CHAPITRE XIII
Thérapeutique de l'Hystérie.
Déjà connue dans l'antiquité la plus éloignée, l'hystérie avait fixé l'attention des praticiens, et de tous temps ils ont cherché à combattre une maladie aussi effrayante. Aussi nous pourrions faire remonter l'histoire de sa thérapeutique jusqu'à Hippocrate et même au-delà , si nous voulions indiquer tous les auteurs qui s'en sont occupés, tous les remèdes qui ont été proposés. Mais nous ne devons point faire ici cette énumération chronologique ; cette érudition immense serait curieuse sans doute, mais elle serait déplacée dans un travail dont nous craignons d'avoir déjà dépassé les limites , et nous pourrions dire bien inutile pour la science : car presque tous les auteurs ont parlé de l'hystérie, et chacun a voulu dire son mot sur son traitement ; et les médicaments seraient encore plus nombreux si on les eût tous comptés. Il n'en est pas un peut-être qui n'ait été proposé , essayé et préconisé. Ils ont tour-à-tour joui d'une faveur plus ou moins durable ou passagère. L'expérience , et bien souvent l'opinion d'un jour, a brisé l'idole de la veille, en substituant à ses médicaments d'autres médicaments qui devaient à leur tour être proscrits le lendemain. Au lieu de ce travail immense, nous nous bornerons à étudier l'influence que les différentes opinions ont exercée sur la thérapeutique de l'hystérie, et nous apprécierons en même temps l'action de quelques médita-
tions sur l'économie et sur l'hystérie. Dans cet examen , nous rencontrerons à chaque instant les motifs d'une distinction bien essentielle dans la thérapeutique. Surtout nous retrouverons d'une part l'empirisme ou l'expérience, qui est invariable comme les faits sur lesquels il repose ; d'autre part, le dogmatisme , qui s'appuie sur des doctrines plus ou moins rationnelles, et qui varie comme les doctrines elles-mêmes. La première ou la partie empirique est celle qui nous fait connaître les propriétés des médicaments les plus propres à combattre, non seulement l'hystérie, mais encore les différentes formes sous lesquelles elle se présente, et les symptômes variés qu'elle occasionne. C'est elle qui a consacré les vertus du castoreum , du musc, de l'assafœtida, du camphre, delà valériane, des préparations opiacées, de l'éther, de l'acide cyanique et ses composés, de la jusquiame, des ferrugineux , et qui nous enseigne les cas et le moment où ils conviennent. Pauvre dans l'origine de la médecine, elle s'est enrichie des découvertes de chaque siècle, et aujourd'hui elle est peut-être encombrée d'une surcharge de richesses plus factices que réelles , qui demanderaient une main bien habile pour les réduire à leur juste valeur. Celte bouffissure thérapeutique annonce plutôt la disette qu'une véritable abondance , in divitiis inopes. Un médicament bien éprouvé et bien certain dans ses effets serait une richesse bien plus positive. L'expérience a donc figuré toujours dans la thérapeutique, toujours elle lui a servi d'appui; et, malgré leurs efforts , les dogmatistes n'ont jamais pu en faire secouer le joug, tant est puissante l'influence des faits! Les doctrines passent et avec elles tout leur brillant échafaudage; les faits restent et leur survivent, et l'expérience triomphe. La médecine , qui croyait un moment avoir créé , reconnaît alors ses limites et son impuissance. Non, elle ne peut rien créer; mais elle peut conserver, et c'est à atteindre ce but que doivent tendre tous ses efforts.
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Les auteurs, quelle qu'ait été leur doctrine, ont en général établi deux traitements : l'un pour le moment de la crise , l'autre pour la maladie proprement dite , lorsque la crise est passée ; comme le disent Rivière et Sennert : Una in paroxysmos , altéra extra paroxysmum. Le traitement du paroxysme a toujours été empirique , et il n'a jamais guère reçu d'influence marquée de la doctrine régnante. C'est aux excitants subits dont l'expérience a constaté les bons effets, qu'on a toujours eu recours. Comme les malades n'avalent pas ou presque pas , c'est sur les téguments, dans les narines, dans la bouche et dans l'intestin rectum qu'ils ont été le plus souvent appliqués. Toutes les odeurs fortes et même les odeurs puantes sont conseillées , parce qu'il faut un stimulant qui fasse une impression vive ou nouvelle : le vinaigre, les éthers , le vinaigre des quatre voleurs, l'eau-de-vie selon Cbambon, l'assa fœtida , la rhue , les eaux spiritueuses, l'ammoniaque, les vapeurs de corne ou de plume brûlée, l'instillation de quelques-uns de ces liquides dans la bouche ou dans les narines , les lavements irritants , les frictions , la rubéfaction de la peau, les affusions d'eau froide, etc., furent , sont et seront toujours les moyens usités , parce que l'expérience les a sanctionnés. C'est ici le lieu de justifier Hippocrate du reproche qu'on lui a fait de conseiller le vin : Ore aperto vinum odoriferum infunde , tandis que tous les auteurs l'ont défendu. Cave ne des eisinpotu vinum ; quoniam aqua est eis convenientior , a déjà dit Avicennes. Nous ferons observer que c'est un vin odorant qu'Hippocrate conseillait, et que c'est dans le moment du paroxysme , et nous en conclurons que le vieillard de Cos, privé de nos éthers , de nos liqueurs spiritueuses , employait cette espèce de vin comme nous employons ces liqueurs ou le vinaigre : alors , au lieu de l'accuser, nous le plaindrons de n'avoir eu à sa disposition qu'un stimulant aussi faible. Déjà Mercatus et Sennert avaient essayé de le justifier par des raisons presque semblables.
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L'opinion qui a fait de la matrice un animal dans un autre animal , n'a exercé qu'une bien faible inûuence sur le traitement de l'hystérie. Ainsi Hippocrate lui-même n'en tient plus aucun compte , parce qu'il était, par-dessus tout, grand observateur, et que l'observation ne reconnaît que l'expérience. Cependant j'ai lu, dans je ne sais quel ouvrage, que le meilleur moyen d'arrêter une crise hystérique était d'exercer avec les mains une forte pression sur le bas-ventre , afin de faire rentrer la matrice dans le bassin et de l'y maintenir. Cette manœuvre est encore recommandée par quelques au teurs, non plus pour s'opposer aux aberrations delà matrice, mais pour rompre, par la pression de l'abdomen, les mouvements spasmodiques qui en agitent les organes.
Lorsqu'on a fait dépendre l'hystérie de vapeurs plus ou moins nuisibles , provenant soit du sperme ou du sang corrompu dans la matrice, soit de la masse du sang elle-même viciée, c'est alors que l'imagination s'est donné un libre essor pour chercher les moyens propres à combattre ces humeurs acres, putrides, acides, alcalines, ces ferments, etc.; c'est alors que s'est introduite dans la thérapeutique celte polypharmacie monstrueuse dont n'ont pu se défendre les auteurs les plus recommandables de ces époques, et dont on peut trouver un échantillon dans Rivière, Sennert, Holler , et surtout dans le fameux Trésor de la pratique de médecine de Burnet , compendium précieux et indigeste , où se trouvent réunies une foule de recettes extraites des meilleurs auteurs et consacrées par l'expérience. Suivant l'espèce d'humeur ou de doctrine humorale qui régnait, la médication a du varier et faire donner la préférence alternativement aux acides, aux alcalins, aux anti-septiques, aux anti-scorluiliques, aux toniques, aux diaphoniques, aux emména^ogues , aux purgatifs même , etc.
De toutes les opinions , celle qui a conduit à l'emploi des moyens souvent les moins rationnels et les plus immoraux ,
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est, sans contredit, le clitorisme ou la passion de Vénus, et les dérangements de la menstruation par le célibat ou la continence. C'est de là qu'est venu le conseil donné par Hippocrate de marier les jeunes filles et les veuves : Nubat Ma, at-il dit, et morbus effugiet. C'est de là qu'est venu le conseil immoral de consommer l'acte vénérien dans une crise hystérique. Les anciens l'avaient donné ; Duret nous apprend qu'il le conseilla à un mari au milieu du paroxysme : Jussi ut rem cum uxore sud haberet , reni habuit , indeque statim convaluil. Mais la pratique la plus immorale sans doute est celle de certaines matrones dont parle ^Etius : Excreto multo crasso viscosoque semine , ex digitorum contrée tatione , etc. ; que notre Paré décrit avec sa naïveté ordinaire , et dont Sauvage nous a transmis une histoire : Clitoridis titillatio , à barbitonsore impudico instituta , paroxysmum solvebat. « La religion ne permet pas d'exciter des pollutions, dit Astruc. Il est vrai que les femmes qui sont auprès des malades épargnent toujours au médecin la peine de les défendre , car c'est par là qu'elles commencent , et c'est ce qu'elles répètent même plusieurs fois, quoi que le médecin puisse dire.» Nos mœurs ont gagné sous ce rapport : car je ne me suis pas aperçu qu'il en fût de même aujourd'hui.
Comme il parait que ces pratiques abominables jouissent encore d'une certaine faveur auprès de quelques médecins , nous ferons observer, pour démontrer la fausseté de l'opinion sur laquelle elles se fondent , que les femmes mariées y sont plus sujettes que les jeunes filles ; et qu'on trouve autant d'hystéries dans les maisons de débauche que dans les couvents les plus sévères, surtout lorsque les filles cloîtrées sont assujetties à des occupations pénibles. Nous dirons aussi que le coït (obs. XIV) et la masturbation occasionnent souvent des crises d'hystérie. C'est ainsi que je l'ai vu et que le démontre l'observation de tous les jours. Cependant il est bien vrai que le coït et le clitorisme ont fait cesser des paroxysmes;
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mais ce n'est point par une action spéciale sur l'utérus, c'est par l'excitation ou l'irritation d'un organe très-sensible et par sa réaction sur toute l'économie. Ils ont agi comme l'aurait fait l'excitation de la membrane de Schneider par l'étber, l'ammoniaque, l'acide acétique, la corne brûlée, etc. ; ou celle de la peau par les pincements , l'urtication , la rubéfaction. Ces considérations suffisent pour faire proscrire avec horreur des pratiques aussi indécentes qu'immorales.
Ceux qui ont placé le siège de l'hystérie dans l'encéphale, et surtout les auteurs modernes , ne conseillent que des remèdes , pour ainsi dire, moraux et intellectuels, tels que : distractions , promenades, éloignement de tout sujet de contrariété , etc. Ces conseils sont sages et convenables ; mais suffisent-ils ?
La doctrine phlegmasique de Broussais , en ramenant la fureur des évacuations sanguines , a fait tout à la fois admettre l'hystérie comme le résultat d'une phlogose utérine t et les évacuations sanguines comme le moyen de traitement le plus rationnel. Tous les praticiens ont fait justice de cette pratique banale , et M. Lisfranc lui-même , quoique partisan de la théorie phlegmasique , fait observer avec juste raison que les saignées exaspèrent les paroxysmes et la maladie.
Enfin la doctrine la plus généralement admise aujourd'hui , celle qui fait de l'hystérie une affection partielle ou générale du système nerveux, ne puise sa médication que dans les calmants , les antispasmodiques et les tempérants , autant physiques, moraux et intellectuels que pharmaceutiques. Certains auteurs systématiques ont cependant été trop exclusifs dans le choix des médicaments. Ainsi Pomme, à qui , malgré les vices de sa théorie , nous sommes redevables des idées thérapeutiques les plus saines , a trop insisté sur l'emploi exclusif des bains et de l'eau de poulet. Les succès presque miraculeux qu'il a obtenus ont dû être , en grande partie, le résultat d'une confiance également miraculeuse de
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la part de malades ordinairement assez inconstants pour devoir s'effrayer de la durée d'un traitement de plusieurs années. Sa méthode n'en opéra pas moins une sorte de révolution avantageuse. D'un autre côté Wbylt a peut être abusé des calmants toniques contre sa prétendue faiblesse des nerls. Cependant ce sont les médecins qui ont admis l'affection nerveuse, qui ont en général émis les idées de traitement les plus saines et les plus sages. Ainsi Raulin avertit que la cure doit être aussi variée que les causes sont différentes les unes des autres. Louyer-Villermay donne les préceptes les plus judicieux, et apprécie justement les moyens nombreux qui ont été préconisés. Nous ne devons pas oublier de mentionner la pratique systématique du docteur Tate , médecin américain. Pour combattre l'irritation de la moelle épinière qui est le siège de la maladie, il veut qu'on applique des sangsues localement sur le point douloureux, qui est censé correspondre au point malade , et qu'on applique par-dessus un emplâtre stibié pour appeler l'irritation au-dehors. Tandis que le docteur Schutzemberger , qui place quelquefois la maladie dans la moelle épinière , regarde ces moyens comme nuls ou dangereux ; il n'a réussi alors qu'avec les réfrigérants en applications ou en bains.
Rappelons enfin que certains médicaments en vogue ont quelquefois été introduits dans la thérapeutique de l'hystérie, pour ainsi dire, à son insu : tels sont les émétiques , les purgatifs, les ferrugineux, certaines eaux minérales et même la saignée. Ces médicaments comptent des succès, il est vrai ; mais leur insuffisance et quelquefois leurs mauvais effets les ont fait presque généralement proscrire. Cependant les esprits sages en ont reconnu quelquefois l'utilité. Pour notre part, nous dirons avec Lieutaud: « Je ne voudrais pas cependant rejeter entièrement les antispasmodiques , les purgatifs , et autres remèdes qu'on prodiguait, il est vrai, mal à propos, mais qui peuvent être utiles et même nécessaires
dans bien des cas. » Il ne s'agit que de saisir les indications, et pour y arriver avec plus de certitude , il faut se dépouiller de tout esprit de système. Quel est le médecin qui, aujourd'hui , oserait saigner une hystérique mille et vingt fois , ainsi que Brillonet, de Chantilly, s'est vanté de l'avoir fait? Il nous eût été facile sans doute d'allonger ces recherches historiques sur la thérapeutique de l'hystérie et de grossir cet article ; mais comme cette érudition immense n'eût fait que satisfaire la curiosité des savants, sans aucune utilité réelle pour la science , nous nous renfermons dans ce court aperçu. Il nous reste à exposer la partie la plus importante du traitement; c'est le traitement lui-même ou la partie pratique. Mais avant d'en tracer le plan méthodique , il est essentiel de jeter un coup-d'œil rapide sur les différents moyens qui ont été conseillés , sur les médications qui sont adoptées et sur leur manière d'agir sur l'économie, afin d'en apprécier l'action en général , et d'en faire une plus heureuse application à l'hystérie.
§ I. Etude de l 'action des médicaments dans l'hystérie.
Il est peu de maladies contre lesquelles on ait dirigé autant de remèdes que contre l'hystérie. On les a peut-être tous essayés , et tous en effet ont pu trouver l'occasion de leur administration, soit à cause de son opiniâtre durée dans quelques circonstances, soit à cause de ses causes différentes, de ses nombreuses variétés et de ses complications. Dès lors on ne doit plus être étonné du luxe pharmaceutique dont la thérapeutique de l'hystérie est boursouflléc. Sans vouloir leur prodiguer par anticipation ni blâme ni louange, nous allons les soumettre à une investigation sévère. Ce n'est qu'en nous rendant un compte Adèle de leur mode d'action, (jue nous pourrons apprécier leur degré d'utilité et les circonstances dans lesquelles ils peuvent convenir ou doivent
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être rejetés. Comme nous ne pourrions pas , dans cel examen , étudier chaque remède en particulier, nous les grouperons par médications ; ce sera le moyen d'éviter de nombreuses et inutiles répétitions.
Médication adoucissante. Ce n'est point ici le lieu de discuter la valeur des remèdes qu'on peut et doit comprendre dans cette catégorie , uous devons les prendre tels que nous les offre la matière médicale , quelles que soient les nuances de leur action ou de leur composition , quelles que soient par conséquent les dénominations de tempérants, de mucilagineux,de gommeux, d'acidulés, d'analeptiques, d'huileux, etc., dont on se serve pour les désigner ou les caractériser, leur mode d'action reste toujours le même. Il est évident que nous n'entendons parler que des adoucissants directs , de ceux dont l'action tout entière est employée à adoucir, à modérer l'éréthisme local ou général de l'économie, et non de tous ceux qui produisent cet effet d'une manière indirecte, en enlevant la cause de l'éréthisme ou en en déplaçant le principe, ce qui ferait placer toute la matière médicale au nombre des adoucissants. Ainsi fixés sur ce point, il nous sera plus facile de nous entendre sur leur mode d'action. Comme ils sont tous liquides , ceux qu'on administre à l'intérieur, ils agissent de deux manières, ou bien par absorption , ou bien localement. Lorsqu'ils sont introduits dans le sang , ils en augmentent la partie séreuse , et diminuent par conséquent son effervescence et calment son échauffement . Ce liquide se présente ainsi modifié dans l'intimité des tissus et il va à son tour les adoucir au lieu de les irriter, comme il faisait auparavant. Localement les adoucissants tempèrent l'éréthisme et l'ardeur de l'estomac et des intestins , et sympathiquement celle de toute l'économie ; ils tempèrent surtout le système nerveux cérébral irrité ; et comme tout le système se lie et s'harmonise par une solidarité intime, le calme d'un de ses points se fait ressentir dans tous les autres.
l'arbre tout entier participe au bien-être de l'une de ses racines ou de ses branches. Or, nous savons que l'hystérie consiste dans un mode spécial d'irritation du système nerveux cérébral , nous voyons en conséquence combien cette médication doit être utile , et nous ne nous étonnons plus des avantages qu'en ont retirés quelques médecins , et surtout Pomme. Mais en même temps nous n'oublions pas que l'hystérie est caractérisée par des crises violentes, contre lesquelles les adoucissants ne paraissent pas avoir de prise.
Les adoucissants agissent à l'extérieur de la même manière qu'à l'intérieur. Que ce soient les bains simples ou médicamenteux , les fomentations , les embrocations ou les cataplasmes, l'action est la même, la voie seule est changée; au lieu d'agir par l'estomac , c'est par la peau. Nous savons les bons effets qu'en a obtenus Pomme en associant les bains prolongés à l'eau de poulet la plus légère. On conçoit tout le bien que cette médication longtemps continuée doit opérer dans l'hystérie constitutionnelle
Comme elle est débilitante, elle conviendra peu dans les cas d'asthénie; ou bien alors on choisira les adoucissants analeptiques,ou on leur associera de légers toniques ou une alimentation convenable. Par la même raison les boissons fades finissent bientôt par affaiblir l'action de l'estomac , circonstance qu'il ne faut jamais perdre de vue, afin de ne pas s'exposer à cet inconvénient en les continuant trop longtemps , et de les changer à propos, ou de leur associer quelques substances plus sapides.
Nous n'essaierons point d'entrer dans les détails relatifs à chaque boisson ou à chaque médicament adoucissant. Nous renvoyons à la matière médicale pour l'étude de l'action spéciale des eaux de poulet, de veau ou de grenouille, des eaux gommée, albumineuse , ou panée, des infusions de Heurs de mauve , des décoctions de chiendent , d'orge
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en paille , des limonades et orangeades , des petits laits , des laits, des érnulsions, etc., etc.
Médication antiphlogistique. Cette médication se rattache à la précédente ; ce sont les mômes boissons adoucissantes, dont on se sert pour combattre l'inflammation. Si nous l'en séparons c'est parce que les évacuations sanguines ne peuvent pas en faire partie, et qu'elles méritent une sérieuse attention à cause de la vogue dont elles ont joui parfois , et de la puissante influence qu'elles exercent sur l'économie dans les maladies nerveuses. Ami de tout ce qui peut guérir, nous ne serons jamais systématiquement ni partisan enthousiaste ni détracteur acharné de la saignée ; nous n'applaudirons jamais aux guerres furieuses des hémophiles ef des hémophobes , nous rechercherons toujours la vérité de bonne foi et sans passion. Willis et Hygmore ont eu également tort, celui-ci de la prôner d'une manière absolue, celui-îà de la proscrire toujours. Sylvius aussi la préconise par dessus tous les autres moyens. — Par la saignée, vous enlevez du du sang. Ge liquide, véhicule en quelque sorte de la vie par l'incitation qu'il porte aux organes et par les matériaux qu'il leur fournit, n'y arrive plus en aussi grande quantité; il produit par ce déficit , une sensation pénible , d'autant plus sensible que le système nerveux est plus malade. Plus la quantité du sang tiré sera considérable , plus le malaise sera grand. Mais s'il y avait surabondance de ce liquide , s'il y avait pléthore ou congestion , on comprend qu'alors la saignée deviendrait avantageuse , en faisant cesser ces états de polyhémie et avec eux le malaise qu'ils occasionnaient. On a encore attribué aux évacuations sanguines une action spoliative , dans les cas de viciation du sang ; une action substitutive, dans les cas de suppression d'une évacuation naturelle ; enfin une action révulsive ou dérivative , lorsqu'on voulait combattre une direction vicieuse une impulsion fluxionnaire, en imprimant au sang une direction différente
de celle qu'il suivait. La saignée esl doue limitée à des cas particuliers et spéciaux , et encore alors on ne devra jamais perdre du vue l'état même dans lequel se trouve le malade. D'après ces réflexions , on voit que les évacuations sanguines ne peuvent convenir que rarement dans l'hystérie ; on voit aussi avec quelle prudence il faut y recourir, si l'on ne veut pas s'exposer aux accidents qui en seraient si facilement la conséquence. Cependant, toutes les fois qu'il y aura pléthore manifeste, toutes les fois surtout que la maladie débutera chez une personne fortement constituée, et que dans la crise il y aura une congestion cérébrale plus ou moins forte, la saignée devient non seulement utile, mais nécessaire et indispensable. Il faut alors agir avec hardiesse ; mais il ne faut pas que le succès obtenu dans ces cas nous séduise et nous fasse généraliser une pratique qui doit leur être exclusivement réservée. Il ne faut pas imiter ce Brillonet que nous avons cité, de même que plusieurs autres, et encore bien moins, ce médecin qui, en dix ans, pratiqua 3500 saignées à une hystérique , ainsi que le docteur Cavalli nous l'a fait connaître en 1844. Lorsque l'hystérie sera causée ou entretenue par un engorgement phlegmasique d'un organe et surtout de la matrice , on pratiquera tous les mois , plus ou moins souvent, une saignée de 50 à 100 grammes. Ces petites émissions sanguines sont plus révulsives que dépîétives , et elles n'ont pas l'inconvénient d'augmenter la susceptibilité nerveuse. Nous ne croyons pas devoir rappeler les règles qui sont relatives à l'âge, au tempérament, à la saison, à certaines habitudes, etc. Elles sont trop connues
Médication calmante. Cette médication ne peut moins faire que d'avoir joui d'une grande faveur. Les douleurs vives , fréquentes et variées dont s'accompagne l'hystérie , le degré d'éréthisme auquel le système nerveux est élevé semblent demander impérieusement l'emploi des calmants. Aussi on
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tte lui en a pas fait faute. C'est de toutes les médications telle à laquelle la thérapeutique a fait le plus d'emprunts pour combattre les crises et les douleurs. Et en effet , l'action des médicaments qui composent cette médication justifie leur emploi et la confiance qu'on leur accorde. Ils forment presque tous partie des nombreux remèdes connus sous le nom d'hypnotiques , de stupéfiants , de narcotiques , de sédatifs , d'anodins , etc. , noms Taries suivant qu'on leur a supposé un mode d'action un peu différent, ou qu'ils ont effectivement présenté une différence d'action sur l'encéphale, le thorax , le cœur et les nerfs. Les calmants agissent ou topiquement sur l'estomac, ou secondairement sur le système nerveux seulement, ou en même temps sur l'encéphale. Dans leur action première , ils calment les douleurs de l'estomac, diminuent l'activité contractée de sa fibre mus culaire , et peut-être aussi la sécrétion du suc gastrique. De là il résulte un avantage lorsque l'estomac est le siège de douleurs ou d'éréthisme , et bien souvent un inconvénient , parce que la diminution et quelquefois la suspension d'action myotique et de la sécrétion rendent la digestion plus difficile . et même impossible, de façon que dans leur administration, si l'on a quelques bienfaits à en espérer, on a aussi des accidents à en redouter. On ne saurait donc être trop attentif sur l'état de l'estomac et sur leur manière d'agir sur cet organe. Dans leur action sur l'encéphale , ou bien les calmants produisent une simple sédation , ou bien ce^te sédation est accompagnée d'une congestion capillaire et d'un effet spécial connu sous le nom de narcotismc. Dans le premier cas , l'action du remède est toujours avantageuse et utile , à moins que la dose n'en soit portée à un trop haut degré ; la séda lion peut passer à un état voisin de la paralysie, et suspendre l'action et l'influence du cerveau sur les actes et sur les fonctions qui lui sont confiés. Cette paralysie factice peut amener la mort, comme on l'a vu à lasuite de l'administration,
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par mégarde, d'une trop forte dose d'acide prussique. Dans le second cas, l'action sédative ne perd pas ses droits, elle est toujours un avantage ; mais la congestion cérébrale et le narcotisme sont toujours nuisibles et quelquefois funestes. Toujours lorsqu'ils sont portés à un certain degré , ils affectent d'une manière fâcheuse l'encéphale, et ce centre, cet aboutissant général des nerfs , ne peut être malade sans que ceux-ci ne s'en ressentent bientôt. Voilà pourquoi les calmants narcotiques, et ce sont les plus nombreux, ne sont pas toujours aussi utiles qu'on avait lieu de se le promettre. Voilà pourquoi, lorsqu'ils semblent calmer d'un côté, ils augmentent le mal d'un autre. C'est une circonstance qui mérite la plus grande attention, et qui doit engager le praticien à bien peser toutes les chances de bien et de mal qu'il va courir , avant de se décider pour un remède , avant d'en formuler la dose. Que de sagesse et de prudence il faut pour mettre en harmonie la vertu des remèdes avec les mille circonstances d'âge, de tempérament, de variété pathologique et d'idiosyncrasie de chaque malade!
Dans le troisième cas, la sédation se fait sentir sur le système nerveux cérébral, elle calme les douleurs, et suspend ou dissipe l'érélhisme. Mais, il faut en convenir, le remède ne va pas toujours à son adresse, surtout lorsqu'il est administré intérieurement.
Son action topique est plus directe et surtout plus sûre ; nous ne l'avons jamais vue nuire , et bien souvent nous en avons obtenu des effets que nous étions loin d'en espérer. En application il faut toujours forcer les doses ; on n'a rien à craindre; jamais alors ils n'agissent sur l'encéphale, jamais je ne leur ai vu causer denarcotisme.
En comparant l'action des calmants avec l'action physiologique de l'hystérie on voit qu'ils peuvent être souvent utiles , et qu'on peut et doit le plus souvent y recourir, surtout lorsqu'il y a des douleurs à calmer. Il
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se présente ici une question d'un haut intérêt dans la pratique. Plus la douleur est vive, plus l'éréthisme nerveux est grand, plus il faut élever la dose du calmant. II faut la doubler, la quadrupler et quelquefois même la porter à un degré qui paraîtrait effrayant, &i l'on ne tenait pas compte de cette exigence du système nerveux. Dans une circonstance nous fûmes obligé d'administrer cinq grammes d'extrait thébaïque en cinq heures de temps, avant d'obtenir le calme que nous désirions (1). C'est cette hardiesse que M. Gendrin vient de présenter comme une nouveauté, en donnant tous les jours de 30 à 75 centigrammes d'opium, jusqu'à ce qu'il commence à produire le narcotisme. Que cependant cette heureuse témérité ne conduise point à de coupables imprudences. Lorsque le médecin prescrit ces doses énormes de narcotiques ou autres calmants, il doit ne pas quitter son malade un instant, afin de surveiller l'action du médicament et d'en continuer ou d'en suspendre à temps l'usage. Nous devons signaler aussi comme un fait important dans l'administration des calmants, que leur action sédative s'épuise bientôt. L'économie s'y accoutume bien vite, et ils cessent souvent d'agir, si on n'en augmente pas progressivement les doses, et encore est-on le plus souvent obligé, de le& suspendre pour désaccoutumer l'économie de leur présence, afin d'en reprendre l'usage plus tard, ou de les remplacer par d'autres. C'est alors qu'on voit quelquefois un calmant bien faible et insignifiant triompher des douleurs que les calmants les plus énergiques n'avaient pu atteindre. C'est là un sujet de méditations qui n'appartient point à cet ouvrage. Il nous suffit d'avoir rappelé le mode d'action des calmants, afin qu'on pût voir ce qu'on devait espérer d'eux, ce qu'on devait en redouter, et quand et comment ils pouvaient être avantageux.
(1) Ce fait a été publié en 1824 dans mon Traité des convulsions.
Nous n'entrerons dans aucun détail sur chacun d'eux en particulier , c'est à la matière médicale à les fournir. Ce que nous avons dit peut s'appliquer à l'opium, à la jusquiame, à la belladonne que M. Rostan emploie si heureusement, à l'aconit, au straraoine, aux préparations cyaniques, au datura fastuosa, au melia azedarach Tantes par le docteur Kipton, à l'ergot du seigle, aux chatons de noyer desséchés, à la digitale, â la laitue, à la laitue vireuse, à la ciguë. En parlant de l'étain, de la graine d'hyèble, de la racine de bryone, et surtout du placenta desséché d'une primipare, des testicules du renard pendus au col, du pénis du mari, de la corne du pied d'élan jadis si vantés, etc., nous dirons eomme Astrue : plurô refero qudm credo.
Médication antispasmodique. Cette médication puissante a fixé de tous temps l'attention des praticiens, parce que de tous temps des spasmes ont tourmenté l'espèce humaine et ont exigé des moyens particuliers pour les combattre. Aussi ils forment une classe nombreuse de médicaments, et elle serait plus nombreuse encore, si on y faisait entrer tous les médicaments à l'aide desquels on calme les spasmes, parce que ceUx ci soht fréquemment le résultat symptomatique d'une foule de Causes qui exigent des moyens différents et particuliers pour les combattre elles-mêmes, afin de faire cesser le spasme qui en est l'effet. On pourrait y faire entrer, comme pour les calmants, là matière médicale tout entière. Mais ce n'est point ainsi qu'il faut envisager la question ; on doit la réduire à l'étude des médicaments qui exercent sur le système nerveux une action directe et spéciale en vertu de laquelle ils arrêtent ou suspendent les spasmes auxquels donne lieu l'état morbide des nerfs. De cette manière leur nombre est beaucoup restreint, et l'on sait au moins ce qu'on entend par la médication et quels sont les remèdes qui la procurent. Comme la mobilité nerveuse et les spasmes ou convulsions auxquels elle donne lieu, sont les symptômes
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dominants de l'hystérie, il n'est pas étonnant qu'on ait cherché de tout temps à les arrêter, et qu'on ait ajouté beaucoup de confiance aux antispasmodiques. Aussi leur vogue n'est point passagère, elle est un règne de bien des siècles. Leur emploi remonte à la plus haute antiquité. Cependant c'est aux médecins arabes qu'on est redevable du plus grand nombre de ceux que nous possédons ; possesseurs des recettes de l'Orient où les baumes et les plantes aromatiques sont en si grand nombre, ils en ont enrichi l'Occident ; et depuis lors, malgré de nombreuses vicissitudes, ils n'ont jamais cessé entièrement d'être administrés, leur nombre est même allé en s'accroissant. On est loin encore d'être d'accord sur l'action des antispasmodiques dans l'hystérie ; si quelques auteurs en font le plus grand éloge, d'autres aussi les rejettent absolument. Parmi ces derniers on compte un grand nombre d'auteurs modernes. De nombreuses déceptions ont conduit à un scepticisme que nous réprouvons également. Voici ce qui arrive bien souvent en thérapeutique et ce qui explique ses vicissitudes, je dirais presque ses révolutions. Un remède ou une médication a réussi dans un cas, dans deux cas, dans dix, on en fait une panacée, et le remède prôné trouve bientôt des cas dans lesquels il échoue. On ne cherche point à se rendre raison des circonstances morbides et vitales qui ont pu être la cause et des succès et des revers, on trouve plus simple de condamner le remède et de lui imputer les torts qu'on a eus de l'employer mal-à-propos, du moins on sauve son amour-propre. Pour bien savoir ce qu'on doit espérer des antispasmodiques, il faut bien s'entendre sur leur mode d'action, et s'il est possible, bien la comprendre. Nous pourrions envisager comme antispasmodiques les calmants dont nous avons parlé plus haut , puisqu'ils calment aussi les spasmes , mais c'est d'une manière douce et différente, qui ne nous permet pas de les comprendre dans la classe de ceux que nous étudions. Nous
devons donc, avec les auteurs de matière médicale, réserver le nom de médicaments antispasmodiques à ces remèdes aptes à combattre les spasmes , non plus par une action calmante, douce et modérée, qui diminue, apaise l'éréthisme, engourdit le système nerveux ; mais par une action vive sur le système nerveux, en lui imprimant une modification nouvelle qui dissipe et anéantit la modification morbide qui produisait le spasme, qui alors se dissipe et permet aux organes leur retour à un ordre normal. Mais au lieu d'une torpeur, d'un engourdissement des fonctions sensorialcs et intellectuelles, ils produisent presque toujours à un degré plus ou moins grand une surexcitation prononcée, que 'révèlent assez l'augmentation de la sensibilité générale, l'accélération du pouls , l'accroissement de plusieurs sécrétions, et l'exaltation des forces motrices. Quoique ce soit là le mode d'action des antispasmodiques en général, il ne faut pas croire cependant que cette action soit la même pour tous. Il y a de nombreuses modifications à cet égard et quelques uns même semblent, en vertu d'une propriété élective, agir sur un organe plutôt que sur un autre. Ces médicaments n'exercent ou ne paraissent exercer qu'une influence médiocre sur l'encépbale , toute la scène semble se passer dans le système nerveux cérébral et dans ses attributions . On voit d'après cela combien on aurait tort de vouloir administrer les antispasmodiques dans tous les cas d'hystérie, et combien aussi on aurait tort de vouloir les proscrire d'une manière absolue. Dans un moment de spasme violent, on pourra y recourir avec confiance, on pourra même les continuer lorsqu'il y aura faiblesse; mais lorsque déjà l'éréthisme est trop grand, il faut bientôt en suspendre l'administration, qui ne ferait qu'éréthiser le système nerveux de plus en plus, au lieu de produire le calme qu'on désirait. C'est faute d'avoir bien compris et bien analysé les différents modes d'action des médicaments et de les avoir mis en rap-
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port avec la modification pathologique, qu'on a si souvent erré, qu'on a si souvent mal compris ce qu'ils étaient et ce qu'on pouvait en obtenir ; c'est ainsi que le plus souvent on leur a demandé plus qu'ils ne pouvaient donner, ou toute autre chose que ce qu'ils pouvaient faire. Nous revenons souvent sur ce point , parce quMl est un des plus importants dans la pratique de la médecine. Plus on s'accoutume à bien mettre en harmonie l'action du remède avec l'action morbide ; mieux l'on saura, ce qu'on doit demander au remède , moins on sera exposé à ces mystifications thérapeutiques qui sont si fréquentes. Ainsi les antispasmodiques peuvent et doivent être d'un grand secours pour calmer les spasmes et les convulsions. Ne leur en demandons pas davantage. Si la maladie est tout entière dans les spasmes, ils l'auront guérie. Si, au contraire, le spasme n'en forme qu'une partie, ils apaiseront le spasme ; mais la maladie survivra et elle exigera d'autres remèdes, d'autres médications.
Pour les rendre plus efficaces, et surtout pour corriger ce qu'ils peuvent avoir d'un peu excitant, la plupart des praticiens leur associent avec beaucoup de succès les calmants et surtout les opiacés.
Il n'entre point dans notre plan d'aborder les détails qui sont relatifs à chaque antispasmodique. C'est au médecin à faire son choix parmi ceux que la matière médicale lui fournit. II ne devra même pas s'attacher à un seul, il sera obligé de les varier souvent ou même de les combiner, afin d'entretenir, de renouveler, ou d'augmenter leur action. Les plus employés sont l'assa fœtida, le camphre, le castoréum, la racine de valériane, le succin, le safran, le spicnard,le musc(l),
(t) Le docteur Stanle a trouvé dans le sirop d'orgeat un moyen de neutraliser l'odeur de l'assa fœtida et du musc , ce qui en favorise l'administration. J'ai reconnu la même propriété à l'eau distillée de fleurs d'oranger pour le musc.
l'ambre gris, le sagapénum , l'agmis castus , l'huile de cajepul. M. Gendrin vient de vanter l'efficacité de l'éther sulfurique à la dose de 20, 25, 30 grammes par jour. Cette dose énorme arrêtera peut-être beaucoup de praticiens, malgré les paroles rassurantes de M. Gendrin.
Nous avons essayé d'appliquer deux fois la vapeur de l'éther à la cure de l'hystérie. Ce moyen nous paraissait devoir trouver là un cas de succès. Chez une dame dont les crises se renouvelaient presque toutes les heures, une diminution dans l'intensité et dans la fréquence des accès a paru en être d'abord le résultat; mais bientôt le mal a sévi avec une nouvelle fureur. Chez l'autre dame l'action de l'éther a été nulle. C'est une carrière nouvelle à parcourir. Deux faits ne suffisent pas pour faire proscrire.
M. Duparcque a su tirer de bons effets de l'ammoniaque liquide, mais c'est pour rappeler les règles, dans les cas de suppression. C'est aussi comme calmants et antispasmodiques qu'on a conseillé quelquefois l'acétate de plomb, le carbonate d'ammoniaque, l'huile de cajeput, l'acide hydrochlorique, le nitrate d'argent.
Chacun de ces remèdes a ses prôneurs ; ils peuvent tous convenir en temps opportun ; il ne faut donc en rejeter aucun pas même l'énula campana, l'arnica montana, la cardamine, la pivoine et nos différentes plantes aromatiques, mélisse, sauge, menthe, fumeterre, serpolet, lierre terrestre, etc. Mais aucune de ces substances, quelles que soient ses vertus, ne peut être regardée comme véritable anti-hystérique. Ce mot adopté dans les matières médicales doit être rayé, si on veut lui ajouter la signification de combattre en entier l'hystérie; mais on peut la conserver comme synonyme d'antispasmodique. De quelque manière qu'ils soient administrés, sous quelque forme qu'on les fasse avaler, sur quelque surface qu'ils soient présentés , rien n'est changé, tout ce que nous avons dit peut s'y rapporter. Pour preuve de ce
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que nous disons, nous rappellerons qu'Horstius a guéri une femme hystérique, en lui faisant souffler du castoréum et du poivre dans les fosses nasales.
Parlerons-nous de V aimant, auquel des auteurs estimables et surtout le vulgaire ont prêté des vertus si efficaces ? C'est un calmant, un faible calmant. Il peut donc servir quelquefois à dissiper le spasme, et calmer la douleur, et plus souvent encore à tranquilliser l'imagination. Mais il ne possède aucune autre vertu; la foi, la confiance y font beaucoup.
Il en est de même du magnétisme et de Vélectricité. Ces moyens dont la thérapeutique s'était promis de si grandes merveilles contre les affections nerveuses, sont bien souvent déjà tombés en désuétude. Cependant leur action sur l'économie et sur le système nerveux est bien puissante. Les secousses qu'ils déterminent sont une espèce de stimulation qui peut trouver son application dans les moments de crise pour en rompre la violence, et dans les cas de faiblesse, ou même de paralysie hystérique. On sent qu'alors, mais alors seulement, le fluide galvanique peut être avantageux. Administré en temps inopportun, il pourrait devenir plus nuisible qu'utile. Toutes les fois qu'on y aura recours, ce sera toujours avec les plus grandes précautions, et le plus souvent d'après les procédés les plus doux et les moins excitants, tels que le galvanisme, les colliers d'ambre, etc. L'acupuncture, modification encore mal appréciée du galvanisme, parait avoir obtenu quelques succès. M. Pelletier en cite un fait fort remarquable dans les Archives de médecine, octobre 1828. Mais c'est principalement dans les cas de clou, de douleurs, de spasmes locaux et de contractures ou de paralysie, qu'elle trouvera plus facilement son application.
Nous ne devons pas passer complètement sous silence le magnétisme animal et le somnambulisme. Il est fâcheux que le charlatanisme le plus dégoûtant se soit emparé de ces
pratiques et en ait fait des farces qui, bien qu'amusantes et ridicules, ne laissent pas que de duper quelques sots, ou quelques fanatiques peu clairvoyants. Les passes et autres pratiques exercent sur le système nerveux une action réelle, qu'on n'a peut-être pas encore assez étudiée et qui chez les femmes surtout, pourrait exercer une influence bien grande, dont il serait possible de tirer parti quelquefois. Cependant , nous devons l'avouer, ce que nous en avons vu jusqu'à ce jour n'est pas propre à justifier nos désirs : carie système nerveux en a presque toujours reçu une modification plutôt fâcheuse qu'utile. Aussi nous n'en parlons que pour engager à de nouvelles expérimentations. Nous n'entendons pas parler de ce somnambulisme et de ce magnétisme de devination, de rapports entre individus, etautres plaisantes choses de ce genre. Mais passons à des sujets plus sérieux. La musique a dans tous les temps été reconnue pour exercer sur le système nerveux l'influence la plus grande qu'il soit possible d'imaginer. L'histoire nous a conservé un grand nombre de faits qui nous paraîtraient fabuleux , si des exemples modernes et authentiques ne venaient nous en servir de preuves. C'est pour cela que déjà , dans la plus haute antiquité , la musique fut employée pour guérir les maladies nerveuses. Il semble qu'elle ne doive avoir de puissance contre l'hystérie que pendant l'intervalle des crises pour calmer l'éréthisme nerveux. Cependant nous avons fait cesser une crise violente chez une dame qui était forte musicienne, en faisant jouer sur son piano un air qu'elle aimait beaucoup. Mais ce fait qui s'est reproduit bien des fois ne peut pas être invoqué comme moyen anti-hystérique ordinaire, à cause de l'impossibilité de se procurer à volonté et sur-lechamp un instrument et un musicien qui sache de suite aussi deviner l'air qui sera à l'unisson de l'éréthisme de la malade. D'un autre côté, il ne faut pas se le dissimuler non plus, la musique ne calme pas toujours les nerfs , bien souvent elle
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les irrite , et telle personne qui l'aimera beaucoup dans certains moments , en sera péniblement affectée dans d'autres , et pourra même en être fatiguée au point de prendre les crises qu'on voulait prévenir. Comme dans beaucoup d'autres circonstances , il faut ici la plus grande prudence et le tact le plus délicat dans le choix de l'instrument et de son ton , et dans le choix de l'air. On peut tirer parti de la musique ; mais on ne peut pas en faire un anti-hystérique ni constant ni commode.
Médication tonique. La médication tonique est celle qui enseigne l'emploi des moyens qui donnent du ton , de la force et de l'énergie. De quelque manière qu'agissent les toniques, ou directement sur la fibre des tissus, ou secondairement par l'intermédiaire du sang dans lequel le médicament absorbé est allé donner une nouvelle vie, de nouvelles attributions, le fait reste toujours le même. En conséquence , celle classe de médicaments conviendra toutes les fois qu'il y aura faiblesse, atonie. Est-ce le cas de l'hystérie ? Conviendront-ils contre celte maladie ? Or, nous avons vu que cette affection était une névrose spasmodique, par conséquent une névrose avec éréthisme, bien plus qu'avec faiblesse. Cependant nous avons vu aussi que l'asthénie anémique (obs. XIII) et l'asthénie chlorotique (obs. XV...) pouvaient quelquefois aussi devenir des causes d'hystérie. Nous en avons conclu que d'autres circonstances asthéniques par vice des humeurs ou des solides pouvaient conduire au même résultat. Dès lors il se présente deux conditions qui peuvent justifier les éloges et les blâmes des toniques dans l'hystérie, suivant qu'on aura eu égard au caractère physiologique de l'affection ellemême , ou au caractère aslhénique de quelques-unes de ses causes. Nous voyons maintenant tout ce que nous devons penser de la puissance des toniques contre l'hystérie. Nuisibles, lorsqu'il y aura éréthisme, ils seront utiles lorsque la cause sera aslhénique. Il est encore une circonstance dans
laquelle ils pourront rendre des services, c'est lorsque par sa durée l'hystérie aura épuisé l'économie et déterminé une faiblesse des organes, qui ajoute à la mobilité nerveuse. Alors les toniques administrés convenablement seront d'un grand secours, en redonnant plus de force au tissu, en relevant l'économie épuisée ; ils diminueront la mobilité nerveuse, et amèneront ou du moins favoriseront la guérison de l'hystérie. Ce n'est que de cette manière que peuvent s'interpréter les différentes opinions émises sur leur action. Il serait possible encore que, par une de ces bizarreries dont le système nerveux malade nous fournit de si nombreux exemples, les toniques pussent être utiles par le seul fait de l'impression nouvelle qu'ils feraient sur le système nerveux, de la modification nouvelle qu'ils lui imprimeraient. La vie et surtout les modifications pathologiques sont si variables et si variées !
Il est une circonstance encore dans laquelle les toniques amers et surtout le quinquina elle sulfate de quinine paraissent jouir d'une efficacité prononcée, c'est lorsque les crises sont périodiques à époque fixe. Alors, le quinquina agit comme fébrifuge , comme antipériodique et aussi comme tonique. Ce sont des règles différentes, c'est un mode d'administration tout particulier. Mais lorsque les crises sont irrégulières, et lorsque, à des crises périodiques régulières, il s'en joint qui sont irrégulières, la quinine échoue et quelquefois même elle exaspère le mal. MM. Piorry, Chomel, Dubedat, etc. se sont aloïs très - bien trouvé de son association avec les calmants.
Dans le choix qu'on fera du tonique on se laissera guider, comme dans les autres maladies, par l'état des solides ou des liquides. Lorsqu'on voudra agir sur les liquides, comme dans la chlorose , le scorbut, les scrofules, les martiaux se ront préférés. Lorsqu'on aura une faiblesse des tissus sans lésion du sang, les amers , qui ont une action plus directe
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sur la fibre , seront préférés et surtout le quinquina. Nous ne repoussons pas les autres ; on peut y recourir aussi; tels seront l'angustura , la cannelle , l'angélique , la simarouba , le cresson, la chicorée amère, le cerfeuil, la quassia amara, le chardon bénit , la ménianthe , l'écorce de grenade , la rose de provins, le chenopode vulvaire, les glands de chêne, la benoîte, la gentiane. Nous laissons au praticien le soin de choisir le mode de préparation qui lui paraîtra convenir le mieux, et celles des milliers de combinaisons qu'on en a faites sous toutes les formes possibles. Pour eux se présentent les mêmes recommandations que pour les autres amers. Personne n'avait mieux que Tissot étudié leur action dans ces cas ; personne n'a donné à cet égard de plus sages et de plus judicieux conseils, sur leur dose, leur combinaison, leur suspension, leurs effets, et les cas où il convient de les continuer et de les suspendre. M. Trousseau est ensuite l'auteur qui a le mieux compris leur action dans l'économie vivante. Médication évacuante. Dans le temps du règne de l'humorisme, et surtout de l'humorisme saburral et bilieux, les évacuants par le haut et par le bas prirent faveur. Les vomitifs et les purgatifs eurent alternativement leurs jours de vogue. Alternativement aussi ils furent proscrits comme incendiaires. Il n'est pas douteux que dans quelques circonstances particulières d'affections de l'estomac et des intestins ces moyens n'aient trouvé l'occasion d'être utiles ; mais alors le bien s'est opéré en agissant sur la cause ou la complication de la maladie et nullement sur la maladie elle-même. D'ailleurs ces moyens ne peuvent pas convenir pendant l'accès, à cause de la grande quantité de boisson qu'ils exigent et de la difficulté qu'on éprouve à faire boire quelques gorgées aux malades. Sans cette difficulté, les vomitifs pourraient être employés pour rompre le spasme en imprimant à l'économie des secousses violentes dont l'action sur le système nerveux ne saurait être douteuse. Mais indépendam-
ment de ces difficultés il y a le plus souvent dans l'action des émétiques une lenteur qui ne s'accorde pas avec la promptitude des secours que la violence du mal exige. Dans l'intervalle de la crise, ils ne peuvent convenir, comme nous l'avons dit, que dans les cas rares de saburres, embarras gastrique, etc. Nous ferons à ce sujet une remarque pratique assez importante, c'est que bien souvent à la suite des crises, l'estomac reste dans un état de malaise, de dégoût, de dyspepsie, etc., qui présente quelque analogie avec l'embarras gastrique, avec lequel cependant il faut bien se garder de le confondre : car alors l'administration des vomitifs serait fà cheuse ; elle est formellement contre-indiquée.Les purgatifs ont une action irritante qui doit les faire rejeter, excepté dans les cas bien rares d'embarras intestinal, ou de constipation opiniâtre : encore devra-t-on alors même être bien réservé sur leur emploi. N'oublions jamais qu'ils agissent en irritant, et que l'irritation, à moins d'être révulsive, ne peut qu'être nuisible dans les maladies nerveuses. Je sais que la sécrétion abondante qu'ils produisent peut jusqu'à un certain point être regardée comme une crise de l'irritation ; mais cette évacuation, qui peut être si utile dans d'autres circonstances, devient ici une nouvelle cause aggravante , elle augmente la faiblesse et la mobilité nerveuse. Ainsi, vomitifs et purgatifs, et tous les moyens qui composent cette médication évacuante seront proscrits excepté dans les cas rares que nous avons indiqués ; encore devra-t-on choisir les moyens les plus doux. Vainement l'école Rasorienne du controstimu lus a voulu les placer en tête des controstimulants. Elle s'en est laissé imposer par la dépression du pouls que produit presque toujours la concentration pénible qui accompagne le vomissement. Elle a pris celte dépression pour un effet direct du remède, et elle y a vu une diminution directe de l'action vitale, et l'émétique est devenu un modérateur de la circulation. Il était bon de signaler celte erreur. Bien que
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purement théorique, elle pourrait exercer sur la pratique une fâcheuse influence en faisant adopter des moyens nuisibles et dangereux.
La diaphorése a pu compter quelques partisans, comme moyen éliminateur de certains principes morbides, à une époque surtout où les savantes et minutieuses recherches de Sanctorius avaient donné à cette partie de la médecine une impulsion, qui n a pas laissé que d'exercer une bien grande influence qui se conserve encore dans la pratique banale du peuple, dans son habitude des sudorifiques contre les chauds et froids. Elle a pu compter des succès lorsque une suppression de transpiration , ou la répercussion brusque d'une phlegmasie cutanée aiguë ou chronique avait occasionné l'hystérie. Presque tous les sudorifiques sont échauffants et excitants; comme tels ils ne peuvent que nuire à un système nerveux déjà si irritable. Les sueurs abondantes ne peuvent qu'affaiblir, et la faiblesse plus grande ne peut qu'ajouter à l'état nerveux morbide. Ainsi ils ne peuvent et ne doivent pas être comptés au nombre des remèdes anti-hystériques. Cependant, comme nous l'avons dit, ils trouveront dans certains cas bien rares l'occasion d'être utiles. Ils pourront convenir aussi dans certaines complications avec le rhumatisme, la goutte, les dartres, etc.
Médication révulsive et dèrivative. Nous ne devons comprendre dans cette catégorie que les agents thérapeutiques qui agissent sur la peau par un mode quelconque d'irritation, et y déterminent soit la rougeur, soit la vésication, scit la suppuration passagère ou chronique. Dèslors uous en excluons toutes les révulsions ou dérivations obtenues par la voie des sécrétions salivaires, gastriques, intestinales, urinaires, etc. Ainsi restreinte , cette médication ne comporte plus pour nous que les irritants cutanés. Nous en ferons deux classes : les uns agissant seulement par l'irritation vive et spontanée qu'ils occasionnent; les autres agissant en même temps
par l'établissement d'une suppuration plus ou moins abon* dante. Nous ne comprendrons pas seulement les rubéfiants , sinapisants etc. parmi les premiers, mais aussi tous les irritants de quelque nature qu'ib soient, pourvu qu'ils produisent l'irritation de la peau : ainsi l'urtication, les pincements, les chatouillements soit avec la main aux lombes et à la plante des pieds, soit avec la barbe d'une plume dans les fosses nasales ou dans le voisinage de leur ouverture, l'avulsion des cheveux avec vivacité, surtout aux tempes et à rebrousse poil, les frictions, et même les affusions brusques d'eau froide ou d'eau chaude, les sternutatoires , tels que celui qu'Astruc donne comme très-efficace, et composé des poudres de moutarde , de pyrêthre et de castoréum, ou le poivre qu'Horstius conseillait. Tous ces moyens sont excitants. Bien qu'ils agissent sur un point local, ce n'est pas cependant par révulsion qu'ils opèrent ; àmoins qu'on ne veuille admettre, dans leur action, un déplacement de l'action nerveuse viciée, que l'agent employé appellerait aux téguments. Sans nous occuper de cette explication théorique , véritable jeu de mots qui doit s'effacer devant les faits, nous tiendrons compte uniquement de la stimulation vive qu'ils produisent, et nous y trouverons bien plus les raisons d'une réaction puissante sur le système nerveux , dont elle modifie l'état morbide en lui substituant une irritation thérapeutique artificielle, qui n'a rien de grave ni de durable. Cette médication est puissante. Son action instantanée et vive va de suite retentir dans toute l'économie ; et par le trouble et le changement de modification nerveuse qu'elle opère, elle arrête souvent les crises. Aussi ces moyens n'ont ils jamais été conseillés que dans le moment de la crise. Alors ils sont tout puissants, et l'on conçoit tout le parti avantageux qu'on peut en tirer. Mais, nous le répétons , c'est bien plus comme excitants ou comme modificateurs de la sensibilité qu'ils agissent, que comme révulsifs ou dérivatifs.
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Les ventouses , les vésicatoires , les moxas, les cautères , les sëtons et autres émonctoires sont les véritables révulsifs , les véritables dérivatifs. Ils établissent une fluxion locale , une suppuration plus ou moins abondante qu'on peut regarder comme une sorte d'élimination, ou tout au moins comme un déplacement du principe morbifique ou de la direction fluxionnaire qui causait ou entretenait la maladie. Les exutoires ne peuvent donc être d'aucune utilité dans le moment des crises, parce que leur action lente ne permet pas d'en rien attendre dans ces moments de violence et de tempête. Si l'hystérie est constitutionnelle et chronique, et purement nerveuse, les émonctoires seront en général plus nuisibles qu'utiles. D'une part leur action produit toujours une irritation qui ajoute à celle qui existe déjà ; d'autre part la suppuration est une sécrétion artificielle qui produit une déperdition constante et devient ainsi une cause d'affaiblissement , et nous avons vu que la faiblesse était une cause au moins prédisposante de l'hystérie. Cependant l'on conçoit que dans quelques cas bien rares , ils puissent apporter une modification nerveuse qui soit favorable en dissipant la modification pathologique. Il est même une circonstance dans laquelle ils deviendront utiles et nécessaires : c'est lorsque l'hystérie sera produite et entretenue par la suppression d'une suppuration naturelle ou artificielle , ou d'une dartre , ou par une affection organique de l'utérus ou de tout autre organe. Alors l'émonctoire, en rétablissant la suppuration supprimée , en combattant la maladie existante, combat en même temps l'hystérie qui en était la conséquence. C'est donc à ce bien petit nombre de cas qu'il faut réduire l'emploi et l'utilité des révulsifs.
Des eaux minérales. Personne aujourd'hui ne doute plus de l'action bienfaisante des eaux minérales. La foule qui y afflue de tous les côtés témoigne de la confiance qu'on leur accorde. Elles ont presque toujours été conseillées contre les
maladies nerveuses , et par conséquent contre l'hystérie. Il est évident qu'elles ne peuvent rien contre les crises ellesmêmes ; leur action trop lente ne permet pas de songer alors à leur administration. Elles ne peuvent agir que dans l'intervalle et contre la maladie devenue chronique et constitutionnelle. D'une part leur action lente sur l'économie permet d'en espérer des effets d'autant plus avantageux qu'elles modifient l'organisation en entier, comme le prouve cette fièvre thermale qui agite les malades pendant leur administration , et qui se prolonge souvent plusieurs mois après qu'on a cessé de les prendre. Mais si l'on veut que cette action des eaux soit bienfaisante , il ne faut pas qu'elle soit trop active, trop puissante , elle ajouterait à l'éréthisme , elle fatiguerait davantage et deviendrait nuisible; il faut qu'elle soit modérée , en conséquence il faut qu'elle soit opérée par des eaux minérales douces ou modifiées de mille manières pour atteindre le but désiré. D'autre part l'influence hygiénique qu'exerce l'entourage dont elles sont accompagnées , n'est pas moins puissante. Peut-être même est-elle plus efficace sur le système nerveux. On sait combien le voyage , la distraction , l'exercice, l'éloignement de ses occupations ordinaires et des tracasseries de ménage , le bon air, un régime suivi et et plus régulier, la nécessité de se lever matin pour aller au bain, ajoutent à Taction déjà si avantageuse des eaux. On voit donc tout le parti qu'on peut en tirer , en bien choisissant celles qui conviennent le mieux , et le mode d'administration qui sera le plus avantageux. Les eaux les plus douces sont en général celles qu'on préférera , à moins que l'hystérie ne soit alimentée par un engorgement de quelque viscère. Alors il faudra recourir à des eaux plus actives , en choisissant celles dont l'action est reconnue plus efficace contre l'espèce d'engorgement auquel on a affaire. En général les eaux qui jouissent de plus de faveur dans cette maladie sont les eaux de Néris, de Yichy, de Luxeuil , de Bourbonne,de Seltz , du
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Mont-d'Or , de Bagnère de Luron , de Bade , de Pyrniont , de Forges, de Spa , etc.
Mon ami le docteur Nepple, que la science vient de perdre, a vu à St-Alban l'hystérie s'améliorer par l'action du gaz acide carbonique sur les poumons. Il en conclut que l'inspiration de ce gaz pourrait bien être utile dans cette maladie.
Le docteur Piorry, qui vient de nous faire connaître ses savantes recherches sur l'action des eaux minérales des bords du Rhin, accorde la préférence aux eaux d'Ems. Il pense qu'elles ne peuvent être utiles que dans les cas d'hystéricisme ou hystérie vague , et lorsqu'il y a des menaces de congestion à la tête, à la poitrine et à l'utérus. Au commencement de leur emploi , elles semblent d'abord fatiguer les malades; mais au bout de quelques jours ils s'y accoutument et ils en obtiennent les bienfaits désirés. Il pense que les eaux ferrugineuses ou salines ferrugineuses , comme celles de Bath , sont plus utiles dans les cas où il y a des signes d'anémie.
Des bains. Il serait superflu de s'occuper ici de l'action des bains sur l'économie et surtout dans les affections nerveuses; c'est une chose connue et jugée. Depuis Pomme surtout , ils n'ont pas cessé de faire sinon la base du moins une partie bien essentielle de leur traitement , et cela se conçoit. Ils introduisent par l'absorption une quantité considérable de liquide aqueux qui va avec le sang tempérer l'érMhisroe général ; en même temps ils calment directement le système nerveux en agissant sur les extrémités des nerfs qui aboutissent à la peau, et par la perméabilité de celle-ci, ils assouplissent et distendent les tissus raideset souvent crispés des personnes nerveuses. Or, tout cela se rencontre dans l'hystérie chronique , état des nerfs et des tissus et action de l'eau tiède. Il n'est donc pas étonnant qu'ils tiennent toujours le premier rang parmi les moyens anti-hystériques. Mais en même temps il est évident qu'ils ne peuvent guère être employés contre une crise; la lenteur de leur action y est un obstacle.
Cependant si nne crise se prolongeait fcrop longtemps , et qu'il n'y eût pas de ces contractions motrices qui ne permettent pas de jouir des malades, les bains seraient encore utiles et peut-être le meilleur calmant.
Tout ce que nous avons dit se rapporte uniquement au bain tiède. Nous ajouterons qu'on peut les rendre médicamenteux et plus adoucissants , plus calmants , par l'addition de différentes plantes ou fécules convenablement préparées à cet effet. Nous dirons encore les bons effets qu'on peut retirer des frictions et des massages qu'on leur associe quelquefois. Rien ne fortifie plus les nerfs, rien ne leur donne en même temps plus de souplesse. Ces moyens mécaniques , quelque variés qu'ils soient , peuvent être employés sans les bains et constituer un mode de traitement. On sent tout le parti qu'on pourrait en tirer pour fortifier le système nerveux et diminuer sa mobilité. Ce moyen est trop négligé aujourd'hui.
Les bains frais ont une autre manière d'agir : moins émollients , moins calmants , ils resserrent et vivifient la fibre. Us peuvent en conséquence être quelquefois utiles lorsque la faiblesse générale ou une disposition atonique radicale requiert l'emploi des fortifiants et des toniques.
Il en sera de même des bains froids : ils pourraient convenir dans le moment de l'accès en immergeant brusquement les malades dans l'eau froide , pour produire une surprise , une sensation vive qui enraye et arrête la crise. Mais ces bains de surprises ne peuvent pas souvent convenir.
Il n'en est pas de même des bains froids à la méthode hydrothérapique ; la réaction qu'ils opèrent est puissante et énergique. Elle peut être bien efficace ; mais en même temps nous ne saurions recommander trop de prudence dans l'emploi d'un moyen qui peut conduire à bien , mais qui est entouré de bien des écueils. C'est un sentier escarpé qui conduit au but à travers des précipices dangereux et souvent
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difficiles à éviter. Nous ne croyons pas devoir parler des différentes autres espèces de bains : bains minéraux , bains de mer, bains de sable, bains d'air, bains de vapeurs, etc.; leur action sur l'économie a été trop bien étudiée pour que nous ayions rien à y ajouter, et leur application aux maladies nerveuses peut trouver son occasion dans quelques cas rares.
Du moral. Personne aujourd'hui ne met en doute la puissante influence du moral sur le physique. Tout , dans notre économie , révèle l'union harmonique qui existe entre tous les actes de la vie. Nous avons plus haut fait connaître cette dépendance réciproque des organes, des fonctions, et surtout des deux vies. Si , par esprit de système, on a bien souvent méconnu cette association physiologique , qui constitue l'unité de l'homme , la chose n'est plus possible aujourd'hui. Il n'y a de différence que dans le plus ou le moins d'influence qu'on accorde à l'un sur l'autre , suivant qu'on se place dans une atmosphère de vitalisme ou d'organisme. Mais cette nuance tombera à mesure que la science démontrera de plus en plus l'union indissoluble de la vie et des organes , de l'esprit et de la matière ; à mesure qu'elle fera mieux sentir cette grande vérité du père de la médecine , que le corps est composé nécessairement de ces trois choses : les contenta , les continentia et Yimpetum faciens. L'époque ne nous paraît pas éloignée où la fusion de toutes les doctrines n'en permettra qu'une possible. Personne n'a fait ressortir celte vérité avec plus de profondeur et de charme que M. Réveillé-Parise. Personne non plus n'a mieux parlé de la médecine morale dans les maladies. Les anciens avaient bien apprécié cette influence dans les pèlerinages , dans les fêtes , dans les jeux, dont ils faisaient la base du traitementdes maladies nerveuses. Plus tard, à mesure que la médecine crut s'enrichir dans cette polypharmacie exorbitante , le moral fut négligé pour les remèdes , et quelquefois mêriiC il leur fut complètement
sacrifié. Une connaissance mieux raisonnée de l'homme rendait au moral le rôle qu'il aurait dû ne jamais quitter, lorsque la confusion que Sydenham vint mettre dans l'étude des maladies nerveuses, en identifiant l'hystérie avec l'hypochondrie , fil prendre au moral une prépondérance abusive à son tour, surtout dans l'hystérie. Les désordres de l'imagination dans l'hypochondrie rendent le traitement moral indispensable , et sans s'en apercevoir on a étendu à l'hystérie cette nécessité , si bien que les auteurs même qui la distinguent de l'hypochondrie sont subjugués par un entraînement involontaire , et qu'ils ont placé dans la direction du moral la thérapeutique presque entière de l'hystérie. Nous reconnaissons tous les bons effets qu'on peut obtenir du moral , mais nous n'en faisons pas une panacée. Nous savons que le calme moral , que la distraction , qu'une imagination arrachée à ses souffrances et aux idées noires qu'elles inspirent, sont un puissant remède contre les maladies nerveuses. Le bien-être qui s'établit dans l'organe de l'intelligence va retentir dans le système nerveux cérébral qui émane de lui , et y produit secondairement un calme plus grand , ou du moins le rend plus accessible à l'action des autres calmants. Nous avons même vu dernièrement des secousses morales violentes suspendre et guérir les crises d'hystérie auxquelles une malheureuse mère de famille était en proie depuis plusieurs années. Aussi , quoique le moral joue ici un rôle beaucoup moins grand , beaucoup moins indispensable que dans l'hypochondrie , il n'en est pas moins efficace , et nous ne saurions trop recommander d'en faire sinon la base , au moins une partie essentielle du traitement , on en obtiendra toujours les effets les plus avantageux , pourvu qu'on ne dépasse pas les bornes , et qu'on ne prenne pas, pour distraction, ces sociétés bruyantes où l'éclat des lumières et le graHd nombre des personnes altèrent l'air et produisent un bruit assourdissant et une chaleur étouffante , qui en font une at-
de l'hystérie. 441
mosphère qui fatigue à la fois tous les sens et les poumons , surtout si l'on y fait un séjour prolongé.
De l'exercice. L'exercice est presque aussi indispensable à l'entretien de la vie et de la santé , que les aliments. La physiologie nous apprend comment s'opère cette influence : elle nous montre le sang désartérialisé dans le muscle en contraction , retournant plus vite au cœur solliciter des contractions plus promptes, pour aller plus vite s'hématoser dans le poumon, et retournant ainsi pluspromptement présenter aux organes une incitation vitale incessante qui les stimule davantage. Ces phénomènes sont maintenant trop bien connus pour y insister davantage. Ce qui n'est pas moins connu non plus, c'est que l'organe qui s'exerce le plus se développe aussi le plus , et que par conséquent l'appareil musculaire acquiert à la fois plus de force et plus de volume. Un autre axiome de physiologie, non moins important à rappeler ici, c'est l'espèce d'antagonisme qui existe entre les forces motrices et les forces sensitives , tellement que le développement plus considérable des unes ne se fait qu'au détriment des autres. Ainsi lorsque le système nerveux est malade comme dans l'hystérie, le système moteur s'affaiblit à proportion de l'intensité et de la durée de la maladie. En conséquence , en redonnant , par l'exercice , plus de force , plus de développement aux muscles , à l'appareil moteur, on diminuera d'autant la sensibilité ; et comme c'est cette propriété nerveuse qui est spécialement lésée, on sent combien on obtiendra d'avantages de cette manière de rétablir l'équilibre, et, par cette balance , de ramener à son type normal le système nerveux malade. Le docteur Schutzemberger compte aussi beaucoup sur les bons effets de l'exercice , surtout lorsque la moelle épinière est le siège du mal , parce qu'alors la volonté qui agit sur les mouvements diminue d'autant l'action réflective delà moelle. Aussi nous ne saurions trop joindre nos éloges à ceux qu'on a donnés à la gymnastique , nous ne saurions
trop recommander d'y recourir autant que faire se pourra. Ce n'est point ici le lieu d'indiquer celle qui convient le mieux et la manière de la pratiquer ; l'hygiène fournit les règles de conduite à suivre , et l'étude des dispositions individuelles de chaque malade en prescrira les nuances. Nous ne saurions trop le répéter : rien ne doit être poussé à l'extrême, surtout chez les femmes hystériques et nerveuses Que nos instances en faveur de l'exercice ne soient point regardées comme une proscription du repos ; plus on agit , plus on en a besoin. Il faut donc savoir établir une sage proportion ; il faut ne rien exagérer. Le sommeil lui-même devient indispensable : il convient de le prendre raisonnablement et en temps opportun , et de ne pas faire du jour la nuit et de la nuit le jour. Il faut ne rien oublier de tous les préceptes d'une bonne hygiène.
Des voyages. L'ulilité des voyages a été reconnue de tous temps contre les maladies. Dès la plus haute antiquité , ils en ont fait la base du traitement. Malgré le règne absolu de la médecine pharmaceutique , ils n'ont pas cessé d'être l'objet des recommandations les plus expresses des médecins les plus célèbres; Galien, Reid , Sydenham , Baglivi, Gilchrift , et tous les modernes , sont unanimes. On le conçoit , lorsqu'on envisage qu'aux bienfaits de l'exercice , ils réunissent l'avantage inappréciable d'une distraction forcée et plus grande, d'un changement d'air, de l'éloignement d'habitudes et de préoccupations qui étaient bien souvent une cause entretenante de la maladie. II y a donc ici une première action directe de l'exercice sur l'économie et sur les nerfs , et de plus une action secondaire , par la distraction , par la diversion de l'imagination , dont le calme alors se fait sentir sur le système nerveux cérébral. Aussi nous nous réunissons de grand cœur à tous les bons auteurs, pour les conseiller aux hystériques. Nous ne pensons pas qu'il soit besoin de rappeler qu'ils ne peuvent rien contre la crise , et qu'ils ne peuvent
dk l'hystéiue. 443
agir que dans les cas d'hystérie chronique ou constitutionnelle. On a beaucoup ajouté d'importance à la contrée , au climat où l'on enverra de préférence les malades. Ce n'est pas sans raison ; nous avons vu quelle était l'influence des climats sur la production de l'hystérie , elle n'est pas moins grande sur sa guérison. Autant que possible on choisira les localités et les pays où des sites riants ou pittoresques frapperont l'imagination d'une manière agréable ou propre à la fixer vivement, ou bien les contrées qui sont devenues des terres historiques par les grands souvenirs de civilisation, de prospérité et de grandeur, qu'elles rappellent et dont elles conservent à chaque pas les témoins contemporains dans les antiquités et les ruines qu'on y rencontre. Si les pays du midi semblent , par la douceur de leur température, devoir mieux calmer les nerfs dont la chaleur est amie , nous n'oublierons pas non plus qu'ils en exaltent bien souvent la sensibilité et la mobilité, parce qu'ils ne les fortifient pas aussi bien que les pays septentrionaux. Ce sera donc au praticien à peser toutes les circonstances dans lesquelles se trouveront les malades avant de se décider. S'il y a plus d'éréthisme à calmer, ce sera dans les zones chaudes et tempérées du midi quUI enverra son malade. Ce sera le contraire, lorsqu'il aura une économie faible , épuisée et cacochyme à tonifier. Il leur fera éviter les lieux qui sont habituellement tourmentés par les orages ou par de grandes vicissitudes atmosphériques.
La plupart de ces considérations peuvent s'appliquer au choix de la campagne, lorsqu'on voudra envoyer les malades y passer la belle saison. Le bon air tout seul fait beaucoup, mais il ne suffit pas. II y faut de la distraction. Une campagne monotone dans laquelle l'ennui gagnerait les malades serait plus nuisible qu'utile.
Nous avons cru indispensables ces notions préliminaires sur l'action des médicaments qui ont été conseillés contre
l'hystérie. Les recherches sur leur action physiologique efc thérapeutique nous font beaucoup mieux comprendre tout ce qu'on doit espérer de chacun d'eux, tout ce qu'on doit redouter d'une application vicieuse, et les cas où il sera plus opportun de donner la préférence à l'un plutôt qu'à l'autre. On ne saurait trop étudier cette action des remèdes afin d'en faire l'application au cas où elle convient, c'est le seul moyen d'en saisir la véritable indication. C'est beaucoup sans doute d'avoir acquis cette connaissance positive ; mais il faut plus encore. II faut bien connaître leur mode d'administration et les circonstances qui les requièrent ; il faut connaître aussi l'ordre et la succession dans lesquels ils doivent être administrés. C'est là ce qu'il nous reste à faire pour compléter le traitement de l'hystérie. Et c'est à cette partie que nous donnerons le nom de traitement méthodique. C'est en traçant les règles générales de conduite, que nous apprécierons davantage l'utilité des connaissances préliminaires que nous avons acquises. Elles nous éviteront une foule de répétitions, et surtout elles nous empêcheront de suspendre à chaque instant l'exposition de ces règles, pour entrer dans des détails et des explications qui fussent devenues nécessaires, si nous ne les eussions pas connues. Nous avons moins cherché à faire connaître tous les remèdes qui ont été proposés contre l'hystérie, qu'à faire apprécier les médications dont on peut faire usage. Dans cet examen, nous n'avons trouvé aucun remède qui méritât le nom d'anti-hystérique. Ce n'est pas à dire pour cela qu'on ne puisse en trouver un quelque jour. Ainsi au lieu de blâmer et de ridiculiser les efforts de ceux qui s'occupent de cette recherche, je serais d'avis de les encourager. Je sais que les éloges pompeux donnés successivement à une foule de remèdes n'ont point été justifiés par l'expérience. Mais attendons, ce qui ne nous a pas été révélé jusqu'à ce jour, pourra l'être demain.
de l'hystérie. 445
§ II. Traitement méthodique de V hystérie.
Notre tâche est plus facile qu'elle ne l'eût été lorsque l'hystérie était confondue avec l'hypochondrie. On peut s'en faire une idée en parcourant la thérapeutique des deux ouvrages d'ailleurs si savants et si judicieux de Whytt et de Tissot. Personne n'a fait des efforts plus sagement élaborés , pour bien conduire et bien diriger le médecin dans le traitement des maladies nerveuses , et cependant leurs conseils si sages , si prudents, sont enveloppés d'un vague si grand , qu'on ne peut guère en tirer aucun parti , et cela précisément parce qu'ils n'ont pas distingué ces deux maladies , parce qu'ils ont aussi confondu le traitement de l'une avec le traitement de l'autre. Mais aujourd'hui que cette erreur n'est plus permise , il devient plus facile de faire à chacun la part de médication qui lui revient. Sous ce rapport , les ouvrages de Louyer-Villermay, de Jos. Frank et de M. Dubois d'Amiens , ne laissent rien à désirer. Nous ne pouvons que marcher sur leurs traces et leur emprunter les bonnes et excellentes choses qu'ils ont dites. Tout a été dit et très-bien dit. Nous n'avons donc réellement qu'à répéter. Nos richesses sont immenses , et cependant elles sont bien souvent insuffisantes : car bien souvent encore elles échouent. Mais ne désespérons de rien, l'esprit humain ne connaît point de borne. Pourquoi ne trouverait-il pas un jour un remède contre l'hystérie , puisqu'il en a trouvé contre la syphilis , contre les fièvres intermittentes, etc. ? Attendons ; le temps est un grand maître. Pour le moment nous nous contenterons de présenter dans l'ordre le plus méthodique possible tout ce que nous possédons sur la thérapeutique de l'hystérie, et la conduite à tenir dans l'administration des remèdes.
Rappelons-nous d'abord que l'hystérie se compose de deux circonstances bien différentes , l'une connue sous le
446 THAITË
nom de crise ou d'accès, et l'autre sous celui d'intervalle. La différence immense qui sépare ces deux états entraîné une différence dans leur traitement; ce qui convient à l'un ne peut et ne doit pas convenir à l'autre. De là une première division en traitement de la crise et traitement de l'intervalle. Comme bien souvent les symptômes de l'hystérie affectent une forme particulière, qui , en se présentant sous un aspect différent , réclame aussi une médication particulière ou plus spéciale , nous aurons une troisième Section , celle des symptômes. Il n'est pas possible que les causes si différentes qui produisent l'hystérie n'exigent pas, au moins quelquefois , des moyens particuliers pour les combattre , surtout lorsqu'elles persistent et qu'elles sont des agents provocateurs incessants. Nous en ferons le traitement des causes. Nous avons vu que l'hystérie se compliquait avec plusieurs maladies qui en modifient la marche: cette association nécessite aussi un traitement différent , ce sera le traitement des complications. Enfin nous chercherons dans un dernier article à réunir, sous le nom de prophylaxie, les conseils hygiéniques les plus propres à donner à la constitution cette énergie et cette puissance qui l'empêchent de recevoir aussi facilement l'influence des agents pathologiques , et qui la prémunissent contre les atteintes de l'hystérie , et contre se? rechutes lorsqu'on en a été guéri.
Traitement des crises.
Comme tous les accès ne parviennent pas au même degré d'intensité , ils ne nécessitent pas également l'emploi de moyens actifs. Lorsque la crise est légère , elle se dissipe le plus souvent d'elle-même , ou à l'aide des moyens les plus doux et les plus simples; il suffît d'empêcher la malade de se nuire à elle-même dans ses mouvements désordonnés , soit en la contenant sur son lit , soit en éloignant de sa portée
de l'hystérie. 447
tous les objets qui pourraient lui devenir nuisibles , soit en enlevant les lacs qui pourraient lui serrer trop les membres, la poitrine, le col. Mais lorsque la crise est violente , l'effroi qu'elle inspire ne permet plus de rester simple spectateur ; on doit tout faire pour dissiper ou pour abréger la durée d'une torture pareille. C'est à cet effet que bien des moyens ont été mis en usage avec plus ou moins de succès. Disons par anticipation qu'il n'est pas toujours facile ni même toujours possible d'administrer les remèdes sur lesquels on aurait le plus droit de compter. Non seulement on trouve quelquefois dans la déglutition un obstacle insurmontable , mais bien souvent les mouvements convulsifs locomoteurs sont si violents, qu'ils rendent impossible l'emploi de tout moyen rationnel ; c'est tout ce qu'on peut faire que de contenir les malades pour les soustraire aux accidents auxquels ils s'exposent. C'est pour cette raison qu'il ne faut repousser aucun des moyens qui ont été conseillés. Non seulement ils peuvent convenir dans des circonstances analogues à celles dans lesquelles se trouvaient les praticiens qui y ont eu recours, mais bien des fois ils seront les seuls peut-être dont on puisse , pour ainsi dire , raccrocher l'emploi au milieu des désordres effrayants de la crise.
De tout temps on a conseillé les odeurs aromatiques etspirilueuses, et les odeurs fétides. Diemerbroeck et Chambon insistent beaucoup sur ces dernières. Albert Bottonuslcs faisait dégager d'une poudre composée avec les excroissances verruqueuses qui viennent aux pieds des chevaux , et qu'on fait dessécher au four. iEtius veut qu'on les appelle à grands cris. Forestus recommande des frictions antispasmodiques à la vulve. Nous avons vu la manœuvre indécente du clitorisme et du coït dont le souvenir nous a été conservé par yEtius , Duret , Platearius, Paré, Sauvages. Rivière recommandait les lavements d'oxycrat. Pinel et Duvernay se sont bien trouvés de ceux qui étaient préparés avec l'assafcetida.
liichal voulait qu'on administrât des injections avec le laudanum. M. Raspail fait introduire le camphre dans le vagin , afin de faire périr l'helminthe qui titille la matrice , comme Astruc voulait qu'on y portât le castoréum , le sagapenum et Passa fœtida,. Les sternutatoires insufflés dans les narines ont réussi à Horstius. On peut recourir aux poudres de tabac , de muguet , de sagapenum , de castoréum , à la fumée de tabac , au poivre.
Il ne faut pas croire que la prédilection que chaque auteur a pu accorder à un remède lui ait fait rejeter les autres. Tous se sont entourés de ce que la science mettait de secours à leur disposition , et s'ils en ont imaginé de nouveaux, c'est parce que ceux qu'ils possédaient étaient insuffisants. Aussi les moyens ne manquent pas , il ne s'agit que de les mettre en œuvre convenablement. Que faut-il donc faire lorsqu'on est appelé auprès d'un malade qui est en proie à toutes les horreurs d'un accès? Les moments sont pressants , ils ne souffrent point de retard , ils exigent une action prompte et des secours actifs. Voici donc quelle sera la conduite du médecin.
Comme pour les cas les pîus simples , il fera étendre le malade sur son lit ou par terre sur des matelas , il le fera contenir avec tous les ménagements possibles et par autant de personnes qu'il sera nécessaire, ou par une camisole de force et des draps ou lacs convenables , aGn de le mettre dans l'impossibilité de tomber, de s'égratigner, de s'arracher les cheveux , de se frapper ou de se heurter contre des corps durs ; et il lui fera enlever, autant que la décence le permettra , tous les lacs et les vêtements qui pourraient nuire par la pression qu'ils exercent sur quelques parties du corps, ou en gênant les mouvements et surtout la respiration. Alors il cherche, par tous les moyens que l'art met en son pouvoir , à combattre la crise. Deux voies se présentent ; ou bien calmer la crise par l'emploi de tous les calmants possibles, in-
de l'hystérie. 4 49
terne et externe , ou bien rompre le spasme nerveux par les moyens stimulants ou toute espèce de modificateurs du système nerveux , qui substituent modification à modification, ou qui remplacent l'irritation pathologique par une irritation thérapeutique ou artificielle , toujours peu grave. Comme le médecin ne peut et ne doit pas perdre du temps, ni s'amuser à calculer la méthode qu'il suivra, il emploiera sur-lechamp tous les moyens qu'il croira convenables et qu'il aura à sa disposition. Il s'adressera d'abord à toutes les sensations, en employant tous les moyens les plus capables de produire une impression vive. Il fera respirer toutes les odeurs fortes, de quelque nature qu'elles soient , vinaigre , acide acétique , *thers sulfurique , nitrique ou acétique ; liqueur anodine d'Hoffmann, ammoniaque, liqueurs spiritueuses dites eaux de Cologne, eaux des Carmes, eaux de la reine de Hongrie, vapeurs de corne , de jabot, de laine, de cuir ou de plume brûlée. Quelquefois une lumière vive et brusque sera avantageuse, d'autres fois l'obscurité la plus profonde. Dans quelques cas un bruit subit , une détonation , une voix menaçante, des cris, ou toutautre son, enrayera l'accès ; d'autres fois on réussira mieux avec une voix douce et des paroles consolantes d'une personne chérie , ou avec les sons mélodieux du chant ou de la musique. Il ne négligera pas non plus le sens du goût : il introduira dans la bouche, tantôt quelques gouttes d'une liqueur éthérée ou alcoolique , seule ou combinée ; quelquefois même une ou plusieurs cuillerées d'eau fraîche. M. Cruveilhier se trouve très-bien de l'emploi de ce moyen administré à dose aussi grande que possible et réitérée , pour vaincre le spasme de l'œsophage. Il avait déjà étéjconseillé parRivière et Hoffmann. Ce moyen est préférable à la sonde œsophagienne qui a été quelquefois conseillée et dont le succès est très-problématique. Cependant il peut dans quelques circonstances devenir indispensable de s'en servir pour porter dans l'estomac les boissons que l'œsophage con-
Iracté ne permet pas d'y introduire. D'autres fois il portera dans la cavité buccale quelques grains d'une substance acre ou stimulante , comme le poivre, le gérofle, le sel de cuisine ou tout autre. Mais c'est à la surface cutanée qu'il pourra le plus varier les moyens , parce qu'ils sont innombrables. La flagellation , l'urtication , les pincements ; la rubéfaction par les sinapismes, le calorique ou l'aiimoniaque; les vésicatoires ei même les moxas , et les coups sur différentes parties du corps, seront souvent d'une grande utilité. On peut retirer de bons effets du tiraillement et de l'avulsion des cheveux et des poils , surtout à la tempe. Le chatouillement à la plante des pieds ou ailleurs n'est pas non plus sans avantage. On pratiquera des frictions de toute espèce soit avec la main , soit avec la flanelle, soit avec une brosse, sur différentes parties du corps, mais principalement aux tempes, sur le devant du col , de la poitrine et de l'épigastre : le plus souvent elles seront sèches. J'ai toujours vu les frictions sur le devant du col et sur l'épigastre produire de très-bons effets : si elles ne font pas cesser la crise , elles la suspQndent bien souvent , et toujours elles causent une sensation agréable qui en modère la violence. Ces frictions pourront aussi être pratiquées avec les différentes substances acides, éthérées ou spiritueuses. On pourra encore les faire avec différentes solutions calmantes et surtout avec les solutions opiacées , telles que le laudanum , la teinture de castoreum , les différentes huiles opiacées ou stupéfiantes, de morphine, de jusquiame, de belladonne ; les baumes tranquille, sédetif, nerval,anlialgique , etc. , ou leurs combinaisons , de manière à former des liniments , comme serait celui dont Louyer-Villermay dit avoir retiré de bons effets :
R. Huile d'amandes douces ... 30
Camphre 4
Gouttes de Rousseau .... 15
Ether sulfurique 2
Mêlez .
bb l'hystérie. 451
tes épithèmes calmants peuvent aussi convenir, mais beaucoup moins, parce que leur action est trop lente pour satisfaire à l'urgence des accidents. Cependant on pourra employer comme tels et avec succès , des linges chauds sur le devant de la poitrine, de l'cpigastre et de l'abdomen, et de larges cataplasmes émollients ou rendus hypnotiques sur les mômes parties. Il se trouvera souvent très-bien aussi de la réfrigération subite ou par surprise. Ainsi un verre d'eau froide jeté brusquement à la face , un pot d'eau jeté sur le corps, une fois ou à plusieurs reprises, ont bien des fois arrêté la crise comme par enchantement. Il en est de môme du bain froid ou par surprise, ou des lavements d'eau froide , quand la position des malades n'y met point d'obstacle. On a beaucoup aussi conseillé les bains tièdes; mais ils ne peuvent convenir que lorsque la crise est légère , peu violente, et lorsqu'elle se prolonge longtemps. Nous évitons de rappeler les manœuvres indécentes qui ont été pratiquées sur les organes génitaux , nous nous sommes expliqué à leur sujet. Il importe aussi de faire 'respirer un air pur en le renouvelant dans l'appartement , en agitant un éventail devant la figure de îa malade , et surtout en éloignant cette foule importune de curieux qui accourt, encombre la chambre , et en vicie l'air , en même temps qu'elle est une cause de contrariété et de peine pour les malades. Lorsque la violence de la contraction des mâchoires ou le grincement des dents en fait craindre le brisement, on presse fortement les masséters contractés , soit avec les pouces , soit autrement , ou bien l'en place un morceau de bois ou de liège entre les dents. '
Indépendamment de ces moyens externes , le médecin emploiera en même temps différents moyens internes autant que la gêne de la déglutition le permettra. Les médicaments auxquels il aura recours seront empruntés aux calmants, aux antispasmodiques et aux stimulants diflusihles.
Il administrera les boissons tbéi formes chaudes de tilleul -, de feuilles d'oranger, de mélisse, de menthe, de sauge, de verveine des Indes, etc. , seules ou combinées. Celle dont je me sers habituellement , parce qu'elle m'a paru la plus avantageuse, est l'infusion de fleurs de coquelicot et de mélisse ou de menthe. Il fera prendre en même temps quelques-unes des liqueurs déjà indiquées, éther, liqueur anodine, eau spiritueuse, teinture de castoreum, d'assafœtida ou autres, soit sur du sucre , ou dans un peu d'eau de fleurs d'oranger, soit dans les infusions précitées. Il aura enfin recours à toutes les potions calmantes et antispasmodiques que la pharmacopée met à sa disposition. Il associera et combinera les différentes substances de ces deux classes de médicaments , selon le caractère et l'intensité de la maladie, selon l'idiosyncrasie du malade et les circonstances dans lesquelles il se trouve , selon enfin les complications qu'on peut avoir à combattre en même temps. Il n'oubliera pas que l'activité et la dose du remède doivent être proportionnées à la violence et à l'intensité du mal. Dans des crises où le rhythme nerveux est monté à un trèshaut degré , il faut des doses élevées , afin d'opposer une action puissante à ce grand désordre. Avec de petites doses il n'obtiendrait rien. Ainsi ce n'est pas avec quelques gouttes de liqueur anodine d'Hoffmann ou de laudanum qu'on doit espérer de triompher d'une crise violente, c'est en en prescrivant d'emblée deux, trois et quatre grammes (1). Ce précepte devient un axiome thérapeutique dont l'application ne se borne pointa l'hystérie. Tous les jours se présente l'occasion de l'étendre à une foule d'autres maladies. Toujours, oui toujours, répétons-le bien, il faut mettre la dose du remède en harmonie avec la violence du mal. C'est
(l) Si non» ajoutions de l'importance à la priorité , on voit que ce pas- «ege est bien antérieur à la lettre de M. Gendrin.
de l'hystï.rie. 4Û3
dans ces cas qu'une timidité pusillanime peut être regardée comme coupable, parce qu'elle ue permet pas de faire tout le bien qu'aurait procuré une hardiesse mieux raisonnée. Quoique je n'attache pas une bien grande importance à un remède plutôt qu'à l'autre , à une combinaison plutôt qu'à l'autre ; quoique je pense qne tous les calmants et antispasmodiques puissent être employés avec succès , sinon dans tous les cas, au moins, dans quelques circonstances , il peut cependant se faire que certains médicaments ou certaines combinaisons jouissent d'une propriété plus efficace et méritent la préférence. C'est à cause de cela que nous transcrivons la formule d'une potion que nous avons consignée dans notre premier travail, et dont les effets nous ont presque toujours paru si avantageux , que nous lui avons donné la préférence sur tous les autres moyens. Il est peu de jours qu'elle ne justifie pas la confiance que nous lui accordons. La voici :
R. Eau de mélisse 130
Sirop de Valériane .... 40
Laudanum liquide de Sydenham gtes l
Teinture de castoreum . . . gtes xl
Liqueur anodine d'Hoffmann . gtes xxx
Huile essentielle d'anis . . . gtes vm
Eau de fleurs d'oranger . . . 15 gram. Mêlez.
Vous en donnerez deux cuillerées à bouche sur le champ et ensuite une cuillère d'heure en heure, ou de demi-heure en demi- heure selon la violence des accidents.
Nous aurions pu citor un grand nombre d'autres formules peut-être aussi efficaces que la nôtre ; telles seraien l'élixir fétide de Fulde, le zïncater des Allemands , etc. , mais ce n'est point un formulaire pharmacologique que nous faisons.
Les mêmes remèdes calmants et antispasmodiques seront aussi administrés en lavement , lorsque la chose sera possible. Ainsi un lavement qui sera fait avec la décoction de racine de valériane ou l'infusion de feuilles d'oranger , ou toute autre, et dans lequel on aura ajouté dix à quinze gouttes de laudanum liquide de Sydenbam , et autant de teinture de castoreum , ou d'assafœtida , ne pourra que produire de bons effets. Quelques auteurs disent s'être trèsbien trouvés des lavements préparés avec la décoction de feuilles de tabac , et d'autres assurent avoir employé avec beaucoup de succès la fumée de tabac , et tous les autres stimulants conseillés en lavement contre l'asphyxie. Nous ne pouvons rien en dire, nous n'y avons jamais eu recours; mais il nous semble que le temps qu'on met à préparer ce moyen suffit à la crise pour se terminer sans eux , et que sans doute alors on aura fait au remède l'honneur d'un succès qui ne lui était pas dû. C'est pour cela que plusieurs médecins conseillent l'administration des lavements d'eau froide , dont ils abaissent encore la température à mesure. M. Foville en fait une méthode de cure radicale.
Les injections calmantes dans le vagin ne seront pas négligées. On sent combien cette médication , en quelque sorte topique sur la matrice, doit avoir d'efficacité, surtout lorsque le mal a sa source dans une exaltation vicieuse de sa sensibilité. Cependant ne nous dissimulons pas que ce moyen n'est pas sans inconvénient. Je fais abstraction de la pudeur. La sensation qu'occasionnent des attouchements manuels et l'introduction d'une canule dans des organes déjà si exaltés, ne peut qu'exaspérer le mal, et nous l'avons vu ainsi deux fois chez des malades auxquelles des confrères , arrivés avant nous , voulaient faire administrer cette médication. Chaque tentative, chaque attouchement produisait un redoublement de convulsions qui força d'y re-
noncer. Les fumigations aromatiques dirigées vers la vulve ne doivent pas non plus être dédaignées. M. Delens en a constamment retiré de très-bons effets.
A mesure que la crise s'appaise, tout n'est pas fini , et il ne faut pas cesser trop tôt l'administration des remèdes. Trop souvent alors la crise redouble ou recommence. Il faut donc persister dans leur emploi. Il faut même profiter de la plus grande facilité qu'ont les malades pour boire , et leur faire prendre en plus grande quantité les calmants internes. C'est alors surtout qu'il faut insister sur les frictions douces et calmantes , sur les topiques adoucissants, sur les lavements et sur les bains. Dans ce moment aussi les paroles consolantes auront une grande puissance et l'on cherchera à produire une diversion , en occupant l'imagination d'objets agréables ou intéressants et propres à la détourner des sujets de contrariétés ou de chagrin qu'on peut avoir. Il ne faut pas revenir trop tôt à l'alimentation , une digestion laborieuse pourrait réveiller les crises. Il faut surtout éloigner la présence de toutes les personnes et de tous les objets qui pourraient être un sujet de peine.
Telle sera la conduite du médecin dans un accès d'hystérie ordinaire. Nous verrons plus loin les modifications que devra subir le traitement selon différentes circonstances de forme, de variétés ou de causes. Nous avons supposé le médecin aux prises avec un accès déclaré qu'il n'est plus en son pouvoir de prévenir. Si , un accès n'est pas encore commencé , et que des symptômes précurseurs en fassent prévoir la prochaine invasion, on fera tous ses efforts pour la prévenir. Les préservatifs qu'on emploiera seront empruntés à la matière médicale et surtout à l'hygiène morale. Les remèdes seront tous des calmants et des antispasmodiques. Les irritants ne conviennent pas encore, ils ne peuvent que favoriser la crise. Il ne faut pas craindre de forcer les doses des remèdes. J'ai plusieurs fois réussi ,
eu faisant prendre à la fois vingt à vingt^cinq gouttes de laudanum liquide de Sydenham et dix à quinze de liqueur anodine d'Hoffmann dans un véhicule quelconque. Pour espérer un bon résultat, il faut que les prodromes de la crise se prolongent assez pour donner au remède le temps d'agir. Il est évident que si la crise suit de près leur apparition , elle arrive avant que le remède ait agi et il devient inutile. Les pédiluves chauds pourront réussir, s'ils ont le temps d'agir. La toute puissance du moral sur le physique nous fait un devoir d'agir sur lui pour en obtenir une influence salutaire. Il faudra donc éloigner des malades tout ce qui pourrait les affecter un peu vivement , tout ce qui pourrait leur causer le moindre sentiment pénible, et même les personnes qui leur inspirent de la tendresse, surtout si elle est contrariée. Il faudra, s'il est possible, les faire sortir du lieu qui est le théâtre ordinaire de leurs crises, les changer d'air, leur procurer de l'exercice, ne fût-ce que pour détourner leur imagination et l'occuper à d'autres objets. Il faudra surtout par les paroles bienveillantes de l'amitié, apporter dans leur ame troublée la tranquillité et le calme dont elle a tant besoin ; il faudra la distraire de ses préoccupations, et fixer son attention sur des objets intéressants et agréables; en dirigeant ainsi sa volonté, en lui inspirant une confiance en elle , on augmente ses forces, on prévient quelquefois la crise. C'est à l'inspiration du moment que le médecin doit se livrer pour pressentir et choisir tout ce qu'il convient de faire. Malgré son aptitude et ses talents, il ne faut pas qu'il se berce de l'espérance de réussir toujours. Il échouera souvent , parce qu'il est des accès que rien ne peut arrêter. Une fois qu'ils ont commencé, il faut qu'ils s'achèvent, il faut qu'ils parcourent leur marche tout entière- II verra même quelquefois la violence des accidents acquérir plus d'intensité par l'emploi des moyens les mieux indiqués. Mais que ces insuccès ne
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le retiennent pas , il suffit qu'il réussisse quelquefois pour soutenir son zèle et son courage. C'est surtout dans les commencements de la maladie qu'il ne négligera rien pour atteindre ce but, afin d'éviter la répétition des crises, qui favorisent ainsi leur retour par la disposition de l'économie à répéter les mêmes actes, à contracter des habitudes.
Du traitement de l 'hystérie pendant l'intervalle des crises.
Bien souvent la vie tout entière d'une hystérie se renferme dans une crise ou deux. L'accès passé, tout est fini ; et si la crise était le résultat d'une cause un peu violente, tout rentre dans l'ordre, pourvu qu'une cause nouvelle ne se représente pas. L'économie n'a point encore subi d'altération. Le rôle du médecin se réduit donc à éloigner la cause : il n'a rien à emprunter à la pharmacie. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi. La maladie devient chronique ou constitutionnelle, soit par la disposition organique du sujet , soit par l'action prolongée ou réitérée des causes et des crises. Alors la santé ne revient pas , quand même la crise est passée. La succession des accès comme leur intervalle , tout est lié , tout ne forme plus qu'une maladie , et c'est celte maladie qu'il faut combattre. Ce n'est donc plus à la crise seulement qu'il faut s'adresser, c'est à la maladie tout entière. Or, dans cet état de choses, c'est l'économie elle-même qu'il faut attaquer, parce qu'elle est modifiée dans son système nerveux, son principal agent vital. Aussi le rôle du médecin devient de plirs en plus délicat et épineux. Il ne faut plus formuler seulement des remèdes pharmaceutiques , il faut descendre dans l'étude approfondie du cœur humain et dans ses liaisons avec la physiologie. Il faut surtout pénétrer dans les sentiments les plus secrets de la femme, et y saisir le fil peut-être insaisissable de ce labyrinthe si complexe, afin de devenir, par le
moral , l'arbitre de ses destinées. Le traitement de l'hystérie sera donc en grande partie moral et hygiénique. Que la femme hystérique s'arme de courage. Ce traitement sera long. Mais pourrait-elle balancer, lorsqu'il s'agit de la santé , de ce bien le plus précieux , sans lequel les douceurs et les avantages de tous les autres ne peuvent plus être goûtés ni appréciés.
Comme dans l'hypochondrie, la confiance des malades est indispensable. Le médecin ne saurait mettre trop d'importance à la mériter et à la captiver. L'imagination n'est pas malade, il est vrai ; mais le corps est souffrant, et la physiologie nous apprend avec quelle facilité les souffrances prolongées agissent sur elle, surtout lorsque le système nerveux lui-même en est le siège. Nous savons aussi combien est grande l'influence du cerveau et de ses attributionSj sur le système nerveux. D'après ces considérations, on voit tout le parti qu'on peut et qu'on doit tirer de cette influence en agissant sur le moral. Ainsi le premier devoir du médecin sera d'éloigner toutes les causes qui peuvent agir désagréablement sur le moral, toutes les causes de peine, de chagrin ou d'ennui. Si la cause ne peut pas être éloignée, il prodiguera toutes les consolations que l'amitié peut suggérer, soit en montrant le peu d'importance du sujet de chagrin, soit en l'atténuant, soit en y prenant une part sincère, soit en relevant le courage par l'espoir d'un meilleur avenir, soit enfin en appelant à son aide les secours d'une religion, qui n'est jamais si grande qu'auprès des malheureux, auxquels elle ne refuse jamais ses secours et ses consolations. Les moyens qu'on emploiera varieront à l'infini, selon que des contrariétés de ménage ou de famille, ou des rivalités de sentiments ou d'ambition, ou des chagrins domestiques et des pertes de fortune, seront la cause des peines morales. Lorsqu'il existe chez une jeune personne une passion contrariée, c'est alors qu'il faut cm-
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ployer plus d'art et de délicatesse, soit pour combattre un penchant que des circonstances impérieuses condamnent et réprouvent, soit pour aider à supporter les contrariétés qu'on éprouve en attendant le moment où il pourra être satisfait par des nœuds légitimes. De tous les sentiments, celui qui m'a paru le plus pénible et peut-être le plus difficile à éteindre, c'est la jalousie. Les raisonnements sont le plus souvent impuissants. Au moment où l'on croit avoir réussi, un mot, un coup d'oeil, un souvenir, vient tout détruire ; l'affreuse jalousie vient torturer sa proie et provoquer de nouvelles crises. C'est le vautour dévorant de Prométhée. Il en sera de même de toutes les passions. Toujours le médecin emploiera pour lutter contre elles tous les moyens que la connaissance du cœur humain, la prudence et ses sentiments lui inspireront. Heureux s'il peut triompher et aplanir ainsi les difficultés du traitement ! Mais il doit aller plus loin : il doit, lors même qu'il n'y a pas de passion à conjurer, se servir du moral pour agir sur le système nerveux. Il doit sinon faire taire la douleur, du moins la faire oublier, par tous les moyens, par toutes les distractions possibles, par toutes les diversions morales et intellectuelles dont il puisera la connaissance bien plus dans son cœur et dans son inspiration, que dans les livres et dans les préceptes. La douleur qu'on oublie est bientôt guérie, et lorsqu'elle ne frappe plus aussi constamment à la porte de l'imagination, lorsqu'elle n'est plus là pour tinter toujours à ses oreilles, elle ne stimule plus la réaction sur le système nerveux, elle le laisse chômer et ne provoque plus aussi bien les crises. Conversations et lectures gaies et agréables, voyages, promenades, spectacles, jeux de société, séjour à la campagne, solitude et éloignement des plaisirs bruyants, musique, bals et autres sujets de plaisir et de distraction, voilà les moyens qui sont à la disposition du médecin, et dont le choix et l'heureuse économie obtiendront les rc-
sultals les plus avantageux. C'est ici le cas de faire l'application du principe que nous n'avons pas cessé de publier sur les mille nuances que présente chaque individu dans sa manière d'être, dans sa sensibilité au physique comme au moral. Tel moyen, telle consolation qui convient à l'un, ne conviendra pas à l'autre. Ge qui réussira aujourd'hui, demain échouera chez la même personne. Caractère, force de l'intelligence , sentiments , tout change d'un moment à l'autre ; la durée de nos passions, dit Sterne, monte et s'abaisse dix fois le jour. Chaque instant demande une nouvelle forme de consolation, une nouvelle direction de l'esprit. Que d'habileté et de souplesse, que d'étude philosophique et profonde du cœur humain il faut, pour saisir toutes les nuances, pour leur adapter les moyens moraux qui leur conviennent, qui s harmonisent avec elles.
Nous avons fait connaître la puissante influence de l'exercice et des voyages sur le moral et sur le système nerveux. Nous ne saurions trop insister sur l'emploi de ces deux moyens hygiéniques, autant qu'ils seront possibles. Ils conviennent non seulement dans les cas d'affections tristes, de passions contrariées, mais surtout aussi lorsque les malades sont dans un état de faiblesse considérable, soit par le fait d'une constitution naturellement vicieuse, soit par les suites d'une souffrance prolongée et réitérée. Rien alors n'estplus puissant pour relever les forces épuisées. Combien il faudra de tact et de prudence pour choisir l'exercice le mieux approprié, et en diriger la sage administration, de manière à ce que les malades n'en fassent ni trop ni trop peu, et qu'ils ne s'y livrent jamais en temps inopportun ! II n'est pas moins important de bien choisir le voyage, son but, son mode, sa durée, ses variations, sa contrée, etc., aGn d'en retirer le meilleur paçtj.
11 est inutile de nous appesantir ici sur tous les préceptes que l'hygiène donne dans l'administration de toutes les au-
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très choses qui sont de son ressort. Il n'est aucune position qui exige plus d'attention et plus de sévérité dans leur exécution. Combien la nourriture doit être surveillée, soit dans ses qualités, soit dans sa quantité I Jamais on ne saurait interdire avec trop de rigueur les aliments échauffants ou de difficile digestion, sans tomber cependant dans l'excès et le défaut de ne prescrire qu'une alimentation trop douce et trop débilitante. Il faut nourrir pour soutenir et relever les forces ; mais il faut consulter en même temps les dispositions d'un estomac ordinairement si capricieux. Quelquefois les malades ne pourront presque rien supporter; d'autres fois l'estomac, par boutade, sera avide un jour de ce qu'il repoussait la veille. Nous en avons vu qu'on ne pouvait pas sortir de la diète blanche et même du lait d'ânesse pendant des années, tandis que d'autres s'accommodent beaucoup mieux d'un régime plus solide, plus animalisé. C'est alors surtout qu'il faut craindre de débiliter l'économie en débilitant l'estomac, et qu'il convient de donner un aliment substantiel. Il en est de même des boissons. S'il ne faut point stimuler, irriler l'estomac par des boissons toniques et irritantes, par le vin, et plus encore peut-être par le thé et le café, il ne faut pas non plus le relâcher, le débiliter par des boissons trop fades ou lièdes. En cela encore, c'est au médecin à bien étudier les dispositions de l'estomac, afin de bien choisir celles qui pourront le mieux s'accorder avec ces dispositions. II voit toujours deux écueils à éviter, trop relâcher ou trop débiliter et ajouter à la mobilité nerveuse, trop tonifier ou irriter, et accroître la maladie elle-même. Quoiqu'une sage modération paraisse ici la plus convenable, et qu'il semble que la prudence doive conseiller de se tenir dans un juste milieu, in medio tutissimus ibis ; il n'est pas toujours possible de se renfermer dans des limites invariables, quelque sages qu'elles soient. Bien souvent les exigences de l'estomac forcent de les enfreindre, et l'expérience a dé-
montré qu'on se trouvait alors très-bien de s'en écarter.
C'est à la sagacité du médecin à bien le guider.
Nous n'avons rien à ajouter aux conseils que donne l'hygiène sur les vêtements et sur la conduite à tenir relativement aux secrela et excréta. S'il est important de mettre en pratique ses préceptes à toutes les époques de la vie, il l'est davantage chez des malades que l'exaltation du système nerveux rend beaucoup plus sensibles et plus impressionnables à l'action de tous les modificateurs naturels ou artificiels, intérieurs ou extérieurs. On ne saurait donc apporter une attention trop scrupuleuse dans tous les détails relatifs à ces deux points de l'hygiène. Thèse générale, les femmes nerveuses excluront de leur toilette tout ce qui peut gêner les mouvements du corps, ou s'opposer au libre exercice des fonctions.
Malgré les avantages du traitement hygiénique , tout n'est pas là ; il ne constitue pas et il ne peut pas constituer le traitement entier de l'hystérie. Il peut beaucoup. Il est essentiel. Sans lui peut-être les remèdes seraient impuissants, ou du moins le plus souvent. Aussi nous le plaçons en tête de nos moyens thérapeutiques. Mais encore une fois, il ne suffit pas et il ne peut suffire toujours : il demande le plus souvent qu'on lui associe le traitement pharmaceutique. Que par esprit de système et quelquefois par originalité, on ne se passionne ni pour ni contre aucun moyen ; qu'on n'en adopte et qu'on n'en rejette aucun exclusivement. S'ils peuvent réussir séparément, ils ont le plus souvent besoin de leurs efforts combinés, et encore n'est-on pas toujours sûr du succès. Dans l'intervalle des crises, l'éréthisme du système nerveux persiste, et le plus souvent il se manifeste par les différents phénomènes que nous avons étudiés. Il faut donc diriger en même temps contre lui, tous les moyens que la pharmacie met à notre disposition. Or, ces moyens seront tous pris dans la classe des adoucissants et des cal-
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niants. C'est ici que la méthode délayante de Pomme convient. Nous ne serons pas aussi exclusif que lui en faveur de l'eau de poulet. Elle convient, mais d'autres boissons analogues peuvent convenir également. Il est bon d'en avoir plusieurs à sa disposition, parce que la fadeur de ces liquides dégoûte les malades et soulève l'estomac. Il faut pouvoir les faire succéder ou alterner. Ainsi les eaux de veau, de grenouille, l'eau gommée et aromatisée, l'eau albumineuse, les décoctions. d'orge, de chiendent, de laitue, de chicorée blanche, de racine de guimauve, les infusions de fleurs de mauve, de violette, de primevère, d'althéa, le petit-lait, l'hydrogale, l'eau de réglisse, les émulsions, les tisanes émulsives, etc., pourront être employées, et lorsque l'estomac en sera fatigué, il sera bon de leur associer quelques principes aromatiques ou autres qui soient sapides ; on pourra même les alterner momentanément avec quelques infusions théiformes aromatiques légères, ou avec quelques boissons légèrementacidules, tellesque l'orangeade, la groseillade, la limonade crue ou cuite, la décoction de pomme reinette ou de raisins confits. On pourra bien souvent ajouter à ces boissons différentes substances, suivant l'effet qu'on désireobtenir. C'est ainsi que nous nous trouvons très-bien de quelques gouttes d'éther ou de liqueur anodine d'Hoffmann, de teinture de castoreum, d'esprit de nitre dulcifié, d'eau distillée de laurier-cerise, de fleurs d'oranger, de lavande, de menthe, de kirken-wasser, d'eau de chaux et même des eaux spiritueuses de Cologne, de la reine de Hongrie, d'élixir de la Grande-Chartreuse , etc. , que nous varions suivant l'état de l'estomac et suivant l'effet que nous désirons. C'est aussi de cette manière qu'on fait une sorte de médecine morale. Car si dans une maladie longue, et surtout dans une maladie nerveuse dont la réaction sur l'encéphale est si facile, le médecin a trop tôt épuisé les ressources de son arsenal pharmaceutique, et qu'il ne sache plus, comme on dit,
à quel saint se vouer, sa disette peut faire beaucoup de mal aux malades,, en leur laissant croire qu'il n'y a point de remèdes à leurs maux, puisqu'on n'a à leur administrer que ceux qui ont déjà échoué. Malgré l'urgence et la nécessité de ces boissons, il faudra apporter la plus grande réserve dans leur administration, afin de ne pas s'exposer à délabrer l'estomac, à lui faire perdre son énergie en amollissant sa fibre. Il faudra en conséquence savoir s'arrêter à temps et les supprimer, s'il est nécessaire, ou du moins les suspendre pendant un certain temps.
Mais là ne doit pas se borner la thérapeutique. Outre ces boissons, elle a d'autres moyens à employer soit ensemble, soit séparément. C'est ici que les calmants et les antispasmodiques, mais surtout les calmants, trouvent leur place. Les préparations opiacées sont au premier rang. Viennent ensuite les préparations cyaniques, les plantes narcotiques et leurs extraits, la thridace, le lactucarium, le zinc, etc. On peut les administrer séparément ou diversement combinés. Mais ce n'est pas toujours l'association quelquefois monstrueuse d'un grand nombre de substances qui produira les meilleurs effets ; on se trouvera bien et souvent mieux des potions les plus simples administrées en temps opportun. Combien de fois il nous est arrivé de calmer de grandes agitations avec les potions les moins composées! C'est dans les pharmacopées et dans les formulaires qu'on trouvera toutes les recettes possibles et les moyens de les varier autant qu'il sera nécessaire. Sans nous attacher à l'une plutôt qu'à l'autre, voici celle que nous employons ordinairement et avec un succès assez soutenu :
R. Eau de laitue 130
Sirop de nymphéa ou de pivoine. 30 — de karabé ou de morphine. 25
Eau de fleurs d'oranger ... 15 Mêlez.
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Vous en donnerez une cuillerée toutes les heures. Nous y faisons ajouter quelques gouttes de liqueur anodine d'Hoffmann , lorsque la disposition aux spasmes est plus prononcée. Nous obtenons souvent de très-bons effets d'une potion plus simple encore. La voici :
Eau distillée 125
Cyanure de potassium. . . . 0,06 Mêlez.
Vous en donnerez une cuillerée à café toutes les heures ou toutes les deux heures. C'est principalement le soir qu'une légère dose anodine produit les meilleurs effets. En opérant le calme , elle dispose au sommeil , et , de l'aveu des malades, rien ne les soulage comme une bonne nuit, rien ne les fatigue comme l'insomnie. Nous rappellerons un fait important , parce qu'on ne doit jamais craindre de se répéter, lorsqu'il s'agit du traitement des maladies ; on doit toujours craindre de ne pas dire assez. Les calmants sont de tous les remèdes ceux à l'action desquels l'économie s'accoutume le plus vite: ils cessent bientôt d'agir. Il faut donc en augmenter sans cesse les doses, ou bien les substituer les uns aux autres, afin de présenter à l'économie un remède vierge pour elle , dont l'action se fasse mieux sentir à cause de l'impression nouvelle qu'il produit. Cette ressource est encore bientôt épuisée , et le mieux alors est de supprimer complètement les calmants pendant quelques jours , afin d'y revenir plus tard lorsque l'économie en est, en quelque sorte, déshabituée. Nous rappellerons les doses énormes d'opium que M. Gendrin veut qu'on administre.
Pendant toute cette période d'éréthisme, les antispasmodiques ne seront employés qu'avec beaucoup de réserve. Leur action excitante peut les rendre nuisibles, surtout lorsqu'elle est continuée longtemps. Cependant ils peuvent rendre de grands services lorsque des spasmes , des vapeurs sans nombre se succèdent et se renouvellent à chaque instant. Alors
Tassa fœtida , le castoreum , le musc , le camphre, les éthers, la valériane, etc., nous ont rendu de grands services, soit en potions, soit en pilules, soit en bols, soit en opiat, soit en lavements , soit en injections , soit en applications , soit en bains. Nous les utilisons même quelquefois avec assez d'avantage en vapeurs répandues dans l'air que respire le malade, surtout pendant la nuit. Les antispasmodiques peuvent être administrés seuls : ils peuvent être aussi associés aux calmants avec beaucoup d'avantage ; c'est peut-être la meilleure manière de les rendre plus utiles. Aussi il est rare que nous les séparions; presque toujours nous faisons cette combinaison, et nous avons lieu de nous en louer toujours. Il n'en faut pas moins être bien attentif à l'effet qu'ils produisent : car s'ils augmentaient l'éréthisme nerveux au lieu de le calmer, il faudrait les cesser pour leur substituer les tempérants, ou du moins leur associer ces derniers pour diminuer ou corriger leur action stimulante. C'est pour n'avoir pas assez tenu compte de cette double action des antispasmodiques qu'on a si souvent échoué , et que beaucoup d'auteurs les ont proscrits sans merci. Ils peuvent rendre de grands services , nous le répétons ; mais ils peuvent nuire aussi. C'est donc au praticien à bien surveiller leur administration , à bien choisir la circonstance et le moment opportun. S'ils nuisent quelquefois et même souvent dans les cas d'éréthismc,il n'en est pas de même lorsqu'il y a une faiblesse constitutionnelle profonde, une atonie des tissus, une viciation dans la composition du sang. Alors ils seront plus constamment , plus régulièrement utiles. On pourra et l'on devra insister plus longtemps sur leur emploi et surtout sur celui de la valériane. C'est dans ces cas aussi que leur association avec les toniques amers, quinquina, quassia,simarouba, centaurée, camomille, etc., devient plus efficace encore, et d'autres fois avec les ferrugineux, selon qu'on voudra agir sur les tissus ou sur les liquides. Bien souvent alors les toniques seuls; ont produit
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des effets qu'on aurait en vain demandés aux calmants et aux antispasmodiques, parce que la mobilité de la fibre nerveuse était le résultat de l'atonie de la fibre des organes ou de l'appauvrissement du sang , et que les toniques ont corrigé cette viciation asthénique des solides et des liquides. Qu'on n'accuse donc point la thérapeutique d'impuissance, ni la médecine d'incertitude : si elles nous paraissent telles si souvent , c'est parce qu'on n'a pas toujours pénétré assez avant dans l'analyse de tous les détails de la maladie et de ses nuances, et que par conséquent on n'a pas pu lui faire l'application convenable et opportune des remèdes. Pénétrons-nous bien de cette vérité ; approfondissons le caractère des maladies, saisissons tous les détails de ses phases, nous ne commettrons plus ces quiproquo et ces erreurs qui étaient autrefois si fréquents, et nous ferons insensiblement tomber les reproches qu'on nous adresse tous les jours. On ne guérira pas toujours ; mais au moins on n'éprouvera point de mécompte, on ne commettra point d'erreur. Le remède vous donnera tout ce qu'il peut vous donner ; mais il ne vous donnera que cela , et vous ne lui en demanderez pas davantage : alors si vous n'en obtenez pas du bien , du moins vous n'en obtiendrez pas du mal. C'est par ces raisons que nous ne pouvons pas admettre la méthode banale des doses énormes d'éther conseillées par M. Gendrin.
Les bains tiendront un rang distingué parmi les moyens qu'on prescrira. Nous n'en avons pas encore parlé , parce qu'on peut leur donner toutes les qualités médicamenteuses qu'on désire. Nous savons tout le parti que Pomme a obtenu des bains tièdes et des bains frais prolongés. Nous ne saurions trop les recommander aussi d'après notre pratique : le plus souvent ils ont été le meilleur consolateur des nerfs malades et leur meilleur calmant. Sans les faire durer aussi longtemps que le faisait Pomme , nous ne craignons pas de les faire prolonger pendant plusieurs heures. Les bains frais
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et surtout les bains de rivière sont quelquefois très-avantageux ; mais il n'est pas toujours possible de les employer, la sensibilité des malades s'y oppose souvent. Beaucoup de femmes sont fatiguées par les bains froids et quelques-unes même par les bains tièdes. Il faut consulter les dispositions individuelles, l'idiosyncrasie de chaque personne avant de les prescrire. On peut encore avoir recours avec beaucoup d'avantage aux bains rendus médicamenteux par les additions de gélatine , de fécule , de lait, de petit lait, de décoctions de différentes plantes stupéfiantes, de tête de pavot , de jusquiame, de belladonne, d'aconit napel , de sauge, de lavande, etc., et de différentes préparations minérales, salines , alcalines , sulfureuses , etc. , selon l'effet qu'on veut produire , et que chaque médecin doit savoir apprécier.
Les eaux minérales prises sur les lieux ne seront point dédaignées. Aux avantages du déplacement, du voyage, du changement d'air et d'habitude, de l'éloignement des causes incessantes de stimulation nerveuse , de distraction et d'exercice, elles joignent l'action thérapeutique de leur administration. Comme nous l'avons dit, c'est aux eaux les plus douces qu'on enverra les malades. Cependant s'il y avait débilité profonde, épuisement de la constitution ou quelque viciation humorale, on pourrait et l'on devrait choisir des eaux plus actives et un peu toniques. Celles dont nous avons retiré le plus d'avantages sont les eaux de Néris,de Vichy, de Luxeuil, de Bones, de Pyrmont, de Bagnols, de Spa. Et lorsque nous avons voulu tonifier, nous avons envoyé aux eaux de Forges, de Balaruc, de Bourbonne, de Barèges, de Loëch, etc. L'administration intérieure de ces eaux convient rarement. Presque toujours elles exercent une action trop stimulante. Ce ne sera donc qu'avec les plus grandes précautions et le plus souvent en les mitigeant diversement, qu'on se décidera à les faire prendre à l'intérieur, et encore faudrat-il en surveiller les effets avec la plus sévère attention. On
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les a quelquefois administrées en douches dans le vagin, et elles ont paru donner d'assez bons résultats, surtout dans les cas de trouble de la menstruation et d'engorgement de l'utérus. Cependant ce mode d'administration exige la plus grande prudence et la surveillance la plus scrupuleuse. Les modifications de sensibilité des organes sur lesquels elles agissent les rendent si diversement impressionnables, qu'on ne peut pas toujours calculer d'avance les effets qu'on obtiendra. Ce n'es! donc qu'à l'extérieur, en bains, douches mitigées ou combinées, irrigations, affusions, etc., qu'on devra les administrer. Leur action sur la peau ne peut jamais être nuisible. Cependant, ne le dissimulons pas, elle est quelquefois trop vive, et la réaction qui en est la conséquence peut porter sur le système nerveux une surexcitation fâcheuse. Ainsi il faudra encore ne pas trop se fier à l'innocence des bains. C'est par cette raison que les bains de mer nous ont paru presque toujours nuisibles, excepté dans les cas d'asthénie nerveuse profonde, ou de viciations humorales. Ainsi les eaux minérales peuvent être utiles. On ne saurait trop les recommander : mais il ne faut pas en faire une panacée ou un spécifique : elles ne justifieraient pas les espérances illimitées qu'on aurait conçues.
Enfin nous recommanderons avec Hippocrale le mariage, lorsque le besoin et l'éveil du jeune âge, lorsque le tempérament erotique sembleront l'exiger. Les meilleurs auteurs Forestus, Hoffmann, Déin, Reid, Boerhaave, Tissot, Louyer. Villermay , Landouzy, Lisfranc, etc. , sont tous d'accord là dessus. Pomme seul soutient la thèse contraire. Cette contradiction de la part d'un auteur qui avait tant étudié les maladies nerveuses a pu paraître paradoxale à Louyer- Villermay, qui plaçait le siège de l'hystérie dans l'utérus. Mais pour nous qui cherchons à tout voir, qui ne renfermons pas la maladie dans un point seulement et qui la reconnaissons partout où elle est, nous n'y voyons rien de plus paradoxal que dans
l'opinion contraire. L'une et l'autre sont vraies lorsqu'elles sont renfermées dans leurs justes limites, et elles deviennent fausses lorsqu'on veut les généraliser et les appliquer à tous les cas. Oui sans doute, le mariage sera souvent très-utile. Oui sans doute aussi, il sera de nul effet ou même nuisible, puisque* ainsi que Pomme le fait observer, l'hystérie attaque les femmes mariées au moins aussi souvent que les filles et les veuves, et que le coït (obs XIV) provoque quelquefois les crises, et augmente la susceptibilité nerveuse. Cette divergence d'opinion vient encore confirmer notre manière de voir sur le siège de l'hystérie, et prouver à la fois le danger des systèmes. Pour rendre le coït plus utile et moins nuisible lorsqu'il l'est, quelques auteurs ont conseillé d'oindre le pénis avec de l'huile musquée et camphrée. Mais la chose la plus importante, c'est de faire des mariages assortis par la conformité des âges, des goûts, des sentiments et des caractères. Lorsque le besoin des sens sera réuni à une passion violente que des circonstances impérieuses ne permettront pas de satisfaire , les difficultés augmenteront. C'est alors au moral qu'il faut s'adresser par tous les moyens que la raison , la religion , et l'hygiène mettent en notre pouvoir : car la pharmacie n'y peut rien : nullis amor est medicabilis herbis , a dit Ovide.
L'hystérie n'est pas toujours facile à guérir complètement. Elle passe quelquefois à un état chronique d'autant plus grave, que ce n'est plus une maladie contre laquelle on a à lutter, c'est une organisation à refaire,, parce que l'hystérie s'est identiGée avec elle. C'est alors qu'il faut s'armer de courage et de patience. Il ne faut ni désespérer ni se lasser. C'est le cas d'avoir à sa disposition un grand nombre de médicaments, afin de pouvoir choisir et changer aussi longtemps que la maladie l'exigera. Comme le disait Combalusier: plura hic habes, ut pauca seligas. C'est dans ces cas surtou1 qu'on empruntera à l'hygiène toute» les ressources qu'elle
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possède dans la direction sagement variée du moral, de l'intelligence, de la gymnastique, des voyages, de l'alimentation, etc. Peut-être alors obtiendra-t-on des effets avantageux de l'électricité , du magnétisme, des bains d'air , et surtout de l'hydrothérapie , dont la puissante action modificatrice sur la peau, sur le système nerveux, et sur l'économie entière, promet des résultats qui ne sont peut-être pas encore assez bien appréciés.
Nous avons vu que si l'hystérie disparaissait quelquefois brusquement, souvent aussi, surtout lorsqu'elle était chronique, ce n'était qu'avec lenteur et progressivement qu'elle marchait à la guérison. L'amélioration qu'on a obtenue ne doit point faire ralentir le zèle et cesser l'emploi des moyens curatifs. Elle doit au contraire l'exciter davantage et encou rager à la persévérance dans l'emploi des moyens de traitement. Que le médecin n'oublie pas qu'une constitution névropathisée conserve une plus grande impressionnabilité , et que les moindres imprudences, les moindres écarts de régime, pourraient aisément ramener la maladie. Comme le dit M. Réveillé-Parise, il ne faut jamais perdre de vue qu'il y a de la sensibilité en plus et de la coniractibilité en moins, afin d'éviter de surexciter l'un en tonifiant l'autre. Il ne faut donc pas recourir trop tôt aux remèdes ; et surtout il faut bien surveiller la direction des moyens hygiéniques. Le régime sera de plus en plus fortifiant, afin de donner au système nerveux une force plus grande de résistance. Le médecin redoublera les recommandations d'exercice, de voyage, de distraction, etc. afin d'arriver au même but. Il éloignera avec le plus grand soin tout ce qui pourrait être pour les malades des causes d'émotion, de surprise, de frayeur, de contrariété, d'ennui et de chagrin. Il les séparera surtout des personnes qui pourraient réveiller les crises , parce qu'elles-mêmes y sont sujettes, ou parce qu'elles en prennent d'autres qui sont analogues. Il leur interdira les conversations tristes efpéni-
bles, la lectures des livres sombres et larmoyants, ou passionnés et erotiques, les spectacles de même nature, les tableaux lascifs la vue des objets et surtout des personnes qui font de la peine à voir ou qui rappellentdes souvenirs fâcheux. Il insistera sur l'usage des bains tièdesou frais, sur les eaux minérales, En un mot il redoublera d'attention, d'une part pour achever la guérison de la maladie et prémunir la mobilité nerveuse contre les impressions des modificateurs , d'autre part pour écarter toutes les causes d'excitation du système nerveux et de l'imagination.
Si malgré ces précautions une rechute avait lieu , si de nouvelles crises survenaient, il faudrait recommencer le traitement et se conduire, dans les crises et dans leur intervalle, comme il a été dit précédemment. Nous ne ferons à ce sujet qu'une réflexion : c'est que la rechute trouvant une organisation mieux prédisposée , un système nerveux devenu plus mobile , l'hystérie sera ou devra être plus longue et plus difficile à déraciner. Il faudra apporter plus de patience et de persévérance dans son traitement , à moins que de longues années ne se soient écoulées entre la première et la seconde maladie , et que l'économie n'ait eu le temps de reprendre son état normal , ou ne soit arrivée à cette époque de la vie où la sensibilité physique et morale est à son décroissement. Ce seront toujours les mômes remèdes et les mômes soins hygiéniques et moraux.
Enfin, nous ferons observer que l'âge et la constitution des malades devront apporter quelques modifications dans le traitement, dans le choix et dans la dose des médicaments , et dans leurs combinaisons. Celui qui a étudié l'économie et ses modifications nombreuses, qui a médité sur l'action des remèdes et de tous les modificateurs thérapeutiques , saisira ces indications avec la plus grande facilité. Il serait donc superflu d'entrer dans des détails dont la longueur serait démesurée, si Ton voulait dire, répéter tout ce qu'enseigne la matière médicale.
Traitement des causes de l'hystérie.
La plupart des auteurs s'accordent à conseiller de bien rechercher la cause de l'hystérie , aGn de la combattre autant qu'il est en notre pouvoir. C'est de là qu'est venu cet axiome si plein de sens et si souvent répété : Sublatâ causa, tollitur effeclus. F ernel, Tissot, Louyer-Villermay, etc., insistent beaucoup sur ce point. Ils ne croient même pas possible de guérir la maladie , si l'on ne combat pas en même temps la cause. Aussi l'on ne saurait mettre trop d'importance dans la recherche de cette cause, ni trop d'empressement à l'attaquer. C'est pour avoir négligé ce précepte qu'on a bien souvent échoué : mais c'est principalement au début qu'on devra s'en occuper. Cependant n'exagérons point cette influence de la cause sur le traitement ; d'une part, il n'est pas toujours facile de la reconnaître , soit parce que les malades ne la connaissent pas eux-mêmes , soit parce qu'ils se trompent ou veulent tromper en la plaçant partout où elle n'est pas ; d'autre part , l'effet une fois produit reste seul , la cause disparait ou . s'efface tellement qu'elle ne peut plus compter dans une maladie devenue idiopathique et indépendante. D'ailleurs, mille autres circonstances de tempérament, de complications, de localités , etc. , peuvent exiger des moyens particuliers que n'indique point la cause. Malgré ces difficultés , on n'en persistera pas moins dans sa recherche , parce que bien souvent en la combattant on aura combattu la maladie elle-même : et lors même qu'on ne pourra l'attaquer, elle fournira des indications contre la maladie.
Lorsque l'hystérie dépendra d'une constitution héréditaire ou acquise , la première condition du traitement sera de corriger cette constitution névropathique. Pour cela on insistera sur tous les moyens hygiéniques déjà si souvent indiqués , exercice , distraction , bon régime , et surtout éloignement
de toutes les causes morales capables d'agir péniblement sur l'imagination et sur le système nerveux.
Les contrariétés, les chagrins, les passions fortes et malheureuses exigent par-dessus tout le traitement hygiénique et moral, Il est indispensable surtout, lorsqu'une jeune personne est dominée par des sentiments qu'elle ne peut ni dompter ni satisfaire , et que fomente l'activité dévorante d'une fonction dont l'accomplissement est un cri de la nature qui veut toujours arriver à son but. Combien il faut d'art et de patience pour calmer une passion dont les ravages sont effrayants , et qui semble faire les délices d'une personne qui , sans elle , compte le monde entier pour rien !
L'hystérie est bien souvent occasionnée ou entretenue par des anomalies de la menstruation. C'est alors à rétablir cette fonction que le médecin emploiera toutes ses ressources , et cela avec toute la réserve et toutes les précautions qu'exige une constitution aussi nerveuse et aussi impressionnable. Les emménagogues actifs ou échauffants ne conviendront jamais. C'est toujours aux emménagogues les plus doux qu'il faudra recourir : les distractions , l'exercice et surtout l'exercice du cheval , les voyages , les bains , seront les moyens les plus avantageux. Quelquefois même les simples calmants suffiront pour ramener l'évacuation périodique à laquelle s'opposait l'érélhisme nerveux. Avec quelle sévérité il faut défendre la lecture des livres où les passions et la volupté semblent s'accorder pour échauffer l'imagination et y porter le trouble. Leur retentissement sur les organes de la génération et sur l'hystérie cause des maux incalculables. Par la même raison on éloignera la vue des peintures lascives , et la fréquentation de certaines sociétés mondaines et peu délicates sur les principes de morale. Si malgré ces moyens et ces précautions la menstruation ne se régularise point , il deviendra nécessaire de recourir à des bains de vapeurs locaux faits avec la décoction d'armoise ou autre emménagogue , qu'on
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régulariserait de mois en mois. Si ce moyen échoue aussi , il sera quelquefois indispensable de recourir aux évacuations sanguines générales ou locales. Ces dernières seront le plus souvent préférées. On leur fera , en quelque sorte , imiter la périodicité menstruelle, afin de mieux la remplacer ou d'en mieux favoriser le retour ; mais il faudra être bien sobre de ces évacuations. On n'oubliera jamais qu'à moins d'une pléthore générale ou locale qu'elles dissipent, elles augmentent toujours la mobilité nerveuso et par conséquent la disposition à l'hystérie. Combien il faut de prudence dans ses conseils , lorsque la continence est la cause de l'hystérie en s'opposant aux vœux de la nature! Une jeune personne hystérique était employée dans un magasin de nouveautés : sa maîtresse eut l'imprudence de lui répéter que c'était un mari qui la guérirait; dix mois après, un enfant fut la conséquence de ce conseil. Nous avons vu que dans quelques circonstances (observation VII), des douleurs aiguës accompagnaient chaque période menstruelle et causait l'hystérie. Dans ces cas M. Duparcoue se trouve très-bien de l'emploi de l'ammoniaque liquide à la dose d'un gramme sur 90 grammes de sirop de sucre , qu'il fait prendre au début des douleurs.
Lorsqu'une suppression d'évacuation sanguine, nasale, hémorrhoïdaire , menstruelle ou autre , est la cause de l'hystérie, il est indispensable d'y suppléer par les saignées générales et locales , soit aGn de désemplir le système vasculaire trop plein , soit afin d'imiter l'évacuation supprimée. Nous ferons ici la recommandation que nous faisions plus haut, de n'y recourir qu'avec la plus grande réserve. Nous ferons encore une réflexion pratique importante : c'est que nos évacuations artificielles sont bien loin de produire des effets aussi avantageux que l'évacuation naturelle. Quelques gouttes de sang versées par son émonctoire habituel, épistaxis, menstrues, hémorrhoïdes , soulageront mieux et bien plus promptement qu'une quantité bien plus grande qui aura
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été retirée parla lancette ou par les sangsues. Cette différence peut paraître étonnante, et cependant elle nous paraît toute naturelle. En effet, la surabondance de sang est la moindre chose dans une suppression , la circonstance la plus grave c'est le dérangement de la fonction. Or, nos évacuations artiGcielles n'enlèvent que le surplus du sang , elles ne changent pas le trouble fonctionnel qui a causé la suppression , tandis que l'hémorrhagie naturelle produit ce changement et ramène l'équilibre qui avait été détruit ; elle rappelle l'action de l'organe , elle concentre sur lui la direction fluxionnaire et les forces vitales qui s'étaient en partie déplacées, ce que ne fait pas et ne peut pas faire la saignée. Voilà pourquoi il sera toujours bien plus avantageux de rappeler les évacuations naturelles, par tous les moyens que l'expérience et la prudence apprennent à bien diriger. Ce que nous venons de dire des évacuations sanguines naturelles et artificielles s'applique à toutes les autres évacuations et sécrétions. Que l'une d'elles soit supprimée , vous chercherez d'abord à la rappeler et à la rétablir. Ce n'est qu'autant que vous ne réussissez pas, que vous y suppléez par les moyens les plus appropriés, et qui ont le plus d'analogie avec elle. Si au milieu des désordres pathologiques les plus graves, la nature rétablit l'évacuation supprimée , tout rentre dans l'ordre , comme par enchantement , tandis que nos moyens artificiels et supplémentaires n'agissent qu'avec beaucoup plus de lenteur et quelquefois même n'agissent pas du tout. Dans les cas de suppression menstruelle ou de dysménorrhée, M. Pauly s'est très-bien trouvé de l'administration réitérée de l'acétate d'ammoniaque , et il lui donne les plus grands éloges. Il en prescrit deux , trois et même quatre grammes dans un véhicule léger, et il les renouvelle plusieurs fois dans les vingtquatre heures.
Si , au lieu d'une suppression , une hémorrhagic abondante ou toute autre cause avait produit une asthémie,le pre-
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mier devoir du médecin serait de combattre cette cause de mobilité nerveuse par une alimentation convenable et tonique, afin de rendre au sang sa quantité perdue et à l'économie ses forces. S'il y avait une viciation du sang, comme dans la chlorose, le scorbut, les scrofules , etc., on la combattrait par les moyens appropriés à chacune de ces viciations. Mais dans toutes, le bon air, l'exercice, les toniques, les amers , et surtout les ferrugineux , une alimentation convenable, etc., seront indispensables. C'est dans ces cas que les bains d'air, si justement préconisés par M. Pravaz , obtiendront des résultats d'autant plus satisfaisants , qu'ils tonifieront sans irriter. Nous avons vu cet été les bains de mer fortifier une demoiselle et combattre avec succès sa prédisposition hystérique.
Il n'est pas moins important de combattre les dérangements des sécrétions et excrétions. Puisque toute évacuation excessive porte sur les nerfs et peut devenir cause d'hystérie, il faut toujours la modérer et la ramener à son type normal. Nous n'entrerons dans aucun détail à cet égard, ils appartiennent à la thérapeutique. Nous ne ferons qu'une observation , c'est de ne pas perdre de vue la mobilité nerveuse ; elle doit toujours nous guider dans le choix des moyens. Nous ferons encore la recommandation expresse de porter la plus grande attention à l'abus et aux excès des plaisirs de l'amour. C'est peut-être moins par la quantité de matière excrétée que le coït nuit à l'économie que par la secousse nerveuse , l'ébranlement général de l'économie. Cependant nous ne déclinons point la puissance de cette excrétion , parce que nous savons combien cette liqueur est précieuse. La manière d'agir ne change au reste rien à la question. L'abus du coït est nuisible , donc il faut l'éviter , donc il faut en diminuer la fréquence. C'est dans le même but que nous ne saurions nous élever avec trop de force contre le plaisir solitaire de la masturbation, S'il n'occasionne pas souvent les crises hystériques,
il los entretient, et il donne à l'économie cette prédisposition nerveuse qui en favorise l'invasion et qui passe bien souvent à l'hystéricisme. Il amène surtout bien souvent une dégradalion physique et morale étonnante, qui aboutit ordinairement à la phthisie pulmonaire , à cause des relations sympathiques qui lient si étroitement la poitrine à l'utérus. Que de soins , que d'attentions , que de prudence il faut ! et encore on échoue le plus souvent. Il serait le premier bienfaiteur de l'humanité, celui qui trouverait le moyen d'assoupir le penchant à l'onanisme si honteux et si coupable. La religion opère quelquefois ce miracle ; mais combien son langage est souvent impuissant !
Nous avons vu que les causes pathologiques de l'hystérie étaient nombreuses. Les unes sont aiguës et les autres chroniques. Si une pléthore générale était la cause de la maladie, des évacuations sanguines proportionnées à la force et au tempérament des malades seraient le premier moyen à mettre en usage. Il en serait de même si la congestion était locale et qu'elle s'opérât sur l'encéphale, sur les poumons, au cœur ou toute autre part. On n'oubliera jamais la prudence que requiert toujours l'état nerveux de l'hystérie. Joseph Frank fait le plus grand éloge d'une forte décoction de feuilles de digitale, continuée pendant longtemps. Il nous serait impossible d'entrer dans tous les détails des préceptes qui conviendraient dans les différentes maladies que nous avons vues occasionner l'hystérie. Chacune réclame son traitement particulier. Que ce soit une inflammation à son début ou à sa fin, une inflammation chronique, une glande engorgée, une altération organique d'un organe quelconque, une indigestion, des vers, toujours il faut attaquer cette affection première, et même l'enlever par une opération, s'il est nécessaire et possible. C'est dans ces affections chroniques ou peu intenses qu'il importe surtout de ne recourir qu'avec la plus grande réserve aux moyens propres à les
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combattre, dût-on paraître en contradiction avec son opinion. Ainsi dans les phlegmasies chroniques de l'utérus, par exemple, la nature de la maladie paraît indiquer le traitement antiphlogistique et surtout les saignées. Cependant il est bien reconnu que les évacuations sanguines seraient nuisibles. M. Lisfranc lui-môme les proscrit pour cette raison, et cependant il fait dépendre l'hystérie d'une métrite chronique ; mais cet opérateur habile est observateur avant tout, et il rendra toujours hommage à la vérité. Ce que nous disons de la métrite peut s'appliquer à toutes les autres maladies. On remédiera au prolapsus de l'utérus par un'pessaire; ou en enlevant celui qui gênait, on guérira une leucorrhée, une érosion, etc. Dans tous les cas, comme dans ceux où il n'y aurait aucune lésion physique apparente, il ne faut jamais perdre de vue la grande susceptibilité des organes ; il convient en conséquence d'éloigner tout ce qui pourrait y ajouter, et de s'entourer de tous les moyens qui peuvent les calmer, comme bains, injections calmantes, cataplasmes, etc.
Si la cause était instantanée et passagère, on ne pourrait rien contre elle. Ainsi une indigestion passée, un aliment ingéré et fatigant, etc., ne peuvent plus être poursuivis, il est vrai ; mais on doit songer à l'avenir, et faire à cet égard toutes les recommandations possibles , afin d'engager le malade à bien éviter toutes les causes qni peuvent agir ainsi sur lui et ramener de nouvelles crises.
Les suppressions de sécrétions naturelles, les suppressions d'un exutoire ancien, et les suppressions d'un ulcère, d'une dartre, d'une éruption quelconque, pouvant devenir des causes de l'hystérie, doivent être traitées lorsqu'elles ont lieu. Toujours il iaut rétablir la sécrétion supprimée, l'ulcère ou l'cxutoire fermé ; toujours il faut rappeler à son Heu primitif une dartre ou toute autre éruption, ou les remplacer par des moyens thérapeutiques analogues.
En voilà bien assez sur le traitement des causes de l'hystérie. Ce que nous avons dit suffit pour suppléer à ce que nous pourrions avoir omis.
Traitement de quelques phénomènes dominants.
Dans notre étude pathologique de l'hystérie, nous l'avons vue plusieurs fois donner lieu à des phénomènes assez graves pour mériter toute notre attention, et quelquefois même pour donner à la maladie un aspect nouveau, une forme différente. Les efforts que nous avons faits pour localiser la maladie, pour trouver l'organe souffrant, répondent d'avance au reproche qu'on pourrait nous adresser de nous lancer dans une métaphysique physiologique qui n'est plus de notre siècle et qui n'est pas dans notre pensée. Ainsi nous regardons le phénomène comme l'expression de la souffrance ou de la lésion d'un organe, et lorsque nous attaquons ce phénomène, c'est le mode d'altération vitale ou organique du tissu malade que nous combattons réellement. Celte explication nous paraît suffisante : nous passons outre.
Lorsque des douleurs aiguës se prononcent, elles affectent deux formes différentes. Ou bien elles représentent l'accès et constituent le clou hystérique ; ou bien elles se développent indistinctement dans toutes les parties du corps, et elles ne diffèrent en rien des autres douleurs. Dans le premier cas on ne peut guère attaquer le clou, que par les moyens qu'on emploie contre l'hystérie même. Malgré tout ce qu'on peut faire, cette douleur pongitivc ne se dissipe pas toujours facilement, et bien des fois elle se prolonge bien au delà de la durée ordinaire des accès hystériques; nous l'avons vue résister plusieurs semaines à tous les moyens les plus calmants. Ponr la dissiper, il faut donc employer les calmants et les antispasmodiques les plus énergiques ; il faut même
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augmenter les doses proportionnelles des calmants. Il faut les administrer à l'intérieur et à l'extérieur. Les cataplasmes émollients fortement arrosés de dissolutions narcotiques, les huiles, les onguents , les emplâtres calmants de toute espèce, les bains tièdes et calmants, doivent être employés; comme leur action iatraleptique est assez lente, on pourra les faire agir plus promptement par la méthode endermique en enlevant brusquement l'épiderme avec l'ammoniaque ou avec le marteau chauffé à l'eau bouillante. Quelquefois la cautérisation ignée a produit de très bons résultats ; quelques auteurs, Vigaroux entre autres, disent s'être très-bien trouvés de l'application du nioxa sur le lieu même du clou ; d'autres ont réussi avec l'acupuncture.
Si la douleur ne revêt point cette forme de clou, elle n'exige pas des moyens aussi énergiques. Cependant ce sont toujours les calmants et les anodins qu'il faut lui adresser, soit à l'intérieur en boissons, opiats, poudres et pilules, soit à l'extérieur en topiques, en frictions de toute espèce et sous toutes les formes. Quand un calmant ne réussira pas, on aura recours à un autre. On choisira toujours ceux qui seront les mieux adaptés à la circonstance ; on redoutera de provoquer le narcotisme ; cependant il est assez rare dans cette maladie, à moins qu'il ne s'y joigne quelques complications ou quelque idiosyncrasie qu'il est utile de bien étudier. Quelquefois l'innocente thridace et le lactucarium ont procuré un calme qu'on avait inutilement demandé à l'opium. D'autres fois l'acide hydrocyanique a décidé un soulagement que n'avaient pas pu donner les autres calmants. Le moyen pourra varier quelquefois, selon que la tête, le col, la poitrine, l'estomac, le ventre et surtout l'utérus seront le siège de la maladie. Le mode d'administration et surtout le lieu de son application devront varier aussi. Mais quelque part qu'elle ail lieu, quel que soit le moyen qu'on emploie, il faut toujours agir avec énergie :
car rien ne tourmente comme la douleur ; elle est l'ennemi le plus cruel de l'espèce humaine : on ne saurait trop tôt la combattre. La respiration de la vapeur de l'éther vient nous offrir un puissant moyen de plus de lutter contre elle ; déjà deux fois elle m'a paru amener le calme désiré. Plusieurs fois aussi j'ai échoué. C'est un mode d'administration à ne pas négliger. On a vu des douleurs atroces provoquer l'amputation des membres, extrémité fâcheuse et coupable, dont Brodie et Mayor nous ont donné de tristes exemples, en amputant la cuisse et la hanche, pour des douleurs au genou et à la hanche, et qui furent reconnues plus tard pour des douleurs hystériques.
Quelquefois les malades éprouvent une insomnie qui ne paraît dépendre que de l'état particulier du système nerveux. Alors on mettra en usage les narcotiques les plus réputés. Les meilleurs sont encore les opiacés. Ainsi les malades se trouvent très-bien de prendre, le soir, huit à quinze grammes de sirop de karabé ou de sirop de morphine, un ou deux centigrammes d'extrait d'opium en pilule ou en potion, une pilule de cynoglosse. Nous rappellerons que les préparations opiacées produisent chez certaines personnes un effet contraire à celui qu'on en attend. Il faut alors les interdire et recourir à d'autres somnifères. Les calmants les plus simples sont quelquefois alors ceux qui réussissent le mieux , tels que la thridace, une émulsion aromatisée, une infusion de feuille d'oranger, etc. La sagacité du médecin le dirigera dans son choix ; mais il était bon qu'il fût prévenu. Si l'insomnie tenait à quelques circonstances particulières de douleur, ou d'affection morale ou organique, c'est cette cause qu'il faudrait combattre d'abord.
Nous avons vu l'hystérie envahir quelquefois l'appareil respiratoire et causer des accidents asthmatiques. C'est encore aux hypnotiques qu'il faut recourir. Les préparations cyaniques et opiacées, la belladona, la digitale, le camphre,
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Tassa i'œtida, le musc, le castoreuni, la gomme ammoniaque, séparément ou diversement combinés m'ont paru exercer une action plus efficace. Dans cette forme, il faut éviter l'usage des odeurs fortes et surtout des odeurs puantes, elles augmentent presque toujours l'oppression; le plus souvent ii faudra donner de l'air à l'appartement. Les révulsifs rubéfiants aux cuisses et aux bras sont encore d'une efficacité bien reconnue.
Le cœur est quelquefois l'organe que la maladie choisit pour exercer sa furie. Alors tantôt il y a syncope ou menaces incessantes de syncope, tantôt il y a des palpitations violentes régulières ou irrégulières. Dans le premier cas, les odeurs fortes, et surtout l'éther, les irritations et les surprises cutanées de toute espèce conviennent spécialement, de même que l'administration intérieure de l'éther, de la liqueur d'Hoffmann et du camphre. Les frictions sèches ou pharmaceutiques sur la région du cœur nous ont paru produire aussi de très-bons effets. C'est dans ces cas que les lavements irritants pourront être avantageux. Dans le second cas lorsqu'il y a des palpitations, s'il y avait pléthore ou congestion un peu forte sur le cœur, on débuterait par quelques émissions sanguines. Qu'il y ait lieu ou non à remplir cette indication, il faudra en venir de suite à l'administration des calmants antispasmodiques ; les préparations cyaniques, le musc, la digitale et la belladonne paraissent dans cette circonstance jouir d'une faveur bien souvent justifiée. On ne négligera pas pour cela les autres calmants, ni aucune des voies par lesquelles on peut les administrer.
Si le spasme de la crise envahissait de préférence le diaphragme et causait un hoquet fatigant , après les antispasmodiques ordinaires parmi lesquels le musc et les odeurs puantes m'ont paru tenir le premier rang, on aurait recours avec beaucoup d'avantage aux frictions sèches sur l'épigastre, ou aux frictions avec les pommades narcotiques
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ou bellarlonées, et môme à la vésication spontanée par Tap-* plication de l'ammoniaque, et encore plus d'un fer incandescent ou chauffé à l'eau bouillante. J'ai vu des hoquets opiniâtres s'arrêter sur-le-champ par l'emploi de ce dernier moyen. L'acupuncture a quelquefois produit de bons effets. L'ingestion d'eau froide glacée, à petites doses et souvent réitérée, a souvent réussi. M. Récamier s'est bien trouvé d'une compression méthodique et forte exercée sur le ventre et l'épigastre, afin d'arrêter les contractions du diaphragme. M. Rostan vient de renouveler ce moyen avec beaucoup de succès.
Rien n'est plus commun que de voir l'estomac être tourmenté soit par des spasmes violents, c'est un des phénomènes les plus ordinaires de l'hystérie, soit par un état de malaise très-fatigant et qui nuit beaucoup à son action digestive. Le premier cas exige les calmants les plus énergiques. Tous peuvent convenir. On se trouve très-bien aussi des frictions et des applications calmantes sur l'épigastre, dans ces cas de spasmes violents d'agitation vraiment convulsive de l'estomac. Quelques auteurs avec Récamier ont préconisé comme pour lehoquet, une pression très-forte exercée sur l'épigastre avec le poignet et même les deux poings fortement enfoncés. Nous avons souvent retiré de très-bons effets de cette pratique, bien qu'elle soit vicieuse dans son origine, puisqu'elle a été imaginée pour arrêter les courses vagaboudes de la n».atrice. Pour le second cas, les antispasmodiques toniques et légèrement stimulants seront plus convenables. Ainsi la valériane, l'éther, le camphre, le musc, et même quelques légers toniques qu'on leur associera, mériteront la préférence ; et si dans ces cas il se développait, comme cela arrive quelquefois, une grande quantité de gaz qui fatiguerait l'estomac en le distendant, on en favoriserait l'évacuation, et l'on pcirrait recourir avec assez d'avantage à la magnésie, au magistère de bismuth , au Colombo, seuls ou combinés
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ou mémo associés à faible dose à différents amers ou aromatiques, comme la rhubarbe, l'écorce de simarouba, la uoix muscade, la cannelle, la racine de valériane, etc. Quelques auteurs ont préconisé la glace : nous ne pouvons rien en dire.
C'est à la même médication qu'on aura recours, si le spasme est fixé plus particulièrement dans les intestins. Les nuances que la différence du siège exigera sont trop peu reportantes et trop faciles à saisir pour que nous devions nous y arrêter.
Lorsque ce sont les organes génitaux qui appellent à eux toute la fureur hystérique, et qu'elle se prononce par des douleurs, des spasmes, par une exaltation de sensations ou d'appétits vénériens irrésistibles, les boissons les plus tempérantes sont celles auxquelles on aura recours; telles que les décoctions de graines de lin, de racine de nymphéa, de chiendent, d'orge, des quatre semences froides, de gui de chêne, les émulsions, le petit-lait, l'hydrogale. Les calmants les plus tempérants aussi seront préférés, tels que le camphre, la thridace, la ciguë, l'extrait de laitue vireuse, les bains locaux froids et calmants, les injections les plus calmantes, les lavements de même espèce. On évitera les antispasmodiques chauds et aromatiques : en calmant d'un côté, ils pourraientt irriter de l'autre. Nons avons vu quelquefois des femmes hystériques être tourmentées d'un prurit très-incommode à la vulve; nous devons dire aussi que nous l'avons rencontré beaucoup plus souvent chez des femmes qui n'avaient jamais eu le moindre phénomène d'hystérie. Les lotions, les pommades calmantes, styptiques, froides, etc., qu'on a vantées, sont le plus souvent sans succès. L'eau froide agit aussi bien, mais son effet n'est quf passager. Le moyen qui m'a le mieux réussi, lorsque la saison permet de se le procurer, ce sont des tranches bien minces de concombre , et même de courge. Je pense que
d'autres végétaux pulpeux pourraient produire le même effet. M. Raspail se loue beaucoup des frictions avec le camphre| et l'amidon.
Nous placerons ici le traitement de l'hystérie intermittente, c'est-à-dire, de cette variété de la maladie dans laquelle les accès reviennent périodiquement à des époques fixes. Les auteurs , bien avant MM. Gery et Marade , ont donné de justes éloges à l'administration du sulfate de quinine et des autres préparations de quina, à doses convenables et quelques heures avant l'invasion. C'est aussi le conseil que nous donnons. Cependant le succès ne répond pas toujours aux promesses des auteurs. On échouera au moins aussi souvent qu'on réussira. Pour mieux assurer les bons effets de l'antipériodique, on l'associera aux calmants et aux antispasmodiques , tel est le valérianate de quinine. De cette manière , il nous a toujours paru plus efficace. Nous devons savoir gré à M. Devay d'avoir introduit ce médicament dans la pratique médicale.
Puisque l'aphonie se manifeste quelquefois pendant les crises hystériques et se prolonge même bien au delà, il est indispensable de combattre ce phénomène par les antispasmodiques d'abord, à l'intérieur et localement en topiques, ensuite par les révulsifs de toute espèce autour du larynx et du col et aux membres. Louyer-Villermay a vu une aphonie semblable ne céder qu'à l'application du moxa, et une autre à une saignée par les sangsues. Le nitrate d'argent a réussi au docteur Brodersen, de Ribbi.
Dans les cas extraordinairement rares où l'hystérie détermine une suspension telle de l'inervation que la mort est apparente, on aura recours à tous les moyens que la thérapeutique met à notre disposition pour stimuler et réveiller le système nerveux engourdi. Rubéfiants, vésicants, caustiques, scariGcations, ustion delà plaute des pieds même, chatouillement, tiraillement des poils, pincements, urtication,
lavements de toute espèce, instillation de liqueurs stimulantes dans la bouche et dans les narines, galvanisme, électricité, secousses du corps , bains froids de surprise , allusions froides, etc., sont les moyens auxquels on a recours, comme dans la syncope. Nous ne saurions trop insister sur toutes les précautions à prendre pour ne pas s'en laisser imposer, et pour ne pas livrer à la tombe une proie vivante qui ne lui appartient pas. On ne saurait alors garder trop longtemps les corps douteux.
Traitement des complications.
Ainsi que nous l'avons dit en parlant des complications de l'hystérie, il n'est pas de maladie qui ne puisse venir la compliquer pendant sa durée. Chaque affection réclame alors son traitement particulier. Cependant on ne doit jamais perdre de vue la constitution si éminemment nerveuse des malades. C'est la seule remarque générale que nous ayions à faire à ce sujet, attendu que nous avons beaucoup réduit le nombre des complications véritables de l'hystérie. C'est donc au praticien à traiter les maladies intercurrentes qui viennent momentanément la compliquer, comme il les traiterait dans toute autre circonstance, en y apportant toutefois les modifications qu'exige l'état nerveux. Nous nous bornerons à parler de quelques affections qui, en marchant avec l'hystérie, semblent exiger une combinaison des deux traitements.
L'hypochondrie se présente la première, comme la plus fréquente des complications, surtout en Angleterre. Dans l'une et l'autre affection, le système nerveux est malade : aux spasmes de l'hystérie se joignent les sensations de l'hypochondrie, et surtout les erreurs, le trouble et la bizarrerie de l'imagination. Il reste donc toujours une affection nerveuse à traiter, et pour cela les moyens seront les mêmes ;
seulement il faudra les varier davantage, à cause de la mobilité plus grande. On a de plus les désordres de l'imagination à combattre. On a par conséquent beaucoup plus à agir sur le moral et sur l'intelligence. Aussi la tâche devient infiniment plus difficile. Comme nous ne pourrions donner que des conseils bien incomplets, nous renvoyons aux traités spéciaux que nous possédons sur cette maladie. Là du moins on trouvera tout ce qu'on doit savoir pour bien se conduire.
II n'y a pas de complication plus grave que l'épilepsie. Aussi on ne saurait faire trop vite tous ses efforts pour guérir cette complication fâcheuse et si souvent rebelle. On associera donc aux calmants et aux antispasmodiques tout ce que le rationalisme et même l'empirisme le plus pur offrent à notre avide espérance. Les saignées, la racine de valériane, le quinquina, l'huile animale de Dippel, l'huile de térébenthine, le fer, l'indigo, le nitrate d'argent, le régime purement végétal, la diète blanche, le caille lait jaune, la pivoine, le camphre, le musc, l'oxyde de zinc, la racine de belladona, la cautérisation, les exutoires, les sétons, les sections nerveuses , les ablations de glandes ou parties d'où s'élève l'aura epileptica, les frictions mercurielles, la ligature des membres, les vapeurs ammoniacales, sont les moyens qui peuvent devenir avantageux ; mais , ne le dissimulons pas, ils échoueront le plus souvent. D'ailleurs ce n'est que la persévérance la plus grande qui puisse les faire réussir ; ce n'est pas par jours ni par semaines qu'il faut compter, c'est par années.
Lorsqu'une névralgie vient s'unir à l'hystérie, comme on le rencontre assez souvent, les traitements des deux ma" ladies présentent assez de rapport pour qu'ils puissent marcher ensemble ; les médicaments qui conviennent à l'une ne peuvent pas nuire à l'autre. Les pilules de Méglin , les extraits de plantes stupéfiantes, le sulfate de quinine, le ralérianate de zinc, introduit dans la pratique parle docteur
de l'hystérie. 489
Devay, les topiques opiacés sont des moyens qu'on doit employer contre la névralgie, sans inconvénient pour l'hystérie. Il est bon toutefois de les marier de manière à calmer le spasme de l'une et la douleur de l'autre.
Nous ne parlons pas de la névropathie. Elle se confond tellement avec l'hystérie, et l'hystérie avec elle, qu'il est impossible de les distinguer aussitôt qu'elles ont existé quelque temps ensemble. Toujours l'hystérie s'accompagne de névropathie. En conséquence le traitement ne change pas. Dans l'hystérie constitutionnelle, il y a constamment la névropathie à traiter, plus les accès.
Lorsque par la violence des crises ou par l'intensité des accidents névropathiques ou par toute autre cause, les facultés morales et intellectuelles se trouvent lésées, lorsque surtout elles amènent cette teinte mélancolique du désespoir, on ne saurait avec trop d'attention mettre en usage tous les moyens que la morale et la thérapeutique mettent à notre disposition, soit pour combattre et détourner une lésion physique de l'organe de l'intelligence, soit pour ramener le calme et l'espérance dans une âme froissée par la souffrance et bien souvent par la perspective d'un avenir effrayant. Si le rôle du médecin devient plus difficile et plus épineux, combien aussi il le grandit et l'élève ! C'est une de ses plus nobles prérogative que celle de consoler, de calmer et de rétablir le moral abattu.
Les altérations organiques, telles que la phthisie pulmonaire et surtout les ulcères et carcinomes de la matrice, dont Louyer-Villermay fait des complications ne méritent pas plus cette dénomination que toutes les autres maladies, qui peuvent exister aussi en même temps que l'hystérie. En conséquence, elles ne doivent pas nous occuper davantage, chacune sera traitée comme elle doit l'être, en modifiant toutefois son traitement d'après les accidents nerveux de l'hystérie.
Nous avons vu que l'hystérie produisait quelquefois la paralysie. On dirigera contre elle tous les stimulants appropriés au traitement de cette affection, et on y apportera tous les ménagements que l'état nerveux exige. M. Piorry s'est bien trouvé du sulfate de quinine en dissolution dans l'alcool, de la teinture de cannelle, etc. D'accord avec les bons observateurs , M. Macari conseille les vésicatoires sur la région des reins, les frictions irritantes, les douches de vapeurs, lesvésicatoires volants et autres, l'électricité, l'électromagnétisme, la strychnine, la brucine, et, en dépit de cause, le magnétisme animal. Si la paralysie envahit spécialement la vessie et cause l'ischurie, aux moyens ordinaires on associera les lavements et les injections froids ou toniques, stimulants, et surtout le cathétérisme aussitôt que la vessie se distend.
Dans les cas d'amaurose hystérique M. Hocken conseille principalement le calomelas uni à l'opium, l'aloès, etc. Contre cette affection comme contre les autres de la même nature, on ne perdra jamais de vue l'affection nerveuse et sa mobilité dans le choix et l'association des moyens.
Les remèdes ne réussiront pas toujours, quelquefois même ils paraîtront nuisibles. Alors Sydenham conseille aux hysté riques d'y[renoncer et de se mettre à la diète lactée. Il assure même avoir vu plusieurs malades guérir par l'usage prolongé du lait tout seul; et, pour ne pas paraître se contredire, il cherche à expliquer comment cette substance tonifie le sang. Plus loin il donne un conseil qu'il est bon d'imiter quelquefois. « Pour moi, dit-il, non seulement dans les affections hystériques, mais encore dans toutes les maladies, quand je ne pense pas pouvoir faire du bien par mes remèdes, je crois que le meilleur parti que j'ai à prendre, si je veux remplir les devoirs d'un honnête homme et d'un bon médecin, c'est de ne rien faire du tout.
de l'hystérie. 491
Prophylaxie.
Jusqu'à présent bous avons supposé le médecin en présence de la maladie et aux prises avec elle ; et nous lui avons donné les conseils que l'expérience et l'observation nous ont paru justifier comme les plus propres à le faire triompher. Maintenant nons allons examiner avec lui s'il ne serait pas possible de prévenir la maladie, et pour cela nous jetterons un coup d'œil sur les circonstances dans lesquelles elle est née, aûn de voir si l'on ne pourra pas les éviter ou les corriger par anticipation. Si l'on concevait parfaitement, dit M. Réveillé-Parise, comment la machine va bien, on connaîtrait indubitablement pourquoi elle va mal (1). Nous savons que, pour que l'hystérie ait lieu, il faut d'une part une prédisposition nerveuse originelle ou acquise, d'autre paît l'action d'un modificateur sur le système nerveux. Il faut donc, pour prévenir la maladie, changer la constitution prédisposante, et éloigner les causes modificatrices. Ainsi le traitement prophylactique se réduit en dernière analyse à cette formule bien simple : éviter les causes prédisposantes et efficientes. Comme il n'est pas toujours possible de les éviter, parce qu'il faudrait diriger et maîtriser les mille agents ambiants qui nous enveloppent de tous les côtés, et que bien souvent les efforts que nous faisons pour lutter contre un agent morbide, nous mettent sous l'influence d'un autre agent non moins dangereux, notre origine et notre position sociale nous étreignent de toutes parts, et nous imposent des obligations auxquelles il est impossible de nous soustraire, et qui exercent sur nous une influence incessante ou tout-à-fait imprévue. Si nous ne sommes pas maîtres des événements, nous pouvons du moins placer
(1) Eludes de l'homme dans l'état de sanlé et dans l'état de maladie.
notre corps dans des conditions qui, en le fortifiant, le raidissent contre leur action et la lui fassent éluder. Pour arriver à ce but il n'est qu'un moyen, c'est de donner une constitution forte et robuste qui puisse résister à cette action de toutes les causes. C'est dans l'hygiène que nous en trouverons les préceptes , c'est dans leur application à l'éducation physique et morale que nous ferons consister la véritable prophylaxie. Donner aux corps une constitution qui le garantisse de raille influences morbides, et à l'âme une force et une direction qui la prémunissent contre le tourbillon des causes morales dont elle est sans cesse assaillie, voilà tout le secret. C'est donc à une éducation bien raisonnée que doivent se borner les conseils de la médecine. Mille traités tracent la conduit», à suivre. Tout a été dit. Nous n'avons qu'à choisir les préceptes qui se rapportent plus directement à notre sujet. Dans cet exposé nous n'aurons pour but que l'éducation de la femme, parce qu'elle est atteinte de l'hystérie au moins cent fois quand l'homme l'est une fois, parce que sa constitution éminemment nerveuse est déjà par ellemême une prédisposition contre laquelle il faut lutter, si on ne veut pas la voir s'aggraver et se précipiter dans l'abîme des maladies nerveuses à travers une progression d'anomalies et de perversion.
On ne saurait commencer trop tôt l'éducation. Le corps reçoit d'autant plus facilement toutes les impressions qu'il est plus jeune. Comme le dit Ovide, il est comme la cire ramollie qui prend aisément différentes figures :
Ut hvmettia sole
Orn remollescit , Iraetalaque pollice mullas Vertitur in faciès.
Aussi on s'accorde à dire que c'est à sa naissance même qu'il faut commencer. Nous allons plus loin, et nous disons que l'éducation doit commencer même avant la naissance. Quelle génération en effet peut-on attendre déjeunes époux
de l'hystérie. 493
élevés mollement et livrés à tous les travers du siècle ? Ne savons-nous pas que les prédispositions comme les maladies se transmettent par héritage : Ut bonorum hœreditatcs, ila et malorum successio ad posteros perventunt (1)? Si vous voulez que les enfants naissent robustes, il faut rendre d'abord les parents robustes : fortes creantur forlibus, ou bien utiliser les avantages du croisement des races, en mariant une constitution faible et nerveuse avec une constitution forte et athlétique. Il faut au moins éloigner d'eux les causes incessantes de modifications nerveuses dans lesquelles ils se nourrissent. Mais c'est pendant la grossesse principalement qu'on doit faire éviter toutes ces habitudes mondaines qui tiennent le système nerveux dans un état de tension continuelle. Gomment veut-on qu'un enfant, conçu au milieu des plaisirs bruyants et dans l'agitation des passions, puisse ne pas s'en ressentir ? On ne saurait trop recommander à la mère le calme de l'âme, un exercice convenable du corps, et une nourriture saine. On redoublera de sévérité sur l'exécution de ces préceptes hygiéniques, lorsque déjà les parents auront une prédisposition constitutionnelle à transmettre.
L'enfant est né ; son éducation directe va commencer. Que les soins de la tendresse maternelle ne soient point aveugles; qu'ils soient subordonnés aux conseils de la sagesse et de la prévoyance. En le nettoyant, ne craignez point d'offenser la délicatesse de sa peau par des frictions un peu fortes ; il faut l'accoutumer de bonne heure à recevoir toutes les impressions. Par la même raison , votre liquide sera plutôt fortifiant et tonique , à moins de circonstances particulières qui nécessitent les émollients. Qu'on se garde cependant de les laver à l'eau froide, comme le voulait Fourcroy le conseiller, et non Fourcroy le chimiste; une transition aussi subite ne
(1) Ballouius , Consil. medic. Lonsil. III. 2.
serait pas supportée impunément par un corps aussi frêle. Ce n'est que progressivement qu'il faut l'accoutumer à l'eau froide et au bain frais. S'il faut éviter l'impression brusque du froid , il ne faut pas moins éviter l'air trop chaud et renfermé d'une chambre. Il faudra le renouveler souvent et le tenir à une température modérée. Il faudra aussi accoutumer de bonne heure l'enfant à sortir pour respirer l'air extérieur, à tous les temps , autant que la prudence le permettra. Le maillot a été trop sévèrement proscrit : nous en conservons l'usage pendant l'hiver, parce que nous avons vu les petits membres de l'enfant se glacer dans leurs larges manches , et devenir la cause des maladies les plus graves. En tenant les bras et les mains appliqués contre le tronc, le maillot leur conserve leur chaleur et les empêche de se refroidir.
La mère nourrira son enfant autant qu'elle le pourra : c'est une loi imprescriptible de la nature , que la chaleureuse éloquence de Jean-Jacques a su faire revivre , bien mieux que les préceptes sévères de la médecine. Oui , sans doute , la nature a donné à toutes les mères les moyens de nourrir l'être qu'elles ont porté dans leur sein , et les soins maternels ne peuvent pas être comparés aux soins mercenaires toujours lents et froidement calculés. Mais lorsqu'il en faisait une loi absolue, le philosophe de Genève n'était pas médecin : il suivait l'impulsion de son âme brûlante , sans tenir compte des circonstances nombreuses qui pouvaient mettre un obstacle à son exécution. Au nombre de ces circonstances nous placerons une constitution éminemment nerveuse, sans parler de plusieurs états pathologiques et de différentes positions sociales. Une mère trop sensible se tourmentera au moindre cri de son enfant. Cent fois le jour elle éprouvera des causes de bouleversement. Cent fois le jour, par conséquent , elle présentera à son nourrisson un lait altéré. Je n'exagère point : les observateurs sont là pour attester la vérité du fait. Ils en ont cité de nombreux exemples. Que
de l'hystérie. 495
cette considération , la santé de son enfant , rassure donc la tendresse maternelle alarmée. Tous les conseils ont été donnés sur le choix d'une bonne nourrice. Dans la circonstance qui nous occupe , nous insisterons sur la préférence à donner à celle qui , à une bonne santé , joindra un caractère flegmatique , une humeur impassible. Si on ne la prend pas chez soi , il faut qu'elle habite une campagne saine et une maison bien disposée. Défiez-vous des nourrices de la ville et encore plus de celles des faubourgs. La nourrice devra se soumettre à un régime de vie bien scrupuleusement observé. Tous les traités d'éducation des enfants indiquent les règles à suivre. Aussi je ne saurais que renvoyer à leur méditation. Je n'insisterai que sur deux points : le premier c'est d'éviter soigneusement toutes les causes morales et de régime qui pourraient exciter le système nerveux ; ce sont principalement la colère , les plaisirs bruyants de la société et l'abandon effréné aux passions amoureuses , que nous recommandons d'éloigner. La mère , comme la nourrice , doit être esclave de son enfant : sa vie devient une vie de privations et de sacrifices. Si elle ne se sent pas le courage d'en supporter toutes les conséquences, qu'elle n'entreprenne pas d'allaiter; son enfant recueillerait les tristes fruits de ses imprudences. Le second point est relatif à la nourrice lorsque vous la prenez chez vous. Comme c'est le plus souvent de la campagne qu'on la fait venir, elle va tout à la fois changer d'air et de coutumes. Un changement aussi brusque et aussi grand ne se fait jamais sans nuire plus ou moins à la santé de la nourrice; nous en avons vu un grand nombre ne pas pouvoir le supporter , et l'on sent que l'enfant n'est pas le dernier à en souffrir. Le seul moyen de remédier autant que possible à cet inconvénient , c'est de ne pas changer subitement les habitudes de la nourrice. Ainsi , au lieu de lui donner des aliments succulents , il est essentiel de se rapprocher, le plus qu'on pourra , de sa nourriture grossière. Il ne faut pas
496 TRAITÉ y
non plus la condamner à rester renfermée toute la journée , le grand air lui est nécessaire ; il faut donc l'envoyer au moins une ou deux fois par jour faire un tour de promenade et respirer l'air extérieur, avec l'enfant, lorsque le temps le permet, et toute seule lorsqu'il fait mauvais temps.
Tous les médecins sans exception se sont élevés avec énergie contre cette éducation molle et efféminée qui , en détruisant l'équilibre qui doit exister entre les forces motrices et sensitives , affaiblit les premières et fait prédominer les secondes. Avec eux par conséquent nous proscrirons des vêtements trop chauds, une couche trop molle , un air trop renfermé , un régime trop et trop tôt succulent, il ne nous appartient pas d'entrer dans les détails de toutes ces choses : nous insisterons cependant sur la manie qu'ont les parents de vouloir développer avant le temps les facultés intellectuelles. Tendresse et amour-propre , tout porte une mère à solliciter un sourire, des caresses et des sentiments anticipés. C'est peut-être le vice d'éducation le plus funeste. Parents idolâtres , commencez par donner de la force au corps avant de songer à l'esprit ; plus tard vous payerez cher votre erreur. Plus l'intelligence de votre enfant portera des fruits précoces , plus ils seront amers. Les maladies les plus graves en seront la conséquence , ou du moins une constitution nerveuse l'assujettira à mille indispositions, à mille privations, tristes effets d'une tendresse mal entendue. Souvenez-vous que
Le plus laid des enfants est un enfant gâté.
Les mêmes préceptes hygiéniques se retrouvent dans la seconde enfance , lorsque l'enfant , sevré , marche et commence à parler. Le développement du corps est encore tout. Il doit seul ou presque seul fixer l'attention ; l'intelligence ne doit venir qu'en seconde ligne. Qu aurions-nous à dire sur ce sujet, qui n'ait <Jéjà été dit mille fois ? Nourriture saine, exercice , jeux gymnastiques de toute espèce, et autant que
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possible en plein air , vêtements convenables et jamais trop chauds , lits un peu durs , bains , tels sont les moyens sur lesquels il faut insister ; l'intelligence viendra assez. L'enfant entend tout, voit tout, observe tout, rien ne lui échappe, et ce qu'il ne comprend pas il le demande ; mais c'est toujours par des réponses claires et précises qu'il faut l'éclairer, sans vouloir aller encore au-delà de ses jeunes facultés. Le moral est bien essentiel à diriger : déjà des colères , des jalousies , des méchancetés, des haines, etc., se déclarent; il est bien important de les réprimer de suite. Le germe est facile à déraciner. Plus tard il n'en sera plus temps, et des passions dont on se jouait deviennent un levier puissant qui agite la vie et décide son sort.
La troisième enfance arrive : alors la jeune fille demande quelque chose de plus que des jeux, des sauts et de la nourriture ; son sexe se dessine mieux, contre l'avis de Rousseau qui voulait que dans l'enfance il n'y eût point de sexe. Ses facultés intellectuelles prennent plus d'essor, elles réclament aussi leur éducation. Il faut donc associer l'éducation morale et intellectuelle à l'éducation physique ; il faut les faire marcher de front. Cependant, pour atteindre notre but, nous recommanderons surtout de ne jamais négliger les moyens qui doivent ou peuvent donner au corps plus de force physique et plus de développement ; nous y insistons d'autant plus , que nous savons combien déjà la sensibilité nerveuse prédomine, combien elle influence les sentiments et le jugement. Nous rappellerons aussi que la destination de la femme étant différente de cei;e de l'homme, l'éducation doit diriger ses facultés vers le but auquel la nature l'a destinée. Il est bon d'insister sur ce point. Il est de la plus haute importance aujourd'hui, parce que sous le nom àeprogrès les paradoxes les plus étranges s'introduisent dans la société , et la menacent d'une dissolution complu' , en bouleversant la place assignée à chaque être parla nature. Nous l'avons déjà démon-
49?) TliAlTÉ
tré, la fernuie n'est et ne peut pas être un homme. En sortant de son rôle , elle perd ses grâces sans gagner la virilité ; elle perd son empire, parce qu'elle cesse d'être la plus forte. La femme qui échange la modestie contre l'assurance , a dit Mme de Graffigny, perd la moitié de ses charmes. Il faut donc de bonne heure instruire la jeune Clle à être ce qu'elle est, et à l'être complètement : ce sera le seul moyen de lui préparer une vie calme , et d'assurer son bonheur. Toutes les femmes qui se sont rendues recommandables par la sagesse de leurs écrits , sont unanimes sur ce point. Que ne m'est-il permis de citer les Sévigné, les Deshoulières, les Maiutenon,Ies Lambert, les Tencin , les Graffigny, les Riccoboni , les Puizicux, les Staël, les Cottin, les Campan, les Guizot , les Beaumont , etc. ? Avec quel plaisir je transcrirais les passages les plus capables de conduire au bonheur, en inspirant la vertu , la connaissance et la pratique de tous ses devoirs, et les sentiments d'une religion mystique, si bien faite pour l'imagination de feu et le cœur sensible de la femme, si bien faite pour calmer ses passions en concentrant sur elle toute l'ardeur et la vivacité de ses sentiments ! Que tout tende vers ce double but. Que ses jeux soient des poupées et des ménages : de bonne heure ils lui apprendront le rôle qu'elle doit remplir un jour. La nature lui en a inspiré le goût , ce sont les jouets qu'elle préfère et qu'elle a toujours préférés, comme le prouve l'antique fable d'Achille reconnu par l'artifice d'Ulysse au milieu des filles de Lycomède. Qu'à ces jeux sédentaires on n'oublie jamais de joindre les exercices gymnastiques du cerceau , de la corde, du volant, des barres, de la danse, etc. , et surtout de la natation, s'il est possible. Il faut toujours faire développer cl fortifier le corps; l'agilité que vous lui donnez eu augmente les grâces. C'est d'ailleurs le plus sur moyen de favoriser l'ossification et de prévenir ces difformités de conformation osseuses, qui exercent ensuite une si grande influence sur le reste de la vie.
DE l'hystérie. 499
La vie , dit M. Réveillé Parise , est l'exercice des organes : l'action , le mouvement , sont donc indispensables à la santé , au bien-être ; action et vie sont synonymes. La force, la santé inaltérable, s'il en est, sont les conséquences naturelles de cette activité mesurée. Le mot s'endurcir, si énergique et si vrai , exprime parfaitement cet état d'énergie constante que procure un exercice sobre et actif. C'est parmi les gens de peine et de travail que se remarquent le plu? grand nombre des longévités. Mais en ce point aussi il faut éviter les excès : leurs fruits seraient déplacés et monstrueux. I! est même des jeunes filles auxquelles les exercices gymnasliques seraient contraires. Nous n'avons rien à dire du régime alimentaire : tout le monde le comprend tel qu'il doit être, sain, nourrissant et doux, jamais irritant. Mais qu'elle ne pousse rien à l'extrême ; que , sous le prétexte de ne pas irriter son estomac, elle proscrive rarement l'usage modéré du vin. L'emploi exclusif de l'eau le plus souvent fatigue l'estomac, rend la digestion plus difficile et exaspère l'éréthisme nerveux. Mais il faut bien discerner les cas exceptionnels et la manière de procéder avec fruit. Le vêtement mérite la plus grande attention : accoutumez de bonne heure la jeune fille au vêtement de son sexe, au vêtement que la pudeur et la décence peuvent avouer. On ne saurait trop tôt inculquer cette double vertu qui centuple les charmes de la beauté ; on ne saurait employer trop de moyens pour la faire pénétrer. Sous ce rapport nous applaudissons au vêtement actuel, au pantalon sous une jupe assez longue pour la décence, et assez courte pour ne gêner dans aucun exercice de gymnastique. Puisque nous en sommes sur ce vêtement , nous ferons de suite une observation qui nous paraît bien importante : quelques mères de familles ont l'habitude de faire porter les pantalons jusqu'à uu âge assez avancé , et nous voyons dans les promenades des demoiselles de quinze à dix-sept ans le porter encore. C'est un abus contre lequel nous ne saurions
trop nous élever : à cet âge il ne peut rien pour la décence* les jupes sont assez longues pour que les attitudes qu'on prend aient rien d'indécent. Et le pantalon, nous en avons eu l'aveu de plusieurs jeunes personnes, produit sur le haut des cuisses et vers les organes génitaux un frottement qui excite ces organes, et qui peut devenir dangereux à cet âge de première puberté , où la turgescence vitale exalte déjà leur sensibilité spéciale. Il faut, s'il est possible, faire oublier ces organes, ou du moins les condamner au silence; pour cela il faut éviter ou faire éviter toutes les occasions d'attouchement manuel ou de contact physique. La chose me parait grave et importante , voilà pourquoi je la signale avec instance.
A cette époque orageuse de la vie , tout doit inspirer la surveillance la plus active pour éviter la connaissance de l'onanisme , de ce crime hideux qui conspire à la fois contre l'individu et contre la société , qui dégrade la jeune personne en lui enlevant ses plus belles facultés, et en faisant avorter les plus belles espérances, qui détériore sa santé, la rend impressionnable et nerveuse à l'excès, et la dispose à la maladie la plus grave de la poitrine et de la lymphe, qui enfin flétrit ses charmes , et détruit en elle la faculté de procréer ou ne lui permet d'enfanter que des être chétifs et abâtardis qui portent le fruit et le châtiment des fautes de la mère. Inspirez de bonne heure des sentiments de pudeur et de religion. Par vos discours , comme par vos actions , ne leur inculquez que des habitudes pudiques. Surveillez avec la plus grande sollicitude tout ce qui les approche. Surveillez surtout les bonnes et les institutrices : que de maux elles causent et préparent quelquefois ! Sans les tenir dans une ignorance complète, ne leur enseignez que ce qu'il est indispensable qu'elles sachent , et ne leur ca donnez l'explication que lorsque déjà elles en ont acquis la connaissance.
L'accroissement de l'enfant est à peu prè9 uniforme jus-
DE I-'UYSTÉRIE. 601
qu'à l'âge de la puberté ; mais à celle époque il devient beaucoup plus rapide. Une vie nouvelle surgit , crée de nouvelles fonctions et étend son influence sur toutes les autres : c'est la vie de l'espèce ou de reproduction. Les fonctions génératrices, muettes jusque-là, commencent leur empire et l'exercent despotiquement. La secousse qu'en reçoivent l'économie et le système nerveux est d'autant plus grande, que cette époque arrivedeux ans plus tôt que chez l'homme; elle n'est pas moins grande sur le moral. Tout change pour la jeune 011e. On ne saurait trop redoubler de zèle , d'attention et de prudence , pour mener à bien l'établissement périodique des règles, pour fortifier ses nerfs et les prémunir contre cette influence fâcheuse , et surtout contre ce milieu social dans lequel elle va se plonger. Employez au physique , l'exercice , les jeux , les promenades, et tous les moyens hygiéniques si bien développés par les auteurs ; au moral , les études propres à former l'esprit et le cœur, en les meublant de connaissances positives, de principes justes, et d'une sage défiance de la perversion de la société , afin de les prémunir contre ses travers. Que tout soit mis en œuvre pour prévenir ces passions ardentes ou haineuses, dont l'empire est si tyrannique et si désastreux. N'attendez pas qu'elles soient développées, il n'est plus temps de leur opposer des raisons : souvent alors, en attaquant la passion , on en rappelle l'objet, on irrite plutôt qu'on ne calme , et on enfonce le trait plus profondément. Accoutumez surtout la jeune fille à l'occupation , au travail; c'est le plus sûr moyen de la garantir des mauvai' ses pensées et des mauvaises passions ; c'est le plus sûr moyen aussi de développer ses forces physiques, d'entretenir leur activité , et de la soustraire au fardeau de l'ennui. Vous simplifierez ainsi ses besoins ; vous l'empêcherez d'épuiser la coupe des jouissances; et vous préviendrez les maux qui accompagnent l'oisiveté au moral comme au physique, et bien souvent le» désastres de fortune qui en sont inséparables. Evitez de tenir
ses sens éveillés sur les plaisirs du mariage , en lui en parlant le moins possible. Ne cherchez ni à l'en détourner ni à l'y porter. Ne lui en parlez qu'avec calme, et faites lui en voir sans affectation et sans exagération les avantages et les in convénients. Si le célibat et la chasteté ne sont pas exempts de dangers chez certaines personnes, ils sont mille fois préférables aux accidents qui suivent les unions disproportionnées. L'éducation morale et intellectuelle doit s'agrandir. Deux extrêmes sont à éviter. L'ignorance n'est pas sans inconvénients ni sans dangers. Les connaissances de la femme ne doivent point être bornées à savoir distinguer le pourpoint du haut de chausse, ainsi que le voulaient Montaigne et Molière. Elle doit acquérir toutes les connaissances qui peuvent développer, orner et embellir son esprit. Mais dans cette éducation de l'intelligence , on évitera de l'égarer dans l'étude approfondie des sciences, dans le labyrinthe ténébreux de la métaphysique ou sur les rayons poudreux de l'érudition. Qu'on n'excite point son amour-propre, qui, selon madame de Staël, est ce qu'il y a de plus inflexible chez la femme. On en ferait des pédantes d'autant plus insupportables qu'elles défigureraient leurs grâces et leurs charmes naturels par l'affublement rébarbatif et toujours ridicule du pédantisme. On les exposerait à des mystifications journalières, parce que chaque jour, elles verraient leur savoir en défaut. Qu'on enseigne donc à la jeune personne tout ce qui peut ajouter d'utilité et d'agrément à sa vie future, mais qu'on la retienne toujours dans les limites de sa destination. Si l'éducation ancienne négligeait trop leur intelligence, l'éducation moderne veut trop l'agrandir et l'exalter. Que cet enseignement soit suffisant pour ajouter au bonheur, et non pour lui nuire. Qu'il soit suffisant pour que celles qui, par leur position ou leur goût irrésistible, seront entraînées dans la carrière des lettres, y trouvent toute l'instruction dont elles ont besoin pour traiter heureusement le
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genre de littérature qui leur convient. Qu'on les ramène sans cesse vers le but auquel la nature les a destinées. En leur enseignant de bonne heure les devoirs d'épouse et de mère qu'elles sont appelées à remplir un jour, on assurera leur bonheur et on leur évitera bien des tourments, source et cause de mille affections nerveuses. Que de tact et de délicatesse il faut dans cet enseignement! Ce n'est pas, il est vrai, ce qu'on a le plus à redouter dans les pensions ; c'est un jargon artificiel, c'est un clinquant de manières précieuses que la petite personne se met bien dans la tête et reflète à merveille : elle se tient bien droite, file chante, elle minaude, elle devient une petite poupée fort jolie; mais elle n'a rien dans l'esprit que des niaiseries. Compagne de l'homme, elle doit partager ses peines et ses plaisirs. Elle doit en conséquence connaître tous ses devoirs de l'intérieur, et tous ceux de la société, dont elle doit faire l'ornement pour la plus grande satisfaction de tous les deux. Que de enc rini et de tribulations elle préviendra , la jeune femme qui, de bonne heure, aura été biec persuadée que la douceur et la soumission lui assureront un règne durable et constant, parce que ces deux vertus captivent un époux que révolteraient la hauteur et les prétentions maladroites d'une domination impérieuse ou d'une égalité ridicule! Elle aurait grand tort d'envier à l'homme les prérogatives dont il parait jouir. En changeant de rôle, elle perdrait tout le mérite du sien, et elle serait bien mal dans celui qu'elle voudrait usurper ; elle y grimacerait : elle ne serait jamais qu'un virago^ un hermaphrodite impuissant. Sous le rapport de la science et de l'esprit, l'éducation peut lui faire gagner ; mais sous le rapport moral, elle serait trop heureuse de rester ce qu'elle est; si elle change, peut-être, hélas ! n'at-elle qu'à déchoir. Bien des fois, il est vrai, elle aura des ennuis à dévorer. Son amour-propre aura quelquefois i souffrir. Mais qu'elle s'arme de patience, qu'elle sache
oublier bien des petites choses insignifiantes, qu'elle sache surtout ignorer quelquefois des torts qui deviennent irréparables, s'ils sont connus, et toujours elle fixera, ou elle ramènera l'époux qu'elle a choisi, le père de ses enfants.
La tâche ne sera pas toujours facile ; mais les suites en seront si douces et si précieuses, qu'on ne saurait trop se faire une loi sévère d'employer tous les moyens qui peuvent conduire à ce but. Savoir plaire n'est pas le plus difficile : la femme y réussit toujours quand elle le veut. Mais sans cesser de plaire, le sentiment s'émousse par la possession même de l'objet qu'on a le plus passionnément désiré. On crie aujourd'hui contre la corruption du siècle, à laquelle on l'attribue. Il n'en est rien. Ce changement est inhérent à l'espèce humaine, au cœur humain. De tous temps on a connu l'inconstance. De tous temps n a signalé ce vice. De tous temps aussi on a cherché à lutter contre lui. Le moyen le meilleur et le plus puissant, c'est d'assaisonner tous les sacrifices de l'amour d'une prudence modeste et sévère, et quelquefois même de quelques difficultés qu'il est bon de faire vaincre. Il est de son intérêt de laisser toujours quelques étincelles de désirs et non de les éteindre. Combien les anciens avaient connu ee mystère ! Déjà Lucrèce avertissait les dames de ne jamais paraître dans un trop grand négligé, si elles voulaient conserver leurs conquêtes.
Transvolat in medio posila , et fugientia captât ,
a dit Horace : — Quod licet , ingratum est / quod non licety acrius urit, selon Ovide. — fnterdum tunica, dit Properce, duxit aperta moram. Et Martial n'a-l-il pas dit : Galla, nega; saliatur amor nisi gaudia torquent. Voici comment notre Montaigne a rendu celte disposition dans s'a naïveté si piquante. « Le désir et la jouissance nous mettent pareillement en peine. La rigueur des maîtresses est ennuyeuse ; mais l'ay sauce et la facilité l'est, à vray dire,
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encore plus : d'autant que le mescontentement et la cholère naissent de l'estimation, en quoy nous avons la chose désirée, aiguisent l'amour, et le reschauffent, mais la satiété engendre le dégoust, c'est une passion mousse, hébétée, lasse, et endormie. » Les modernes ne sont pas moins explicites. Si nous sommes entré dans ces détails, c'est pour bien faire connaître lecœur del'homme, c'est pour apprendre à le diriger en s'emparant de lui par tous les moyens. De là dépend non seulement le bonheur, mais encore la santé de la femme. Plus elle se créera de difficultés et de chagrins, plus les maladies nerveuses viendront pleuvoir sur elle. Instruisez donc la jeune fille, ne la nourrissez point dans une honteuse ignorance, dont elle aurait à rougir plus tard. Rousseau avait tort de la négliger trop. Mais renfermez cette instruction dans de justes limites, et qu'elle la ramène toujours au but de la nature. Répétez-lui souvent avec Mme de Staël que sa première destination est moins V exercice des facultés intellectuelles que V accomplissement de ses devoirs. Ne lui souffrez d'autre lecture que celle des ouvrages utiles et intéressants. Malheur à la jeune fille qui dévore les romans avant de connaître le monde ! Son imagination exaltée la trompe et l'égaré, et elle s'en fait un qui lui causera bien des désappointements. D'ailleurs, comme le dit encore Mme de Staël, le théâtre et les romans ne laissent plus de place pour les faits historiques dans la mémoire, et pour les malheureux dans le cœur. Les jeux de l'enfance varieront, à mesure que l'âge amènera une raison différente ; mais il faudra toujours de l'exercice, il faudra toujours qu'il remplisse les intervalles des études afin de fortifier le corps à mesure qu'il grandit et de le disposer à moins souffrir des douleurs de l'enfantement. Ne craignez pas non plus, pour occuper l'imagination de votre élève, de lui faire apprendre quelque art d'agrément, la musique ou la peinture, ou les deux à la fois. La musique aura en général la préférence,
iiOG TRAITÉ
parce qu'elle est plus agréable, plus sentimentale, et parce qu'aussi elle permet de faire exercer la voix et la poitrine en s'accompagnant. Il ne faudrait pas cependant en faire une occupation exclusive des jeunes filles, ni les tenir courbées toute la journée sur un solfège ; leur étude n'exige pas un exercice assez actif, et leur santé en souffrirait, surtout dans les nerfs. Rien aussi n'est plus perfide que celte musique efféminée et langoureuse qui amollit le cœur et les mœurs, et prépare la chute de celle qui avait su résister à bien des séductions. Les personnes sensibles et à nerfs délicats ne devront donc se livrer qu'avec sobriété aux douces impressions de la mélodie.
Il ne suffit pas de s'occuper de l'intelligence de la jeune fille, il faut plus encore : il faut lui former le cœur et le moral, et diriger habilement le germe de ses passions. Aimer et plaire, avons-nous dit, voilà presque toute la vie de la femme. Ce n'est pas à déraciner ces sentiments naturels que doivent tendre nos efforts, c'est à les former pour le rôle qu'elle est appelée à jouer ; et c'est là le point le plus difficile de l'éducation. Le plus sur moyen d'y parvenir, c'est de peindre le monde et la société tels qu'ils sont. C'est d'y tracer avec vérité la place qu'on doit y tenir ; c'est de prémunir surtout le jeune cœur contre les promesses mensongères de plaisirs qu'il ne peut tenir. « Les plaisirs du monde sont trompeurs, a dit Mme de Lambert, ils promettent plus qu'ils ne donnent, ils nous inquiètent dans leur recherche, ne nous satisfont point dans leur possession, et nous désespèrent dans leur suite.» Donnez-lui donc toute l'amabilité^qu'elle doit apporter dans lasociétépour plaire à tous. Inspirez-lui enméme temps les qualités qui doivent la faire estimer et chérir de tous. Inspirez-lui surtout la modestie et la prudence qui les embellissent toutes, et sans lesquelles une femme est incomplète. Qu'elle n'oublie jamais que le règne de la femme est celui des vertus. Prévenez-la surtout contre la séduction. Qu'elle
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apprenne à en fuir les amorces trompeuses. Qu'elle fuie en conséquence la mauvaise société ; qu'elle sache bien qu'il est plus aisé de se soustraire aux occasions que de s'en bien tirer. Dites-lui souvent que si l'amour-propre est flatté des hommages qu'on lui rend, elle doit résister à cette satisfaction de la vanité, parce que les hommes sont essentiellement légers ou trompeurs, parce qu'ayant trouvé des femmes inconséquentes, ils les jugent toutes de même, ils les croient toutes capables de céder, ils veulent les réduire toutes au môme niveau. Qu'en faisant usage de ses talents et de ses moyens pour plaire, elle se fasse une étude de rapporter tout à celui dont elle aura fait choix. Que la religion lui soit toujours en aide pour fortifier sa vertu. On ne reprocherait plus à la femme sa faiblesse et sa légèreté, si l'on faisait réflexion à toutes les séductions, à tous les dangers dont elle est entourée : on admirerait, au contraire, la force et la puissance de sa vertu. Combien aussi est admirable celle qui sait triompher du monde et de ses maximes perverses î Combien son âme pure conserve de calme et de bonheur 1 Combien elle évite de tribulations, d'amertume, de regrets, de craintes, d'humiliations, de jalousie, etc.! Combien elle maintient en équilibre cette douce harmonie du physique avec le moral, et prévient les réactions pernicieuses de celuici, principalement sur le système nerveux (1)1 La femme qui voudra éviter les maux qui sont la conséquence inévitable de l'inconduite, ne se refusera point aux plaisirs de la société : mais elle saura y apporter toujours la conscience de ses devoirs ; elle saura déjouer les pièges et les embûches tendus à sa vertu. Son triomphe lui procurera le véritable
(1) Medio de fonte leporum.
Surgit amari aliquid , quod in ipsis floribus angat.
(Lucmt. , L. IV , t. 1126.) Nervos fraDgit qiiaecninque voluptas.
Voluptai esca malorum.
bonheur, la félicité la plus pure, en assurant le calme de l'aine et la santé du corps. On ne saurait de trop bonne heure prémunir la femme contre les préjugés et les caprices de la mode, dont sa constitution si éminemment nerveuse et sensible la rend l'esclave la plus soumise. Qu'on lu1 apprenne non point à les braver ouvertement, mais à éviter les maux que peuvent causer leurs travers. Combattez surtout sa grande disposition à croire aux sorciers, aux revenants et à toutes ces pratiques des jongleries les plus absurdes. Crédule par tempérament, son imagination a besoin d'être fortifiée. Eloignez d'elle toutes les scènes de grande souffrance, de grands malheurs, tous les spectacles d'horreur ou de sang. Les nerfs trop impressionnables ne les supporteraient pas impunément.
Une grande question s'agite toujours dans la société : c'est de savoir laquelle des deux éducations est préférable , de l'éducation privée ou de celle des pensions. Ce qui fait qu'on ne s'entend pas , c'est parce qu'on pose ainsi la question dune manière absolue , et qu'elle ne peut pas l'être. Il n'est ensuite pas possible à toutes les familles de garder leurs enfants pour leur faire donner l'éducation domestique. Il n'est pas possible à toutes non plus de pouvoir les mettre en pension. Dès-lors le plus grand nombre des familles doivent subir le joug de la nécessité, et se conformer aux exigences de leur position sociale. Mais toutes les fois que la chose sera possible, l'éducation privée sera préférée. Autant l'éducation publique est avantageuse aux hommes, en leur donnant plus d'assurance, en leur inspirant une noble émulation ; autant l'éducation privée est nécessaire aux femmes, dont l'existence, ainsi que celle de la violette, doit s'écouler dans une modeste obscurité; la meilleure réputation d'une femmeest celle qui se laisse ignorer etdont on ne parle pas. Comment d'ailleurs une maîtresse de pension pourra t-elle surveiller cent personnes à la fois? Comment pourra-t-elle connaître le caractère de chacune ?
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En dépit de la surveillance la plus active , les jeunes ûlles s^instruisent entre elles de choses qu'elles devraient ignorer longtemps. Ces imaginations si vives , si désireuses d'impressions, si curieusement avides de toute chose défendue, encore excitées par leur agglomération , ne laissent échapper aucune occasion de s'instruire des choses de l'amour. L'une sait-elle quelque chose , a-t-elle soulevé un coin du voile mystérieux, elle devient l'institutrice des autres. Leurs petites causeries secrètes, leurs. caresses si naïves en apparence, ces friandises virginales de Balzac , ces chateries , excitent leurs sens , les développent par anticipation , et amènent presque toujours la connaissance de ces plaisirs illicites qui sont un commencement de dépravation. Ainsi se perdent la chasteté, l'innocence, la virginité morale, cette fleur suave, ce parfum délicieux , sans lequel la virginité physique ne vous livre plus tard que le corps d'une femme.
Dans cette éducation privée , que la mère soit à la fois le précepteur et le mentor. Autant qu'il sera possible, elle évitera les professeurs et les institutrices. En instruisant ellemême ses enfants, la mère leur donnera à la fois les préceptes et l'exemple; elle servira de guide et de modèle; elle formera à son gré leur esprit et leur cœur, et elle sera bien assurée que personne ne viendra y faire germer aucun mauvais principe, ne viendra leur apporter le germe de ces maximes pernicieuses qui agitent le moral et bouleversent le physique. Confidente et amie de son élève , elle saura prévoir et détourner le péril. Combien l'autorité du précepte s'accroît de l'affection qu'on porte au maître ! combien il semble doux d'imiter ceux qu'on aime ! Un précepteur enseigne, une mère fait aimer. Dans le choix des professeurs , elle saura apporter ce discernement qui est si nécessaire , et encore elle conservera une surveillance bien active dont la sollicitude maternelle lui fait un devoir. Si elle est obligée de mettre sa fille en pension , elle fera son choix ; elle se laissera moins
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influencer par l'éclat du pensionnat, que par l'enseignement qu'on y reçoit. Les pensions en grande vogue ne conviennent pas à toutes les personnes , parce que le rang et la fortune des parents ne répondent pas au ton de grandeur qu'on y respire. Les maîtresses donnent en vain les leçons de sagesse, d'humilité et de vertu ; il y a là un frottement bien perfide. Ce n'est pas impunément qu'une jeune tête entend parler de salons, de femmes de chambre, d'équipages, de dignités, etc. Dans la comparaison qu'elle établit , elle se trouve tout aussi digne qu'une autre de ces attributs de la grandeur ; sa vanité la fait bientôt gémir sur son sort , dédaigner ses parents qui ne lui procurent pas toutes ces jouissances, et elle la conduit ou aux égarements de ces coupables insinuations , ou aux contraintes d'une cruelle déception. Nous en avons vu les conséquences. On ne saurait donc apprendre de trop bonne heure aux jeunes personnes à être contentes de leur sort et à se livrer avec plaisir et sans murmure à la vie obscure, laborieuse et pénible à laquelle elles peuvent être appelées.
Nous n'osons pas prétendre apprécier la préférence à donner aux pensionnats religieux, ou aux pensionnats séculiers. Us présentent lesmêmes avantages et les mêmes inconvénients. Si nous regardons la religion plus grande qu'on inspire dans les maisons religieuses, nous serions disposé à leur donner la préférence , à cause des bienfaits de celte religion. Si d'un autre côté nous tenons compte de l'extrême piété qui s'inculque si facilement dans ces jeunes têtes , et de leurs dispositions à quitter quelquefois leurs familles pour embrasser la vie monastique , nous balancerons sur le choix, et nous éviterons de nous prononcer. De part et d'autre on devra faire marcher de pair l'éducation physique et l'éducation morale. Quel que soit le genre de pensionnat pour lequel on se décide , sa disposition topographique sera pour beaucoup dans la préférence qu'on lui accordera.
Il ne nous appartient pas de pénétrer dans les secrets du
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ménage. Qu'il nous soit permis cependant de signaler l'onanisme conjugal , si fréquent dans les classes élevées de la société, comme presque tout aussi nuisible que la masturbation , soit aux nerfs de la jeune femme , soit à la faculté génératrice , qui presque toujours se perd par l'exécution incomplète de la fonction.
Nous étendrons nos conseils prophylactiques jusque sur la femme enceinte ; jamais elle ne fut plus digne de notre sollicitude. Le nouvel être qu'elle porte , les changements physiologiques qui lui sont survenus, la rendent un objet bien plus intéressant. Les précautions à prendre alors sont d'autant plus impérieuses, qu'une crise hystérique pourrait compromettre à la fois la vie de la mère et celle de son enfant. Aliments, exercice, plaisirs, air qu'elle respire, tout mérite une sérieuse attention. Il en est de même de la femme en couches : combien elle a souvent payé cher les imprudences qu'on lui a fait ou laissé commettre î
Tout change dans la nature , et la femme ne peut pas se soustraire à cet arrêt du destin, quelles que soient ses qualités et ses vertus :
Mutât «iiini muudi naturam toi in» aetas , Ex alioque alius status exiij-ere omnia débet , Nec manet ulla sui similis : rcs omnia migrant, Omnia commutât ualura et verlere cogil.
(Lccrbt., L. V, v. 8G20. }
L'âge du déclin arrive pour elle : une révolution physique dans ses traits et dans la suppression d'une fonction, amène ou doit amener des changements nécessaires dans son moral. Heureuse alors la femme qui a su mettre à profit la sage éducation qu'elle avait reçue ! elle franchit cette époque sans inconvénient, parce qu'ayant suivi les lois de la nature et ses devoirs, elle conserve le plus grand calme moral. Elle n'a rien à regretter. Elle jouit toujours de la vie dans la pratique des vertus dont elle s'est fait une douce habitude. Presque
rien n'est changé pour elle. Malheureusement il n'en est pas de même pour toutes les femmes. Le plus grand nombre s'est créé un monde factice qui s'évanouit avec la fraîcheur du jeune âge , et les réflexions les plus affligeantes sur un avenir désespérant viennent accabler la coquette. Sa comparaison du présent avec le passé la désole ; son abandon contraste si fort avec les adulations dont elle s'était enivrée!
Et cum terapora temporibus praesentia confert
Praeteiitis , laudat fortunas sa;pe parentis,
Et crepat antiquum genus. ( Lucret. , L. II , v. 1 164. )
La femme alors a besoin plus que jamais de toute sa force et de toutes les ressources de son âme pour supporter ce changement, oublier un passé qui ne reviendra plus, et se créer un avenir qui puisse établir des compensations. L'exercice , les voyages, les distractions de la société , et plus encore les devoirs d'une religion toute d'amour, sont les plus puissants moyens pour arriver à ce but. Voilà pourquoi tant de femmes mondaines se font dévotes sur leurs vieux jours. L'amour de Dieu peut seul remplir le vide qu'a laissé dans leur âme la retraite d'un monde enchanteur. Tels sont les vrais moyens de ramener le calme et de prévenir cette agitation chagrine, qui est la source de tant de maux physiques et surtout de maladies nerveuses.
La femme aussi dont la première menstruation a été orageuse ou dont la vie aura été traversée par beaucoup de suppressions, devra redoubler de précautions à cette époque, pour en rendre les effets moins fâcheux sur le système nerveux. Il n'est pas nécessaire, je pense , de tracer les lois hygiéniques relatives à l'air, à l'habitation, au régime, etc., on les trouve si bien établies dans la plupart des livres d'hygiène. Plus que personne la femme doit s'y soumettre, parce que sa susceptibilité plus grande l'expose davantage à en recevoir les impressions. Ce point d'influence des modificateurs
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sur la constitution de la fernmo,aété traité d'une manière si supérieure par M. Cerise, que nous ne pourrions que répéter ce qu'il a si bien développé. Que la femme surtout n'oublie pas que la nature, en assoupissant alors les fonctions de la reproduction , lui enseigne qu'elle doit aussi contenir ses désirs et renoncer à des plaisirs que ne légitime plus l'espoir d'une postérité. Qu'elle sache en outre, comme l'a dit Martin St-Ange,que si le libertinage est dégradant chez le vieillard, il est plus que cela chez la femme âgée ; il est ignoble et dégoûtant. C'est avec de sages précautions bien plus qu'avec des remèdes , que cette époque de la cessation des règles, regardée comme si critique, s'écoulera sans accident ,et offrira encore des ressources et des jouissances à la femme qui , de bonne grâce et avec résignation , saura être de son époque. Une santé plus forte , plus solide en sera même la conséquence et lui promettra de plus grandes chances de longévité.
Les préjugés répandus dans la société devront quelquefois exercer leur influence sur le langage du médecin , qui ne doit jamais employer aucune expression qui puisse blesser l'oreille de ses malades et surtout des hystériques. Comme, aux yeux de beaucoup de personnes, le mot hystérie semble indiquer ou une cause déshonnête ou des goûts dépravés, il évitera de prononcer ce mot, et il s'en tiendra aux exprès «ions de maux de nerfs, vapeurs , etc.
Willis avait bien senti cette considération , lorsqu'il s'exprimait ainsi au commencement de son chapitre des passions dites hystériques : Passio hysterica inter morbos muîiebres , pessimœ adeo famœ existit, ut semidamnaîi instar , plurium aiiorum effectuum culpas gerat , etc.
Nous n'étendrons pas plus loin ces réflexions déjà trop longues , mais sur lesquelles on ne saurait trop insister , parce qu'il s'agit de conserver la santé et de conduire au bonheur « celte moitié si intéressante de l'espèce humaine ,
à laquelle nous devons la vie et les soins de notre enfance , les plaisirs et le bonheur de l'âge mur, et la consolation de la vieillesse. » Je m'estimerai heureux, si, en méritant les suffrages de l'Académie , je peux contribuer à guérir, soulager ou prévenir quelques-unes des mille infirmités auxquelles la femme est exposée.
An moment où je finis la correction de cette feuille , je reçois le bulletin de thérapeutique du 30 mai courant , et j'y lis un très-bon article de M. Forget sur l'hystérie. Les propositions théoriques et pratiques du savant professeur de Strasbourg se retrouvent toutes dans mon ouvrage. Je suis fier de cette coïncidence. Comme moi , M. Forget ne reconnaît point de remèdes anti-hystériques absolus : les antiphlogistiques , les toniques , les sédatifs , les stimulants , sont indiqués selon les cas spéciaux ; et c'est à l'hygiène qu'il faut souvent demander les moyens les plus efficaces.