PROLÉGOMÈNES
Dès la plus haute antiquité on a signalé le grand nombre et la fréquence des maladies des femmes , utérus sexcentarum œrumnarum calamitatumque mulieribus causa , a dit Démocrite. Et depuis lui , les observateurs ont confirmé cette sentence désolante. Mais de toutes ces maladies , une des plus importantes est l'hystérie. Cette affection nerveuse, déjà étudiée par Hippocrate et Galien , et que Sydenham voyait se glisser, comme complication, dans presque toutes les maladies sous la forme des symptômes nerveux les plus variés', mérite une attention toute spéciale. Pourquoi faut-il qu'un sexe qui , de sentiments en sentiments , conduit notre vie depuis le berceau jusqu'au tombeau , ait en partage tant de misères et tant de maux? Sa destinée serait-elle donc d'échanger les douceurs qu'elle verse sur notre courte existence contre des souffrances perpétuelles? Son organisation n'en ferait-elle donc qu'un être d'amour et de douleur? Pour répondre à ces questions , il y aurait une étude approfondie à faire de l'organisation de la femme et de son caractère insaisissable. Cette étude est indispensable pour se faire une idée juste de son aptitude au\ maladies qui lui sont propres. Il convient de bien connaître le sujet dont on veut étu-
dier les maladies avant de passer à cette étude , parce qu'alors on est bien mieux à la portée d'en saisir toutes les causes et les prédispositions, et tout l'enchaînement souvent si obscur qui lie les phénomènes et leurs agents , qui établit les rapports de cause à effet. C'est pour avoir négligé cette recherche première que beaucoup de travaux laborieusement exécutés ont échoué , parce qu'on ne trouvait pas le lien qui devait en coordonner les diverses parties pour les harmoniser et en faire un ensemble complet. Il est donc nécessaire de jeter un coup d'oeil sur l'organisation physique et morale de la femme , afin de faire mieux ressortir et la maladie que nous avons à étudier , et les phénomènes variés qui l'accompagnent, et la liaison qui assemble toutes ses parties en apparence si disparates. Nous plaçons ces recherches dans des prolégomènes comme chose presque étrangère à la marche de la maladie , quoiqu'elle doive concourir à y faire jeter un grand jour. Nous croyons aussi devoir placer dans ces prolégomènes un abrégé historique des auteurs qui ont écrit sur l'hystérie. Cette recherche dépure érudition, ainsi jetée par anticipation, fera connaître l'état de la science et sa marche , et ne viendra plus entraver la description sévère et didactique (je la maladie. Nous pensons même devoir commencer par elle. Dans cet exposé historique, nous ne serons que simples narrateurs ; nous nous abstiendrons de toute espèce de blâme et de critique ; nous renvoyons cet examen à un chapitre spécial. Chacun y pourra voir ce qui mérite d'être conservé , et ce que la science , aujourd'hui si sévère et si précise dans son langage , ne saurait accepter.
USstoriqiic.
Toutes les fois que la science jette un regard en arrière pour voir ce qu'elle a été , et se comparer avec ce qu'elle est, un sentiment pénible vient nécessairement l'oppresser. Elle
de l'hystérie. 7
ne peut pas voir avec plaisir les égarements et les erreurs dont elle a été l'objet. Cependant, hâtons-nous de le dire, ces écarts de l'imagination et de l'esprit humain ne sont pas aussi condamnables ni aussi absurdes qu'on a bien voulu souvent le leur reprocher. Ils reposent tous sur quelques points vrais, sur quelques faits d'observation , ou bien ils émanent d'une doctrine qui , bien qu'abandonnée , n'en a pas moins dominé la science , et n'en a pas moins été l'expression de quelques vérités, dont la généralisation anticipée a seule préparé la ruine. Ne pouvons-nous pas justifier par avance le grand nombre des opinions qui ont été émises sur l'hystérie , lorsque nous envisageons que cetle maladie ne se traduit à nos sens que par des phénomènes , que par des actes si souvent bizarres et disparates , qu'il est impossible peut-être de les rapporter bien directement à aucun organe? Jamais aucune lésion physique ou organique n'est venue sérieusement révéler le siège , ni la nature de la maladie. Combien en conséquence l'imagination a dû s'égarer aisément, en fixant une attention plus particulière sur un phénomène dominant! Combien elle a dû faire jouer tous les ressorts du possible dans une organisation encore si peu connue I Combien aussi elle a dû payer un ample tribut à toutes les doctrines régnantes , en y puisant ce qu'il était toujours si facile d'adapter à la maladie ! Combien en conséquence on a eu le temps de créer , renverser et recréer des opinions ! Car l'hystérie n'est point une maladie nouvelle, ni une maladie nouvellement observée. Etudiée dès la plus haute antiquité, elle a traversé tous les siècles de lumière et d'ignorance. Elle a reçu le reflet de tous les âges du monde et de toutes les opinions de ces âges. Les théories et les systèmes se sont succédé avec rapidité , parce que l'homme éprouve un besoin insatiable de connaître et d'approfondir, et lorsque la nature lui dénie ses secrets et refuse de satisfaire sa curiosité, son imagination vient à son aide et remplace la
nature ; elle lui fait prendre le vraisemblable pour le vrai , et substitue ainsi le roman à l'histoire. La science n'y gagne rien, au contraire; mais la vanité est satisfaite , l'esprit humain n'avoue pas son ignorance. Cette multiplicité d'explications hypothétiques complique et embrouille la science , au lieu de l'éclairer et de l'enrichir , parce qu'on manquait de connaissances positives sur l'organisation de notre économie et sur l'action des organes. Aussi finit-on par tout amalgamer. On confondit, sous les noms de vapeurs ou de maladies nerveuses, des affections bien différentes, telles que la syncope, l'épilepsie , la fureur utérine, l'hystérie, l'hypochondrie, etc. Forestus s'éleva contre cette erreur, en signalant les symptômes propres à chacune de ces maladies. Cependant, malgré ses efforts, nous voyons en Angleterre, cette terre classique des affections nerveuses, Sydenham faire disparaître tous les points de différence qui séparent l'hypochondrie de l'hystérie, afin d'établir, non jpas l'analogie seulement, mais l'identité de ces deux maladies. Son nom justement célèbre commanda la conviction, et perpétua ainsi le vague et la confusion qui ont si longtemps régné sur ces affections. Quoique ce chaos soit aujourd'hui dissipé, et que personne ne croie plus à cette identité , l'histoire de l'hystérie n'est pas exempte de toute obscurité. Les opinions les plus contradictoires sont encore adoptées sur le siège et la nature de la maladie. Les uns la placent dans l'utérus , d'autres dans le cerveau , un grand nombre dans le système nerveux , quelques autres dans l'intestin , etc. Quelques-uns en font une inflammation, d'autres une affection nerveuse, plusieurs une lésion vitale, etc. L'un n'y voit qu'une maladie déguisée sous des formes variées; un autre y trouve autant de maladies qu'elle présente d'accidents dilTérents , et il décrit isolément les douleurs de tête , les convulsions épileyiliformes, les palpitations de cœur, les pulsations des artères dans les hypochondres et au dos , etc. , qui, pour Galien, Rivière et
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la plupart des auteurs modernes , ne sont que les symptômes variés de la môme maladie. Ce n'est qu'après avoir fait l'examen méthodique de ces opinions différentes, que nous pourrons les soumettre au creuset d'un examen consciencieux, et faire ressortir sur quelle vérité elles sont appuyées , comment et pourquoi elles se sont fourvoyées , et ce qu'elles peuvent encore nous fournir de vrai et d'utile. De cette manière, nous poursuivrons l'erreur sans amertume et sans passion , et nous puiserons la vérité à toutes ses sources , quelquefois même au milieu des écarts les plus apparents de l'imagination. Nous verrons surtout combien il était difficile de ne pas s'égarer avec un sujet aussi variable, aussi multiforme que l'hystérie, ce Prothée, dit-on, insaisissable; puisqu'aujourd'hui même que nous nous croyons armés du flambeau de l'anatomie et de la physiologie, et de leur lumineuse application à la pathologie, nous trouvons des opinions si disparates , et cependant toutes étayées sur des raisons en apparence aussi plausibles les unes que les autres.
Au lieu de suivre un ordre purement chronologique dans l'abrégé historique que nous allons tracer , nous croyons devoir placer de suite ensemble les auteurs qui ont présenté une analogie de croyance , et nous prenons pour l'ordre de cette classification les sièges différents qui ont été assignés à l'hystérie. Ainsi, nous signalerons d'abord ceux qui ont placé le siège dans l'utérus; puis ceux qui en ont placé le siège dans un principe humoral de l'économie; ensuite ceux qui en font une affection des nerfs; après, ceux qui l'ont fait dépendre de l'appareil encéphalo-rachidien , et enfin ceux qui ont cru trouver son siège dans différents organes de l'abdomen ou du thorax.
Siège clans l'utérus.
Lorsque l'histoire de la médecine demande quelque chose de positif à l'antiquité, il lui est impossible de remonter aux
temps antérieurs à Hippocrate. Avant lui tout est chaos et confusion , si on en excepte Démocrite qui , dans sa lettre à Hippocrate même, accuse la matrice d'être la cause et la source des mille maux auxquels la femme est sujette, et qui, par conséquent, plaça l'hystérie dans ce viscère. Celte maladie partage donc, sous ce rapport , le sort de la médecine entière. Aussi n'est-ce que dans les œuvres attribuées au vieillard de Cos , qu'on peut trouver des preuves nombreuses qu'il a bien connu cette maladie. En effet, il en signale les phénomènes dans plusieurs endroits de ses ouvrages , comme on peut le voir dans le traité des maladies des filles, dans celui de la nature des femmes , et dans celui des maladies des femmes. Disciple des grands philosophes qui l'avaient précédé, il adopta les idées de Pytbagore,de Platon et d'Empédocle, et il partagea leurs erreurs sur la matrice, qu'ils regardaient comme un animal vivant dans un autre animal. Il plaça en conséquence le siège de l'hystérie dans cet organe, qu'il fit voyager dans le ventre , au foie, au cou , à la tête , et même dans les membres pour y causer les phénomènes qu'on observait. Il supposa que , dans la suffocation utérine, les humeurs se portaient vers la tête , et que la matrice se desséchait. Ce viscère courait alors s'abreuver, au foie et dans les hypochondres des fluides, qui descendaient de la tête ; et lorsqu'il était rassasié , il descendait dans le bassin ; la tête était alors débarrassée, et la crise cessait.
Nous devons regretter qne Celse, l'auteur le plus élégant et le plus précis de l'antiquité médicale , ne se soit pas beaucoup occupé de l'hystérie. A peine dans les livres IV et Vil, celle maladie est-elle indiquée sous le nom de pasrio In/slcriar, au milieu des ulcères secrets des femmes , de l'extraction du fœtus.
De même qu'IIippocrate, Arétée de Cappadoce compara la matrice à un animal. C'est, dit il , un viscère qui , de sa nature, est toujours en mouvement; il se porte avec rapidité
vers les parties supérieures. Du reste il est le premier et le seul médecin de l'antiquité qui ait donné une description complète et satisfaisante de l'hystérie.
Plus anatomiste que ses prédécesseurs , Galien démontra l'impossibilité des déplacements de l'utérus; mais il n'en regarda pas moins ee viscère comme le siège de l'hystérie. Ayant vu une veuve hystérique guérir par un second mariage , et retomber malade dans un second veuvage , il fit à la maladie l'application de sa théorie sur la génération , et il fit consister l'hystérie dans une rétention de semence et dans l'émanation d'un sang corrompu qui s'élevait de l'utérus et allait irriter les nerfs.
iEtius combat aussi les déplacements de la matrice , et il n'en fait pas moins dépendre l'hystérie de ce viscère, qui devient un foyer de réactions qui vont retentir dans toute l'économie, et occasionner tous les phénomènes qui ont lieu. Uteri slrangulatio ab utero quidem inferne oritur. Verum supernœ partes et principales prœsertim, per consensum ajftciuntur. Nam ad cor per arterias, ad cerebrumper spinœ membranas ac îiervos, ad hepar per venus affectio transit ; videturque utérus vclut ad supernas partes ascendisse. Il fait dépendre la cause du mal d'une rétention de semence qu'il importe d'évacuer. Aussi , après avoir donné les plus sages conseils sur la position à donner à la malade , sur les odeurs fortes et aromatiques à lui faire respirer pour réveiller l'action du cerveau, des poumons , et surtout de l'utérus , il veut qu'on provoque l'évacuation de cette semence : Atque hœc digitis excepta obstetrix usque ad uteri os immitet, ac leniter et diù confricabit ut Innc irritatus crassus /twmor, qui in utero hœret, provocetur ac calefactus excernatur. Nous devons admirer le parti le plus avantageux qu'iEtius a su tirer du peu qu'enseignait la science. Beaucoup d'auteurs sont aujourd'hui moins avancés que lui. 11 fait aussi une très-bonne description des crises.
Parmi les auteurs grecs, latins et arabes qui suivirent, on remarque Paul d'Egine , qui admet qu'une aura quœdam prava ad superiora transit. Tout en adoptant les opinions d'Hippocrate , Serapion ne fît point dériver l'hystérie de la suppression des menstrues , mais seulement de la privation des jouissances de l'amour; il dit ne l'avoir observé que chez les femmes non mariées et chez les veuves. Ahrun , médecin arabe fort distingué, disait que l'hystérie avait pour cause la rétention des menstrues , ou la déviation de l'utérus qui se porte vers les parties supérieures du corps. Vinrent aussi Oribase , Moschion , Théodore , Priscien , Mercurialis , Forestus, qui ne furent que les échos des opinions hippocratiques que leurs prédécesseurs avaient enseignées, et pendant une longue suite de siècles il ne fut rien ajouté à nos connaissances sur la nature et le siège de l'hystérie. Nous trouverions même que ce que disent Avicènes et Avenzoar de passionibus matricis est presque inintelligible.
A la renaissance des lettres et des sciences, lorsque l'esprit humain commença à se débarrasser de ses vieux langes , et à observer et réfléchir par lui-même, nous voyons encore Primerose reproduire, dans plusieurs endroits de son excellent Traité des maladies des femmes, toutes les idées d'Hippocrate sur les vagabondages de la matrice : la sécheresse, dit-il , la stimule à se mouvoir, etc., etc.
La supériorité de 1 hippocratisme, comme doctrine d'observation , était reconnue par la plupart des savants , et quelques uns portaient si loin leur soumission, qu'ils auraient cru s'égarer en discutant les moindres opinions du maître. Ils les admirent religieusement et ils se contentèrent de les commenter; tels furent entre autres le savant Iïoller et son érudit commentateur Duret. Ils s'efforcèrent de soutenir les prétendus déplacements de l'utérus, par toutes les raisons qu'ils crurent les plus propres à en démontrer la possibilité et la vérité. Duret surtout déploya , dans ses anno
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talions, tout son savoir pour combattre l'opinion de Galien.
Comme il est bon de tout connaître , nous dirons un mot de Paracelse. Ce fougueux réformateur place l'hystérie dans la matrice , et voici l'explication bizarre qu'il donne du paroxysme : « Le fabricateur dans Y astre mécanique prend le mercure de la matrice avec son soufre et son mercure , les convertit en liquide, les mêle intimement ensemble, et les enflamme au feu du lion par le secours du soleil et de mars : ensuite il les divise et les mélange de nouveau ; et quis talia fandopotest retinere risum ? »
Cependant Fernel , sans oser enlever à l'utérus la prérogative d'être le siège de l'hystérie, en cberchc la cause prochaine dans une vapeur maligne, summa veneni pernicies , qui provient non pas simplement des menstrues ou de la semence , mais d'une certaine malignité ou corruption , que la nature de la matrice opère sur les menstrues ou la semence. Il prétend en conséquence avoir observé que les symptômes de l'hystérie se calment au moment ou les parties de la génération s'humectent , ainsi que cela arrive lorsque les femmes vaporeuses reçoivent les embrassements de leurs époux. Il éprouve cependant quelque disposition à croire aux déplacements de l'utérus, et il blâme Galien de les avoir condamnés; il prétend que dans plusieurs cas il a senti cet organe remonter sous sa main jusque vers l'épigastre.
L'opinion de Sennert a quelque rapport avec celle de Fernel; il place l'hystérie dans la classe des maladies des parties génitales de la femme, au nombre des affections de l'utérus. Comme lui, il la fait consister dans une certaine vapeur ou esprit malin ou aura vénéneuse, qui se forme dans l'utérus par la fermentation et la corruption du sang et de la semence qui y sont retenus, et qui , de cet organe, s'élève aux régions supérieures , et opère dans le corps tous les changements et tous les phénomènes qu'on y remarque. Il admet que cette aura, subtilissimus vapor velspiritus , vi et efficaciû
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potens attollilur, parce que ce fluide lui sert à expliquer la rapidité avec laquelle surviennent les accidents , ce qu'il ne pouvait pas faire avec un liquide aqueux.
Zacutus Lusitanus , ayant vu une jeune fille hystérique guérir par une sensation voluptueuse et par une émission spermatique abondante, titilatione et fervore quodam in utero concitato , copiosam semen excernens, ah aceessione sœva superstes remansit , se demande si la maladie ne consiste pas dans la rétention d'une semence viciée , et si Ton ne pourrait pas en solliciter l'évacuation ; et ne pouvant résoudre la difficulté , il renvoie à d'autres autorités.
C'est une opinion presque en tout semblable que Bâillon émet et soutient. Après de savants commentaires sur Galien., Holler et Sennert, il discute savamment l'hypothèse paradoxale des aberrations de la matrice, et il en démontre l'absurdité. Il fait consister la maladie dans la rétention de la semence ou du sang menstruel dans la matrice, d'où résulte une vapeur maligne qui va refroidir tout le corps : il fait ensuite jouer à cette vapeur le rôle le plus important dans la production des phénomènes. Peut-être s'abandonne-t-il avec trop de complaisance à des recherches minutieuses et puériles sur la cause et la nature de cette réfrigération.
On est étonné de voir Diemerbroeck réfuter sérieusement encore la possibilité des déplacements de l'utérus, pour leur substituer des vapeurs malignes , qui s'élèvent de la matrice , soulèvent les intestins et causent la sensation de la boule hystérique.
Nous nous tairons sur les opinions utéro-humorales et vaporeuses de Marc Gatinaria , d'Alexandre Bcnedictus, de Leonellus , de Léonard Imicus et même de IWontanus. Ils ne nous apprennent rien de nouveau, et rien de satisfaisant.
L'impossibilité des déplacements de la matrice est mise dans tout son jour par Mercatus : il cherche à expliquer la
DB l'HYSTÉHIE. i>*>
cause de l'erreur d'Hippocrate et de ses successeurs.il croil la trouver dans les connexions de cet organe avec toutes les autres parties du corps, au moyen des vaisseaux et des nerfs. Par eux, dit-il , il s'opère , surtout dans le voisinage, une réaction aussi facile que si l'utérus s'y transportaitlui-même. Il admet en outre que , dans les efforts convulsifs, ce viscère, également contracté , exprime et chasse la virulence du sperme corrompu par sa stagnation dans sa cavité.
A l'exemple de Mercatus , Thomas Burnet , écossais, rejette les voyages de la matrice , et , de même que Sennert,il fait dépendre les symptômes de l'hystérie d'une vapeur maligne qui s'élève de cet organe aux parties supérieures , etc. Comme on le voit , cette opinion se conserve longtemps avec de légères modifications.
Quelque temps après , Chesneau crut avoir émis une opinion nouvelle en la reproduisant avec quelques légers changements : il commence par annoncer qu'il ne peut pas être du sentiment commun sur l'hystérie, puis il ajoute : «La passion hystérique n'est point une affection simple, mais on comprend sous ce nom plusieurs maux occasionnés par une vapeur maligne qui s'élève d'une matière quelconque corrompue et dans un état d'effervescence extraordinaire , matière dont le siège est aux environs de la matrice , et quelquefois dans la matrice même. Cette vapeur occasionne divers symptômes, suivant la nature de sa malignité et sa quantité , et selon les parties sur lesquelles elle se porte. »
On voit avec surprise Rivière , si instruit d'ailleurs, rétahlir en partie les déplacements de la matrice : il place le siège de l'hystérie dans ce viscère , et il s'appuie sur les paroles de Démocrite et sur l'opinion d'Hippocrate. Il la fait consister dans la putréfaction et la corruption de la semence et du sang menstruel dans l'utérus , d'où s'élèvent des parties malignes qui s'étendent à toutes les parties du corps , avec lesquelles il a des connexions multipliées. Il pense, en outre,
que pendant l'accès utérus scnsibiliter ayitalur et quasi confjlobalur, et in variis abdominis partibus globi instar percipitur.
Le savoir et l'esprit d'observation qui régnent dans le traité des maladies des femmes d'Astruc, en recommanderont toujours la lecture aux amis de la science. Il fait de l'hystérie, une maladie essentiellement convulsive , dont les phénomènes ne sont que symptornatiques, et bien faciles à déterminer par la cause la plus légère chez les personnes prédisposées, et c'est dans la matrice qu'il en place le siège. Il la fait dépendre 1° du battement trop fort des artères de l'utérus; 2° du gonflement, de la tension de ses vaisseaux laiteux; 3° des irritations ou picotements d'une humeur acre qui découle de la matrice : fleurs blanches ou ulcères, etc. 4° du gonflement des ovaires et des trompes; 5° du chatouillement trop vif de l'humeur spcrmatique, etc. Il suppose une modification dans ces causes, pour expliquer pourquoi elles n'agissent pas toujours de même, et il donne des explications physiologiques sur la réaclion de l'utérus et sur les résultats du consensus de toutes les fonctions, que la physiologie moderne, en faisant abstraction de quelque reste d'humorisme, ne désavouerait point. Il a apprécié avec sagacité les cas de paralysie, de contracture, de parai vtoïde passagères. Sa thérapeutique sera encore aujourd'hui écoutée avec fruit.
A cette époque, l'anatomie, la physiologie et la pathologie de l'homme, éprouvèrent une sorte de révolution. A la découverte de la circulation, vinrent se joindre les études plus approfondies du système nerveux et de ses actes, et modifier les théories anciennes, dont l'influence ne cessa pas pour cela de se faire sentir encore. Malgré une foule d'explications hypothétiques plus ou moins justes , le système nerveux acquit une importance de plus en plus grande, et peu à peu il devint le régulateur essentiel de la vie et de la maladie Cullen fut le premier qui sut mettre le moins de
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vague , dans sa manière d'envisager l'action nerveuse et la participation de l'utérus dans l'hystérie. Selon lui , la maladie commence par une affection spasmodique et convulsive du canal alimentaire, qui de-là se communique au cerveau et à une grande partie du système nerveux. Mais en même temps il la regarde, avec les anciens , comme une maladie de l'utérus et des autres parties de la génération , à cause des rapports et des connexions qu'il a cru trouver entre les paroxysmes et l'état de la menstruation et des différents actes des organes sexuels. Sans rechercher à expliquer comment ces organes réagissent sur le canal alimentaire et sur les nerfs , il est conduit à faire dépendre la cause prochaine d'une grande mobilité du système nerveux , qu'il rattache à un état de pléthore, sans vouloir s'enfoncer plus avant dans des explications théoriques sur les pourquoi et les comment.
Faisant revivre l'opinion des anciens sur les effets de la continence , Le Camus attribue à la virginité et à son action sur les nerfs utérins et sur le système nerveux en général, la cause des vapeurs , inculpation toujours aussi indécente que dépourvue de preuves.
Les études de Freind sur la matrice l'ont porté naturellement à faire de cet organe le siège de l'hystérie. C'est dans la pléthore utérine et générale, qu'il trouve la cause des accidents hystériques , et même celle des convulsions par l'enchaînement des réactions.
Un auteur trop négligé aujourd'hui, et qui pourtant a donné bien des preuves de savoir et de sagacité, Lieutaud rentre mieux dans la vérité en se renfermant dans le cercle de la sévère observation. Nous ne pouvons mieux rendre sa pensée qu'en le laissant parler lui-même : « Il est difficile de juger de son siège, si l'on ne l'établit pas dans les nerfs , indépendamment de tout vice organique. L'inspection anatomique nous apprend cependant que le mauvais état de la
matrice et des ovaires en est souvent la cause : l'observation clinique semble le confirmer, puisque nous voyons les
femmes grosses et les accouchées y être plus sujettes
11 est cependant très-assuré qu'elle dépend souvent de la mauvaise disposition des autres organes , comme aussi de plusieurs vices des humeurs. » On ne peut pas être davantage dans le vrai.
Peu satisfait des théories émises sur l'hystérie, Vigarous, «'appuyant sur un enchaînement de faits bien constatés, est conduit à en établir une nouvelle . C'est dans son traité justement estimé des maladies des femmes qu'il a consigné son opinion. Il envisage la maladie par toutes ses faces. Peut-être il en multiplie trop les divisions. Cependant il se renferme toujours dans les bornes de l'observation, et la partie du traitement est bien sagement traitée. Il est impossible de donner des conseils mieux avoués par l'expérience. Son opinion sur le siège et le caractère de la maladie n'est pas moins réservée. « Il n'est pas douteux , dit-il , que celle maladie ne doive sa naissance à une affection de l'utérus ; ce qui le prouve , c'est qu'elle n'attaque les femmes que depuis l'époque de la puberté , jusqu'à celle de quarante à quarante-cinq ans... L'état de la matrice dans l'hystérie est un état vraiment maladif, qui consiste dans une concentration vicieuse des forces sur cet organe. Mais comment se fait cette concentration? quel est l'agent de ses forces? est-ce l'influx nerveux? est-ce l'influx sanguin ? Je pense que la matrice étant un organe éminemment sanguin , destiné à opérer une véritable sécrétion et une excrétion sanguine, c'est l'influx sanguin seul qui doit accumuler sur lui cet excès vicieux de forces qui produit l'hystérie. »
Nous aurions dû nous attendre à un article plus substantiel que celui que le célèbre François Home a consacré à l'hystérie et à l'hypochondrie dans ses Principia mrdicinœ. Il confond les deux maladies t et l'amalgame de tout ce qui
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les concerne , produit une description indéchiffrable. Rien n'est plus obscur, malgré l'ordre et la clarté qu'il a voulu y mettre. Voici comment il s'exprime sur la nature de cette maladie : an est spasmodica viscerum obdominalium, et prœsertim uleri affectio una cum nimià sensibililalc vel mobilitale systematis nervosi? hoc suadent contemplatio causarum remotarum . symptomatum , et medelœ, sectionesque cadaverum.
Personne ne fait des efforts plus consciencieusement élaborés que Pinel pour ramener la médecine à son état de simplicité et à la précision presque mathématique de l'histoire naturelle. Elaguant toutes les explications théoriques, et n'admettant que les résultats" d'une observation légitime , il se contente de placer l'hystérie parmi les névroses de la génération , et il la fait consister dans une viciation de l'état nerveux, des organes de cette fonction et surtout de la matrice.
Il est impossible de bien faire apprécier l'opinion et la doctrine de Pujol de Castres sans le laisser parler lui-même Nous allons donc emprunter à ses œuvres quelques passages qui auront l'avantage de nous faire connaître la méthode qui ledirigeait dans ses laborienses recherches. « En général , dit-il, tout foyer d'irritation, et par conséquent tout foyer inflammatoire , excite dans la fibre nerveuse qui se trouve à portée de la cause irritante un état d'érélhisme et de sensibilité maladive. Si l'irritation est un peu forte , l'éréthisme nerveux ne se borne pas à la partie affectée et à ses environs; tout le système nerveux semble ressentir quelque chose de cet état violent. Je regarde cette sensibilité excessive comme le premier degré de la mobilité nerveuse ; mais cette mobilité est alors plutôt un effet naturel de la sympathie universelle qui lie entre elles toutes les parlies du corps, qu'un symptôme proprement maladif. Il n'appartient qu'à l'irritation de certains viscères de produire cet excès de mobilité nerveuse qui dispose tout le système des nerfs à
ces accidents mulliformes que Sydenham attribuait à l'ataxie des esprits , et à ces agitations singulières qui font le caractère des affections connues sous le nom d'hystérie et d'hvpochondrie. Ce qu'il y a de très-singulier là-dessus , et même d'incompréhensible, c'est que cette mobilité vraiment maladive, et production évidente de certaines irritations viscérales , ne répond point aux degrés de l'irritation , et qu'au contraire elle n'est jamais l'effet que d'une irritation sourde et obscure dont les malades ne s'aperçoivent pas euxmêmes. Il y a bien plus ; les viscères que l'expérience fait voir être les plus capables, lorsqu'ils sont en état d'irritation , de faire naître une mobilité vicieuse du système général des nerfs , ne sont pas précisément ceux qui sont doués de la sensibilité la plus exquise. Jamais les inflammations chroniques de la plèvre , des reins et de la vessie , parties éminemment sensibles , n'ont été accusées d'être le foyer morbifique de cette mobilité... C'est dans des irritations du foie, de la matrice et du cerveau , que germent dans tous les cas les maladies nerveuses. J'espère faire ressortir, en parcourant ces trois genres de la même affection, que l'inflammation lente et chronique en est presque toujours la cause primordiale , et qu'elles ne sont, à proprement parler, qu'un effet symptomatique de cette espèce d'inflammation. » Il n'admet jamais l'hystérie sine maten'ri, purement nerveuse ; il a toujours trouvé quelque signe d'inflammation chronique ou d'irritation de la matrice. Cependant il croit que lorsque ces affections locales ont duré longtemps, et qu'elles guérissent, le système nerveux peut conserver les accès par habitude.
Dans l'un de ses nombreux ouvrages sur les maladies des femmes , dans le traité des maladies des filles , Chambon consacre un chapitre à l'hystérie. Cet article est sage , quoique peu méthodique. L'auteur réfute les opinions qui placent le siège de la maladie ailleurs que dans l'utérus. C'est cet
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organe qui , selon lui , en est le siège. Il le regarde comme un muscle susceptible de se contracter convulsivement, etc'est dans ces contractions , dans ces spasmes de la fibre musculeuse de l'utérus qu'il fait consister la maladie, qui de là, par le moyen des nerfs de cet organe, irradie sur toutes le* autres portions du corps , et y produit ces réactions et ces sympathies qui caractérisent les autres phénomènes de L'hystérie. Il s'appuie sur les mêmes raisons que tous les auteurs , et il cite en sa faveur quelques autopsies où l'on a trouvé des lésions organiques de l'utérus ou de ses annexes.
C'est assez nous avoir fait connaître sa pensée que d'avoir placé l'hystérie au nombre des maladies sexuelles de la femme. Cependant Hamilton finit parla regarder comme une affection du système nerveux.
Quoique l'opinion de Prost soit enfouie dans un ouvrage trop peu connu, et qui n'a aucun chapitre qui lui soit consasacré , il nous importe de la connaître , soit parce que cet habile investigateur de la nature morte a développé les idées les plus Saines sur une foule de maladies , soit parce qu'on peut le regarder comme le précurseur de Broussais dans la spécificité pathologique de la membrane muqueuse intestinale. Nous en extrairons quelques passages qui sont relatifs à l'hystérie, a Le trouble des organes de la digestion , l'irritation des nerfs des intestins , le développement du système artériel dans leur surface interne , l'abondance du sang dans les viscères abdominaux , l'accroissement de leurs fonctions et de leur susceptibilité, l'excitation plus vive des ganglions et du cerveau , leur action plus forte sur les nerfs qui en proviennent , la sensibilité accrue des organes de la génération , leur action plus ou moins vive sur le centre commun, sur l'organe du tact , et sur ceux des sens avec lesquels la peau est en relation particulière, etc., tels sont les signes qui indiquent si évidemment le trouble des organes de la digestion, l'influence très-forte des nerfs des intestins sur le
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cerveau , celle de cet organe sur les sens , celle des ganglions sur les nerfs qui s"y rendent , et le désordre plus ou moins grand de toutes les fonctions; l'influence qu'exercent les organes de la génération sur les nerfs des ganglions et sur le cerveau est la cause essentielle des modifications du principe général , etc, »
Le célèbre Baume a placé l'hystérie au nombre des névroses apyrétiques, sous le nom de névrose métrique ou mctro-nèvrie , dénomination qui nous fait connaître l'opinion de l'auteur sur le siège et la nature de la maladie. On voit par elle qu'il la fait consister dans une affection du système nerveux , et que c'est dans l'utérus qu'il en place le siège.
Aucune opinion ne mérite plus d'être connue que celle de Louyer Arillermay , parce qu'elle est consignée dans le meilleur ouvrage pratique que nous ayions sur les maladies nerveuses, parce que surtout l'auteur doué de cet esprit d'observation sage et modéré n'a procédé qu'avec l'étude des faits, et de manière à inspirer la plus grande confiance, soit aussi parce qu'il a puissamment contribué à ramener les esprits à une manière plus saine d'envisager les maladies nerveuses, en combattant avec succès l'opinion de Sydenham, et en dissipant la confusion que ce dernier avait introduite dans leur étude. Il adopte la classification nosologique de Pinel. 11 dit ensuite que Yhystérie réside dans la matrice, et quelle consiste dans un trmdrfe nerveux, dans l'exaltation de sensibilité organique de ce viscère sans aucune altération de tissu. Il présente ensuite toutes les circonstances qui peuvent être favorables à son opinion , et les faits , les raisons ne lui font pas défaut. Nous ne dissimulerons cependant pas notre étonnement de voir cet auteur ne pas oser se débarrasser complètement du maillot de Sydenham , et s'efforcer encore (page 3) d'assimiler l'hystérie aux vésanies.
M. Rapou se range sans discussion à l'opinion de Pinel et de Looyer Villermay. L'hystérie, dit-il, n'est autre chose
DE l 'hystérie. 23
qu'une névrose, une affection spasraodique essentielle de l'utérus.
Quoiqu'il soit difficile de bien saisir la pensée de Boisseau, dans l'opinion mixte et en quelque sorte multiple qu'il a émise sur l'hystérie , elle nous paraît cependant se rattacher à cette classe. En effet, il regarde cette affection comme une irritation simultanée [de l'utérus et de l'encéphale , et plus loin il la place au nombre des névralgies de la matrice. Il est vrai que plus tard il en fait une maladie du système nerveux qu'il range parmi les aberrations de fonctions, et qu'il en donne cette définition un peu obscure : « L'hystérie est une maladie convulsive avec suspension incomplète , interrompue, ou plutôt avec absorption de la sensibilité et de l'intellect par un vif sentiment de douleur. »
Il est difficile de trouver des efforts plus consciencieux que ceux qu'a faits J. P. Frank dans sonEpitomede médecine pratique. ■■ L'hystérie , ainsi que le mot l'indique, devrait constamment tirer sa source de l'utérus. Nous convenons qu'elle a très-souvent son siège dans ce viscère, mais ne voyons-nous pas tous les jours des affections nerveuses que l'on rapporte à l'hystérie , et qui tiennent évidemment à l'exaltation de la sensibilité générale ou à l'irritation d'autres organes, qui n'ont aucun rapport direct avec presque toutes les affections nerveuses que la femme éprouve ; mais il ne s'en suit pas qu'elle souffre toujours primitivement. Nous pensons donc que les maladies vaporeuses , connues sous le nom d'hystériques , n'ont pas constamment ni exclusivement leur siège dans le système utérin. L'hystérie peut tirer son origine de l'irritation des organes contenus dans la tète , la poitrine et le bas-ventre. On n'arriverait pas toujours au but si l'on ne dirigeait ses recherches que du côté de l'utérus. »
C'est dans le chapitre XL , au nombre des maladies du système nerveux que Joseph Franck traite de l'hystérie. Il en fait un spasme qu'il décrit en même temps que toutes
les affections spasmodiques vagues en général. Cette manière vaste d'envisager la question laisse beaucoup de vague dans la description. Quoique l'auteur en place le siège dans le système nerveux en général , il restreint ce qui regarde l'hystérie. « Les mêmes affections, dit-il, partant de l'utérus , constituent l'hystérie. » C'est donc dans ce viscère qu'il en place le siège; mais ensuite, décrivant pêle-mêle la plupart des spasmes , il y trouve lui-même tant de vague , que , dit-il , il n'y a point d'issue à un tel labyrinthe. Il s'élève contre l'opinion qui établit l'identité entre l'hypochondrie et l'hystérie , et il fait ressortir les caractères distinctifs de ces deux maladies. On regrette que des efforts scientifiques remarquables soient aussi mal élaborés et aussi peu méthodiquement disposés.
On a donné le nom d'hystérie, a dit M. Fourcade-Prunet, à une maladie qui siège primitivement dans la matrice , et qui s'accompagne de phénomènes organiques et sympathiques, dont le développement caractérise un accès; les attaques d'hystérie sont produites par l'irritation de l'appareil utérin chez les femmes dont le système sensilif est très-irritable. L'irritation s'élance de l'organe primitivement modifié sur les viscères de l'abdomen , de la poitrine , puis sur le cerveau et dans les nerfs locomoteurs. » Aussi il ne reconnaît pour cause de l'hystérie que celles qui occasionnent une irritation de la matrice, qui de là s'élance, etc. Mettons à la place Y aura prava de Paul d'Egine ou le subtilissimus i^apor de Sennert, le langage ne sera-t-il pas le même?
Un des auteurs qui les premiers ont su mettre le plus de sagesse et de précision dans l'étude des maladies de l'utérus, M. Duparcque fait dépendre l'hystérie tantôt d'une lésion vitale sans lésion de tissus, tantôt et le plus souvent d'un engorgement chronique de cet organe. Toujours est-il qu'il y place le siège de la maladie.
Toujours dominé tantôt par sa doctrine , tantôt par l'ob-
DK L'HYSTÉRIE. 2o
servation , Broussais a définitivement placé le siège de l'hystérie dans l'utérus. L'amour de la vérité l'a donc fait mettre en contradiction avec ce qu'il avait dit auparavant dans les fameuses propositions de son examen où il en avait fait brusquement et sans examen une gastro-entérite. Voici ce qu'il dit dans son cours de pathologie générale. « J'ai souvent répété chez les femmes les expériences suivantes pour m'assurer que le point de départ de la maladie est bien dans l'utérus , et qu'elle est utérine comme son nom l'indique , et non cérébrale ; en touchant chez les unes le col de l'utérus avec le doigt , et soulevant son corps, je déterminais des attaques d'hystérie ; en pressant ou percutant chez les autres la région des ovaires , quand il y avait un point d'irritation assez actif pour que la percussion et la pression occasionnassent des douleurs, je développais de semblables attaques ; en pressant l'épigastre conjointement avec l'utérus , je produisais le même effet , lorsque l'estomac était sus-irrité à cause des associations sympathiques. Ayant vérifié ces faits un grand nombre de fois , je n*ai pu me refuser à admettre que le groupe des symptômes qui constitue l'hystérie dépend de l'utérus. » Cet article du livre de Broussais . ne peut que contenir de bonnes choses comme tout ce qui sort de la plume d'un homme de génie. Cependant il montre d'un bout à l'autre cette hésitation d'un homme qui a tant éprouvé de luttes qu'il n'est plus sûr de lui.
M. Dubois d'Amiens , dans un livre remarquable par la profondeur des vues philosophiques , par l'analyse sévère à laquelle il a soumis l'étude comparative des causes , des symptômes , des terminaisons et du traitement de l'hystérie et de l'hypochondrie , a répandu le plus grand jour sur la question importante de la différence de ces deux maladies. Personne n'a poussé aussi loin les recherches sur cette question délicate. Il se range à l'opinion de ceux qui placent le siège de l'hystérie uniquement dans l'utérus. On doit rc-
20 TBAITÉ
gretter qu'un ouvrage aussi profond et aussi lumineux se soit renfermé dans le cadre exclusif de la solution d'une question importante sans doute, mais trop resserrée pour un traité complet. Il en résulte un tableau confus dans lequel Ibypochondrie et l'hystérie toujours accolées et toujours différentes ne peuvent pas être étudiées séparément, et rendent pénible la lecture de l'ouvrage.
En envisageant les phénomènes multiples et complexes de l'hystérie, M. le professeur Piorry n'a pas cru pouvoir renfermer dans l'utérus seulement, ni dans un seul système nerveux , le siège restreint de ces phénomènes. Il a admis une opinion plus large , qui peut donner la raison de tous sans exception. Pour cela il a fait intervenir les deux systèmes nerveux , cérébral et ganglionaire , comme agents de tous les actes physiologiques et morbides , et comme recevant le mode d'irritation hystérique de la matrice et des ovaires qui sont le point de départ.
Personne n'a mis plus d'habileté que M. Foville à réfuter les raisons apportées par Georget , d'une part contre le siège <Ic l'hystérie dans l'utérus, d'autre part en faveur de cette maladie dans l'encéphale. 11 emploie toutes les armes de la physiologie et de la dialectique la plus pressante , et il établit d'une manière bien positive le siège de la maladie dans l'utérus. Mais en même temps il en reconnaît deux formes : l'une organique ou sans convulsions se passe dans l'abdomen; l'autre convulsive prend le cerveau pour organe de réflexion sur les nerfs et les muscles.
C'est dans le système nerveux de l'appareil utérin que M. Colombat place le siège primitifdc l'hystérie. Il en fait un mode spécial et sut generis d'excitation et de perversion de ce système, réagissant sympathiquement sur le système nerveux généraf. [Il reconnaît que cette excitation morbide de l'incrvation utérine peut elle-même avoir pour origine soit une irritation locale, souvent inappréciable , soit une ir-
de l'hystérie. 27
ritation sympathique, résultant d'une cause morale ou d'un état pathologique d'un organe ou de divers appareils, avec lesquels la matrice a des rapports d'action plus ou moins directs. C'est d'après cette pensée qu'il donne à la maladie le nom de névrospasmie. Pour éviter le reproche de ne pas comprendre dans sa description les cas d'hystérie reconnus chez les hommes, et les cas où elle est bien évidemment indépendante de l'utérus, il élude la difficulté en faisant une maladie à part sous le nom, d'accès hystériformes , auxquels il donne le nom d'encéphalospasmie ou cérébrospasmie , emprunté à M. Brachet, lorsque les accidents émanent du cerveau ; et celui de gastrospasmie lorsque c'est l'estomac qui est le point de départ.
Dans sa Clinique chirurgicale de la Pitié, M. Lisfranc a reconnu le plus souvent l'influence d'une métrite chronique ou de l'engorgement phlegmasique de l'utérus dans la production de l'hystérie ; aussi il ne balance pas, il trouve dans l'utérus et la cause et le siège de la maladie. Cependant il n'est point systématique exclusif, il reconnaît avec franchise que le point de départ peut être ailleurs , et que l'homme luimême peut en être atteint. Flottant entre la crainte d'augmenter les accidents nerveux et la nécessité de combattre l'utérus phlogosé , il condamne les saignées abondantes comme nuisibles , et leur substitue de légères évacuations sanguines réitérées aussi souvent que la maladie l'exige* M. Schutzemberger, de Strasbourg, vient de publier, dans la Gazette médicale du 26 septembre Î84G, un mémoire fort intéressant sur le mécanisme de production des phénomènes des affections hystériques. Les phénomènes nerveux ne sont pour lui que secondaires. Ils sont toujours le résultat de certaines excitations nerveuses continues ou intermittentes : 1° fixées ordinairement sur les ovaires , d'où irradie l'irritation des crises avec ou sans perte de connaissance , quelle qu'en soit la cause organique , rarement sur les autres or-
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ganes; 2° consistant quelquefois dans un état pathologique , spécial, caractérisé par une excitabilité exagérée des nerfs sensitifs, qu'il appelle à cause de cela hyperesthésie ; 3° constituant assez souvent une excitabilité pathologique de la moelle épinière , en vertu de laquelle la propriété réflective de cet organe se trouve exagérée , et que l'on peut appeler excitabilité réflective. De cette distinction découlent les moyens thérapeutiques : combattre d'abord la maladie organique de l'ovaire , de la moelle et autres organes , par les moyens appropriés ; combattre l'excitabilité ovarique par Tassa fœtida , le castoreum , le galbanum , qui échouent contre l'excitabilité par anémie ou chlorose qui réclame le fer. Tous ces moyens échouent contre l'hyperestésie de la moelle , dans laquelle il n'a réussi qu'avec les réfrigérants en application et en bain. Il veut surtout, dans ce cas, (jue par la volonté sur les mouvements, on domine l'action réflective de la moelle. La réflectibilité diminue , dit-il , à mesure que l'influence de la volonté sur la motilité se fortifie. Nous applaudissons aux efforts de l'auteur d'autant mieux que sa manière de voir se rapproche de la nôtre. Cependant il ne fait pas jouer aux nerfs un rôle aussi grand que nous l'avons fait, quoique, par une sorte de contradiction, il soit forcé d'admettre ce rôle dans la seconde catégorie de causes, et que pour cela il regarde alors la maladie comme une hyperesthésie.
M. Bouillaud exclut la matrice comme privée de nerfs du nombre des organes qui sont le siège de l'hystérie. Il en place le siège dans les autres organes génitaux sans exception. À part celle nuance , son chapitre n'est qu'une répétition de l'article de M. Foville.
L'ouvrage couronné de M. Landouzy , de Reims , a vu le jour à la fin de 1846. Des recherches immenses, un espril juste et sévère, et une connaissance profonde de la maladie caractérisent ce travail important. L'auteur y place le siège
de l'uïstéiue. 29
de l'hystérie dans tout l'appareil génital , et non pas seulement dans l'utérus , opinion qu'il réfute très-heureusement. En lisant un aussi bon livre , on regrette d'y trouver un ordre aussi peu méthodique dans l'exposition de ses diverses parties ; on regrette aussi de n'y presque point trouver de celte haute physiologie qui lie les faits et les objets , et qui est devenue la pierre angulaire de toute bonne médecine : on déplore surtout de voir l'auteur adopter certaines opinions modernes hostiles à la thérapeutique. « Je n'ai, dit-il, ni recettes , ni potion , ni pilules , ni pommade anli hystérique , et je n'ai aucune confiance dans celles des autres.» Il est fâcheux qu'un médecin aussi éclairé se soit ainsi laissé entraîner à sacrifier à l'idole du jour. Il n'a pas pu juger des remèdes qu'il proscrivait sans examen ; il s'est ainsi privé des ressources dont la plupart des praticiens obtiennent de si grands avantages , et la partie thérapeutique de son livre s'est ressentie de cette pratique mesquine.
Quelle que soit notre affliction et la répugnance que nous y apportions, il nous faut tout dire pour être historien fidèle. Nous finirons donc cette longue énumération d'auteurs qui ont placé le siège de l'hystérie dans la matrice , par l'exposition de l'opinion d'un homme , pour le talent et le savoir duquel nous avions jusqu'à ce jour professé la plus grande et la plus sincère admiration. M. Raspail vient de ressusciter, dans un gros livre , toutes les rêveries du père Kircher, et de quelques autres helminthistes sur la production des maladies par les insectes. Il place l'hystérie dans le deuxième ordre des helminthogénèses et dans la quatrième espèce ( ascar igénèse impudique); elle a son siège dans les parties génitales de la femme , où l'helminthe produit tous les accidents hystériques , s'il s'attache dans l'utérus ou dans l'intérieur du vagin. Conséquent à son principe , il veut tuer l'insecte; il ne conseille donc que l'application d'un sachet de camphre
30 TUAITÉ
aux parties sexuelles , ou l'introduction, dans l'intérieur, d'une pommade faite avec cette substance.
Si nous eussions voulu multiplier les divisions, nous en eussions trouvé une occasion bien facile en classant les auteurs qui ont placé le siège de l'hystérie dans l'utérus , en ceux qui y ont vu le développement de ferments humoraux ou de matières subtiles ; en ceux qui ont admis les déplacements et les voyages de cet organe; en ceux qui l'ont fait consister dans une lésion organique, inOammatoire, squirrheuse ou autre, de la matrice ou des ovaires ; en ceux enfin qui n'ont admis qu'une modification vitale des nerfs de l'utérus, dont la réaction s'opère facilement sur le système nerveux général , et y devient la cause déterminante de tous les phénomènes. Nous aurions pu rapporter à cette dernière opinion tout ce qu'on a dit des appétits vénériens de la matrice et du clitorisme, comme cause de l'hystérie; ce qui, selon Willis, faisait regarder avec horreur les personnes qui en étaient atteintes ; ut semi damna li instar, et leurs souffrances n'étaient aux yeux du vulgaire qu'une anticipation du juste châtiment qu'elles avaient mérité.
Siège dans les humeurs.
Malgré l'éternel et despotique empire que l'humorisme a exercé dans la médecine , l'hystérie n'en a pas toujours reçu l'influence qui dominait les autres maladies. Cependant nous avons déjà vu que, parmi les auteurs qui en ont placé le siège dans l'utérus , il en est un grand nombre qui ont fait intervenir dans cet organe différentes rétentions, viciations, fermentations de la semence , du sang menstruel ou autre liquide. Il en est en outre quelques-uns qui , ainsi que nous allons le voir, ont adapté à l'hystérie l'humorisme pur.
De ce nombre est Barbeyrac ; il admet dans le sang une humeur acre et bilieuse , qui va se répandre dans la substance du cerveau, en piquer le principe des nerfs, et causer
DE LHYSTÉIUE. 31
ainsi les mouvements convulsifs , les maux de tôle, la strangulation , les palpitations de cœur, le hoquet, la difficulté de respirer , le vomissement, le dégoût , et un certain poids renfermé dans la cavité abdominale , où il devient souvent sensible à la main comme une boule ou comme la matrice qui monte. Il donne ensuite, de tous ces phénomènes et de beaucoup d'autres , une explication détaillée en harmonie avec ses idées.
Des études approfondies et des travaux remarquables sur les maladies nerveuses n'ont pas empêché Georges Cheyne de reconnaître la puissance des causes humorales : il expose d'abord une sorte de doctrine sur les principes élémentaires de la physiologie dans le jeu des fibres et des vaisseaux sur les humeurs. Il en déduit quatre ordres de causes des maladies nerveuses, suivant que les humeurs, diversement modifiées dans leur quantité ou dans leurs qualités , humectent trop ou trop peu les fibres, les rendent trop faibles, trop sèches, ou obstruent, ou altèrent, ou interceptent les rapports et les vibrations, quelles que soient du reste les vapeurs nuisibles , acres ou acrimonieuses, les particules salines , les concrétions dures, etc., qui sont introduites dans les humeurs et qui leur donnent les qualités propres à causer l'irritation et les convulsions.
Ce sont des principes analogues que professe Lange : « Les vapeurs, dit-il , sont un transport de corpuscules écartés par quelque fermentation intérieure allumée hors des vaisseaux sanguins , au moyen de laquelle ces corpuscules sont transmis vers une partie éloignée de celle où est le foyer ; ce qui en trouble et interrompt les fonctions naturelles. » Il admet dans le corps quatre ferments dont le quatrième est le ferment séminal : « Les vapeurs élevées par les ferments séminaux , dit il ensuite , sont les vapeurs hystériques ; les vapeurs se communiquent par les nerfs. Ce mal arrive par le mélange des ferments naturels dépravés avec ceux des vaisseaux
lymphatiques qui viennent s'y mêler, ou par le mélange des ferments naturels sains avec des ferments lymphatiques dépravés, etc. »
Perry a bien moins encore su se renfermer dans ce que l'observation peut seule avouer ; il lui a fallu trouver pour cause de l'hystérie, des vices et des altérations dans la sécrétion , la nature , le mouvement irrégulier et la distribution des esprits animaux ; lesquels vices dépendent de la faiblesse du système des solides , et en particulier du système nerveux, ou de la mauvaise qualité du sang, ou de celle des autres humeurs.
Nous trouvons beaucoup de rapprochements entre l'opinion de Chastelain et celle de Cheyne , et de Lange. Il reconnaît pour cause des mouvements naturels la distribution régulière du sang et des esprits animaux dans la fibre motrice, et, pour cause des désordres qui y surviennent, la distribution irréguliôre de ces principes par l'effet d'une sorte de fermentation , laquelle est occasionnée par l'introduction d'une matière hétérogène dans le sang. Ces principes altérés agissent ensuite en irritant les nerfs : l'irritation cause leur ébranlement ; or, un nerf fortement ébranlé communique son ébranlement aux autres , à cause de l'union et de la connexion qu'ils ont ensemble... Les effets de l'ébranlement sont proportionnés à sa violence , à sa connexion plus ou moins étroite avec tels ou tels nerfs, telle ou telle partie.
Plus tard , on est étonné de voir Jean Maria, de Lyon , rétrograder en quelque sorte en prenant le mot de vapeur dans le sens littéral. Il fait consister l'hystérie dans des vapeurs ou exhalaisons nées de l'estomac , des entrailles ou diverses autres parties du corps, quelquefois simples, d'autres fois mélangées et mixtes , et se portant au cerveau , au cou , et à différentes autres régions pour y produire les phénomènes qu'on y observe.
Le docteur Emile Marchand , de Saintc-Foy (Gironde),
vient de faire connaître, dans la Gazette des hôpitaux du (» mars 1847 , les conclusions d'un travail qui a obtenu, à l'Académie de Médecine , la première mention honorable au concours de 1845 sur l'hystérie. Il fait l'application del'humorisme moderne. Ses recherches microscopiques sur le sang lui ayant démontré que , dans l'hystérie , le nombre des globules rouges était moins grand que dans l'état normal , il fait de la maladie une aglobulie , et il attribue au malaise qu'occasionne cette diminution des globules, tous les phénomènes nerveux qui surviennent dans les deux ordres des fonctions cérébrales et ganglionnaires. Selon lui Vhyperglobulie produit l'apathie, l'engourdissement, et non la surexcitation. De là il conclut aux avantages d'une médication tonique et analeptique.
Nous pourrions encore rattacher à cette classe quelques auteurs que nous renvoyons à la suivante, parce que leur humorisme n'agit que sur le système nerveux, que cet appareil est tout pour ©ux , qu'il est en conséquence le siège de la maladie et l'agent des actes qu'elle opère.
Siège dans les nerfs.
Tant que la science ignora l'anatomie délicate des nerfs et le rôle important qu'ils jouent dans l'économie , il était impossible que les actes pathologiques qu'ils exécutent fussent connus et compris. Mais, à mesure que l'homme physique fut mieux étudié , et que ses fonctions se dévoilèrent avec la découverte plus complète de leurs instruments, les opinions médicales prirent une autre direction. Le jeu des organes devint tout ; il remplaça les hypothèses humorales et les causes occultes ; il constitua le solidisme qui prit rang et domina à son tour. L'action des nerfs ne pouvait pas rester étrangère à ce système mécanique. Beaucoup de bons esprits
fixèrent leur attention sur elle , et ils reconnurent sa puissante intervention dans les actes morbides , aussi bien que dans les actes normaux. Ce fut alors qu'on lui attribua une part plus ou moins grande, plus ou moins juste dans les maladies, et que même on créa les maladies nerveuses. Ce fut par conséquent alors aussi que ces agents pénétrèrent dans- le domaine de l'hystérie.
Pour expliquer l'action des nerfs , Loob admit un fluide nerveux , et supposa , dans les nerfs , des tuyaux pour le conduire. Il pensa que de leur diamètre augmenté ou diminué résultaient des faiblesses , des défaillances , et toutes sortes d'accidents hystériques et nerveux ; il voudrait en conséquence qu'on donnât plus d'attention aux effets de cette dilatation et de cette constriction.
Dumoulin rejette l'opinion qui place la cause prochaine des vapeurs dans les humeurs viciées. Il pense que celles-ci sont plus souvent l'effet que la cause des dérangements qui arrivent dans les fonctions ou dans l'action des fibres mouvantes. Il ne reconnaît, pour cause de l'hystérie, que l'irritation des nerfs et l'ébranlement des fibres motrices par cette irritation.
Le vieil humorisme se fait encore sentir dans l'opinion de Ridley. Il ne voit, il est vrai , que les nerfs qui puissent être le siège de l'hystérie : ils paraissent être les seuls instruments capables de produire des accidents aussi différents et aussi rapidement variables. Les esprits animaux entrent pour beaucoup dans cette explication : cependant il cherche la cause prochaine encore plus loin ; il l'attribue à tout ce qui peut empêcher ou pervertir les fonctions de ces esprits , que ce soit une humeur acre , acide , alcaline ou de toute autre nature; qu'elle vienne de l'intérieur ou de l'extérieur.
En avançant nous voyons l'attention se concentrer de plus en plus sur le système nerveux. De Gorter est, sans contredit , un des premiers qui aient eu les idées les plus saines sur
dk l'hystérie. 35
cet objet. Il expose avec une sagacité étonnante ses principes sur la mobilité , que d'autres nomment irritabilité , orgasme des esprits, ataxie, oscillation, crispation, etc. Ils ne seraient point désavoués aujourd'hui. La cause la plus légère suffisant pour exciter cette mobilité et pour la faire passer à un état pathologique , elle devient ainsi la cause première , l'origine ou la prédisposition des maladies nerveuses. Cela posé , De Gorter regarde l'hystérie comme une espèce de convulsion qui commence dans le bas-ventre , y produit une contraction et une agitation extraordinaire , attaque souvent subitement , monte peu à peu jusqu'au cou , et occasionne la constriction de ses muscles ou des syncopes. Cette convulsion attaque les personnes des deux sexes qui ont souffert des évacuations trop considérables , etc. L'auteur n'a donc point placé le siège de la maladie dans l'utérus; ce sont les nerfs et surtout les nerfs de l'abdomen qu'il a en vue dans cette description.
Malgré ses opinions toutes physiques, Boerhaave avait trop de génie pour s'arrêter au jeu mécanique des organes: il savait remonter à la cause première qui leur donnait l'impulsion , à Vimpetum faciens , et il appréciait toute l'importance du système nerveux. Son opinion mérite d'être mentionnée en entier. Voici comment s'exprime son savant commentateur : « On ne peut nier que des humeurs corrompues, amassées dans la matrice ou dans les vaisseaux de sa substance , ne puissent causer de très-grands maux , en irritant cette partie qui a beaucoup de nerfs. Cependant, lorsqu'il ne coule pas à'ichor de la matrice, que rien n'indique qu'il y ait inflammation, ulcère , squirrhe ou un autre mal local , et qu'une passion de l'âme a occasionné celte multitude de symptômes , il est évident que la matrice ne peut pas passer pour la cause unique et suffisante de la passion hystérique ; mais tous les symptômes nous démontrent que c'est dans les nerfs qui se distribuent aux viscères du bas-ventre , que
Jti TRAITÉ
naissent ces mouvements déréglés qui troublent ensuite le cerveau , et produisent les convulsions. »
Un peu d'humorisme vient encore se mêler à l'opinion de Blackmore. Il no place le siège de l'hystérie dans aucun organe particulier. Il pense qu'elle se fixe partout où des humeurs nuisibles sont engendrées ou déposées par les nerfs ou vaisseaux lymphatiques. Il la fait ensuite consister essentiellement dans une constitution morbifique des esprits , ou dans une disposition à sortir de leur réservoir , à se consommer. De là résultent tous les dérangements de fonction^ tous les mouvements désordonnés.
Il était réservé à Sydenham d'apporter dans l'étude de l'hystérie une opinion qui , longtemps, a bouleversé toutes les idées sur cette maladie. Faisant jouer un très-grand rôle aux esprits animaux dans la plupart des maladies, et surtout dans les affections sine mater i à , dans les affections nerveuses ; par exemple dans l'hystérie et l'hypochondrie , il se vit conduire à les assimiler , parce qu'il leur trouvait une causalité commune et identique. Il fit donc dépendre l'hystérie de même que l'hypochondrie. Ex ataxia spirituum animalium in hanc iilamve partem , nimiâ copia et nimio impetu, ruentium , undè tune symptomata producuntur. Il combat les opinions qui en placent la cause dans le vice des humeurs ou du sang, ou dans l'altération des organes. C'est aussi dans YaffuiblissemoUd des esprits, qu'il fait consister la cause de la maladie. Ses esprits animaux sont remplacés aujourd'hui par notre fluide nerveux. Il a trop insisté sur leur accumulation dans différentes parties , et surtout sur la faiblesse qui en est la conséquence : car de celte manière, plus il y aurait de force et d'énergie dans un organe , plus il deviendrait faible.
Moins brillant que Sydenham et Boerhave , mais observateur non moins scrupuleux et attentif, Hoffmann nous a Jaissé son opinion sur l'hystérie, dans une dissertation excel-
de l'hystérie. 37
lente, comme le sont la plupart de celles qu'il nous a léguées. Il définit la maladie affectus generis nervosi spasmodico-convulsivus, ex utero a lymphâ et sanguine in ejus vasis retento vel corruptoproveniens, et per nervos ossis sacri ac lumbarum et totam medullam spinalem , universi eorporis partes nervosas plus minus infestons. Plus loin, il l'attribue à la tension spasmodique des nerfs, provenant du vice de la matrice chez les femmes : motus nervorum spasmodicus ex uteri vitio; et chez les hommes , il accuse l'inversion et la perversion du mouvement péristaltique des intestins : motus nervorum spasmodico flatulentus ab inverso ac perverso motu intestinorum peristaltico. Il reproduit la même opinion dans un autre endroit de ses œuvres. De ces points, le mal s'étend aux nerfs voisins et à toute l'économie : quorum partium spasmodicœ constrictiones posteà in nervos vicinos ossis sacri et lumbarum sese insinuant , et ob consensum totius medullœ spinalis , nerveas membranas gradatim occupât, à partibus inferioribus ad super iores sensim paulatimque sepropagando. Personne avant lui n'avait exposé une explication physiologique aus«i rationnelle. Il y aurait de l'injustice à le condamner à cause de quelques légères taches théoriques au sujet du jeu des esprits et des membranes. C'est donc le système nerveux qui est pour lui le siège et l'agent de la maladie, puisqu'il l'admet chez l'homme , et que chez ce dernier le point de départ ne peut venir de l'utérus.
Le premier et sans contredit le plus savant des nosologistes, Sauvages, place l'hystérie au nombre des spasmes cloniques universels, 4me ordre des spasmes qui constituent la 4m* classe. 11 nous indique par là , qu'il en fait une affection du système nerveux. « La cause prochaine de l'hystérie , ditil, est une grande philautie , amour effréné de la vie et des plaisirs , ce qui fait qu'on ne peut supporter les moindres incommodités , qu'on exagère , qu'on n'est pas établi dans ses résolutions, qu'on est fort sensible et irritable. »
Les idées de Raulin sur la sensibilité et l'irritabilité étaient assez justes pour l'époque où il vivait. Il en fit une heureuse application aux maladies nerveuses. Il prétend que les vapeurs , de quelque espèce qu'elles soient, ne sont que des symptômes qui se manifestent toujours par des mouvements irréguliers du genre nerveux. Les vapeurs, dit-il, ont aussi acquis des droits sur les hommes.... Leurs causes prochaines sont la sensibilité et l'irritabilité des fibres; il y joint les vices des liquides , les obstructions des vaisseaux sanguins , et même des lymphatiques et du tissu cellulaire , les obstructions du bas-ventre en général , celles de chaque viscère de cette cavité en particulier, la suppressiou et le flux immodéré des règles, les pertes blanches, enfin la métastase des vapeurs , ou le mécanisme renversé qui les porte du basventre , de la poitrine, de la tête , en d'autres viscères ou en d'autres parties.
La sagacité de Lorry se fait remarquer dans l'exposé historique, et dans la recherche des causes des affections hystériques , hypochondriaques et mélancoliques. Il les englobe toutes les trois comme ne faisant qu'une seule et même maladie , dont le sexe et quelques circonstances particulières décident les nuances ou les différences. Il enchérit donc sur Sydenham. Ces trois maladies ne sont à ses yeux que des affections purement nerveuses , qui ne diffèrent que de nom , et qui sont quelquefois occasionnées par l'atrabile , les obstructions, etc. Il regarde aussi le cerveau comme un des foyers principaux dont l'irritation où la modification maladive fait naître bien des fois celte mobilité générale. On ne doit pas s'étonner de cette opinion , elle n'est ici que l'extension de ce qui concerne plus spécialement l'hypochondrie et la mélancolie.
Dans son joli poème, intitulé : Nevropathia , Nicolas Flemyng se fait l'apologiste des esprits vitaux. H soutient avec Burgrave que toutes les parties du corps sont composées de
DK l'uystéuie. 39
nerfs et que le fluide nerveux en forme la base. Il en fait l'origine de l'hystérie, lorsque par les sympathies qu'exercent les organes les uns sur les autres , et surtout le cerveau et l'estomac, les esprits vitaux s'affaiblissent et deviennent trop aqueux.
La réputation que fît à son auteur l'ouvrage de Pomme se soutient encore , et, à part quelques opinions très-peu physiologiques , il est un des meilleurs traités que nous possédions sur ce sujet. Quoiqu'il se soit laissé entraîner par l'opinion de Sydenham sur l'idendité des deux affections hystérique ethypochondriaque, et qu'il les traite sous la dénomination commune d'affections nerveuses, de vapeurs, la force de la vérité les lui fait cependant distinguer, et il leur consacre à chacune une description particulière sous le nom d'affection vaporeuse hystérique chez la femme, et affection vaporeuse hypochondriaque chez V homme. Il leur attribue pour cause prochaine et immédiate le spasme , Téréthisme , la tension et le racornissement des nerfs. Les autres phénomènes qui accompagnent communément cette maladie n'en sont que les effets. « Ainsi , on n'est pas plus fondé à regarder la matrice comme le siège de l'hystérie que les vaisseaux spermatiques chez l'homme. Si elle est plus spécialement affectée, c'est à raison de sa structure et du jeu deses liqueurs. L'obstruction de chaque viscère sera l'effet du racornissement , et le cours irrégulier des esprits animaux sera celui de l'irritabilité et de l'excessive sensibilité du genre nerveux. » Il compare le racornissement des nerfs à une membrane desséchée ou à un morceau de parchemin humide et ensuite desséché. « Toutes les parties qui seront soumises à la puissance des nerfs, dit-il, seront par conséquent soumises au même ébranlement ; partout on trouvera le spasme, l'éréthisme , le racornissement , et partout on verra les esprits effarouchés, leurs mouvements désordonnés, parce que les nerfs qui en sont les conducteurs se trouvent éréthisés. »>
La théorie de Loob sur le système nerveux et sur ses canaux est en partie reproduite par Viridet. 11 entre en con" séquence dans de longues explications sur le cours régulier et irrégulier des esprits animaux, sur leur stagnation, leur accumulation, leur rapidité, sur le développement, la volatilisation et les effets des acides sur le cerveau et les nerfs , sur l'obstruction de leurs canaux par la compression qui les arrête et cause une explosion qui les fait remonter et leur fait produire les vapeurs.
Le traité de Whytt sur les maladies nerveuses est un des mieux élaborés et des plus complets que nous possédions : toutes les questions y sont envisagées sous leur véritable jour, et avec cet esprit de bonne foi et ce talent qui inspirent la confiance. Il ne nie pas entièrement l'influence des organes malades sur la production des phénomènes des affections nerveuses. « Néanmoins , dit il , comme il se rencontre dans ces maladies divers symptômes qui paraissent ne pouvoir pas dépendre d'un vice dans ces mêmes parties , et comme après la mort il ne reste souvent point de traces sensibles de ces maladies dans aucun des organes de l'abdomen , il me semble très-probable qu'elles puissent être fréquemment produites par quelques autres vices du corps moins aisés à reconnaître que les précédents.» Bientôt il est conduit à les placer dans le système nerveux , dont 1° une délicatesse et une sensibilité trop grande; 2° une faiblesse extraordinaire, sont les causes prédisposantes de la maladie , qui se développe lorsqu'une humeur morbifique qui circule dans le sang, ou toute autre cause externe ou interne , physique ou morale , vient agir sur eux. »
Nous ne mentionnerons le docteur Adamo Nietzki, que parce qu'il adopte en entier l'opinion généralement reçue alors de l'identité de l'hystérie et de l'hypochondrie , avec la seule différence que l'une appartient à la femme , l'autre à l'homme. (Elcmcnta pathologiœ univa'sœ. )
de l'uystéiue. 41
Nous no saurions donner assez d'éloges aux efforts que ïissot a faits pour éclairer l'histoire et la thérapeutique des maladies nerveuses. Son traité des nerfs eut une réputation qui se soutiendra toujours, parce qu'il s'appuie sur les faits. On trouve partout le cachet du savant érudil et modeste, et de l'observateur attentif et judicieux, qui doute de tout, excepté de la toute puissance de la nature. Il n'oublie rien dans la recherche des causes physiques et morales de ces maladies; son livre en est un compendium universel. Cependant on ne peut se dissimuler que la manière générale dont il envisage ces affections sans les préciser ni les isoler, répand sur ses écrits une sorte de vague qui en rend la lecture souvent pénible et moins profitable. L'hystérie, par exemple, se trouve partout et nulle part. Selon lui , toutes les maladies sont dépendantes d'une trop grande mobilité ou irritabilité du système nerveux , qui est ensuite mise en jeu par les causes innombrables indiquées. Personne après Cheyne n'a mieux apprécié ces causes, et n'a fait une part plus juste à chaque circonstance dépendante de l'éducation , du régime, des affections morales et du gouvernement. Le docteur Cerise devait seul le surpasser plus tard.
Pour avoir jeté moins d'éclat que ceux de Tissot, l'ouvrage de Pressavin n'en contient pas moins des réflexions fort importantes et qui décèlent l'observateur scrupuleux et profond. Il commence à dire qu'on a donné improprement le nom de vapeurs à un état contrejnature du genre nerveux. « Nous voyons à n'en pas douter, dit-il plus loin , que cette maladie est l'effet d'une idiosyncrasie particulière du «enre nerveux, qui le rend si mobile et en môme temps si sensible, que la plus petite cause est capable d'exciter en lui les mouvements les plus violents et en même temps les plus irréguliers. » Plus loin encore : « La trop grande délicatesse de la fibre nerveuse est la seule cause de sa trop grande mobilité et de sa sensibilité trop exquise... Les affections nerveuses ,
dit-il ailleurs, qui prennent leur origine dans la matrice, et que les anciens ont nommées hystériques , peuvent exister dans une personne d'ailleurs très-robuste, et en qui les forces centrales jouissent de la plus grande vigueur, parce qu'elles sont l'effet d'une simple affection contre nature de la matrice qui augmente sa mobilité et sa sensibilité , au point que la plus petite cause est capable d'occasionner en elle une irritation qui se communique ensuite aux autres organes avec
lesquels ses nerfs correspondent J'ai vu souvent des
femmes de la campagne d'une très-forte constitution , et sans aucune disposition à l'hystérie, être, dans certains temps, cruellement tourmentées par tous les accidents qui caractérisent les vapeurs hystériques. »
C'est toujours au système nerveux qu'il faut rapporter l'opinion d'Allen. Malgré les soins qu'il prend pour paraître créer une théorie nouvelle, on retrouve la mobilité et l'action nerveuse déguisées dans le trouble des parties spiritueuses et des fibres musculeuses les plus déliées et les plus mobiles , dans lequel il fait consister les causes immédiates de l'hystérie. Pour bien comprendre ses explications , il faut savoir que , selon lui, « toutes les parties molles sont traversées par des fibres charnues et nerveuses , qui tiennent entre elles, qui correspondent les unes avec les autres, et font ainsi correspondre chaque organe à toutes les parties du corps, etc. »
La place que Linnœus donne à l'hystérie dans sa classification ne peut laisser de doute sur le caractère qu'il lui attribue, il la range au nombre des maladies convulsives, morbi motnrii , ordre des spastiques , dont le siège et la cause prochaine se trouvent dans une grande irritabilité du système nerveux.
Il eût été difficile que Barthez , cette gloire de l'école de Montpellier , ne jetât pas un coup-d'œil perçant sur les maladies nerveuses ou vapeurs. Aussi , dans leur génération
de l'hystérie. 43
a-il fait jouer au principe vital le rôle important qu'il lui a créé : « Dans ces maladies , dit-il , le système entier des forces du principe vital est affaibli par une altération habituelle, qui s'est introduite dans les forces sensitives , et dans leur influence sur les forces motrices. Lorsque ce changement général du système des forces vitales existe à un trèshaut degré , sans avoir pour cause principale aucune lésion permanente de tel ou tel organe , elle constitue une maladie à laquelle on a donné le nom de vapeurs, et qu'on a nommée aussi névropathie. Cette maladie , très-variée dans ses effets , doit être distinguée de la passion hystérique et de l'affection mélancolique hypochondriaque , et de l'état nerveux qui est borné aux organes digestifs , quoique chacune de ces affections différentes puisse coexister avec elle. »
Dans le volume où Gardien traite des maladies des femmes , il se range à la manière de voir de Tissot. Il pense avec lui que l'hystérie est due le plus souvent à l'état du système nerveux général. Il se fonde sur ce que bien des fois les femmes sont hystériques , quoique toutes les fonctions de la matrice soient dans un état parfaitement naturel. L'assimilant aux névralgies de Chaussier, il serait disposé a en placer le siège dans les plexus pulmonaires et cardiaques.
C'est avec le plus grand étonnement que nous avons vu le célèbre Hufeland, ( Manuel de médecine pratique, t. 1. p. 300.) confondre encore l'hystérie avec l'hypochondrie , et ne les distinguer qu'en ce que l'une est la maladie chez les hommes, et l'autre est la maladie chez les femmes. Il en fait une augmentation*, une anomalie pathologique de la sensibilité dans le système nerveux, principalement dans celui de l'estomac et du système digestif . De là, une réaction et des sympathies nouvelles et extraordinaires ; il admet ensuite que tout dépend de l'irritation ou de la faiblesse des nerfs , c'est ensuite là-dessus qu'il base toute sa thérapeutique. Nous y trouvons de sages conseils, tels qu'on devait les at-
tendre d'un praticien aussi distingué. Cependant nous avons vu avec peine que l'idée prédominante de la faiblesse nerveuse l'avait entraîné à prodiguer les toniques et les stimulants. Peut-être aussi la constitution de la population au milieu de laquelle il vivait, et l'état de l'astmophère et des lieux , exigent-ils ce traitement énergique , qui serait fâcheux dans nos contrées : Hufeland écrivait tin aère berolinense. J'ai cru devoir présenter cette réflexion , parce que l'ouvrage estimable du médecin prussien qui honora tant la médecine, et par ses talents et par son beau caractère , est entre les mains de tout le monde , et sert de guide à la plupart des praticiens.
Dans son Cours de pathologie interne, M. le professeur Andral s'élève avec force contre les opinions qui placent le siège de l'hystérie soit dans le cerveau , soit dans la matrice, et il en fait une affection nerveuse , ayant son siège dans le système nerveux cérébral , dont la perturbation qui donne naissance à la maladie, peut être produite à propos de lésions d'organes quelconques. Il reconnaît en même temps que , parmi ces lésions, il n'en est pas de plus favorables à la production de l'hystérie, que celles de l'utérus. Dans le reste de cet article, il règne la plus grande sagesse et la plus grande réserve , tout y est en harmonie avec l'observation.
Nous devons mentionner ici l'opinion de M. Barbier d'Amiens , quoiqu'elle n'appartienne pas au système nerveux cérébral. En effet, il place le siège de l'hystérie dans le système nerveux-ganglionnaire-abdominal , et surtout dans le plexus solaire et les ganglions semilunaires. C'est à l'influence active de cet appareil nerveux, qu'il attribue tous les phénomènes de sensations de boule , de mouvements abdominaux , de constrictions spasmodiques , de développement de gaz , qni ont lieu d'abord et dans le premier degré , et plus tard les phénomènes plus généraux qui surviennent à la poitrine, à la tête et aux membres. Pour établir son
de l'hystérie. 45
opinion, il fait des efforts dont on doit lui savoir gré. Malheureusement il n'a pas su renfermer le système nerveux ganglionnaire dans ses véritables attributions. Il en a étendu la puissance à des actes qui sont tout-à-fait indépendants de lui. Ainsi, celte sensation de boule est une sensation cérébrale, elle ne peut être reçue ni transmise que par les nerfs cérébraux et jamais par les nerfs ganglionnaires. Chacun ses fonctions : cuique suum. Dès lors cette opinion pèche par la base et croule d'elle-même , malgré tout le talent que son auteur a mis à la développer dans le premier volume de son Précis de nosologie et de thérapeutique.
Mr'F. V. Mérat vient de publier dans la Revue médicale , octobre 1844 , un mémoire fort intéressant sur les maladies du système nerveux ganglionnaire. L'auteur , adoptant toutes les idées physiologiques de M. Brachet sans presque le citer, place l'hystérie dans la portion utérine de ce système, afin d'en faire une névrose ganglionnaire. Son opinion, émise ainsi sans discussion , est une simple assertion qui demande d'autres détails , et surtout des preuves pour mériter une confiance légitime.
Le 10 août 1846, M. Gendrin a écrit à l'Académie de médecine une note par laquelle il veut prendre date pour ses opinions nouvelles. L'hystérie est toujours continue ; ses apparences de crises ou d'accès n'ont aucune prise sur elle. Elle est une anesthésie partielle ou générale des téguments, des sens et même des organes intérieurs. Une forme assez fréquente est sa coïncidence avec des paroxysmes d'extase ou de manie. Cette anesthésie permet impunément, surtout dans les moments les plus intenses l'administration de doses énormes des remèdes calmants, tels que l'opium, la belladonne, la jusquiame. Le remède le plus efficace est l'opium , donné de 30 à 75 centigrammes , en augmentant progressivement jusqu'au narcotisme. La belladonne et la jusquiame lui paraissent avoir réussi quelquefois. Il obtient
également de bons effets de l'éther à haute dose, 20, 25, 30 grammes par jour. Jamais , dit-il , il ne produit d'accidents. En parcourant les auteurs qui ont ainsi émis leurs opinions sur l'hystérie, nous pourrions en ajouter à cette catégorie beaucoup que nous avons préféré placer dans d'autres, parce que beaucoup ont fixé le siège de la maladie ou sa cause dans d'autres organes , en même temps qu'ils ont rendu le système nerveux , le siège et l'agent des actes morbides. Nous eussions pu également les diviser en plusieurs sections , selon la manière dont ils ont expliqué l'action des nerfs ou l'essence de la maladie. Nous aurions pu , avec les uns, voirie vieil humorisme inciter les nerfs et leur imprimer la modification hystérique; avec d'autres, faire tout dépendre de certaines explosions nerveuses, des esprits animaux, du fluide nerveux, de leur ataxie; avec d'autres enfin , nous renfermer dans l'exposition simple des actes anormaux dépendants de ce système , pour en déduire le mode d'altération vitale et le mode d'action et d'influence. Dans ce mode d'examen historique , nous aurions pu suivre pas à pas la marche de la médecine , les progrès de l'anatomie et de la physiologie du système nerveux, l'influence que chaque époque et chaque opinion de ces époques ont exercée sur la manière d'envisager la question. Cette étude physiologique aurait de l'intérêt sans doute ; mais elle nous écarterait de notre but en allongeant outre mesure un sujet qui , par luimême, l'est déjà beaucoup trop pour un travail de concours. Contentons-nous de faire observer combien la question du siège et de la cause de l'hystérie s'est simplifiée , à mesure que l'anatomie et la physiologie des deux systèmes nerveux se sont perfectionnées, et ont acquis ce degré de certitude qu'on ne pouvait pas en attendre à une époque plus éloignée.
de l'hystérie. 47
Siège dans le cerveau.
En même temps que l'anatomie étendait ses connaissances dans l'étude du système nerveux , elle y ajoutait chaque jour aussi de nouvelles recherches sur la structure et les fonctions du cerveau. Il devenait donc bien naturel de voir les hommes qui dirigeaient leurs études plus spécialement sur cet organe , lui rapporter le siège des maladies dans lesquelles il parait jouer un rôle important. Aussi quelques-uns lui ont accordé tous les honneurs de la maladie , d'autres ne l'ontfait intervenir qu'en communauté d'action avec d'autres organes ou appareils. Nous ne devons mentionner ici que les premiers.
Nous croyons devoir mettre en tête Charles Pison ou Lepois, quoique Pratis, médecin arabe, ait eu la même pensée ; ce qui l'avait porté à distinguer l'hystérie sous le nom de céphalalgie froide , dont il donna une description fort exacte. Observateur attentif et plein de sagacité , Pison s'éleva contre l'opinion généralement reçue de Galien : Nous croyons, dit-il , être en droit de conclure que tous ces symptômes auxquels on donne mal à propos le nom de symptômes hystériques ou dépendants delà matrice, sont .attribués sur de fausses raisons à la matrice , à l'estomae ou aux autres viscères. Ils viennent tous de la tête. C'est cette partie qui , étant affectée non sympathiquement mais idiopathiquement, produit les mouvements qui se font sentir dans tout le corps : et il imagina une colluvies serosa juxta nervorum origines congesta , d'où naît l'affection generis nervosi , qui commence par la moelle spinale qu'elle atteint, presse et distend , et i s'efforce d'en donner la démonstration anatomique sur le cadavre : Itaque concludamus , tôt tanlorum symptomatum quœ falso hysterica creduntur , parum justis de causis uterum,ventriculum aut àliud ex visceribus accusari , sed corum omnium
unum caput esse parentem , idque non pcr sympathiam , sed per idiopathiam affectummalc etperculsum eos motus universumconcutienles ciere...hysterica symptomata omnia ferè viris cum mulieribus communia sunt.
Vient ensuite AVillis, à qui nous sommes redevables des considérations pratiques les plus importantes sur les affections nerveuses. Il place le siège de l'hystérie dans le cerveau et dans le genre nerveux. Ses réflexions, preuves et raisonnements en faveur de son opinion ne laissent rien à désirer ; si bien que Georget n'a pu mieux faire que de se les approprier lorsqu'il a voulu faire revivre la même opinion. Selon lui , elle est appuyée sur l'autopsie cadavérique et sur les causes qui sont toutes morales ou intellectuelles. Ce n'est que secondairement que le mal s'étend du cerveau aux nerfs intérieurs et extérieurs, qui, par l'habitude, contractent la diathèse hystérique, la diathèse spasmodique. Il ne nie pas l'influence de l'utérus; mais il pense que cet organe n'agit que comme les autres viscères du bas-ventre quand ils sont malades, en réagissant par ses nerfs sur les autres nerfs: il pense même que le mésentère est le plus souvent le siège de cette réaction. Faisons abstraction de sa théorie sur les obstructions des nerfs et sur les explosions des esprits animaux, copulam cœplosivam spiritus animales turhatos etanomalcs, etc., et nous aurons sur cette matière le chapitre peutêtre le meilleur cl le plus substantiel. Aux raisons anatomiques qu'on donnait pour combattre l'opinion des voyages de la matrice , il en joignit une assez importante : chez les vierges et chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfants, dit-il, le volume de l'utérus est si petit que , même en admettant qu'il pût changer de place , il ne ferait éprouver aucune sen" sation.
Nous rangeons aussi Oosterdyk Schacht au nombre des partisans du siège de Phystéric dans le cerveau : il admet une mélancolie nerveuse hystérique sans matière, qui dépend
Dfe l'iiystêrib. 49
Uniquement du cours déréglé des esprits, et dont la cause prochaine réside dans les nerfs , ou dans le sensorium commun , ou dans tous les deux.
Celui de tous les auteurs qui s'est expliqué de la manière la plus explicite en faveur de cette opinion , c'est Georget. Bien jeune encore, il promettait beaucoup à la science, et il aurait tenu ce qu'une mort prématurée ne lui a pas permis d'accomplir. Il a reproduit avec énergie toutes les raisons capables de rétablir le siège de l'hystérie dans le cerveau , en la faisant consister dans un certain mode d'irritation de cet organe , dont dépendent tous les autres phénomènes : il la regarde comme le premier degré de l'épilepsie , et il en fait une cérébropathie. Il est vrai que plus tard , sans renoncer à son opinion , il a rayé cette dénomination de son article hystérie du dictionnaire de médecine. D'après ces idées , sa thérapeutique est franchement hygiénique. Les calmants , dit-il, calment en général fort peu, et les antispasmodiques font rarement cesser les spasmes.
Marchant sur les traces de Georget, ayant examiné dans les mêmes lieux , au sein d'un hôpital d'aliénés, ayant respiré le même air et reçu les mêmes inspirations , M. Voisin a émis les mêmes opinions, soit pour combattre le siège de l'hystérie dans l'utérus , soit pour le placer dans l'encéphale. Il s'appuie pour cela sur quelques faits recueillis à la Salpêtrière, trois par M. Moreau de Cadillac, et trois par luimême , et sur trois faits d'hystérie chez les hommes.
Quoique l'opinion de M. Girard de Marteau soit mixte, en ce qu'elle place le siège de la maladie tout à la fois dans le cerveau et dans le nerf pneumogastrique , nous le comprenons cependant dans cette série parce qu'il fait à l'encéphale la part la plus large comme point de départ, comme agent incitateur des autres phénomènes qui ne sont alors que des réactions symptomatiques. Aussi il en fait une maladie irritative consistant dans un surcroit d'inervation cn-
voyé par le cerveau sur les nerfs pneumogastriques. 11 n'est pas possible d'apporter de meilleures raisons que celles qu'il donne pour prouver que l'hystérie n'a pas son siège dans la matrice.
Dans un mémoire rempli de vues ingénieuses sur les affections nerveuses dites hystériques , M. Girard, médecin de l'hôpital des aliénés à Auxerre , prétend que Y hystérie est une modification vicieuse de l'organisme, localisée dans le cerveau, et qu'elle consiste dans une irritabilité rapide de V énergie des facultés innervantes de cet organe. Et il apporte, en faveur de cette opinion , une foule de considérations physiologiques plus profondes que lumineuses.
Nous n'avons pas dû faire mention de tous ceux qui ont fait intervenir secondairement le cerveau dans les phénomènes hystériques : ainsi que nous l'avons vu , il s'en trouve beaucoup et parmi les humoristes et parmi les névrisles. Nous avons dû ne parler ici que de ceux qui ont spécialement regardé le cerveau comme l'organe essentiellement malade, comme le siège, le point de départ de la maladie.
Ici viennent se placer deux hommes connus dans le monde savant par leurs travaux et leurs opinions phrénologiques : Gall , créateur ingénieux et infatigable de sa doctrine, ayant placé dans le cervelet le siège de l'amour physique et de toutes les influences génératrices, a dû faire et a fait de cet organe le siège de l'hystérie , attendu que la plupart des auteurs avaient rattaché cette maladie aux organes de la génération.
M. Imbert, de Lyon, sectateur habile de la doctrine phrénologique , fait tous ses efforts pour établir celte hypothèse sur des bases solides , et il en tire la conséquence de l'existence de l'hystérie chez les hommes comme chez les femmes. Mais en rejetant tout ce qui contrarie son opinion, il mutile et défigure la description qu'il fait de la maladie.
Nousdevons rattachera cette classe l'opinion de M. Auiard,
de l'hystérie. 5t
dont Y association intellectuelle et méthodique, etc., contient cependant de bonnes choses, au milieu d'un dévergondage d'esprit et de bon sens , bien propre à faire rire celui qui aura le courage de le lire. Il regarde les névroses comme une contraction convulsive spontanée de la moelle nerveuse encéphalique ou rachidienne. Pour en expliquer les différents phénomènes , il admet un fluide nerveux éthéré , une atmosphère, un éther cérébral qui se dirige çà et là , se condense dans différents points , etc. Faisant l'application de cette théorie à l'hystérie, il la fait dépendre de la contraction convulsive de la moelle nerveuse de la partie inférieure de l'épine , qui s'étend ensuite aux parties supérieures , et se caractérise par la syncope, la boule, etc.
Un médecin américain , le docteur Tate , a reproduit une opinion analogue , en faisant consister l'hystérie dans l'irritation d'un point quelconque de la moelle épinière , d'où il est facile de faire émaner tous les autres phénomènes.
Siège dans diverses parties.
Quoique ce soient là les principaux foyers ou sièges qu'on ait reconnus à l'hystérie, ils ne sont pas les seuls : on lui en a assigné beaucoup d'autres , soit d'après des faits isolés, soit d'après des théories spéciales et dans lesquelles on a cru pouvoir faire entrer la maladie. C'est ainsi que nous avons vu Hygmor admettre une sorte de congestion sanguine dans les poumons, comme cause de tous les accidents : pathemata hijsterica à sanguine in pulmoncs impetuosius irruente , où il suppose qu'il entre une espèce d'effervescence et d'ébullition qui engoue les poumons , gêne la respiration , distend le cœur, ne lui permet pas de se vider complètement à chaque contraction , abaisse le diaphragme.
C'est ainsi qu'après avoir rejeté les vices présumés des solides ou des liquides , Purcell admet un vice de coction qui transforme les aliments en crudités, lesquelles séjournent
dans l'estomac, y causent des pesanteurs et des borborygmes, passent dans les intestins, y fermentent , se dissolvent, s'introduisent par les vaisseaux lactés dans le sang, et vont causer le désordre des esprits, d'où proviennent tous les autres phénomènes.
Il en est de même de Pitcarn, qui attribue la passion hystérique à ce que le chyle et le sang ne sont pas suffisamment travaillés et broyés dans l'estomac , l'intestin , le poumon et la rate. Le défaut de ce broiement produit l'acide qu'on observe quelquefois dans l'estomac et les intestins. Lorsqu'il survient des mouvements convulsifs, ils sont produits parla compression qu'exercent sur le cerveau de petites artères où il circule un sang qui n'est pas assez broyé.
Nous pouvons envisager sous le même point de vue l'opinion de Hunauld, qui, tout en distinguant plusieurs sortes de vapeurs simples, composées, errantes, etc., confond, sous cette dénomination , l'hypochondrie et l'hystérie. Tout le mal vient du plus ou moins de chaleur dans l'estomac pour en précipiter ou en ralentir la digestion et produire des sucs mal conditionnés et vaporeux , les uns avec trop de crudité, les autres avec trop d'acrimonie bilieuse ou saline
Les esprits étrangers qui , dans l'état de santé , se dissipaient par la transpiration , étant alors retenus par le trouble de cette fonction, se répandent çà et là, et , ne trouvant plus d'issue, occasionnent par leur impétuosité plus ou moins grande, le désordre et l'agitation.
Méad , ne lui trouvant pas des causes ni des symptômes qui indiquent la lésion d'un organe plutôt que d'un autre, en fait une maladie générale, dans laquelle tout l'organisme est troublé : non unam sedem habet, dit-il , sed totius corporis est.
L'opinion de Vogel se rapproche de la précédente par le siège qu'il lui assigne : affeclio hysterica , dit-il , eadem fere est insequiori sexu , ac hypochondria in nobiliori ; et il ne fait qu'énumérer en peu de mois les causes, les symptômes
de l'hystérie. o3
cl le traitement pour en démontrer l'analogie. En conséquence , il la classe parmi les spasmes , et il admet la même cause prochaine , une grande débilité de l'estomac et des intestins.
Nous aurions placé l'opinion de Ludwig parmi celles qui font de l'hystérie une maladie nerveuse, s'il n'en eût pas fait le dernier chapitre des maladies de l'abdomen , pour nous donner à entendre que c'était dans cette partie ou dans les viscères qui y sont renfermés qu'il en plaçait le foyer : car il s'exprime d'une manière assez catégorique à ce sujet : Causa praœimajn irritatione systematis nervosi constitit , quœ forte à summa mobilitate fluidi nervi non satis definienda pendet , hinc spasmi , etc.
Broussais en a fait une gastro-entérite, comme on peut en juger par la proposition suivante : « L'hystérie paraît être rattachée à la même cause que l'hypochondrie , qui n'est qu'une gastro-entérite agissant sur le cerveau ; » ce n'est là qu'une des contradictions nombreuses qu'on rencontre dans ce médecin célèbre , puisque nous avons vu plus haut qu'il en faisait une lésion de l'utérus.
Enfin , pour terminer cette longue énumération des opinions émises sur le siège de l'hystérie , nous ferons une mention particulière de celle de Stahl. Dans cette affection comme dans beaucoup d'autres , ce fondateur du vitalisme moderne fait jouer un grand rôle à la veine-porte. Selon lui , la maladie consiste dans la congestion d'un sang abondant et trop épais qui ne circule pas avec régularité dans cette veine , et dans l'effort qu'il fait pour se procurer une sortie, soit par les parties supérieures, soit par les parties inférieures. L'atonie venteuse est la cause accidentelle de ces symptômes, et ils ont pour cause conjointe la distension successive des vaisseaux mésaraïques et spléniques , que produisent les stases qui s'y forment et les efforts que fait la nature pour les dissiper. On pourrait encore trouver une théorie dans sa doc-
trine sur les mouvements toniques, sur les variations toniques contre nature et sur les spasmes.
Malgré les soins que j'ai mis à recueillir ce qu'avaient de plus saillant les opinions des auteurs sur l'hystérie, je suis bien loin d'avoir épuisé ce sujet. Toutefois celles que j'ai rapportées sont suffisantes pour le but que je me suis proposé. Elles représentant les opinions principales, et autour d'elles peuvent se grouper aisément toutes celles que j'ai omises en grand nombre. Parmi les opinions émises , il en est beaucoup qui ne comptent plus dans la science que comme souvenir : trois seulement me paraissent devoir fixer l'attention , parce que ce sont elles qui aujourd'hui partagent les praticiens , et qu'elles émanent loutes les trois d'explications physiologiques en harmonie avec les doctrines les plus saines de notre époque. Ce sont celles qui placent le siège de l'hystérie, l'une dans l'utérus, l'autre dans l'encéphale, et la troisième dans le système nerveux cérébral , et qui en font des névroses de ces organes ou appareils.
Pour le moment nous nous contentons de les indiquer ; nous serons obligés d'y revenir et de les examiner bien scrupuleusement, afin de nous laisser conduire, par cet examen, à l'adoption de celle dont les phénomènes se trouvent liés plus naturellement aux actes physiologiques dont ils émanent. Disons par anticipation que, dans nos réflexions critiques, nous serons toujours juste et indulgent, soit envers l'ignorance des siècles passés , soit envers les erreurs des contemporains. Nous n'oublierons pas qu'il y a derrière nous des générations qui auront le droit de nous traiter avec la même sévérité. Jusqu'à présent nous n'avons été que simple historien, et comme le dit Montaigne : « Nous savons dire, Cicéron dict ainsi, voilà les mœurs de Platon, ce sont les mois mesme d'Aristote: mais nous, que disons nous notis -mesme? que faisons-nous? que jugeons-nous? autant en dirait bien un perroquet. »
de l'hystérie. 55
Pour peu que l'esprit se soit occupé de ces nombreuses opinions , il pourra se convaincre qu'elles ne sont la plupart, pas aussi différentes les unes des autres qu'on pourrait le <:roire d'abord. Bien souvent les expressions et le langage seuls ont changé , tellement qu'on leur trouverait la plus parfaite identité, si l'on voulait reconnaître la presque synonymie de ces dénominations qui changent avec le temps et avec la théorie du jour. En effet, pour l'observateur attentif, principes volatils , acres, acides, subtils, alcalins, esprits animaux ou vitaux , vapeur , matière subtile , fluide éthéré ou particulier, corps impondérable , émanation , érection vitale, stimulus, irritation qui s'élance , modification pathologique, mouvements sympathiques, explosion des esprits, ataxie, etc. , ne sont-ils pas seulement des expressions diverses qui expriment la même pensée ? Qu'on y réfléchisse bien, et l'on verra que chaque époque a eu sa théorie, chaque théorie son langage , et que chaque langage n'en a pas moins dépeint la même maladie , et nous ne nous élèverons pas avec autant d'aigreur contre les opinions de nos devanciers, puisqu'elles diffèrent moins dans le fond , qu'elles ne le paraissent dans la forme et dans le langage. Ils ont employé les formes en usage , comme ils se servaient de la langue grecque ou latine. Un homme doit toujours être de son époque et de son pays , autrement il serait réputé un fou , un ignorant, un être sans raison. Nous avons fait sans doute beaucoup de progrès , et cependant , oserions - nous nous flatter de pouvoir tout comprendre? Nos prétendues découvertes ne sont-ellGs pas bien souvent de simples recrépissages avec une couleur différente? Ne ressemblons-nous pas à ces premiers habitants des bords de l'Océan , qui se figuraient que le ciel et la mer se touchaient dans un point éloigné? Des navigateurs furent chercher ce point et ne le trouvèrent pas. Combien de théories s'évanouissent ainsi lorsqu'on veut les chercher! La nature nous a inspiré la curiosité de con-
naître les choses , et c'est à ce désir si louable que nous sommes redevables de tant de recherches savantes et de tant de rêves ridicules. Ce don, comme le dit l'écriture, n'aurait-il été fait à l'homme que pour lui servir de piège?
Considérations physiologiques.
Avant de passer à l'étude physique et morale de la femme, il est bon de nous entendre sur quelques points de physiologie encore controversés. La maladie dont nous nous occupons est essentiellement nerveuse ; tous les auteurs modernes s'accordent sur ce point, quel que soit le siège précis qu'ils lui assignent et dont ils font le point de départ. Il nous importe donc de bien fixer notre manière d'envisager le vaste appareil des nerfs , sans nous occuper du reste de la physiologie. Rien ne se meut dans l'économie que par une impulsion intérieure , un agent insaisissable mais bien connu par ses effets. Solides et liquides , tout reconnaît les lois de la vie. Sans elle les corps organisés ne diffèrent pas des corps bruts. Nous ne nous exposerons pas à nous fourvoyer dans les routes ténébreuses de son essence; mais nous devons savoir comment elle se manifeste , par quels agents elle va animer l'économie et ses nombreux organes. — Comment elle se manifeste ! Tous les physiologistes le disent : c'est par l'exécution des fonctions , c'est par les actes de chaque partie, de chaque tissu. — Par quels agents! Ici l'accord n'est pas aussi complet. Les uns admettent une sorte de panthéisme microscomique , à l'aide duquel l'économie entière est saturée dans chacune de ses parties , de ce principe de vie qui lui donne toutes les facultés vitales dont elle jouit. Les autres , en plus grand nombre , admettent dans les cordons nerveux des agents dispensateurs de la vie, qu'ils vont porter dans tous les organes. Nous nous rangeons sous la bannière de ces derniers. Ainsi, pour nous, les nerfs sont
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les agents ou les conducteurs de la vie , ou de cette incitation vitale qui va animer tout. Il se présente une question de la plus haute importance. Cette transmission se fait-elle la même pour tous les organes , pour tous les actes ? En un mot, l'action vitale, que nous pouvons traduire par l'expression d'action nerveuse , à cause des cordons qui la transmettent, est-elle univoque ou uniforme? est-elle identique? Les difficultés sont grandes et les opinions très-di visées. Laissant de côté toute espèce de polémique sur un sujet aussi grave , aussi brûlant de passions , je vais dire ce que je crois, parce que cela me paraît plus en harmonie avec les faits , avec l'observation et la pathologie. Je ne ferai que répéter ce qui a été dit bien avant moi, et ce que je n'adopte avec confiance , que parce que la démonstration m'en parait évidente et naturelle. Deux ordres d'actes et deux ordres de fonctions constituent ce que Bichat appelait les deux vies (4). A l'une appartiennent les fonctions et les actes qui s'exécutent sous l'influence directe du système nerveux cérébral: c'est la vie animale ou vie de relation, ou vie cérébrale. A l'autre appartiennent les fonctions et les actes qui s'exécutent sous l'influence directe du système nerveux ganglionnaire. Des attaques nombreuses ont été dirigées contre cette classification ; mais elles ne lui ont rien substitué d'aussi naturel. Bien plus , elles nous ont paru faiblir devant les faits péremptoires rapportés par M. Brachet , qui a démontré ce que Bichat avait deviné , et que M. V. Mérat vient de sanctionner dans un mémoire rempli d'intérêt sur les névroses du système nerveux ganglionnaire.
Les actes physiologiques soumis à l'influence du cerveau,
(l) Par vit Bichat n'entendait et nous n'entendons avec lui qu'une manière d'exprimer ces deux grandes modifications des actes de la vie. Cette remarque était nécessaire pour éviter le reproche au moins irréfléchi que plusieurs détracteurs adressent à Bichat d'avoir partagé des choses indhisibles.
se rattachent, en dernière analyse, à deux actes principaux, la sensation et la contraction. Par la sensation, l'encéphale est informé de toutes les impressions qui ont lieu sur le trajet ou à l'extrémité des cordons nerveux. Que cette sensation soit générale ou spéciale, elle est toujours perçue : c'est la sensation cérébrale. Par la contraction , des organes d'une nature particulière et connus sous le nom de muscles , exécutent, sous l'influence de l'encéphale, des mouvements étendus et bien sensibles. Tous les muscles , le cœur seul excepté , sont soumis à cette influence du cerveau : c'est la contraction cérébrale. Ainsi, dans cet ordre d'actes, le cerveau est à la fois aboutissant et point de départ. ïl est le centre et le nœud de cette vie, Qu'il meure, tous les actes qui en dépendent meurent avec lui. Qu'il cesse de communiquer avec un point , par l'interruption du cordon nerveux qui établit la chaîne de communication entre ce point et lui, ce point meurt à la vie cérébrale , c'est-à-dire que les actes de la vie cérébrale ne s'exécutent plus.
De même que les précédents, les actes physiologiques ganglionnaires se réduisent , en dernière analyse , à la sensation et à la contraction. Cette sensation et cette contraction , étant indépendantes de l'encéphale, s'exécutent à son insu et sans sa participation. En conséquence, cette sensation n'est point perçue par l'organe de l'intelligence , qui n'en a et ne peut en avoir aucune conscience directe : mais elle n'en est pas moins réelle. Elle est reçue par le système nerveux ganglionnaire qui , étant disséminé partout , ne présente aucun centre, aucun aboutissant commun qui en reçoive la perception, qui en ait la conscience. C'est la différence de ces deux modes de sensations, si mal appréciés avant Bichat, qui a occasionné et qui occasionne encore tant de discussions oiseuses si souvent inintelligibles, qu'il serait si facile de simplifier en les rattachant franchement à ces deux agents nerveux , cérébral et ganglionnaire.
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La contraction organique ou ganglionnaire , pour n'être pas toujours sensible à l'œil nu , disons - nous, n'en est pas moins réelle. C'est elle qui préside à l'absorption , à la circulation , à la nutrition et à toutes les sécrétions. Sans elle on ne peut concevoir aucun mouvement dans l'organisme , parce qu'aucun mouvement ne peut être imprimé aux mollécules , que par l'action ou la contraction des tissus. Vainement l'endosmose a cherché à expliquer ces faits ; elle est restée impuissante, lorsqu'il a fallu rendre compte de toutes les mille modifications qu'ils présentent à chaque instant. Mais cette action des tissus ne peut s'opérer qu'en vertu de la sensation que produit la présence des mollécules sur les tissus eux-mêmes. La sensation précède toujours la contraction : elle lui est essentiellement liée; sans elle il n'y aurait point de contraction. C'est elle aussi qui détermine le mode d'action des tissus sur les mollécules pour en opérer les associations et les transformations diverses. II a échappé à l'endosmose et à l'exosmose ; leurs brillantes promesses ont été paralysées par la vie dont elles ne tenaient pas compte.
Tous les actes de l'économie ne peuvent donc , par une analyse sévère, que remonter à ces quatre actes primitifs. Toutes les fonctions ne peuvent s'opérer qu'en vertu de l'un de ces actes ou de leur association ; et dans toutes, nous en retrouvons toujours au moins un ou la combinaison d'un plus ou moins grand nombre. Mais il est toujours facile de les isoler et de les reporter à l'ordre auquel ils appartiennent chacun. Cet isolement est si grand, si manifeste, non-seulement en santé, mais surtout en maladie , qu'il sera toujours facile à celui qui voudra se livrer consciencieusement à cette analyse , de faire au juste la part d'action de chacun d'eux dans les phénomènes vitaux et morbides. Il va même plus loin : il s'étend à la mort. Chacun de ces deux ordres peut mourir isolément, et laisser lui survivre l'autre ordre pcn-
dant un temps plus ou moins long. N'a-t-on pas vu bien des fois, après la mort cérébrale, après l'extinction complète des facultés intellectuelles , sensitives et motrices, des sueurs avoir lieu , des bémorrhagies survenir , des tumeurs disparaître ou diminuer, des rougeurs inflammatoires s'effacer, les poils grandir, etc. ? N'a-t-on pas vu d'autre part la vie cérébrale survivre à la vie ganglionnaire? ou plutôt n'a-t-on pas vu très-souvent la conscience intellectuelle, la conscience sentimentale et sensitive , et la puissance musculaire s'exercer encore , après que le froid glacial du corps, que la cessation de la circulation du cœur et des capillaires , annonçaient la mort de la vie ganglionnaire? Il était essentiel de signaler cette particularité. Nous aurons occasion d'y revenir et d'en tirer un parti important.
Cette manière d'expliquer les pbénomènes de la vie, quoique le résultat d'une association du vitalisme avec l'organicisme, serait encore insuffisante si elle était exclusive ; elle serait trop solidiste. Nous n'excluons point les liquides : ils ont une très-grande part dans la plupart des actes physiologiques. Dans l'économie , tout commence par être liquide, tout redevient liquide : ce sont les liquides qui fournissent les matériaux de la nutrition et des sécrétions; ce sont eux encore qui viennent dans les organes entretenir, par leur présence, cette incitation vitale si nécessaire à l'entretien de la vie. Ainsi nous les admettons en tiers dans la grande administration physiologique. Si nous les mentionnons moins souvent, ce n'est pas que nous méconnaissions leur influence et leur participation , c'est parce que les actes sont opérés par les solides , et parce que , dans la maladie qui nous occupe , c'est à des actes presque exclusivement des solides que nous avons à faire.
Nous dirons encore que , dans l'économie vivante , les fonctions et les actes physiologiques , quoique spéciaux , quoique appartenant exclusivement à un type , à un organe
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ou à un appareil , ne sont pas cependant complètement isolés. Tout y est lié , tout y concourt à un but commun , consensus unus; tout s'enchaîne et s'harmonise pour arriver à ce but. Il y a par conséquent entre toutes les parties , entre tous les organes , entre toutes les fonctions, une association solidaire , d'où résulte une influence constante des uns sur les autres, une réaction perpétuelle physiologique ou sympathique , qui fait que lorsque l'un souffre , tout souffre , et que tous prennent une part plus ou moins grande, plus ou moins active, au malaise, à la maladie d'un seul ou des autres.
Cette remarque est importante , lorsqu'on veut procéder à l'analyse sévère de tous les actes morbides qui viennent se joindre , dans le cours d'une maladie , aux actes essentiels et indispensables. C'est le seul moyen de faire droit à chacun, en lui assignant sa place et son rôle.
Nous ne finirons pas cette courte notice physiologique sans présenter quelques réflexions sur la sensibilité on sensation perçue ou cérébrale , ou si l'on veut , sur la susceptibilité du système nerveux cérébral. Quelques physiologistes, depuis Gorter, Pressavin, Darwin, Bichat, Barthez, etc., ont fait de cet objet le sujet de leurs méditations profondes. Cependant , il ne faut pas se le dissimuler, la pathologie n'en tient pas assez compte , et l'école dite physiologique semble avoir oublié les modifications différentes de cette susceptibilité , pour la rendre toujours identique ; c'est une des grandes erreurs de cette école ; c'est un des maux qu'elle a occasionnés dans la science, qu'elle a même fait rétrograder sous ce rapport. La susceptibilité nerveuse est donc exposée à une foule de modifications. Aujourd'hui on résiste à telle influence, demain on la recevra avec une facilité étonnante. Aujourd'hui on sent d'une façon , demain on sentira d'une autre. Aujourd'hui la digestion s'opère bien , ou un aliment est bien digéré , demain il y aura une indigestion avec le
môme aliment. Aujourd'hui on respire impunément un air miasmatique , demain on en ressentira l'imprégnation rapide. Aujourd'hui l'économie n'éprouve aucun effet des impressions morales, demain elle en recevra l'influence la plus marquée. En un mot , il n'est pas de modificateur vital qui agisse de la même manière d'un jour à l'autre, d'un moment à l'autre. Les faits se pressent en foule pour constater cette vérité. Nous ne parlerons pas des modifications de la sensibilité suivant les tissus , suivant les organes , c'est un fait acquis à la science et trop Lien établi : mais il n'en est pas de même de ces modifications sans nombre qui font changer à chaque instant le degré et le mode de susceptibilité du même individu , du même organe ou de la même partie. Je le dis avec regret, depuis Broussais, la pathologie n'y attache pas assez d'importance.
De plus longs détails seraient déplacés dans ce court exposé de notre profession de foi : on peut les trouver dans les traités spéciaux de physiologie, et surtout dans l'ouvrage de M. Cerise. Ce que nous avons dit est suffisant pour nous faire comprendre dans la suite de ce travail. Nous allons maintenant passer à l'étude physiologique de la femme.
Etudes du physique et du moral de la femme.
La femme est un sujet inépuisable et peut-être impénétrable , au moral comme au physique. Beaucoup de choses ont été dites en sa faveur, beaucoup ont été dites contre elle, beaucoup se diront encore, et on n'aura jamais tout dit. Aussi nous ne devons pas nous étonner qu'à travers les nombreux écrits qui ont élé publiés , qu'au milieu des opinions multipliées qui ont élé émises , on trouve un si grand nombre de paradoxes et de contradictions. Nous verrons plus tard à quoi cela tient : pour cela il importe de donner d'abord
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une idée de la femme , de son physique , de ses facultés et de son caractère.
I. Physique. Par ce mot physique de la femme, on se tromperait si l'on attendait de nous une étude anatomique complète. Nous ne voulons que signaler les caractères essentiels qui lui sont propres, qui servent à la faire distinguer, à la faire ce qu'elle est.
Propter solum uterum , mulier est id quod est , a-t-on répété à satiété depuis Vanhelmont. Celte phrase , devenue axiome , demande cependant quelques restrictions. Oui , sans doute , l'utérus et ses annexes en constituant le sexe , présentent la différence la plus grande et la plus patente qui les sépare ; ils ont une prédominance incontestable. Mais est-il bien vrai que la femme soit tout entière dans l'utérus? N'est-ce pas abuser de l'influence qu'exerce cet organe, cet appareil ou cette fonction , que d'en faire l'essence ou le mobile unique de ce sexe? Ce n'est pas seulement par l'utérus que la femme est ce qu'elle est ; elle est telle par sa constitution entière. Depuis la tête jusqu'aux pieds, à l'extérieur comme à l'intérieur, quelles que soient les parties de son corps que vous examiniez , vous la trouvez partout la même. Partout vous trouvez ses tissus et ses organes différents des mêmes tissus et des mêmes organes de l'homme. Quelle que soit l'analogie ou la ressemblance , il est facile à celui qui a l'habitude des amphithéâtres de saisir les nuances qui les distinguent. Quelle différence déjà dans l'aspect extérieur, entre cette taille élégante et mignonne, et ce corps élevé et fortement constitué I entre ces formes gracieuses et arrondies, et ces os et ces muscles durement exprimés ! entre ces traits délicats et moelleux, et ces saillies rudes et robustes et ces dépressions profondes! La finesse et le satiné de la peau ne la distinguent-ils pas toujours de celle de l'homme? Les cheveux et les poils dont s'ombragent certaines parties ne sont -ils pas beaucoup plus déliés et plus souples? Ne
trouvons nous pas des différences bien sensibles entre l'exi pression douce et sentimentale de sa physionomie , et l'air rude et martial et quelquefois dur ou majestueux de l'homme? Toutes les parties de son corps présentent les mêmes différences : toutes respirent la femme ; le front , le nez, les yeux, la bouche, les oreilles, le menton , les joues , tout a son cachet particulier, tout porte l'empreinte de son sexe. — Pour mettre en harmonie les organes avec les facultés, les pbrénologistes ont dit que la tête de la femme était plus développée en arrière que celle de l'homme, parce que c'est dans cette partie de la tête qu'ils ont placé les passions et les facultés affectives, et parce qu'ils ont reconnu la prédominance de ces facultés chez la femme. Mais pour nous qui recherchons la vérité de bonne foi et qui ne craignons pas de la dire , nous regardons cette assertion comme erronée. Jamais nous n'avons rencontré cette particularité; ou du moins, nous l'avons rencontrée aussi souvent chez l'homme que chez la femme. Mais ce que nous avons toujours vu , c'est la différence de la stature , du squelette , de la charpente et de la capacité de la poitrine et du bassin.
Si nous portons nos regards à l'intérieur, et qu'à l'aide du scalpel nous mettions à découvert les organes, les tissus, les fibres , nous rencontrons partout aussi la même différence. Partout les organes présentent la même délicatesse ; partout les tissus sont plus mous et plus ténus, partout les fibres sont plus fines et plus déliées. II n'est pas jusqu'aux os , qui sont moins volumineux et dont le tissu offre un aspect tout particulier, qu'il est aisé de reconnaître dans la comparaison. Aussi les femmes semblent jetées dans un moule commun : on rencontre chez elles beaucoup moins de variétés de constitution que chez l'homme. Les exceptions sont une méprise de la nature.
Ces différences sont les mêmes, ou du moins elles se présentent toujours à quelque époque de la vie qu'on étudie la
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femme; depuis son berceau, jusqu'à sa décrépitude la plus avancée. Au physique aussi bien qu'au moral, la petite fille a ses attributs. La vieille femme les présente également. Déjà dans la première, il y a quelque chose de plus tendre dans les teintes de la peau, de plus transparent dans son tissu, de plus doux, de plus onctueux au toucher, de plus velouté au regard. Sa constitution est plus molle, plus humide, sa tête moins grosse, ses cheveux plus fins, plus soyeux : le visage a une délicatesse plus grande que celui du petit garçon. Peut-être déjà les traits sont-ils moins marqués, plus indécis : ses membres sont plus délicats, ses mouvements plus moelleux, plus gracieux. La petite fille, à peine sortie du berceau, est déjà avide de caresses et de baisers. Elle reste auprès de sa mère, à la câliner sur ses genoux, à la mignarder pour se faire mignarder ; elle aime déjà ce qu'elle aimera toujours. La moindre gronderie l'afflige,, la chagrine ; déjà elle a son petit mari, ses enfants ; ses bouderies, ses mutineries enfantines, sont déjà ce qu'elles seront plus tard : tandis que le petit garçon, pétulant et actif, doué d'une nature brute, prend ses ébats avec d'autres enfants, sans égards , sans attention pour ce 'qui l'entoure. Sila différence est moins grande, parce qu'à ces deux extrêmes de la vie lafonction àlaquelleelleestplusspécialementdestinée est inactive et muette, elle se fait néanmoins remarquer. Aussi nous nous inscrivons de toute notre puissance contre l'opinion de Rousseau, qui prétendait que dans l'enfance il n'y avait point de sexe, et contre l'opinion non moins accréditée que le sexe disparaît avec l'âge. Non, il ne disparaît point ; et il disparaîtrait, que le corps resterait le même, c'est-àdire, différent du corps de l'homme. Cependant nous ne devons pas le dissimuler, la différence est beaucoup plus grande pendant l'âge de la puberté, pendant l'âge des amours. La femme, chargée de la plus grande et de la plus laborieuse tâche de la génération, semble alors ne vivre que
pour cet acte et son produit. Tout en elle par conséquent doit présenter une organisation qui s'y rapporte, qui soit en harmonie avec elle.
Lorsque cette période de la vie a fini, lorsqu'en finissant, l'aptitude à la conception a sonné l'âge du retour, l'âge critique, il s'opère de grands changements dans l'organisation de la femme, nous le savons ; mais ces changements ne la font point changer de sexe; et les progrès de l'âge sur ses fibres et ses tissus y laissent toujours empreints les caractères du sexe : on y reconnaît toujours les stygmates de la femme.
IIe. Facultés. Par facultés de la femme nous devons eutendre tout ce qui a rapport à l'exercice de ses fonctions. Les modifications que nous avons trouvées dans l'organisalion de sa fibre et de ses organes, nous font pressentir que nous les retrouverons dans sa physiologie. C'est en effet ce qui a lieu. Le plus léger coup-d'œil ne nous permet pas d'élever des doutes sur cette conséquence, qui a pour nous la valeur d'un fait accompli. Cette fibre plus délicate , animée par un système nerveux plus impressionnable , en reçoit une influence plus vive, plus active et plus délicate, mais aussi moins forte et moins profonde. Il en résulte déjà une loi générale, de laquelle émanent toutes les autres considérations partielles et propres à chaque tissu, et à chaque action ou chaque fonction : c'est que l'incitation que transmettent les systèmes nerveux donne plus d'activité et moins d'énergie à toutes les fonctions. Toutes s'exécutent avec plus de vivacité, plus de promptitude, en même temps qu'elles présentent moins de force physique : On peut dire qu'elles gagnent en légèreté, ce qu'elles perdent en consistance et en solidité. L'absorption est rapide à l'intérieur comme à l'extérieur. Les substances présentées aux bouches absorbantes y sont de suite senties et de suite absorbées ou repoussées, selon les conditions dans lesquelles elles se
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trouvent, selon l'impression qu'elles produisent. La circulation lymphatique est douée d'une prééminence marquée ; et l'appareil qui en est chargé acquiert un développement bien prononcé : ce qui donne à la femme ce cachet particulier à la prédominance de ce système, au tempérament lymphatique. La circulation sanguine se fait rapidement. Le pouls n'est peut-être jamais ni aussi plein, ni aussi fort que chez l'homme ; mais il bat plus vite, il y a un plus grand nombre de pulsations par minute. La nutrition présente les mêmes dispositions. Elle semble, comme les autres fonctions, pressée d'agir. Il en résulte des caractères particuliers à la femme. La nutrition s'accomplissant plus vile chez elle que chez l'homme, son accroissement se fait et s'achève plus promptement : elle est plus tôt formée , plus tôt nubile. D'autre part celte nutrition semble s'exercer avec une sorte de prédilection sur les systèmes lymphatique et cellulaire, dont nous avons déjà remarqué la prédominance. De là son développement plus grand. De là ses formes plus arrondies, plus moelleuses et plus délicates. De là aussi cette plus grande disposition qu'a la femme à prendre de l'embonpoint et de l'obésité. Quoiqu'il soit plus difQcile d'apprécier cette différence dans les fonctions excrétoires, elle n'est pas moins réelle. On l'y retrouve, pour peu qu'on veuille y apporter une attention un peu soutenue. Tout le monde sait avec quelle facilité les larmes coulent chez la femme, combien la transpiration et la perspiration cutanée sont faciles et abondantes, combien la digestion est rapide, à cause de la formation plus prompte du suc gastrique et de la sécrétion plus prompte aussi de la bile ; combien enfin les urines sécrétées semblent se presser de s'amasser dans la vessie pour être plus tôt évacuées. La respiration, enchaînée à la digestion et à la circulation, dont elle semble n'être qu'un appendice complémentaire, doit subir les conséquences de leur activité plus grande. Aussi les mouvements respiratoires sont plus
rapides et plus nombreux, et l'hématose s'achève plus vile. Ainsi les fonctions nutritives participent toutes à cette vivacité particulière au sexe féminin. Elles s'exécutent et s'achèvent plus promptement, et comme elles reçoivent leur incitation ou leur influence directe du système nerveux ganglionaire, nous pouvons conclure que ce système est luimôme doué de plus de vivacité et de plus d'activité que chez l'homme.
Cette sorte d'exaltation, ou plutôt cette rapidité fonctionnelle, n'est point l'apanage exclusif de cette classe de fonctions, elle domine aussi les fonctions de l'appareil ou de la vie cérébrale. Peut-être même y est elle plus développée; du moins elle y est plus sensible. Voyez en effet combien la sensibilité et la mobilité sont différentes chez la femme de ce qu'elles sont chez l'homme. Partout cette faculté de sentir, cette sensation perçue est chez elle portée au plus haut degré qu'elle puisse atteindre. Partout elle a son cachet particulier, son idiosyncrasie. Quelque part que vous la preniez, à la surface comme à l'intérieur, dans l'économie en général, comme dans les organes spéciaux des sens, partout vous trouverez la même impressionnabilité, la même promptitude, la même vivacité de sentiment. Le moindre agent incitatcur, dont les nerfs de l'homme ne tiendraient pas compte, devient pour la femme une cause de sensation vive et puissante. Comme nous sommes plongés, pour ainsi dire, dans une atmosphère d'incitations de toute espèce, il en résulte que chez la femme, son appareil sensilif cérébral est constamment en exercice, qu'il reçoit sans cesse des impressions vives, que sa vie, en un mot, se traduit presque tout entière en sensations, que c'est une véritable vie de sensations. Dans cette disposition physiologique de la femme, nous trouvons déjà une cause majeure des nombreuses maladies nerveuses qui se développent chez elle. Les sensations exaltées et sans cesse renaissantes suffisent
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pour entretenir le système nerveux dans un état d'éréthisme bien grand, et pour l'accroître et le faire passer aisément à un état pathologique. Si nous envisageons que les sensations sont rarement normales et douces, et que le plus souvent elles sont trop fortes ou anormales pour un système nerveux déjà si impressionnable et si délicat, nous y trouverons de plus en plus confirmée la pensée que c'est dans cette cause, dans les sensations multipliées et irritantes, qu'il faut chercher l'origine de la plupart des maladies nerveuses. Non seulement la sensation est vive et plus développée, mais elle est encore beaucoup plus délicate. La femme sentira des nuances que l'homme ne sentira pas, ou du moins elle les sentira beaucoup plus facilement et comme par instinct. Voilà pourquoi la peinture et surtout la musique et le chant exercent sur elle un empire si puissant, saisissent toutes ses facultés, la ravissent et la transportent.
Cette vivacité de sensations entraîne des réactions non moins vives; aussi tous les mouvements de la femme sont prompts et rapides. Ils sont moins violents, moins forts que ceux de l'homme, mais combien ils ont plus de vitesse, et nous pouvons ajouter plus de grâce. Ceux de l'homme ont la force, et si l'on veut, la majesté de la puissance : ceux de la femme sont timides, indécis, ils ont la douceur et le moelleux de la faiblesse qui cherche un appui. On voit que l'un est fait pour remuer de grandes masses et pour travailler, et que l'autre est fait pour les petites choses et pour s'occuper. Vouloir assujettir la femme aux travaux pénibles de l'homme, c'est intervertir l'ordre de la nature. On pourra y réussir quelquefois ; mais en changeant ainsi le rôle de la femme , sous le prétexte spécieux et ridicule de l'égaler à l'homme, de la mettre sur le même niveau, croit-on l'avoir élevée ? non ; nous le disons même hardiment ; on n'a fait que la dégrader : car c'est dégrader un être que de le sortir de sa sphère et de son naturel. D'ailleurs nous n'admet-
tous point cette prétendue suprématie de l'homme, que supposent gratuitement ces grands niveleurs de l'espèce humaine. Leur femme libre serait un être dégoûtant, qui plierait sans merci dès qu'elle voudrait opposer la force à la force. Tandis qu'elle règne réellement par ses grâces et sa douceur : c'est Hercule 61ant aux pieds d'Omphale.
En poursuivant notre examen des facultés de la femme nous arrivons aux facultés intellectuelles. C'est là un sujet d'éternelle discussion. On ne s'entend point, parce qu'on n'examine pas assez le terrein sur lequel la lutte est engagée. On s'exposera toujours à errer, toutes les fois qu'on posera la question d'une manière absolue. La femme a-t-elle des facultés intellectuelles qui équivalent à celle de l'homme ? Les uns disent oui, les autres disent non, et chacun apporte à l'appui de son opinion des preuves qu'il trouve convaincantes. Oui, sans doute la femme a des facultés intellectuelles; oui, sans doute ces facultés peuvent s'élever au plus haut degré qu'elles puissent atteindre. Il est facile d'opposer des faits nombreux aux détracteurs de cette vérité. Les histoires anciennes et modernes nous présentent à l'envi les traits les plus sublimes de courage, d'héroïsme et de bravoure ; les qualités et les vertus des grands capitaines, des chefs d'empire, dans des femmes supérieures, et les talents les plus remarquables dans les arts, les sciences et les lettres, dans une foule d'autres femmes (1). Mais toute la question n'est pas là. Nous allons essayer de la reporter sur son véritable terrein, et, sans refuser ni accorder à l'homme ni à la femme aucune faculté de plus à l'un qu'à l'autre, nous demanderons seulement si ces facultés se présentent avec la même physionomie dans les deux sexes, ou autrement, si les facultés intellectuelles de la femme n'ont pas une nuance
(I) Je voulais placer Jans une noie les principales femmes qui se sont aiuai ilisiinguées ; mais sa longueur m'a effrayé.
de l'hystérik. 71
particulière qui les distingue décolles de l'homme. De celle manière la question devient plus simple, et elle nous paraît plus facile à résoudre. Ainsi nous reconnaissons dans les deux sexes les mêmes fonctions intellectuelles. Dans l'un et dans l'autre nous les croyons susceptibles d'être portées au plus haut degré. En même temps nous convenons qu'il y a une différence bien sensible dans leur manière d'être, ou peut être mieux dans leur manière de s'exercer ou de se produire. C'est à cette différence seule que nous accordons de l'importance, parce que seule elle est vraie, parce que tout à la fois elle dépend de l'organisation physiologique de la femme, et qu'elle en est aussi un des attributs caractéristiques.
Tout se trouve en harmonie encore. L'intelligence, comme la motilité, semble se modeler sur la sensibilité. La vivacité des sensations se retrouve dans les actes de l'intelligence. A peine une sensation est-elle reçue qu'elle est jugée. Elle semble se transformer en jugement. Ainsi chez la femme, les opérations de l'entendement semblent se traduire en sentiments. Sentir et juger ne font, pour ainsi dire, qu'un. Chez elle l'impulsion tient le premier rang. Aussi le jugement est infiniment plus prompt que chez l'homme, il est débarrassé de ce long appareil de raisonnements dont l'homme parait si fier, et qui cependant n'est le plus souvent qu'une cause d'erreur. Je m'explique. La femme juge comme elle sent. Or ses sensations sont vraies, vives et délicates. Ses jugements doivent donc être vrais, prompts et délicats aussi. Aussi jamais ou presque jamais la raisonne la dirige. Elle ne se rend compte de rien d'une façon logique. Aussi elle change d'idées, de sentiments, d'impressions, avec une rapidité inconcevable. Pour la persuader, il ne faut aucun effort de raison, mais une prévenance, une caresse. Dans les choses les plus sérieuses comme dans les plus futiles elle sait se distinguer par la finesse du tact, la délicatesse des
sentiments et une sensibilité exquise. Aussi, comme le dit Mme de Beauharnais , si elle ne fait pas de découvertes , elle les devine. Le sentiment est tout pour elle : par lui elle reçoit les images, s'en ébranle et les retient; par lui les objets sont saisis et distingués ; par lui elle conçoit l'étendue et l'espace , le mouvement , le temps et les nombres ; par lui elle est également frappée des différences et des ressemblances; elle sent l'homogénéité, le genre et Pespèce.
C'est cette flexibilité de sensibilité qui la rend si malléable , si facile à recevoir toutes les impressions , toutes les modifications et de l'éducation et des usages.
Chez l'homme l'intelligence marche la première, l'impression ensuite. Il raisonne ses sensations avant de les juger. Or le jugement est rarement naturel. Presque toujours il est faussé ou altéré par l'éducation , par les usages , les préjugés , les opinions variées dont il est saturé. Comment veut-on qu'un jugement puisse sortir bien sain après avoir subi toutes ces causes de viciation? Il est vrai que, par le raisonnement on peut approfondir davantage les sujets, et que, sous ce rapport, ceux qui exigent de longues méditations ne peuvent qu'y gagner. Yoilà pourquoi l'homme est plus apte aux sciences. Voilà pourquoi la femme excelle dans ce qui émane de la sensibilité et du sentiment , et se montre si peu propre aux sciences , surtout aux mathématiques , si sèches , si peu avenantes pour la sensibilité. Cette délicatesse et ce tact lui font observer tous les replis de l'homme moral , afin d'exercer et de conserver son empire. Rien ne lui échappe. Elle saisit ce qu'est un homme et ce qu'il voudrait être. Elle connaît toutes ses faiblesses et ses grandeurs. Elle le dissèque dans tous ses détails. Aussi elle sait faire mouvoir tous les ressorts qui peuvent le dompter. Elle sait enchaîner l'un par des éloges mérités, faire rougir l'autre par une adroite ironie , et faire savoir à tous qu'elle les connaît. Véritable souveraine , elle se rit
de l'hystérie. 73
des volontés , de la force , de la puissance et de l'intelligence, hochets qu'elle brise d'un regard dans la main de l'homme.
Si quelquefois elle veut acquérir de la science, fidèle à son naturel , elle ne cherche les lumières que comme une parure de l'esprit. En apprenant , elle veut plaire plutôt que savoir, et amuser plutôt que s'instruire (*).
Malgré cette prédominance particulière à chaque sexe, nous devons avouer qu'il n'y a rien d'exclusif, et que les limites à poser ne sont pas entièrement infranchissables. Plusieurs femmes peuvent supporter la comparaison avec l'homme du côté de l'esprit; la plupart l'emportent du côté du cœur. Aussi chacun apporte son cachet, son idiosyncrasie intellectuelle dans les sujets qui sont plus spécialement du ressort del'autre sexe. Malgré leurs efforts et leur touche énergique , on retrouve la femme dans Mrae Rolland , dans Mme du Deflant , dans Mme Staël , et même dans cette George Sand , qui semble rougir du sexe qu'elle aurait dû honorer. Chaque arbre doit porter son fruit , et quelques soins que vous donniez à un poirier ou à un pêcher , vous ne lui ferez jamais porter que des poires ou des pêches. Sans cette disposition inhérente , on ne pourrait pas s'expliquer comment la femme, avec autant de discernement que l'homme, toujours plus de finesse et souvent avec tant d'esprit , n'a jamais rien inventé, rien découvert, ni même rien perfectionné.
(i) Est-il rien de plus vain
Qu'une femme qui veut, en dépit du destin , Se déféminiser ? Cet être hétéroclite , Du sexe qu'il usurpe et du sexe qu'il quilte, Négligeant le solide et saisissant le faux , Laisse les qualités et prend tous les défauls , Ces étres-là ne sont d'aucun genre. Les femmes N'oseraient à leur ordre associer ces dames : Des hommes le parti n'en est pas fort tenté. Leur rôle est donc celui de la neutralité.
( DKMOtisTiKR . Les Femmes , comédie. )
Tandis que sa supériorité est si grande quand on parle de sentiment et surtout d'amour. Avec quel art elle fait passer on revue les nuances de sentiment les plus délicates , depuis l'indifférence jusqu'au désespoir. Tous les incidents d'une grande passion lui semblent familiers, môme sans en avoir l'expérience , et il ne serait pas possible d'en faire des peintures plus vraies et plus animées. C'est ce contraste qui avait fait dire que la femme n'avait de force que dans de cœur, et que l'homme en avait aussi dans la tôte. Nous pourrions donc , jusqu'à un certain point , établir une sorte d'antagonisme entre les facultés intellectuelles et les sentiments , et , comme dans tous les antagonismes , la prédominance d'un ordre de facultés ne s'acquiert qu'au détriment de l'autre; cela nous expliquerait pourquoi la femme, si richement pourvue de sentiments, verrait s'affaiblir ou plutôt s'oublier d'autant les facultés intellectuelles. De. façon qu'il y aurait chez elle moins une infériorité intellectuelle qu'une supériorité affective. Du reste son esprit se ressent de sa mobilité. Il a plus de saillie que d'effort. Ce qu'il n'a point vu en un instant, il ne le voit pas, ou il le dédaigne, ou il désespère de le voir. Il laisse bien souvent les choses solides pour les plus futiles. Le monde réel ne lui suffit pas ; il lui faut un monde imaginaire qu'il se plaît à embellir : les spectres , les enchantements, les prodiges, tout ce qui sort des voies ordinaires de la nature est son ouvrage ou ses délices. Elle jouit de sa terreur même. Son âme s'exalte , et son esprit est toujours plus près de l'enthousiasme. Malgré ce goût et cette exaltation , son imagination ne crée rien : elle ressemble au miroir qui réfléchit vivement les impressions qu'il reçoit. Presque toutes les femmes écrivains sont convenues de cette disposition intellectuelle. Les femmes, dit Mme du Deffant , ont trop d'imagination et de sensibilité pour avoir beaucoup de logique. Elles se méprennent souvent , dit-elle ailleurs , parce qu'elles mettent l'imagination et le sentiment
de l'hystérie. 75
à la place de l'examen et du jugement. Mme de Sévigné écrivait qu'elle admirait toujours comment leur esprit était dupe de leur cœur.
Indépendamment de cette disposition naturelle, les usages de tous les temps semblent avoir interdit aux femmes d'être savantes. Elles ne peuvent qu'y perdre, même en supposant qu'elles ne devinssent pas pédantes. Un esprit cultivé et agréable ne vieillit jamais ; mais rien au monde n'est ridicule comme une femme bas bleu. Loin de nous cependant l'ignoble pensée de vouloir les entretenir dans cette stupide ignorance qui veut
que leur savoir se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut de chausse.
nous voulons avec M116 Lespinasse qu'elles soient instruites et nonsavantes. Nous voulons qu'elles renferment leur science dans le cercle étroit de l'intimité , et que jamais elles n'en viennent faire le vain étalage dans les séances académiques, si elles ne veulent pas s'exposer à fournir de nouvelles scènes à la plume comique de Molière.
Ainsi jusqu'à présent la femme nous semble physiologiquement reposer presque en entier dans son système nerveux. C'est de sa sensibilité plus grande que dépendent , au moins en grande partie, ses fonctions physiques et intellectuelles. On pourrait donc , en dernière analyse , dire que la sensibilité est toute la femme. J'insiste sur ce point, parce qu'il contribuera à nous expliquer certaines prédispositions pathologiques. La femme qui ne sent pas , a dit M. Belouino, est nulle comme femme. Elle peut avoir quelquesunes des qualités de l'homme ; mais ces qualités seront toujours ridicules et déplacées en elle.
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire observer que ce caractère commun aux femmes n'entraîne pas une identité absolue , et que chacune conserve son idiosyncrasie au milieu de cette disposition générale. Ainsi il y a autant
de nuances que d'individus , au milieu de cette grande famille, dont elles portent cependant toutes la livrée. Il n'est pas besoin de dire non plus que chacune a sa dose d'intelligence, et que les facultés ne sont pas égales. Cette remarque a été faite dans tous les temps, non seulement par les physiologistes et les philosophes , mais 'encore par les femmes elles-mêmes. Et cette différence dans leur intelligence entraîne aussi une grande différence dans la manière dont elles parlent et dont elles agissent. On la retrouve dans les plus petites choses ; l'attitude , la manière de se présenter, de marcher ou de danser d'une femme d'esprit, n'est pas la môme que celle d'une sotte. Mais quelque grandes que soient ces nuances , elles ne font point disparaître la grande différence que nous avons signalée. Elle domine toujours. Toujours la femme reste femme.
III. Caractère. — Que n'a-t-on pas dit sur le caractère de la femme? Combien d'opinions n'ont-elles pas été émises ! Que de louanges , que de blâmes , que de critiques et de contradictions sur un sujet aussi ancien et pourtant toujours nouveau ! Tout paraît épuisé , et cependant on croit toujours avoir quelque chose à dire, lorsqu'on veut approfondir un être qui parait souvent incompréhensible , à cause des sentiments divers et souvent opposés qu'il inspire. Chacun a donc écrit sous l'impression des sentiments qui l'agitaient, sous l'inspiration de la position dans laquelle l'avaient placé ses relations avec la femme. Voilà une première cause de cette confusion d'opinions. Une seconde, plus réelle peutêtre, vient de ce qu'on ne nous paraît avoir jamais apprécié au juste son caractère, parce qu'on n'a jamais remonté à sa véritable cause , à son origine. Que voyons-nous en effet chez la femme? Chez elle tout est sensibilité et sentiment : tout est réaction vive et jugement prompt. Tout émane donc d'un même principe , de la sensibilité physique et morale. Sa vie tout entière est là : tout le reste en dépend. En con-
séquence , la susceptibilité et la mobilité de son système nerveux et de ses sentiments font la base et le mobile de ses autres qualités. Partout nous y retrouverons ce cachet. Toujours nous retrouvons la sagesse de la nature dans la répartition de ses dons. Elle a donné à l'homme la force, la noblesse, l'intelligence, tous les dons qui sont en rapport avec la domination matérielle , parce qu'il est le roi de la terre et le chef de l'espèce. A la femme elle a donné les grâces , la beauté , la sensibilité et tous les dons qui sont en rapport avec la domination qu'exerce l'amour , parce qu'elle est la compagne intelligente d'un être intelligent. Combien dans son rôle elle est mieux partagée que les femelles des animaux. « Chez la plupart des grands quadrupèdes, dit M. Belouino, les mâles sont plus forts, plus agiles , plus beaux de stature et de forme. Ils semblent appartenir à une autre espèce que les femelles. L'éclat de la parure, la majesté des formes, tout leur est prodigué. Parmi les oiseaux les différences sont encore plus grandes. Ils possèdent à la fois la force, l'agilité, la beauté des formes , l'éclat du plumage et la mélodie de la voix. Tandis que les femelles, faibles, sans parure et silencieuses, semblent les parias de la nature vivante. »
La femme, compagne, consolation et bonheur de l'homme, est chargée par la nature de la part la plus grande et la plus pénible dans le grand acte de la production et de la conservation de l'espèce. Sans perdre ses droits aux autres prérogatives de l'espèce humaine, elle a dû réunir au plus haut degré les conditions requises pour l'accomplissement de cette grande œuvre. Aussi tout son être semble tendre à ce but. Tout se rapporte à son rôle maternel. Ses premiers jeux sont l'essai de ses devoirs. Sa poupée est son premier enfant, et , comme on l'a répété bien des fois , tandis que l'amour est un épisode de la vie de l'homme , il forme la vie tout entière de la femme. La forme arrondie, délicate et gracieuse
de ses traits , l'expression de sensibilité et de volupté qui règne dans ses yeux et dans toute sa personne , la douceur mélodieuse de sa voix , la vivacité et la grâce de ses mouvements, le charme de sa conversation, tout en elle est séduction. Tout est fait pour attirer irrésistiblement un sexe vers l'autre sexe , en même temps que la faiblesse du séducteur lui fait pressentir son vainqueur. Si à ce tableau nous joignons cette sensibilité vive et exquise dont est douée la femme au moral comme au physique , nous y trouverons la source et la cause de ses sentiments , de ses passions , de son goût pour les plaisirs , de son désir et de sa nécessité de plaire, de sa coquetterie : nous arriverons à résumer la femme entière et toutes ses facultés en ces deux mots : aimer et plaire pour se faire aimer. Comme on l'a dit , la femme est tout amour , et celle qui n'aime plus a déjà cessé de vivre. C'est parce qu'elle est dominée par ce sentiment impérieux, qu'elle est conduite à déguiser son âge, afin qu'en paraissant toujours jeune elle soit toujours aimable , toujours aimée. C'est pour toujours plaire qu'elle change toujours. Aussi, dit Ninon, le secret de son âge est le seul qu'une femme sache garder inviolablement. Cependant , il vaudrait mieux pour elle qu'elle apprit de bonne heure à être vieille; ce qui , selon Mme de Sévigné , n'est pas un médiocre talent.
Dans les grandes exceptions qui paraissent s'écarter de cette loi générale, nous retrouvons toujours le caractère féminin. Ouvrons l'histoire et lisons la vie des grandes reines et des héroïnes , et nous verrons qu'elles ne régnèrent et qu'elles ne commandèrent point comme les hommes. Elles ne firent point abnégation de leur sexe. Nous en attestons la superbe Sémiramis ; la fameuse reine de Palmyre , cette Zénobie qui occupa le trône si glorieusement ; la voluptueuse Cléopâtre; la célèbre Julie, femme de Seplime Sévère, à la fois homme d'état, philosophe et galante; celte chevalerie
DK l'iUSTÉUIE 7!)
guerrière et galante qu'inspirèrent les dames du moyen Age; cette Blanche de Castille , qui eût peut être été un grand homme, sielleeût aimé ravins tendrement son fils saint Louis; cette Elisabeth si vantée , qui eût été moins cruelle, si Marie Stuart eût été moins belle , et qui eut pour ministres, des favoris auxquels elle supposait du génie quand ils n'avaient que l'art de lui plaire. L'ambition et l'amour du pouvoir ne purent pas même les sauver de leur sensibilité. Ce n'est pas dans ces héroïnes qui , comme Jeanne de Monfort et Marguerite d'Anjou, commandaient leurs armées, assiégeaient des villes et livraient des batailles , que nous aimons à rencontrer la femme. Mais rien ne fut poétique et touchant comme ces jeunes femmes au cœur chevaleresque qui suivaient leurs amants ou leurs époux sur les champs de bataille, et qui combattaient et mouraient à côté d'eux. Là se retrouve la femme tout entière.
Le ciel vous fit pour plaire el non pour ravager.
C'est de ce besoin de plaire et de sa délicatesse qu'émanent encore cette douceur et celte souplesse de caractère, qui donnent aux manières un charme qui attire et cette politesse qui forme la société et concilie tous les suffrages. Avec celte arme la femme est sûre d'avoir toujours raison ; elle en est le moyen le plus infaillible. Trop souvent elle se trompe sur sa véritable puissance, elle la fait consister dans sa beauté et dans ses attraits physiques. De là ce goût pour la parure, ce culte pour la mode, avec laquelle elle croit se rajeunir , ou tout au moins se renouveler, et mériter ainsi toujours les hommages el les sentiments. Ce n'est pas que nous méconnaissions l'empire de la beauté; son règne de tons les temps, de tous les jours, viendrait nous donner un démenti. Socrate l'appelait une courte tyrannie; Platon , le privilège de nature, et Montaigne, le premier des crédits. Tertullien la regardait comme une perfection du corps dont
Dieu avail bien voulu orner son ouvrage , et une couverture digne de la noblesse de l'âme.
Au printemps de la vie surtout , sa beauté est resplendissante d'éclat. La femme alors , ornée en profusion des grâces de la jeunesse et des dons les plus enchanteurs , est la plus belle des créatures. Elle est une lettre de recommandation dont le crédit est de peu de durée , selon Ninon , à moins qu'elle ne soit accompagnée des qualités les plus heureuses du cœur et de l'esprit. Celles-ci sont même si puissantes qu'elles font oublier la laideur. La beauté séduit, ce n'est pas assez quand elle est seule. Il faut que , par ses qualités morales, elle se fasse aimer, estimer, bénir; c'est le seul moyen de prolonger son règne. Aussi nous voyons toujours cette sensibilité , ce désir de plaire , se mêler aux actes les plus importants , aux combinaisons politiques les plus élevées : et se cupit antè videri.
C'est aussi de ce fond de sensibilité plus vive que naissent ces modifications morales qui la rendent inexplicable et qui font à la fois ses qualités et ses défauts. Comme elle est plus sensible aux bons procédés, aux actions éclatantes, et à toutes les qualités des choses et des hommes, elle en ressent une plus vive impression ; ses sentiments se modèlent plus fortement là dessus, ils sont plus vifs et plus profonds. Telle est la source de ses passions, de son enthousiasme et de ses sentiments. Telle est la source aussi de ses actions, parce qu'elle exprime comme elle sent. Aussi elle est capable de ces actes de dévouement et d'héroïsme, dont elle seule fournit de si nombreux exemples. Ce n'est point à demi qu'elle aime et qu'elle l'exprime. Celui qui a su émouvoir sa sensibilité est pour elle plus qu'clle-mên e. Les plus grands sacriGces ne lui coûtent rien, celui même de sa vertu : Cruel, vous me perdez, dit-elle, et elle se rend. Aussi lorsqu'une fois elle s'est attachée, ce n'est pas seulement par des soins plus tendres et par des attentions plus
de l'hystérie. 81
délicates que son amitié se distingue, c'est par une constance à toute épreuve, et par le dévouement le plus généreux. Tout en elle est dévouement et abnégation. Elle brûle, pour ainsi dire, ses vaisseaux. Tout disparait à ses yeux ; amis, parents, Dieu même, tout s'efface. Son cœur, ivre d'illusions , voit tout à travers la prisme de son amour ; il poétise tout, divinise tout : il s'abandonne sans réserve au bonheur que lui font rêver ses sentiments. Quand la première fougue de l'affection a jeté son feu, la prudence revient souvent, et la femme tient à sa réputation, aux préjugés, aux discours du monde. Mais elle ne cesse pas pour cela d'aimer. Ange consolateur, elle charme et embellit l'existence, elle efface les traces des chagrins, des malheurs ; elle soutient ou rend le courage, et fait voir l'avenir sous un riant aspect. Malheureusement cette conduite de la femme n'a pas toujours une excuse aussi noble, aussi légitime ; son amour n'est pas toujours aussi idéal, aussi sublime, aussi poétique. La vanité et la faiblesse sont bien souvent la seule cause de ses chutes. L'occasion surtout est ce qui la perd le plus souvent. Telle femme eût toujours été vertueuse, si l'occasion ne l'eût pas fait succomber. Il n'en est peut-être pas qui ait le courage d'y résister. Combien aussi elles doivent la fuir! D'ailleurs la mobilité nerveuse dont elles sont douées les rend naturellement versatiles et changeantes. Aussi le plus souvent leur amour naît brusquement et s'envole de même.
Par la même raison, la femme portera dans sa haine la même exaltation, parce qu'elle n'est pas réfléchie non plus. Autant son dévouement est sublime, autant sa vengeance sera cruelle et atroce : elle ne punira pas à demi non plus : notumque furens quid fœmina possit.... Irarumque omnes effïtndit habenas. Cette passion, née de la vanité froissée, trouve des causes fréquentes surtout entre les deux sexes, parce qu'à chaque instant elles voient éclipser leurs petits
triomphes de beauté , de toilette, de fortune, de vogue, de mode, de galanterie. Les femmes alors sont impitoyables entre elles. Comme les sensations de la femme sont vives et impérieuses, comme elle est exposée à en recevoir de nouvelles à chaque instant, comme elle est entourée de tout ce que l'homme peut employer de moyens de séduction , il est bien difficile que de nouvelles sensations , succédant à d'autres sensations, ne produisent pas aussi de nouvelles réactions et de nouveaux sentiments. De là, de sa sensibilité nerveuse vient donc encore cette sorte de vacillation, d'inconstance et de duplicité dont nous l'accusons. Cette vie de sensations et de sentiments lui en fait un besoin. De quelque nature qu'elles soient, il lui en faut, et, par un contraste singulier, souvent les plus violenteset les plusconlraires seront celles qui l'affecteront et qui lui plairont le plus. Ce n'est que de cette manière qu'on peut expliquer ce qui autrement ne nous paraîtrait que des bizarreries incompréhensibles; comment, par exemple, une femme peut le malin prendre des crises de nerfs, parce qu'elle aura perdu son moineau ou parce qu'on aura marché sur la patte de son chat, et, le soir, dévorer avec une curiosité avide le spectacle hideux d'un malheureux qu'on exécute; comment Dalila a pu livrer la force de Samson ; comment Déjanire a pu faire prendre à Hercule la chemise empoisonnée ; comment Judith a pu faire lever le siège de Béthulie. Ce qui a fait dire avec quelque vraisemblance de raison : mulieri ne credas vitam tuam (1). Tous les sentiments naturels meurent
(1) Je Irouve dans la comédie des femmes de Demoustier, un passage qui fait voir qu'il les avail Lien étudiées. Le voiii :
Mais je sais que chez vous la sensibilité, Souvent passe de l'une à l'autre extrémité. Le besoin de sentir en secret vous excite; La cuiiosilé l'aig'iiHonne et l'irrite:
de l'hystérie 113
en elle : la tête tue le cœur; la femme n'existe plus. Ainsi s'expliquent les contradictions étonnantes qu'on a signalées dans elle. Etre mystérieux! elle est un ange, elle est un tigre ; elle prodigue toutes les douceurs et toutes les amertumes, toutes les bontés du cœur et toutes les cruautés. Quand la sensibilité domine, elle rend de douces, de suaves harmonies ; mais quand sa nature si fugace est envolée, il ne reste plus rien, plus d'harmonie, plus de cœur, plus de femme. Rien ne peut alors éveiller sa pitié : la douleur vient se briser contre son insensibilité. Alors sous sa main si douce se sent la griffe du tigre. Alors elle inonde vos lèvres de l'amertume du breuvage qu'elle vous avait présenté si doux, si embaumé. Alors aussi on la voit, forcenée, rivaliser et surpasser en cruauté les massacreurs révolutionnaires des rues. Cependant, hâtons-nous de le dire, la femme, par sa constitution frêle et délicate est à l'abri des passions grossières qui asservissent souvent l'homme. Elle est friande plutôt que gourmande. S'il en est qui se livrent à l'ivrognerie, elles sont dégoûtantes et ignobles, elles tombent dans la plus affreuse dégradation, elles sont révoltantes d'obscénité. Néanmoins elle est colère, et cela rentre dans sa grande susceptibilité nerveuse. Mais son emportement n'a pas de durée. ïl se calme aussi vite qu'il est prompt et véhément. Rien ne dépoétise la femme comme ces fureurs qui la mettent hors d'elle-même. Elle est hideuse au physique et au moral. Cependant le ressentiment et le désir de la vengeance sont plus durables, parce qu'ils partent de l'amour-propre offensé, qui ne pardonne jamais.
Et votre cœur saisit avec avidité,
Tout ce qui peut s'offrir à son activité.
Le plaisir, la terreur, la pitié , les alarmes,
Ouvrent égalemeut la source de vjs larmes.
Tout ce qui vous émeut est pour vous uu plaisir,
Vous aimez mieux souffrir que de ne rien sentir.
Si TRAITÉ
Mais il est un sentiment qui, chez elle est immuable: c'est l'amour de ses enfants. C'est là que la tendresse d'une mère se déploie tout entière. C'est là qu'elle est toujours sublime et intarissable. Nous avons vu des traits innombrables de ce dévouement qu'on ne croirait pas, s'ils ne se reproduisaient pas tous les jours. Aux souffrances les plus atroces de l'accouchement succède l'impression la plus vive du bonheur d'être mère. Ce changement brusque est toujours nouveau pour moi. Les cris du nouveau né, encore tout dégoûtant de sang, un regard jeté sur son berceau font oublier toutes les douleurs. Sa tâche n'est pas finie. Après avoir porté neuf mois son enfant dans son sein, il faut qu'elle le porte bien plus longtemps dans son cœur. Il faut qu'elle y puise la force de suppléer à sa faiblesse. Elle est encore de moitié avec lui. Tous les jours, je suis étonné de voir un être aussi frêle et quelquefois aussi voisin de la maladie, abandonner tous les plaisirs du monde pour prodiguer jour et nuit à son enfant les soins les plus pénibles pendant des mois et plus, deviner et partager ses souffrances, prévoir ses besoins, pleurer et agir sans cesse, et ne calculer que le bonheur de le soigner , et cette jouissance soutenir ses forces et lui fournir des ressources dont on ne l'aurait pas crue capable. Combien la femme est grande et admirable auprès de son enfant malade ! Avec quelle intrépidité on la voit braver les plus grands dangers, se précipiter dans les flammes ou dans les flots pour l'arracher au péril. La vie n'est plus rien pour elle. Elle ne voit, ne comprend qu'une chose, le salut de son trésor. Qu'elle perde son époux, l'intérêt de ses enfants qui n'ont pas d'autre soutien, développe en elle, avec un esprit juste, une raison de besoiu, une énergie d'occasion, une persévérance de nécessité, qui contrastent singulièrement avec sa faiblesse et sa mobilité naturelle. Elle est mère par le cœur.
de l'hystérie. 85
Combien ces nobles sentiments et ces vertus sublimes grandissent encore lorsqu'une piété sincère vient les animer et les embellir ! La femme alors est la divinité personnifiée. Toujours bonne, toujours compatissante, toujours sympathique à tous les maux, toujours empressée à chercher des misères à soulager, des malheurs à consoler, elle prodigue ses soins touchants avec ce charme et cette douceur qui en doublent le prix. Elle n'est plus une mortelle, elle est un ange avec toutes les vertus célestes. Cette abnégation si héroïque trouve encore sa source dans ce fond inépuisable de sensibilité et de sentiments, qui la fait vibrer à la moindre impulsion, qui la fait s'apitoyer sur les souffrances d'autrui, qui la fait si bien compatir à tous les maux, et qui, dans ces moments, l'élève au-dessus de tout et la rend si digne de nos louanges. Ces modèles de vertu et de piété sont plus fréquents qu'on ne le pense. Voyez aussi avec quel zèle les asiles de la souffrance se remplissent de ces hospitalières, qui font encore chérir la vie dans ses derniers instants, parles consolations qu'elles répandent dans ces âmes flétries par la douleur. Mères adoptives des souffrances humaines , elles quittent tout pour s'y consacrer. Elles ont surtout cette sensibilité d'instinct qui agit avant de raisonner, et qui a déjà secouru quand l'homme délibère. Leur bienfaisance est moins éclairée peut-être , mais plus active. Elle est aussi plus circonspecte et plus tendre. Quelle femme a jamais manqué d'égards envers le malheur? Aussi y a-t-il chez elle plus de désintéressement et moins d'égoïsme, précisément parce qu'il y a moins de réflexion. On retrouve toujours ce caractère, môme dans ses passions les plus violentes. Elles sont plusexpansives, plus bruyantes et moins durables si l'on veut, mais aussi moins concentrées, moins ramenées dans le moi individuel.
C'est une remarque de tous les temps que les femmes ont, plus que les hommes, ce zèle ardent de la religion qui
cherche à convertir. Soit que leur faiblesse trouve un appui dans ces idées sacrées, soit que leur imagination plus vive s'enflamme plus fortement pour des objets qui sont hors de la nature, leur sensibilité se prête à merveille au rôle d'institutrice et d'apôtre. Parce qu'elle croit vivement, sa foi est toute d'amour, elle n'a pas besoin de conviction. Elle n'a pas besoin, comme celle de l'homme, d'appeler la raison à la contrôler. Aussi, dans sa ferveur souvent irréfléchie, elle oublie quelquefois ses véritables devoirs. Sa conviction plus prompte et plus ferme vient du sentiment bien plus que de la réflexion. C'est encore cette sensibilité extrême , ce besoin insatiable d'aimer, qui plonge dans un couvent la jeune fille trompée dans ses amours, et la femme sur le retour qui perd ses adorateurs et sa fraîcheur. Elles ne trouvent que Dieu qui puisse rassasier leur cœur avide et (rompe. C'est toujours aimer, comme on l'a dit, à moins que la froide raison ne l'éclairé sur ses vieux jours, et ne la fasse céder à son sort, comme le vieux poète :
Je suis vaincu du temps , je cède à ses outrages.
La beauté et la jeunesse passent si vite, qu'on ne saurait trop tôt se prémunir contre les effets et les ravages du temps. C'est là une triste et cruelle vérité qu'on voit se renouveler à chaque instant et qu'on voudrait taire ou même ne pas croire, tant elle renverse d'illusions. Mais hélas! nous vieillissons, et la beauté s'efface avant que nous y avions songé*
Mais ce caractère de la femme ainsi enté sur sa sensibilité physique et morale, se présente rarement dans la société tel qu'il sort des mains de la nature. Il est sans cesse modifié, disons le mot, gâté par les usages et surtout par l'éducation. Nos usages veulent que la femme déguise ses sentiments. On lui fait un crime, ou tout au moins une honte, délaisser paraître la tendresse que lui aurait inspirée celui auquel elle n'est pas encore unie. On lui apprend
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donc de bonne heure, sinon à dompter, du moins à cacher, à déguiser ses véritables sentiments. Le blâme et souvent le ridicule seraient le prix de sa franchise ou de son innocence. Telle est l'origine de cette apparence de fausseté qn'on lui reproche. Ce sont nos mœurs et nos exigences qui l'y forcent. Ainsi ballottée entre les usages et les sentiments, son imagination n'a plus rien de fixe. Elle ne fait jamais que des demi aveux, que des demi révélations. Elle devient la plus profonde énigme de la création ; son cœur est un mystère qu'elle même ne connaît pas. C'est pour cela que Mme Riccoboni comparait le cœur d'une femme à ces pays inconnus où l'on aborde sans y pénétrer. Sa faiblesse, sa timidité, sa fausse honte sont encore une source de dissimulation. C'est encore ce qui a fait dire à Fontenelle : « une fille n'a point de caractère, mais dès qu'elle est mariée il lui en vient un bien marqué et bien indomptable ; on les épouse, puis on les connaît. » Ne nous plaignons donc pas, puisque c'est nous qui les faisons ainsi défiantes. Cependant, malgré ses soins, il ne lui est presque jamais possible de cacher entièrement son penchant; il se trahit toujours. Cette contrainte perpétuelle que la femme est obligée de s'imposer pour déguiser, exige des efforts qui agissent encore sur son système nerveux, et en exagèrent davantage la sensibilité. C'est ainsi qu'un mal en entraîne un autre (!).
Les rangs différents de la société ne contribuent pas peu non plus à accroître cette exaltation nerveuse. L'homme recherche ce que son amour-propre lui fait paraître plus élevé, plus distingué dans la hiérarchie sociale; et bien
(1) C'est ce qui a fait dire à l'un de noi poètes, à Dcmoustier, dans la comédie des Femmes:
» 0 sexe inconcevable!
De contraste sans fin mllange inexplicable ! Le ciel en s'occupant de la création , Se mit avec lui-même en contradiction.
souvent la femme qui lui plaisait, celle à laquelle il avait su plaire, est délaissée par le motif ignoble de quelques écus ou d'un vain titre. La femme qui aime et qui le cache est donc doublement tourmentée, puisqu'elle se voit préférer des rivales qu'elle croit valoir moins qu'elle. De là ces jalousies de fortune, ces rivalités désespérantes qui aigrissent les caractères et augmentent beaucoup l'irritation nerveuse. L'éducation qu'on fait donner aux jeunes personnes n'est pas moins propre à faire développer chez elles cette extrême sensibilité, en leur inspirant des sentiments souvent bien différents de ceux qu'elles devraient avoir dans leur position sociale. Ce faible de l'esprit humain pour grandir et s'élever, pour sortir de sa sphère, fait que par amour-propre les parents cherchent ce qu'on appelle les meilleures pensions, c'est-à-dire, celles où l'on ne voit figurer que les personnes les plus haut placées dans la société, les personnes du haut parage. Alors presque à leur insu, les maîtresses se font un devoir de donner des leçons de bon ton. Lors même qu'elles ne le font pas, la fréquentation des demoiselles d'un rang plus élevé, et appelées à jouer un rôle dans le grand monde, produit un frottement toujours fâcheux. L'habitude d'entendre parler de salons, de laquais, de dignités, etc., inculque profondément ces idées dans de jeunes têtes vulcanisées. L'amour propre, un penchant naturel à la vanité les ygraventencaractèresd'airain, et leur placent en même temps sur les yeux le bandeau épais de la présomption, surtout à cette époque de la vie où l'appareil de sa grande fonction se développe et change tout son être, où la jeune fille, agaçante et si folâtre, devient tout-à-coup triste, rêveuse et ne sait ce qu'elle sent de nouveau, ni ce qui se passe en elle. Les mouvements orageux du physique et du moral sont plus vifs ; les sens s'exaltent, s'appellent et se correspondent, et ils acquièrent une énergie qui double leur puissance. Aussi le séjour des grandes villes, la lecture des
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romans, la fréquentation de la société, des bals, etc., hâtent l'époque de la puberté. Malgré toutes les leçons de bienséance,, de politesse et de soumission, le traita frappé, la plaie est incurable ; et lorsque ces jeunes personnes , en apparence si bien élevées, retournent chez leurs parents, honnêtes bourgeois, négociants ou artisans, ne trouvant plus ce grand monde, ces honneurs, ces flatteries dont leur vive imagination s'était fait une si brillante idée, elles sont cruellement désappointées. Heureuses encore lorsque ce désenchantement ne produit sur elles que la contrariété, et qu'elles ont le bon esprit de refaire leur éducation sociale et de se mettre en harmonie avec leur position de fortune! Le système nerveux en reçoit bien une fâcheuse influence; mais la raison vient corriger ce mauvais effet. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi, et les parents coupables d'une tendresse si mal entendue, subissent les premiers la punition de leur faute. Des demoiselles ainsi élevées rapportent bien souvent sous le toit paternel, les airs de hauteur dont elles ont sucé les principes. Se croyant supérieures à tout le mon^e, elles voient en pitié d'abord et bientôt avec dédain l^s manières bourgeoises, les petites allures de leurs parents. Elles veulent opérer la réforme de la maison et la mettre sur un pied décent. Si par faiblesse, les parents cèdent au désir de leurs filles, ils s'engagent dans une voie dont l'issue est leur ruine. S'ils résistent, ils encourent le mépris et la haine de leurs enfants ; et l'on sent combien cette position et les contrariétés qu'elle entraîne ont de puissance sur l'imagination, et consécutivement sur le système nerveux. Que ces jeunes personnes contractent le mariage, elles veulent jouer le rôle auquel elles se croient appelées par leur éducation. Delà les querelles de ménage, si le mari a le bon esprit de résister, et quelquefois bien pis encore. De là sa ruine complète, s'il cède, parce que d'une part, sa fortune n'est pas assez grande pour soutenir cette
représentation , et que , d'autre part , le tourbillon du monde le détourne de ses affaires, qui cependant réclament impérieusement tous ses soins et tout son temps. Comment veut-on que dans toutes ces fausses positions, suite d'une éducation mal appropriée, une jeune personne n'ait pas mille fois des sujets d'exaltation nerveuse? Comment veutou que la gêne qu'éprouvent bien souvent les ressources du mari pour fournir à ses goûts de faste et de dépense toujours croissants , ne l'exposent pas à céder plus facilement à la séduction de cette clefd'or qui, dit-on, ne trouva jamais de cruelles? On sent combien cette nouvelle vie expose les femmes à un enchaînement de sensations et de sentiments, qui s'entrecroisent et tiennent son imagination et par conséquent son système nerveux dans un étal de tension perpétuelle. On sent combien enfin son système nerveux doit en être modifié, combien il doit être plus apte à recevoir toutes les impressions des causes morbides, à passer à un état vraiment pathologique.
Ce vice de l'éducation ne se fait pas seulement sentir dans les pensionnats, nous le retrouvons dans l'intérieur des familles. La vanité, ou, comme on dit vulgairement la morgue, fait adopter un luxe auquel ne répondent pas la fortune réelle, et surtout les avantages positifs qu'on pourra faire à ses enfants pour les établir convenablement. La jeunesse inexpérimentée y cède d'autant plus volontiers que l'orgueil , ce vieux levain de perdition , a semé dans son cœur le poison le plus subtil sous le masque de la vanité et de la grandeur , dont sait trop bien profiter le séducteur habile qui sait à propos flatter et se montrer généreux.
Avant l'amour , l'amour-propre était né.
Les habitudes de faste qu'elles ont prises ont monté leur imagination et leurs nerfs à un degré d'où les déceptions el les tourments de l'amour-propre humilié ne peuvent les faire
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descendre sans leur occasionner des secousses pénibles , des sensations bien fâcheuses, et devenir ainsi au moins des prédispositions aux maladies nerveuses. Ils sont incalculables les maux que fait naître une mauvaise éducation. — Quelquefois, par un travers excusable peut-être, une mère croit mieux faire en s'armant d'une sévérité outrée , en grondant sans cesse et ne pardonnant rien ; elle gêne et rebute sa fille et lui donne un caractère encore plus dissimulé , plus craintif et quelquefois plus nerveux , à cause de cette contrainte continuelle où elle la retient.— Quelquefois aussi on surcharge les études et les occupations des jeunes filles, et l'on produit tous les maux des études forcées. D'autres fois, par un contraste remarquable , on les laisse croupir dans l'ignorance la plus complète et dans l'oisiveté la plus absolue, sous prétexte de ne pas les énerver. Alors l'imagination passe à cet état de langueur et de vague, source inépuisable d'ennuis et de prédispositions nerveuses ; ou bien elles se livrent aux rêves d'une sensibilité exagérée, et elles se représentent tous les divertissements qu'elles désirent. Quel dégoût pour elles de descendre des régions de l'héroïsme et des palais enchantés aux plus bas détails du ménage!
Les usages sociaux , ce tourbillon du grand monde ou comme on dit de la société , sont une autre espèce d'éducation qui exerce une non moins puissante influence sur le caractère et sur la sensibilité de la femme , en achevant , en quelque sorte , cette éducation vicieuse , ou en la faisant de toute pièce. Cela pourrait-il être autrement? pourrait-il se faire que cette femme que nous avons vue toujours si sensible, si impressionnable et si délicate , que cette femme , dont la destinée est de plaire pour arriver au but de la nature , pût vivre impunément dans l'atmosphère de séduction et de rivalités dans laquelle elle se trouve plongée? Tout y vient enflammer la vanité, les sens et la jalousie. Chacune veut au moins égaler ses rivales et par sa toilette , et par son es-
prit, et par son amabilité. Et bientôt pauvre de vertus et ricbe d'illusions, elle se précipite à corps perdu dans le gouffre des plaisirs : elle ne tarde pas à méconnaître et même à fouler aux pieds les devoirs les plus sacrés. Les succès se comptent par le nombre des conquêtes; ce qui a fait dire à Mme du Deffant que la vanité perd plus de femmes que l'amour. Et cependant les plaisirs l'embrassent pour l'étrangler : Jmplectuntur voluptates et slrangulant (Sénèque). On sent en effet combien de tribulations et de vicissitudes doit éprouver un sexe qui sent si bien et si vite , et dont les sentiments, comme toutes les impressions , sont des réactions si rapides et si profondes . Quand on ne les aime pas , elles ne sont rien ; quand on les adore , on les tourmente ; elles ont presque à redouter également et l'indifférence et l'amour. On sent combien le système nerveux doit éprouver d'excitation , combien il doit être modiGé , combien de craintes et de déceptions , et souvent combien de mystifications doivent avoir de prise sur lui , et doivent y exercer d'impressions pénibles , et de modifications de la mobilité. Heureuse encore lorsque ce besoin de plaire et de triompher s'en tient aux armes d'une innocente coquetterie, et qu'elle se souvient que la honte est le rempart de l'honneur d'une femme. Car il n'en est pas toujours ainsi : trop souvent l'ambition d'enlever une conquête , ou le désir de la retenir fait oublier se9 devoirs , et lorsque une fois on s'est écarté des lois de l'honneur,
Ou n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.
NullA reparabills arte
Lœsa pudicitia est. (Ovide.)
Elle est sur une pente où rien ne peut l'arrêter, lorsqu'à une première affection elle en fait succéder une seconde ; parce que ce n'est plus un véritable amour. Les sens se sont habitués au plaisir, l'esprit à l'intrigue, et la femme alors cherche la volupté pour elle-même ; elle devient femme galante. C'est alors que , selon l'expression de Salomon , les
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-lèvres de la femme , qui étaient douces comme le miel , deviennent amères comme Pabsynthe.
Ne pouvant plus reconquérir l'estime qu'elle a perdue, elle cherche bien souvent à ternir l'éclat de la vertu des autres. Ne vous bâtez donc point de croire à ces propos de la malignité ; ils ne sont bien souvent qu'une calomnie dangereuse, et la calomnie frappe et atteint les vies les plus pures. Personne n'en est à l'abri. Sa vie ne devient plus qu'une succession de passions et d'orages , dont il est facile de comprendre l'action sur le système nerveux de notre sexe fragile. Adultère , inceste , polygamie , prostitution , infanticide, il n'est point d'horreurs dont ne soit capable la femme une fois avilie et dégradée. Ne rembrunissons pas cependant le tableau ; l'exemple n'est pas toujours aussi contagieux , et c'est bien souvent au milieu de toutes les séductions que la femme trouve qu'il y a du mérite à résister. C'est pour cela sans doute qu'un moraliste a dit que ce n'était ni en Suisse , ni en Hollande que les femmes étaient les plus chastes , mais à Paris , à Venise et à Naples.
Que les parents ne pensent pas que les mauvais effets de l'éducation que nous venons de signaler, doivent les faire renoncer à l'espoir de voir jamais leurs filles prendre dans le monde le rang que leur mérite doit leur assigner. Ils ne con naîtraient pas toute l'aptitude de la femme à saisir bien vite le ton de la position dans laquelle elle se trouve. Tandis qu'un homme, élevé dans son village, conservera toujours un air gauche au sein de la société polie dans laquelle il est transporté , la jeune femme en a bientôt pris toutes les habitudes et toutes les finesses; elle s'est bientôt mise à l'unisson. Son tact lui fait saisir et deviner toutes les particularités des usages reçus , toutes les manières qui peuvent la rendre plus aimable. J'ai connu une jeune demoiselle , élevée très-simplement dans son village, à l'école de pauvres religieuses , qui lui avaient enseigné son catéchisme , ses devoirs de reli-
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gion et quelques ouvrages de broderie. Mariée dans une grande ville à un négociant qui , par sa fortune, pouvait hanter la grande société, elle en saisit toutes les allures, et bientôt même elle devint le modèle du bon ton par ses grâces , son amabilité et son goût exquis. Je l'ai vue régner ainsi pendant quatorze ans , et donner le ton sur lequel on venait se régler.
Bien que nous avions dit que le sexe était de tous les àgesf cependant chaque époque de la vie lui imprime son cachet particulier, et il est toujours facile de reconnaître à ses jeux et à ses sentiments la jeune fille, la nubile et la femme mariée. Le sexe ne se dément jamais; son caractère seul prend des nuances différentes, qu'il serait curieux sans doute d'étudier, mais qu'il nous suffit d'avoir signalé. Ainsi, la pudeur, ce sentiment dont la nature a fait l'apanage de la femme pour doubler le prix de ses charmes , et dont ne se dépouillera jamais une femme d'esprit ; une coquette mémo se présentera sous un visage différent suivant les époques de naïveté, d'innocence et de connaissance plus grande du monde.
J'accouchais une dame : c'était son dixième enfant , et neuf filles étaient vivantes ; un garçon vint au jour. La seconde de ses filles, âgée de quinze ans , et l'une des plus jolies personnes que j'aie vues, arriva avec empressement aux premiers cris de l'enfant. Bon, s'écria-t-elle , c'est un garçon. — A quoi l'avez-vous donc reconnu , lui dis-je en souriant? Cette pauvre demoiselle ne répondit rien, elle rougit jusqu'au blanc des yeux , et se retira en se cachant le visage et en pouffant de rire. C'était la pudeur de l'innocence dans toute sa naïveté. Six mois après j'accouchais une damo d«> son troisième enfant; les deux premiers étaient des filles. Sa sœur, encore demoiselle et âgée de vingt-deux ans, assistait à l'accouchement. Bon, s'écrie la jeune tante, c'est un garçon.— A quoi Pavez-vous donc reconnu , lui dis-je aussi?
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— J'ai vu que ce n'était pas une fille , j'ai pensé que c'était un garçon , me répondit-elle sérieusement et sans embarras. C'était la pudeur d'une personne instruite et qui avait le tact de sa position. Trois ou quatre ans après j'accouchai une dame de son deuxième enfant; une tante âgée de trente trois ans et non mariée était présente ; sa joie éclata à la vue d'un garçon. Je lui adressai la même question : à quoi l'avezvous donc reconnu? — On me l'a dit, me répondit-elle en souriant. C'étaient la pudeur et le tact d'une personne accoutumée aux usages du monde.
Voilà donc bien dévoilé pour nous la base du caractère de la femme : il repose sur sa sensibilité physique et morale. Sa vie est toute de sensations et de sentiments. C'est donc principalement par le système nerveux qu'elle vit : on sent dèslors combien ces qualités exagérées ou trop souvent mises en action doivent exalter ce système et le prédisposer auxviciations pathologiques nerveuses. Déjà nous avons vu l'influence de l'éducation et de la vie sociale sur ce caractère sentimental. Nous aurions pu y faire entrer l'influence de la lecture des romans, l'influence des passions et des vices de la société, et nous aurions vu combien la sensibilité plus grande qui en en résulte donnerait plus de développement physiologique à ce système nerveux. Nous aurions pu y joindre quelques considérations sur l'influence de cette vie sédentaire et de ces occupations casanières, que Mme de Sévigné avait si bien su apprécier, ea déclarant que la plupart des maux de la femme ne viennent que d'avoir toujours le cul sur selle.
Ainsi, pendant que d'un côté la constitution physique de la femme lui donne un système nerveux tout spécial , de l'autre côté ses fonctions normales sont exagérées et viciées par l'éducation et par nos institutions sociales , qui agissent juste en sens inverse de ce qu'elles devraient faire. Il n'est donc pas étonnant que ce sexe , objet de tant de sentiments , et en
butte à tant d'agitations, soit voué en quelque sorte aux maladies nerveuses : Pati natœ (Sénèque).
En nous voyant expliquer ainsi d'une manière générale et aussi vague , on est en droit de nous demander si celte prédisposition aux maladies nerveuses est la même pour toutes; s'il n'y a point de différence qui fasse qu'une personne soit plutôt atteinte de l'une que de l'autre? Cette question d'une haute physiologie pathologique demanderait des développements qui dépasseraient de beaucoup les bornes de ce mémoire. De plus , nous ne croyons pas que la science soit encore assez avancée sur ce point pour en donner une solution entière et satisfaisante. Oui , sans doute , il y a une prédisposition en quelque sorte idiosyncrasique à chaque maladie ; oui , sans doute , il faut que cette modification toute spéciale existe pour que sa maladie ait lieu. Il faut que la cause qui produira l'hystérie trouve un corps disposé ou plutôt modifié pour l'hystérie. Comment pourrait-on autrement expliquer cette bizarrerie qui ferait que la même cause produirait des effets si différents, je ne dis pas dans des personnes différentes, mais souvent dans la même? La même cause devrait produire toujours les mêmes effets. Si elle produit tantôt des convulsions , tantôt l'épilepsie , tantôt l'hystérie , tantôt la syncope, et souvent rien du tout , il faut bien que le corps ne soit pas disposé toujours de même , la conséquence est de rigueur. Il faut donc qu'il y ait des modifications qui soient affectées au développement d'une maladie nerveuse plutôt qu'à un autre. On ne peut pas s'en défendre , il faut admettre cette modification physiologique spéciale; elle est un fait. Comment s'opère cette modification ? à quel signe la reconnaître? comment agit-elle elle-même? voilà des questions qu'il importerait sans doute de résoudre, mais que nos connaissances trop limitées ne nous permettent pas de traiter. Contentons-nous de reconnaître le fait et de le signaler, parce qu'il importe que nous le fassions. Plus tard il servira à nous donner la
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clef de plusieurs circonstances intéressantes; vouloir aller plus loin serait imprudent et nous conduirait dans le champ immense des conjectures et des hypothèses. Le rejeter, sous prétexte qu'on ne peut ni le connaître , ni l'expliquer, serait de la mauvaise foi : d'ailleurs, si nous rejetions tout ce que nous ne pouvons pas expliquer, combien défaits bien avérés deviendraient des mystères et seraient ainsi frappés d'anathème? Y aurait-il rien dans notre économie qui pourrait supporter cet examen sévère? tout deviendrait problème, tout serait inadmissible. On voit combien cette manière de raisonner serait vicieuse : cependant c'est celle qui est bien souvent suivie, même dans les sciences les plus exactes. On confond le fait avec l'explication , et parce que l'explication ne paraît pas juste , ou n'est pas satisfaisante, on la rejette, et le fait avec elle; de cette manière naissent la confusion et le chaos. Apprenons donc à ne jamais confondre le fait avec son interprétation , à toujours faire à chacun la part qui lui revient, et nous verrons tomber bien des discussions, qui ne nous paraissent bien souvent qu'oiseuses , et qui cependant nuisent presque toujours à l'avancement de la science.
Nous admettrons donc, comme un fait démontré , que la femme présente une modification spéciale physiologique de son système nerveux, et surtout de son système nerveux cérébral ; que c'est à celte modification qu'elle doit les différences qu'elle présente dans l'exercice de cette fonction, dans son intelligence et dans son caractère. Nous en tirerons la conséquence, que c'est encore à cette modification qu'est due sa disposition plus grande à l'hystérie, tandis que l'hypochondrie semble être plutôt l'apanage de l'homme. L'hypochondrie, comme on l'a dit bien des fois, affecte plus spécialement l'organe de l'intelligence, à cause de son mode d'action plus prolongé dans les travaux de l'esprit. Elle n'a pas autant de prise chez la femme, dont l'intelligence rapide est une réaction de la sensation, dans laquelle le raisonne-
ment n'a pas eu le temps d'intervenir ; aussi l'hystérie, qui ne porte aucune atteinte aux facultés intellectuelles et qui semble se renfermer dans le système nerveux lui-même, est-elle plus spécialement dévolue à l'être essentiellement nerveux, à la femme.
Nous n'abandonnerons point ces considérations sans en faire l'application à l'homme. Nous nous empressons de le dire, la femme n'est pas exclusivement sujette à l'hystérie, comme beaucoup d'auteurs l'ont dit et le soutiennent encore. Ce n'est pas seulement parce qu'elle a un utérus qu'elle y est sujette, c'est parce qu'elle a des nerfs anatomiquement et physiologiquement disposés à cette forme d'affection pathologique. En conséquence, si chez l'homme il se rencontre des circonstances qui mettent son système nerveux dans un état physiologique semblable ou analogue à celui de la femme, l'homme deviendra comme elle sujet à l'hystérie. Yoilà pourquoi l'homme efféminé par ses dispositions constitutionnelles, originaires ou acquises, par son éducation, par des maladies longues et spéciales, par une vie molle et toutesentimentale, par desexcès dans les plaisirs dessens, etc. , voilà pourquoi, dis-je, cet homme qui semble n'avoir des yeux, des pieds et des mains que ad honores, sera exposé à avoir l'hystérie. Voilà pourquoi on observe des maladies nerveuses, des crampes et par conséquent l'hystérie chez quelques hommes de cette trempe. Cette affection y est rare parce que l'organisation première ne perd jamais complètement ses droits et son influence. On observe à proportion une bien plus grande quantité de femmes hypochondri.iîjues, parce que l'exercice de ses facultés intellectuelles, et les mille maux intellectuels et nerveux qu'elle éprouve, la rapprochent davantage de l'homme.
En écrivant ces lignes sur la femme, sur ce sujet toujours intéressant et si complexe, nous n'avons point eu la prétention de l'approfondir, ni de le traiter complètement,
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ni môroe de rien ajouter à tout ce qui a été dit mille fois et bien mieux que nous n'aurions pu le faire, si nous avions eu la témérité de l'entreprendre. Nous avons cédé à notre devoir, qui était de faire connaître le caractère moral et physique de la femme. Pour exposer des vérités toutes simples, nous n'avons pas eu besoin, ainsi que Diderot voulait qu'on le fit; de tremper notre plume dans V arc-en-ciel, ni de secouer sur notre page la poussière des ailes du papillon. La légèreté et les grâces n'eussent pas été à leur place dans cet ouvrage,