échappe. (Voyez Victor Massé, air de Pygmalion.)
Mercadante.
te—-» Tfc
Enharmonie.
Enharmonie.
FFF^p^f
Et ex Pa - tre na - tum an • te om-ni - a saa - cu-la, De - um de De - o, Lu - men de
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Beethoven. Adagio de la Sonate pathétique.
Si y pour do k.
Jï/ï H pour /a k.
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Dans ce passage, un des plus grandioses, des plus sublimes que nous connaissions, Beethoven module enharmoniquement de la gamme la plus douce à la plus énergique que puisse offrir le système de tempérament du piano : de la \> mineur en mi majeur. Evidemment entre mi majeur et la (? il n'y a, en apparence, aucune corrélation, aucune affinité. Mais mi est rendu par la même touche que fa V; or, fa (? est la sous-sensible mineure, c'està-dire modale mineure de la \>, et la modulation à la sous-sensible mineure est très-fréquente, quoique la nouvelle gamme, celle dans laquelle on module, ait 4 \> de plus, ou 4 jf de moins que la gamme quittée. Elle est possible, parce que les deux principales notes {tonique et dominante) de la nouvelle gamme sont modales mineures dans la précédente1.
1. Voyez nos Exercices de piano (page 73), chapitre des Modulations.
§ 4. Exceptions harmoniques.
Pour comprendre ce paragraphe il est indispensable d'avoir quelques notions d'harmonie. Nous engageons donc nos lecteurs à lire, dans nos Exercices de piano, le chapitre de la gamme harmonique (page 49), dont nous allons donner un court résumé.
On appelle gamme harmonique les notes d'une gamme majeure ou mineure superposées par tierce. Exemples: gamme harmonique de do majeur: do, mi, sol, si, ré, fa, la, do; gamme harmonique de do mineur: do, mi v., sol , si, ré, fa, la b , do. La gamme harmonique est excessivement utile pour trouver les accords qui sont employés dans telle ou telle gamme ou ton. Ainsi, quand un morceau est en do majeur, les accords presque exclusivement employés sont, do, mi, sol; sol, si, ré, fa; fa, la, do, ou fa, la, ré. Quand le morceau est en la mineur, les accords le plus souvent employés sont : la, do, mi; mi, sol jf, si, ré; ré, fa, la; ou ré, fa, si. On voit que la gamme harmonique fournit directement, on partant de la tonique grave, tous les accords les plus fréquemment employés.
Prenez de la gamme harmonique les trois premières notes; elles forment l'accord parfait, le premier et principal accord de la gamme; c'est lui qui termine le morceau et apporte à l'oreille le sentiment d'un repos complet, parfait.
En prenant la troisième ou dernière note du 1er accord comme base fondamentale, et en y ajoutant les 3 notes harmoniques qui suivent, on a sol, si, ré, fa, l'accord de 7e de dominante, le 2e en importance. Cet accord a 4 notes et, sauf de très-rares exceptions, c'est lui qui est Y avant-dernier accord du morceau. Il pénètre l'oreille du besoin d'entendre le 1er accord; car, étant dissonant, il ne peut lui apporter le sentiment du repos final complet. Une foule de morceaux ne sont accompagnés que par ces deux accords. En prenant la 4e ou dernière note du 2e accord comme fondamentale et en y ajoutant les 2 dernières notes de la gamme harmonique, on obtient fa, la, ut, accord de la sous- dominante, le 3e en importance. Enfin, outre ces trois accords, on rencontre très-souvent le ieT renversement de l'accord de quinte de la sous-médianle. Exemples : en do majeur, fa, la, ré, 1er renversement de ré, fa, la; en la mineur, ré, fa, si. Observons qu'on trouve ce 4e accord en substituant à la dernière note du 3e accord la note diatonique supérieure. Ainsi, dans la gamme de do, le do du 3fi accord, fa, la, do, est remplacé par 1ère, qui, avec les deux premières notes du 3e accord, forme le 4e, fa, la, ré; dans la gamme de ré, le ré est remplacé par mi; dans celle de mi, le mi par fa #, etc.
Pour le ton de ré, les 4 principaux accords sont : 1er accord, ré, fa \,la; 2e accord, la, ut %, mi, sol; 3e accord, sol, si, ré; 4e accord, sol, si, mi. Pour le ton de mi: mi, sol $, si, accord parfait; si, ré%, fa #, la, 2e accord; la, ut%, mi, 3e accord; la, ut #, fa%, 4e accord. Il en est de même pour toutes les autres gammes.
Ces quatre accords sont presque les seuls qu'on emploie, dans les compositions simples, élémentaires , soit à l'état direct, soit renversés, aussi bien pour le mode majeur que pour le mode mineur. Ce sont aussi les seuls accords qui n'amènent pas l' accent pathétique. Tous les autres, surtout s'ils ont une grande durée, demandent de la force. Il n'en peut être . autrement. Ces accords renfermant des notes étrangères à la gamme dans laquelle le commencement de l'air se trouve, jouent un rôle plus important dans une autre gamme, ils tendent à déplacer la tonique.
Donc, tout accord qiri renferme des accidents, #, b ou tf n'appartenant pas à la gamme dans laquelle l'air se trouve, est fort1.
Nous allons passer en revue les accords contenant des notes chromatiques et qui prennent l'accent.
Accord de 7e de sous-médiante avec double altération.
Le 4e accord dont nous venons de parler se présente assez fréquemment avec une ou deux altérations. Exemples: fa, la, ré%, ou fa%, la, do, rè\, au lieu de fa, la, ré. De plus, cet accord conserve très-souvent la note aiguë du 3e accord, ce qui en fait un accord de 7e de sous-médiante. Dans ce cas, il prend une force très-grande, surtout si les notes ont une longue durée2.
Beethoven, Op. 26; 4e variation, mesure 1S6.
Selon nous, le 1er accord de cet exemple est mal écrit : il faudrait si \ au lieu de do ?. On nous objectera que do V ou si fa produisent le même son, par conséquent la manière d'écrire importe peu. C'est une erreur! En théorie comme en pratique, un si \ joue un tout autre rôle qu'un do 7; sa résolution est toute différente. Que dirait-on si on écrivait la gamme de rév mineur avec la V, la\ au lieu de: la V, si W; que dirait-on si on écrivait le mot père avec ei? Cependant la prononciation est la même dans les deux cas.
Lysberg. Op. 87.
ËE:
:sfc
9&*F=^fEE^t=EE^
Cet exemple renferme deux fois le 4e accord altéré.
1. H est nécessaire de connaître si les accidents qu'on rencontre sont chromatiques, c'est-à-dire étrangers à la gamme dans laquelle la période se trouve, ou s'ils sont seulement le résultat d'une armure défectueuse. A ce point de vue l'armure a une importance très-grande, et les compositeurs ont tort de la négliger. Répétons ce que nous avons dit page 28 de nos Exercices de -piano: « Toutes les fois qu'on change de ton et qu'une période d'une certaine étendue se trouve dans une autre gamme que celle indiquée par l'armure primitive; on devrait aussi changer celle-ci, et mettre l'armure de la gamme dans laquelle la phrase se trouve effectivement. — Par exemple, dans l'ouverture de Zampa écrite en ré, avec deux jf, se trouve la Prière qui est en si p. L'auteur, conservant pour ces 16 mesures l'armure de ré, est forcé d'employer une centaine de t| et de (?. Pas un seul accident ne serait nécessaire avec l'armure effective de si p.» — Évidemment dans des cas pareils les accords précédés d'accidents n'exigent pas de force.
2. Remarquez surtout que les notes altérées sont la seconde et la quarte de la gamme diatonique, en do, ré | et fa £
L'accord de 7e de sous-médiante avec double altération est surtout fort quand, avec une grande valeur, il tombe sur Favant-dernière note d'un rhythme féminin.
Beethoven. Op. 26.
g^sigÈE^^a|fe^^^^ig-|^i
mxm^k^^
ga
Beethoven. Op. 27.
A-fr-m — E
F£FT=f
fefe'=œ
Qfcfcfczâ
a^^ipj
Accord de la 7e diminuée.
Cet accord a pour base ou note fondamentale la 7e note (la sensible de la gamme mineure), i à laquelle on superpose les trois notes harmoniques suivantes. Exemples : accord de la 7e diminuée de do mineur: si \, ré, fa, la v\ de la mineur: sol $, si, ré, fa \. Le nom de 7e diminuée lui vient de l'intervalle que forme la note grave avec la note aiguë. Exemples : sila V; sol %-fa \, 7es diminuées.
Mozart. Sonate en fa.
Sfc™,-#^»
^S^B^ai
P^JU J jl jOl^^^^^P^^B»
A la vérité, l'accord sol %, si, fa \ est un accord de 7e de sous-médiante de ré, avec double altération, et non un accord de 7e diminuée de la mineur, car il faudrait mi £ et non fa 1} pour la résolution la, ré, fa%. La même observation s'applique au 1er accord de la 55 mesure suivante.
Beethoven. Op. 26.
fe£
1 ' ' T ^ "5 — ^=trF^Ft:-| r
=fci-»:
àlilâlél *èrk vâ^l
F. Kuhlau. Menuet.
(Voyez les 4 premières mesures de la Sonate pathétique.)
Accord de 7e de la sous-médiante mineure.
Cet accord a pour base ou fondamentale la 2e note (sous-médiante de la gamme mineure), à laquelle on superpose les trois notes harmoniques qui la suivent. Exemples : accord de 7e de la sous-médiante de do mineur: ré, fa, la ]p, do; de la mineur: si, ré, fa \, la.
Donizetti. Favorite.