‹ Traité de l'hélice propulsiveChapitre 89 sur 144 · MACHINES DE VISU · texte numérisé non relu

MACHINES DE VISU

La frégate l'hly avait reçu un appareil de M. Cavé ; il se composait de quatre cylindres oscillants à guides, disposés deux à deux en travers du navire, et placés obliquement l’un devant l’autre, de manière qu’une paire agit sur la manivelle de l'avant et l'autre sur celle de l'arrière de la grande roue : celle-ci était placée au-dessus du pignon, et, afin de ne pas l’élever plus haut que la flottaison, elle n’eut qu'un petit diamètre. Les pompes à air placées aux deux extrémités de l’appareil reçurent le mouvement d’un petit arbre dont la manivelle suivait la grande. Le désir d'économiser les poids engagea à faire les bâtis en fer forgé; mais s'ils offrirent une solidité suffisante, ils n’eurent pas la rigidité nécessaire pour maintenir l’arbre dans sa direction, et il en résulta des échauffements et l’usure prompte des dents. Cet appareil a reçu une autre destination, et M. Cavé s’occupe de le remplacer par un autre, dont la puissance nominale est de 650 chevaux , et sera portée à 900 pour une seconde machine destinée à un vaisseau. Ce nouvel appareil est remarquable par l’adoption des manivelles équilibrées, déjà employées par M. Carlsund , Suédois , et disposées de manière à compenser les efforts obliques sur les paliers et à faire qu'à peu de chose près l’arbre tourne naturellement autour de son axe. Pour cela on découpe, dans une masse de fer forgé, quatre manivelles disposées comme le représentent les fig. 1, 3, 10 et 11, pl. XII; de manière que la soye de la paire centrale m reçoive le mouvement par la grande bielle U dont une des fourches embrasse la tête du piston d’un côté, et la bielle de pompe à air a! de l’autre et que les soyes latérales mW aient celui imprimé par le piston opposé, au moyen de deux bielles U'I!'. 11 résulte de cette disposition, dont la fig. 3 donne clairement l’idée, que lorsqu'une bielle pousse vers tribord l’autre le fait vers bâbord, de sorte que les efforts étant égaux aussi bien que les bras du levier des manivelles M et M’ relativement à l’axe de rotation , cet axe n'éprouve aucun effort de translation et cet équilibre a lieu Bur tous les points du cercle de rotation , puisque les angles des bielles et des manivelles sont toujours à peu près égaux de même que ceux des premières avec l’horizontale passant par l’axe de rotation , qui est la ligne moyenne de l’action. Dès lors , les paliers n’exigent plus la solidité habituelle et la même étendue des surfaces de frottement , puisqu’ils ne portent que

le poids de l'arbre , et les pistons, au lieu de se mouvoir dans le même

sens, comme dans l’appareil de l'Austerlitz (page 422), se rapprochent l'un de l’autre pour s’éloigner ensuite et réciproquement sans produire des efforts de torsion sur-lcs pièces de liaison. Au lieu d’avoir quatre manivelles dans le même plan comme sur la fig. 10, on peut se borner à trois, fig. \ 1 , et on obtient le même équilibre, avec deux bielles opposées IV ctl) : mais alors les cylindres ne sont plus en regard et il faut les éloigner de la ligne de leurs axes , de la quantité nécessaire à l'épaisseur des manivelles , ce qui gène la disposition des bâtis et des glissières. En outre, si la pièce composant toutes ces manivelles se trouve simplifiée, elle n’éprouve plus un équilibre d’effort aussi parfait qu’avec quatre manivelles et trois bielles. Les tiges de piston sont maintenues en ligne droite par des traverses 66 et 67/ dans lesquelles elles sont emmanchées et clavetées. L’une bb a des deux côtés de sa tige des parties tournées pour servir de tourillon aux branches de. la grande bielle B, l’antre 67/ a ces parties vers les extrémités pour les deux bielles latérales B'B' qui oscillent en dehors des guides b"V fixées aux bâtis et aux cylindres par des boulons. Les traverses bb et 67/ passent dans un bloc garni de bronze, qui frotte entre les guides. De la sorte, chaque piston n’a qu’une tige du côté des manivelles et pour soutenir son poids il en porte une seconde à l’opposé de la première, comme on le voit sur les différentes figures.

Les tiroirs sont divisés en deux portions : l’une T au-dessus du cylindre, reçoit la vapeur et la distribue : l’autre T', au contraire, est placé en dessous , pour la laisser s’échapper vers le condenseur CC , et comme le mouvement des pistons opposés est simultané, une même tige tt fait marcher les deux tiroirs et ceux du haut ont leur action liée à ceux du bas , par le bras ou balancier II. Les barrettes sont de simples plaques glissant sur des orifices : celles du bas ont en dessous une sorte de douille saillante , traversée par la tige en cuivre (Y, qui mène les deux côtés à la fois. Celte disposition évacue directement vers le condenseur l’eau que contiendrait accidentellement le cylindre. Les barrettes ne sont pas disposées de la manière habituelle sur les orifices à cause du mouvement des pistons.

Un seul excentrique E pour chaque paire de machines , sert à régler l’introduction et à la renverser au moyen d’une disposition particulière, dont voici les détails : la tige d’excentrique f est articulée sur le côté du bout d’un arc fendu dd , dont le milieu renflé sur la partie convexe, est

percé par an tourillon (f, attenant à un bloc de fonte, qui glisse dans une rainure d’une arcade en fonte creuse ff, de manière & transporter à volonté le tourillon d et l'arc fendu entier de toute la longueur de la fente. La lige d’excentrique f suit naturellement ce mouvement , qui est produit par un arc de cercle denté à l’intérieur f'f qui glisse dans l’arcade et entraîne l’arc fendu. Cette translation est obtenue au moyen du pignon g engrené dans l’arc denté f’f1 et entraîné lui-mème par la roue dentée gf, tournée par un autre pignon g", au moyen de la roue à manettes g'". Voyons comment cette translation est utilisée pour le tiroir : pour cela, un bras double h, a son tourillon pris dans l’arc fendu dd et se trouve clavelé sur un petit arbre h' sur lequel est également fixé le bras tt des glissières : de sorte que les oscillations de h sont communiquées à It et aux tiroirs. Dans la position représentée fig. 2 et 3 pour marcher en avant , l’arc fendu est tiré et poussé par la tige d’excentrique elle entraîne directement A et d ainsi que les tiroirs. Mais si on fait tourner le pignon g par le mécanisme dont nous avons parlé, l’arc fendu est entraîné et avec lui la tige d’excentrique f : le plan incliné de la fente agit sur les bras h et t', et met le tiroir à mi-course. Si l’arc continue à être entraîné, le tourillon du bout du bras h arrive à l’autre extrémité de la fente et l’arc de celle-ci se trouve changé en un levier du premier ordre ; de Sorte que lorsque l’excentrique pousse à l'autre extrémité celle-ci tire, et réciproquement. Le bras h , par suite lé tiroir, éprouve donc des mouvements contraires de ceux imprimés par l’excentrique : il distribue la vapeur à l’inverse de ce qu’il faisait et entraîne la machine en arrière, si antérieurement elle marchait en avant, et les quatre machines se trouvent manccuvrées simultanément par l’arbre h' h!.

La détente est opérée par des papillons pp placés dans le tuyau de vapeur au-dessus des tiroirs ; ces papillons sont ouverts et fermés simultanément pour les cylindres opposés au moyen de petits bras et d’une longue tige commune , terminée aux extrémités par une fourche embrassant le tuyau et agissant sur les deux bouts de l’axe du papillon. Le milieu de la tige p'/f forme un anneau o, dans lequel tourne un arbre qq entraîné par des excentriques q"<f placés aux deux bouts de la machine pour agir par leurs tiges sur de petites manivelles placées à angle droit l’une de l’autre aux extrémités de l’arbre qq. Sur la partie en regard des cylindres, l’arbre qq porte un massif en fonte rr dans lequel sont découpées plusieurs cames sur lesquelles appuie un galet r1,

lequel est porté par une pièce saillante r" qui est percée par une vis v et r" de manière qu’en tournant cette dernière au moyen de la roue v", le galet soit transporté d'une came à l'autre. Un ressort à boudin p” contenu dans une botte portée par des traverses , 6ert à ramener la tige j/jJ et à maintenir le galet en contact des cames. Quand on ne veut plus faire usage de la détente on empêche le galet r* d’être touché par les cames en poussant la tige p'p/ avec le levier p"’, et fixant ce dernier.

L’injection des condenseurs arrive par le tuyau i i dans une botte u où elle est réglée par une plaque glissante , sorte de vanne dirigée par une tige commune à deux boîtes uu et par un levier u* '. Les injections des cylindres de l’avant sont liées à celles do l'arrière par un arbre horizontal u"V" de manière à les régler toutes à la fois par la poignée u".

11 n’y a qu’une seule pompe à air x pour deux cylindres en regard; elle est verticale à fourreau as et à simple efîet. Ses clapets sont métalliques et placés sur les côtés du fourreau , et son mouvement est obtenu au moyen d’une bielle a/ articulée par son pied avec le piston de pompe à air, et par sa tête elle embrasse entre ses fourches le tourillon intermédiaire m de la manivelle, de manière & être prise entre les deux branches de la grande bielle BB. Les clapets de pied et ceux de tête x!" sont également métalliques et semblables à ceux des appareils à basse pression. Enfin l'eau de condensation est déversée au-dessus de la flottaison par les bâches et les gros tuyaux représentés fig. 2 ; les orifices dans la muraille du navire sont des manchons en fonte, et on les ferme à volonté au moyen d’une soupape à charnière a/' disposée pour ouvrir de dedans en dehors.

Les pompes alimentaires y sont groupées à l’avant de la machine ainsi que celles de la cale zz, elles sont toutes menées par deux balanciers à flasques en tôle zz' et par deux bielles articulées à un bouton z", placé excentriquement au bout de l’arbre.

Les dimensions principales de l’appareil de l'Isly sont : diamètre des cylindres, r“,65, course, O”, 80, nombre de coups de piston pour faire 650 chevaux , 55. Distance entre les parties voisines des paliers des arbres, 1",80, diamètre des soyes des manivelles, 0”,35; celles de l’arrière ont 0”,38, celui de l’arbre de l'hélice est 0”,36. L’appareil entier occupe 7“,60 dans le sens de la largeur du navire, et 5”, 10 dans celui de la quille; son poids total est d’environ 40Q tonneaux, tout compris. Les plaques de fondation sont très-solides et fortifiées en dessus par les entremises qui réunissent les cylindres et les paliers.

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