MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MEDECINE, ETC
Je dédie cet écrit à l'ami intime de mon ami Chervin , autant qu'à l'auteur ingénieux et profond de tant d'ouvrages remarquables. C'est tin bonheur pour moi de pouvoir lui donner ce témoignage authentique de ma reconnaissance pour les idées nouvelles que ses réflexions m'ont fournies, et des sentiments que m'ont inspirés ses talents, ses travaux et son noble caractère.
B1UCHET.
Vingt mois se sont écoulés, depuis que l'Académie royale de médecine a honoré mon travail, en lui faisant partager le prix Civrieux. Cette distinction flatteuse m'imposait l'obligation de le publier. Si je ne l'ai pas fait plus loi, la cause en est due à des circonstances indépendantes de ma volonté. Je n'en ai point de regret, puisque ce relard a permis à MM. Landouzy, Gendrin, Schulzemberger et Marchand , de faire connaître leurs recherches et leurs opinions sur l'hystérie. Ces travaux importants m'ont fourni quelques notes; mais ils ne m'ont fait apporter aucun changement ni dans les idées, ni dans le plan , ni dans la rédaction. Je donne mon ouvrage tel qu'il a été envoyé à l'Académie. L'accueil favorable qu'a obtenu le Traité de Vhypochondrie est un encouragement pour moi. Il semble me promettre un accueil semblable pour le Traité de V hystérie, qui n'en est, pour ainsi dire, que le second volume. J'ose d'autant plus volontiers me bercer de cetle espérance , que les opinions physiologiques sur lesquelles repose le fond de la question , font chaque jour de nouveaux progrès. Dans une petite brochure publiée l'année dernière , j'ai fait voir toutes les conquêtes qu'elles avaient faites, et voilà que M. Sandras vient aussi d'enrichir la science des expériences qu'il a pratiquées sur le pneumogastrique, et des conséquences qu'il en a déduites, et qui l'ont conduit jusle à ce que j'avais
constaté il y a vingt-cinq ans. Chaque jour aussi leur application à la pathologie s'insinue dans le langage médical. Je me plais à croire qu'elles y auront bientôt pris droit de domicile. Comment n'accueillcrais-je pas cette idée flatteuse , lorsque depuis plus de trente ans les faits (jue j'ai recueillis sont tous venus en confirmer les résultats, lorsque surtout les attaques qui ont été dirigées contre elles n'ont servi qu'à les fortifier!
Les recherches auxquelles je m'étais livré sur l'hystérie , il y a vingt ans, s'étaient agrandies par les recherches que j'avais été obligé de faire pour traiter l'hypochondrie, et elles avaient acquis , à mes yeux, plus d'importance par les faits nouveaux que j'avais recueillis : je crus qu'il était de mon devoir de les compléter et de répondre à l'appel de l'Académie. L'accueil qu'elle a daigné faire à mon mémoire me semble d'un bon augure. Il doit en assurer le succès en le recommandant à l'attention du public. Puissent mes espérances n'être point illusoires! Puissent mes efforts combler quelques lacunes , faire mieux comprendre le caractère de la maladie et la puissance de l'art , et atteindre ainsi le but que je me suis proposé !
Jamais question plus vaste et plus belle ne fut mise au concours. Jamais question mieux adaptée à son sujet ne fut choisie. L'Académie royale de médecine, en effet, a été chargée, par le testament de Mme de Civrieux, de l'honorable mission de décerner chaque année une récompense au meilleur ouvrage sur quelque point de pathologie relatif aux maladies nerveuses chez les femmes. Quel sujet pouvait mieux atteindre ce but? l'hystérie est pour ainsi dire la maladie nerveuse des femmes; elle est même, selon quelques auteurs, l'apanage exclusif de leur sexe , sa maladie spéciale. Aucune question ne pouvait donc mieux remplir les intentions philanthropiques de la douloureuse victime des affections nerveuses. Par cela même , la question est belle et importante. On ne saurait porter trop d'attention à une maladie qui vient si souvent empoisonner l'existence de celte moitié si délicate et si intéressante de l'espèce humaine. On ne saurait trop étudier à la fois et ses différentes formes, et
sa nature , et les moyens de la guérir, ou tout au moins de la soulager. La question est immense. Elle comprend tout ce qui a rapport à l'hystérie : c'est un traité complet de la maladie que l'Académie demande ; car toutes les questions relatives à cette affection doivent s'y rattacher. Il n'y a point de limites , point de restrictions imposées, point de plan tracé. C'est au candidat à se placer à une hauteur convenable pour planer sur toute la question , pour en saisir à la fois et l'ensemble et les détails, sans s'attacher à un point trop restreint, sans se renfermer dans des bornes trop resserrées.
Mais avant d'aborder une question aussi vaste, il importe de bien se pénétrer de l'esprit et des intentions de l'Académie. 11 importe de répondre à son appel en abordant franchement la question, en faisant tous ses efforts pour la résoudre convenablement et selon ses désirs. Il faut donc nous demander ce que veut l'Académie : De i Hystérie. Le champ est libre ; chacun peut s'y aventurer comme il l'entend ; il aura toujours bien fait, pourvu qu'il dise de bonnes choses. Cependant il nous reste une arrière-pensée. Ce n'est pas et ce ne peut pas être sans dessein que celte maladie a été donnée pour sujet de concours. La science possède de nombreux cl savants traités sur l'hystérie. Ce n'est pas à énumérer ou à répéter fastidieusement ce qu'ils ont dit et ce (pie tout le monde sait, que le candidat doit borner ses efforts. De nombreux traités existent : rien n'est plus vrai. Ils ont beaucoup dit, peut-être tout, nous en convenons. 11 faut cependant qu'ils aient laissé quelque ebose à désirer; du moins on doit le présumer; car le premier corps savant médical ne mettrait pas au cou-
cours une question connue el bien déterminée , et sur laquelle les candidats n'auraient rien à faire , ni rien à dire. Quelle peut donc être cette pensée de l'Académie ? quelle peut être son intention? Si nous ne nous abusons pas , la voici. Les traités les plus estimés sur l'hystérie émettent sur son siège el sa nature des opinions différentes et contradictoires. Comme ces opinions exercent une influence réelle sur la thérapeutique , le traitement de la maladie ne doit pas toujours présenter celte harmonie univoque qu'on est en droit d'exiger en médecine pour consacrer avec certitude un point de doctrine. Autant d'opinions, autant de divergences dans les moyens à employer, ou du moins dans la manière de les employer. C'est donc à faire cesser ce vague et cette incertitude que les candidats doivent s'occuper. L'Académie n'a fait un appel aux savants, que pour voir jaillir de leur concours quelque trait de lumière qui éclaire la question et ramène les esprits à une manière de voir unique, et par conséquent plus vraie, en démontrant par l'expé- . rience et les faits l'insuffisance des unes et la vérité des autres. L'auteur devra donc principalement faire jaillir la lumière, soit du choc des différentes opinions, soit d'observations et de raisons plus satisfaisantes et plus propres à convaincre. Celle intention bien formulée , la question embrasse donc l'histoire ou la description didactique de l'hystérie et de son traitement, mais bien plus encore l'éclaircissement du chaos dont quelques points de sa physiologie sont encore enveloppés. 11 faudra examiner avec franchise et sévérité toutes les opinions, même celles des hommes qu'on eslime et qu'on aime le plus. Tel est le volcan sur lequel il est nécessaire et
peut-être dangereux de se placer pour en remuer les laves mal éteintes et en faire jaillir, s'il est possible, quelques nouvelles clartés : car la vérité est toujours du côté de ceux qui étudient le plus et le mieux. L'Académie appréciera celte position, et elle tiendra compte des efforts qu'on y aura faits. Puissent-ils être assez fructueux pour mériter son attention et son indulgence!
RAITË
DE