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CHAPITRE IX

NOTICE snn LES MACHINES A AIR CHAUD.

Pour se former une idée générale de la manière dont agit un gaz dilatable employé à produire de la force motrice, on peut imaginer deux cylindres de volumes différents dans le rapport de la dilatation du gaz pendant qu'il s'écoule de l'un à l’autre. Supposons, par exemple, que le gaz double son volume et que des pistons aient, l’un 1000 centimètres cernés de surface, et l’autre 2000. Pour plus de simplicité, admettons que ces pistons ont la même course et sont liés entre eux par des tiges , de manière à ne se mouvoir qu’en conservant la même distance respective et en agissant l’un sur l’autre. Supposons en outre que la pression soit établie en même temps dans les deux cylindres par de l’eau comprimée dans le conduit qui les réunit : le refoulement de cette eau remplaçant pour le moment la dilatation dont il sera ensuite question. L’eau étant refoulée de la sorte dans le tuyau intermédiaire, exercera partout des pressions égales , et si cette pression est d’une atmosphère, chaque centimètre supportera un kilogramme. Or, un des pistons n'a que 1000 centimètres carrés de surface, tandis que l’autre en a 2000 : celui-ci entraînera donc le premier avec la force relative à l'excédant de sa surface ou de la somme des pressions qu’il éprouve , c’est-à-dire avec 1000 kilogr. Il y aura donc une force et un mouvement produits par la cause extérieure qui a occasionné en même temps l'augmentation de volume ou le gonflement de l'eau dans les deux cylindres. Si la pression intérieure était de cinq atmosphères au lieu d’une , il en résulterait que l’une supportera un effort de .">000 kilogr. et l’autre de 10 000 kilogr. ; la différence 5000 kilogr. sera l’effort réellement exercé par l’appareil. Par conséquent, les mêmes pistons qui, avec une pression d’une atmosphère, n’étaient capables de soulever, par exemple, que 1000 kilogr., se trouvent en état d’entraîner 5000, par cela seul que la pression intérieure est changée. Ce fait est à remarquer pour le moment, parce que plus tard il montrera l’avantage de faire fonctionner les machines à air chaud à une pression élevée. 11 ne fait que rappeler ce qui se passe dans la presse

hydraulique, et, à bien dire, dans tous les appareils à pression intérieure exercée soit par des liquides , soit par des gaz.

Mais si l'augmentation de volume est produite par une cause physique au lieu de l'être par une impulsion mécanique, le développement de force n’en aura pas moins lieu. Ainsi, en supposant que dans un appareil disposé comme on l'a expliqué, tout soit plein d’air au lieu de l'être d'eau, et qu'une action naturelle telle que celle de la chaleur vienne augmenter la pression en cherchant à faire occuper un volume double , eet air ainsi dilaté pressera de toutes pris également et produira sur les deux pistons inégaux la différence d’effort dont il vient d'être question. Il en est de même dans la machine à vapeur : entre la pompe alimentaire et le piston à vapeur se trouve la chaudière , qui change énormément le volume en transformant l'eau en gaz. La pression qui en résulte est la même sur les deux pistons, et la grande différence de leur surface est la cause de la force produite. Pour que tout soit en rapport, cette différence (si les courses sont égales) est en raison delà dilatation éprouvée par l'eau en se transformant en vapeur pendant qu'elle se rend de l’un des cylindres à l’autre. Ainsi , dans le cas où l’eau est chauffée à 100", le volume de sa vapeur est 1700 fois aussi grand ; le piston de la pompe foulante n’aurait alors en surface que le xtVî c*Ue du P'9l°n moteur, et la force exercée par chacun d’eux serait dans le rapport de 1 à 1700.

Puisque l'air est dilatable, il produit aussi de la force lorsqu'il est placé en position d’agir, comme on vient de l’expliquer; seulement il ne le fait pas dans le même rapport que l’eau , parce que sa dilatation est très-petite relativement aux températures. Ainsi son accroissement de volume est uniforme et n’est que de Pour chaque degré centigrade s il faut donc élever sa température de 270° pour doubler son volume, de sorte que s’il est pris à 20", il faut le porter à 290" pour n’obtenir que ce résultat. Par conséquent, pour l’employer à cette température dans une machine disposée comme on l’a détaillé plus haut, il faudra théoriquement que les deux pistons soient dans le rapport de 1 à 2. .Mais comme en pratique le refroidissement et beaucoup de causes exercent des influences nuisibles, il faut que la surface du petit piston soit les | de celle du grand , et il ne reste pour l’effet utile de l’appareil que le tiers de la force réellement produite , tandis que dans la machine à vapeur ce ne serait que si la pompe alimentaire n'était pas plus forte qu’il ne faut pour parer à différentes éventualités. Aussi on ne mentionne pas, d’habitude, le travail de servitude absorbé par cette pompe , parce qu’il

est aussi peu nuisible qu'il l’est dans un grand rapport avec la machine à air.

L’air employé comme la vapeur à haute pression produirait plus d’efTet dynamique que l’eau à égalité de chaleur absorbée, à cause de son peu de capacité calorifique, il offrirait donc de grands avantages, mais il est très-difficile à échauffer, en ce qu'étant par lui-même très-mauvais conducteur , il ce s’empare du calorique qu’à cause de sa transparence et surtout de son mouvement en contact de surfaces chauffées, il en résulte que ces dernières sont nécessairement portées à des températures très-hautes et nuisibles à la durée des métaux employés. Aussi dans le cas où l’appareil à air chaud serait borné à fonctionner comme celui à vapeur, c’est-à-dire à échauffer l’air pour le rejeter après avoir terminé son action sur le piston , il ne produirait pas autant d’effet utile , puisqu’aux difficultés physiques s’ajouterait la perte de plus des deux tiers de la force produite, employés pour l'usage de la machine : ce qui, joint au peu de dilatation , entraînerait à des cylindres de dimensions gigantesques. On n'a donc songé à utiliser l’air échauffé qu'en se servant d'autres procédés, dont les caractères distinctifs sont de récupérer une parti.»de la chaleur à la sortie de l'air pour la restituer à la rentrée dans l'appareil, ou d’obtenir les dilatations et les contractions en se servant du même air exposé alternativement à des surfaces froides ou chaudes et sans employer d’appareil alimentaire.

Depuis que les machines à air chaud ont excité l’intérêt par les résultats annoncés en Amérique lors des expériences de M. Ericsson , on a recherché les différents essais antérieurs , et plusieurs inventeurs sont venus réclamer la priorité de quelques-unes des idées mises en pratique. Sans entrer dans des comparaisons de dates des diverses inventions , je vais donner une idée des appareils dont il m’a été possible de connaître les détails, et je commencerai par celui de M. Ericsson, parce que j'ai été à même de l’examiner avec soin avec MM. Guiesse et Vilain , ingénieurs de la marine , envoyés comme moi par le ministre pour faire des expériences sur la machine déposée au Havre chez M. Mazeline.

Cette machine est formée de deux cylindreB placés l'un au-dessus de l'autre; le plus bas est échauffé par-dessous, eta lm,52 de diamètre ; son piston est lié par quatre tiges à celui du cylindre supérieur dont le diamètre est de 1",24 ; de sorte que sa surface est les ’ de celle du premier, tandis que les courses sont égales. Le piston travailleur, c’est-à-dire le plus grand a sa partie supérieure à l’air libre , il est très-épais et rempli

de plâtre pour diminuer les pertes de chaleur et l'évaporation des graisses employées à lubréüer la garniture placée à sa partie supérieure. Le fond et le bas du contour de ce cylindre, placés au-dessus du foyer, se trouvent recevoir une chaleur intense : il est établi sur une grande caisse en tôle servant de récipient à l'air refoulé à une pression convenable avant de marcher. Le cylindre supérieur est aussi à simple effet, mais il est ouvert par le bas et refoule ou aspire l’air par le haut, qui est fermé et muni de deux soupapes s'ouvrant en sens contraire. Ce cylindre joue le rôle de pompe alimentaire, et outre les deux soupapes nécessaires à son fonctionnement , il en a une troisième s’ouvrant par le mouvement de la machine pour laisser un passage plus facile à l’air aspiré dans la pompe.

L’air froid refoulé parcourt un tuyau qui le conduit à la botte où se trouve le paquet de toiles métalliques, dont il sera plus tard question, et se rend par un autre conduit dans le réservoir inférieur. C’est dans ce dernier qu’est établi le foyer dont le carneau s’élève jusqu’à environ la moitié de la hauteur du cylindre pour échauffer le plus de surface possible. La botte des toiles métalliques à deux soupapes correspondant à des compartiments séparés ; l’une sert à l’introduction de l’air dans le cylindre, l'autre à son évacuation ; elles sont toutes deux manœuvrées par des cames placées sur l’arbre; sur le côté de la boîte opposé à l’arrivée de l’air, est l'orilice d'évacuation avec son papillon pour le fermer et tout arrêter. Les toiles métalliques sont formées de fils de fer entrelacés, laissant entre eux des espaces vides plus grands que la somme des pleins : ces grillages, à mailles carrées, sont placés au hasard et forment un paquet d’environ 0“,20 d'épaisseur, à travers lequel le passage paraît très-difficile. Elles sont placées devant les orifices de manière à ce que l'air soit forcé de les traverser en entrant dans le cylindre comme en sortant.

D’après ce qui vient d’être dit, voici quel est le jeu de la machine : Supposons les pistons au sommet de leur course, l’air, suffisamment échauffé par le foyer, et comprimé au point voulu dans le réservoir inférieur par une pompe foulante , les deux pistons produiront des elTorts différents, et en raison de leur surface. Si alors on ouvre la soupape d’évacuation, l'air s'échappera à travers les toiles en les échauffant, et le grand piston descendra par son poids, entraînant le piston de la pompe alimentaire (nous appellerons ainsi le petit cylindre supérieur), qui se remplit d’air par ses soupapes. Arrivée au bas de sa course , la soupape d'évacuation se fermo , celle d’admission s’ouvre et laisse affluer l'air froid du réservoir et de la pompe alimentaire; cet air traverse les toiles et reprend

la ohaleur laissée lors de sa sortie de celui du grand cylindre, et se dilate en allant d'un piston à l'autre. Ce courant dure tant que la soupape d’admissiou est ouverte, et fait monter les pistons, parce qu'en passant dans leB toiles l’air s’est échaufTé et a éprouvé cette augmentation de volume dont j'ai d’abord parlé, et qui est la source de la force. Si rien n’était perdu, et qu’il n’y eût pas de frottement, cette disposition ferait croire à une Borte de mouvement perpétuel : mais tout se refroidit, et o’est pour réparer les pertes de cette nature que le fond et les côtés du cylindre sont chauffés par le foyer contenu dans le réservoir. I.a pression exercée dans ce dernier et dans tout l’appareil n’était portée qu’à une atmosphère , ce qui mettait la machine dans le premier cas cité , et lui faisait avoir de très-grandes dimensions relativement à son peu de puissance. Elle avait été annoncée comme devant produire 10 chevaux, mais elle n’en a donné au maximum que 3,27 de 75 kilogrammètres mesurés avec le frein de Prony, en brûlant au moins 3", 53 de coke. Ces résultats médiocres ont été en partie attribués au mauvais état de l’appareil et aux fuites de son réservoir et de son piston plutôt qu'au système qui , grâce a l’effet des toiles métalliques, est de nature à présenter une économie considérable.

Les toiles métalliques agissent d’une manière très-remarquable : elles prennent et rendent la chaleur avec une rapidité étonnante. Ainsi l’air qui sortait du cylindre avec une température moyenne de 497 k 850“ n’en avait que 119 à 109“ en quittant les toiles; et comme l’air ambiant était à peu près à 30°, il en résulte que la chaleur non absorbée par les toiles n’était guère que de 89 à 75°. En rentrant dans le cylindre sous la pression de la pompe alimentaire, l’air intérieur reprenait toute cette chaleur, puisque la température des toiles ne changeait plus au bout de quelque temps : il en résultait que presque toute la chaleur de l’air contenue dans le cylindre était prise au passage et rendue 45 fois par minute , et cela sans produire le moindre obstacle à l’écoulement dans les toiles, comme la constataient les courbes d’indicateur prises sur les deux cylindres. Ce dernier fait est d autant plus remarquable, que les toiles de l'appareil expérimenté étaient loin d’être bien disposées relativement aux orifices d’entrée ou de sortie, et qu’une grande partie de leur surface était inutile. En outre, le fer a très-peu de capacité calorifique ; quoique bon conducteur, il ne laisse pas pénétrer ou sortir instantanément la chaleur; aussi, quoique 1 air ait très-peu de chaleur spécifique , il n’en est pas moins étonnant qu’il abandonne ou prenne aussi complètement la chaleur, et qu’il l’opère aussi rapidement.

L’emploi des toiles métalliques pour récunérer 1» i revendiqué par plusieurs inventeurs ; elles n’ont ï

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<■ Extrait de divrn journaux él rangers. "

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non conductrice, repoussent l’air du bout de chaque cylindre à l’autre, et comme l'une des extrémités de ce dernier est tenue chaude, tandis que l’autre est froide, l'air éprouve des dilatations ou des contractions, et le mouvement alternatif des deux pistons fait que, lorsque l’air d’un cylindre est échauffé, l’autre est refroidi. Le piston moteur, placé au milieu et soumis à ces alternatives de la pression augmentée par la chaleur ou diminuée par le froid, fonctionne comme celui d’une machine ordinaire. Le même air agit toujours dans cet appareil, et son effet est d’autant plus énergique que sa pression est plus élevée; une pompe lui donne dans le principe et maintient ensuite la tension nécessaire. Si l’appareil se bornait à échauffer et refroidir ainsi l’air, il serait plus dispendieux que la vapeur; mais pour utiliser la chaleur de l’air sortant du cylindre au profit de l’air entrant, on le fait passer à travers une multitude de passages étroits qui jouent le même rôle que les toiles métalliques, et qui ne forcent le foyer qu’à fournir la chaleur nécessaire à remplacer les perles inévitables du rayonnement. La chaleur, après avoir été donnée par un chauffage direct, n’a plus été communiquée aux diverses parties que par de l'air échauffé.

La première machine avait 0'”,305 de diamètre et 0”,61 de course; elle donnait 40 tours et élevait 700 000 livres d’un pied par minute; ce qui équivaut à 21 chevaux de Walt. On en fit une nouvelle de 0“,40 de diamètre , 1 ”,22 de course et 28 tours par minute ; elle fonctionna vieux ans sans réparations et donna au frein de Prony de 45 à 38 chevaux de Watt en ne dépensant que 272 kilogrammes en douze heures. La pression intérieure fut quelquefois de Ifi atmosphères; dans une petite machine, on l'avait portée à 24. Mais à cause de l’effort exercé ainsi sur toutes les parties, et surtout des fuites qui en résultaient, on se borna généralement à 8 atmosphères de pression ; mais on trouva qu’à 1 atmosphère la force était à peine suffisante pour mettre en mouvement, et que le travail produit augmentait eu élevant la pression ; ce qui permettait naturellement de réduire beaucoup le volume de la machine par rapport à sa puissance. L’air échauffé à 208° sortait à 48“ après avoir traversé les passages étroits nommés lamina ■. On trouva que la consommation de combustible, relativement à la puissance, était dans le rapport de 6 à 26 relativement à une machine à vapeur, qui n'était pas, il est vrai, dans dé bonnes conditions. Le réfrigérant exigeait 4 pieds cubes d’eau par minute, et la température de cette eau augmentait de 16° à 18°. La machine était mise en mouvement eu élevant et abaissant à la main les pistons plon-

peurs, et un excentrique continuait ce mouvement. On stoppait en déclanchant et mettant les pistons à mi-course. L’économie de la machine était prouvée par la petitesse de la grille, qui n’avait que O", Gl sur 0"',46. La température du cylindre travailleur était, dit-on, moins élevec que celle d'une machine à vapeur.

Sir George Cayley avait cherché A construire une locomotive légère en faisant passer l’air dans le foyereten le portant à une haute température; mais les tiroirs, les passages et les pistons furent bientôt détruits par la chaleur et le pulvérin de charbon. Sa machine consommait V‘,5 de charbon par cheval et par heure, tandis que celle de M. Stirliug n’allait qu’à Dans la discussion des propriétés de cette dernière machine, détaillée par le Méchantes magasine, on trouve plusieurs principes curieux sur les appareils à air chaud , et on voit combien ils avaient été déjà étudiés à cette époque.

En France, les essais sur la machine à air chaud, dont j’ai en connaissance, ont été faits sur de petites échelles par MM. Kranchot, Lemoine et Lobereau. Voici en quoi ont consisté leurs expériences Dans un mémoire présenté à l’Académie le 10 août 1840, et inséré dans le Teehnologisle du mois d’octobre de la même année, M. Franchot expose les avantages théoriques de l’air pour obtenir une puissance motrice du feu, et décrit le genre d'appareil qu'il emploie, tout en lui faisant subir, suivant les circonstances, des modifications très-importantes. Il se compose, en général, d’un cylindre creux nommé générateur, clos par une extrémité et terminé à l’autre par une surface mobile propre à transmettre à l’extérieur les changements de volume. Dans l’intérieur du premier cylindre s’en trouve un second nommé refonloir; il est mobile et s’approche autant que possible des parois du premier. Il n’occupe que les trois quarts de la hauteur entre le fond fixe et celui qui est mobile, et est mis en mouvement par une tige extérieure. Le générateur est chauffé du côté du fond fixe et refroidi du côté mobile; lorsque le refouloir monte ou descend, l’air passe entre lui et le générataur et prend la température de la partie, où on lui laisse un espace libre. En se rendant de l’un à l’autre, il traverse un canal intérieur rempli de feuilles métalliques cannelées ou de fragments de métal très-mince. L'air en mouvement dans l’appareil prend subitement la température de l'espace où il est conduit; il en résulte qu'on peut comparer cet appareil à une pompe dont le bas est chaud tandis que le haut est froid, et dont le piston a un grand volume et fuit par les bords. S'il descend, il déplace l'air et

le fait aller dans la partie chaude ; s’il monte, il le force à occuper l’espace froid , et il produit ces effets sans exiger aucune force, puisqu’il ne fait que changer de place sans refouler ou aspirer, comme une pompe alimentaire. Un tel appareil produit donc la différence de dilatation sans exiger do la force comme celui d'Éricsson , et les toiles métalliques opèrent une restitution de chaleur très-utile. M. Franchot emploie également une pression élevée, et, dans ses expériences, il est allé jusqu’à 6 atmosphères; il utilise les changements de volume au moyen d’un piston ordinaire, qui se meut dans un cylindre, communiquant par chaque bout avec un de ses générateurs; de sorte que lorsque l’un de ces derniers produit de la dilatation par la ehaleur, l’autre éprouve de la contraction par le froid, et le piston est poussé tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre par ces deux causes. M. Franchot est maintenant occupé à exécuter un appareil chaud dans les ateliers de la Mariue à lndrel.

M. Lobereau a exécuté à Paris, sous le nom de moteur thermopneumatique, un petit appareil du même genre, composé de deux longues caisses à double fond nommées récipients, sous lesquelles est le feu. Ces caisses, plates en dessus, sont demi-cylindriques et doubles en dessous; elles servent à réchauffer l'air de la partie inférieure de l’appareil. A une distance convenable, en dessus, est une autre double enveloppe en tôle pleine d’eau en circulation pour refroidir; entre les deux se trouve une grande caisse en tôle nommée poêle mobile, dont le dessous, en demi-cylindre, s’applique sur la partie ronde du récipient, tandis que le dessus, presque plat, s’assortit à la forme do la caisse à eau froide. Le poêle mobile ne laisse entre ses parois et celles qui l'entourent que l’espace nécessaire au passage de l'air; il est, en outre, rempli de plâtre pour séparer autant que possible le froid du chaud. Il y a deux appareils de cette sorte placés aux deux côtés du cylindre moteur, et communiquant avec lui par le haut et par le bas au moyen d'orilices et de tubulures. Un mécanisme d’excentrique fait alternativement monter et descendre les poêles mobiles; si celui de droite, par exemple, est en haut, il a fait passer l’air sous lui , c'est-à-dire dans la partie échauffée. Cet air se dilate et pousse le piston par en dessous; mais, en même temps, l’autre poêle est au bas de course; il présente donc sa partie froide, et l’air contracté diminue la pression en dessus. Le piston est donc poussé avec la différence de dilatation due à ces deux causes, et le renversement de position des poêles lui donne alternativement l'impulsion. Four arrêter la machine, il n'y a qu’à maintenir les

deux poêles à mi-course. M. Lobereau n'emploie point de toiles métalliques, et se borne à accumuler à l'avance une grando quantité de chaleur dans les parties métalliques du récipient, qu'il porte ù 250° ou 300° centigrades ; il ne fait pas nou plus usage d'une pression élevée dans l’intérieur de son appareil; de sorte que, pour produire une puissance convenable, son système exigerait des dimensions énormes.

M. Louis Lemoine, de ltouen, s'est aussi occupé des machines à air chaud; il a pris, le 20 mars 1847, un brevet pour un appareil de ce genre, et, le 2 septembre 1848, un certificat d'additions pour l’emploi spécial des toiles métalliques. 11 a construit une petite machine qu’il a eu la complaisance de faire fonctionner devant moi : co n’était, à vrai dire , qu'un modèle dont je vais chercher à donner une idée , d'après la figure et la description du certificat d'additions du 2 septembre 1848. L'appareil se compose de deux cylindres : l'un, de grande dimension, servant à échauffer ou refroidir pour produire les dilatations et les contractions successives; l’autre, beaucoup plus petit, employé à utiliser ces changements de volume pour produire une force. Le premier est établi au-dessus d'un foyer et enveloppé, vers le haut, d’une chemise pleine d’enu froide en circulation; le couvercle a des rebords et est également baigné d'eau. Au contraire, le dessous du cylindre est entouré de la maçonnerie du foyer et découpé, de haut en bas , en plusieurs conduits à sections rectangulaires pour augmenter la surface du chauffe. Dans l’intérieur se trouve ce que M. Lemoine nomme son grand piston , jouant le rôle deB déplacenrs ou des refouloirs des systèmes précédents , mais disposé d’une manière toute différente. 11 est complètement à jour; sa partie supérieure est circulaire et formée de nombreuses toiles métalliques en cuivre superposées et soutenues par un châssis et un entourage joint à la tige. Au-dessus de ces toiles est un serpentin réfrigérant de 0",015 de diamètre qui, par ses nombreux replis, forme plusieurs couches de tuyaux entremêlées d’autres toiles métalliques. La tige est entourée d’un canal par lequel entre et sort l’eau en circulation dans le serpentin au moyen de tubes en caoutchouc pour l’arrivée et la sortie. Le dessous est formé de sortes d'augels en tôle destinés â remplir les espaces rectangulaires que nous avons dit être pratiqués dans le fond du cylindre pour augmenter les surfaces de chauffe. Ces augets sont remplis de charbon pilé et de plâtre : leur but est d’absorber la chaleur du foyer et de la rendre ensuite. D’après cela, le haut du grand cylindre est froid, le bas, au contraire, est chaud : l'air contenu prendra donc la

température de la partie qu'on lui fera occuper. C'est en faisant monter ou descendre ce grand piston qu'on obtient ces changements comme avec les refouloirs , mais avec cette différence, qu’offrant de toutes parts des passages à travers les toiles métalliques et les replis de son serpentin , il donne lui-même la température de la partie qu’il fait occuper par l'air en se transportant à l’autre. Pour utiliser ces alternatives de dilatation et de contraction, le grand cylindre communique avec les extrémités du cylindre moteur et fait éprouver au piston de ce dernier les alternatives qu’il produit par sa translation. Un balancier commun réunit ces mouvements et les communique à l’arbre par une bielle. Au lieu de faire éprouver directement les changements de volume au piston, M. Lemoine les transmeta deux vases clos, qu’il nomme compensateurs: l’un, de 500 litres de capacité, a vingt-une fois le volume du cylindre travailleur, l’autre a 900 litres; l'air est à 4 atmosphères dans le premier et à 5 dans le second. Pour mettre la machine en mouvement, des robinets et des tiroirs mettent ces compensateurs en communication avec les extrémités convenables du cylindre travailleur, et par leur différence de pression entraînent son piston. Mais comme le grand piston percé à toiles métalliques suit le même mouvement, il échauffe ce qui était froid, et réciproquement, tout en restituant une partie de la chaleur par ses toiles intermédiaires, et comme le piston travailleur est à simple effet, il recomprime l’air du compensateur qui lui avait donné l’impulsion pour tout remettre dans l’état primitif1.

11 y a eu probablement beaucoup d'autres essais tentés pour employer l’air échauffé comme force motrice ; je n’ai pu les recueillir et en donner connaissance. Mais il est probable qu’ils sont basés sur les mêmes principes que ceux dont je viens de chercher à donner une idée, et qui , s’ils n’ont pas résolu le problème, dénotent néanmoins de la part de leurs inventeurs beaucoup de savoir et de persévérance.

1 . U . Lemoine a publié ses inventions sous le titre de V Emploi des toiles métalliques dans les machines à air chaud, et de leur application dans un système particulier. A Rouen , chez H. Dubus, rue Beauvoisine; à Paris, chez Caiillan-Ga'ury, quai des Augustins, <9.

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