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CHAPITRE XII. Pronostic de l'hystérie

Il est difficile d'établir un pronostic général et bien déterminé de l'hystérie , soit d'après l'histoire que nous venons d'en faire, soit d'après le jugement des auteurs. Presque tous cependant s'accordent à regarder cette maladie comme plus effrayante que dangereuse. Rivière dit positivement qu'elle est rarement mortelle : Raro hic affectus intvrficit œgrotantes. Sennert exprime la même pensée en termes différents : Malum quidem plerumque fœminis lœthale non est , ipsis tamen et domesticis valdè molestum , et terroris plénum est. Frédéric Hoffmann pensait aussi de la même manière : Fera hysterica passio , dit-il, ut valdè dira et terribilis rideatur, in se non adeo periculosa est. Mauriccau la croyait s^ peu dangereuse , qu'il rassurait avec confiance les parent* alarmés sur la vie de leur fille qui était en proie à une crise hystérique très-violente. Selon Astruc , l'hystérie ne sera pas dangereuse lorsqu'elle dépendra de la suppression des règles

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et de la liqueur sperniatique. En restreignant ainsi son pronostic , ce médecin célèbre n'a embrassé que la plus petite partie des cas hystériques. Il regarde la maladie comme incurable lorsqu'elle est liée à une altération organique des ovaires , des trompes ou de l'utérus ; comme presque incurable chez les femmes vieilles, cachectiques et mal constituées; et comme difficilement curable dans les cas de leucorrhée chronique. — Personne n'a fait de plus grands efforts que Louyer-Villermay pour ne rien laisser au hasard dans le pronostic. Il reconnaît le peu de danger de la maladie : il ne cite qu'un fait dans lequel elle fut mortelle. Il cherche à faire ressortir l'importance de ses différents degrés d'intensité , les raisons de sa durée , l'influence de la répétition plus grande de ses accès , suivant l'âge , le tempérament , la saison , la cause, et sa persistance. Il déduit la plus ou moins grande facilité du traitement selon son intensité et son degré d'ancienneté. Dugès et Boivin n'en portent de pronostic fâcheux que dans les cas de complication , et dans certaines formes apoplectiques , syncopales , etc. M. Colombat en a porté le môme pronostic.

L'opinion de son peu de gravité est donc généralement admise. La plupart des observateurs ne la croient pas pourtant toujours sans danger. Ils ont vu les malades succomber quelquefois au milieu d'un accès : Jliquando tamen , dit Sennert, superveniente syncope , aut gravioribus convulsionibus, aut colore nativo extincto , œgrœ è vitâ tollunlur. Mais tout en reconnaissant le fait , ils ne sont pas d'accord sur la manière de l'interpréter et d'expliquer le genre de mort. Les uns prétendent qu'elle a lieu par asphyxie, d'autres par syncope , et le plus grand nombre par apoplexie. Quelquesuns, pour tout accorder, pensent que ces trois modes ayant été observés, peuvent avoir lieu tous les trois, mais dans des circonstances différentes , et ils ont raison. En effet , l'hystérie n'est pas toujours aussi promptement bénigne ou perni-

rieuse. Ejitrc ces deux extrêmes il y a une foule de nuances qui font varier le pronostic. Ludwig parle des causes , des complications et surtout de l'hérédité ou non béridité. Eu effet, lorsque la cause est instantanée, il a observé, comme Rivière , que la maladie n'est pas de longue durée, à moins que ce ne soit chez une personne dont la constitution irritable n'attendait qu'une occasion pour produire la maladie, ou que des récidives fréquentes ne la fissent passera l'état chronique. Presque tous les auteurs ont constaté qu'elle était plus grave, lorsqu'elle reconnaissait pour cause une altération organique et qu'elle n'était pas essentielle : parce qu'alors elle dure autant que la cause , et qu'à son pronostic se joint celui do l'affection primitive. Sa gravité et sa durée diminueront, lorsque, selon la remarque de Pujol, selon notre observation particulière (obs. XII), la maladie qui avait causé l'hystérie se dissipera après avoir duré longtemps, parce qu'alors le système nerveux qui a contracté l'habitude des accès, continue à les répéter idiopathiquement sans la participation de la maladie première , mais avec moins d'intensité. M. Lisfranc ne partage pas l'opinion de ceux qui trou vent de la gravité dans la maladie. Parmi ceux-ci , dit il , les uns n'ont peut-être pss observé assez de malades ; les autres ne les ont peut-être vues que dans les hospices, où l'on n'envoie que des incurables dont les familles veulent se débarrasser. Il aurait pu ajouter : et toujours atteintes de quelques maladies organiques concomitantes. Mais en voilà bien assez: vouloir rappeler l'opinion de tous les auteurs , et citer leurs paroles sur le pronostic , nous engagerait dans une série de répétitions tout au moins inutiles. Essayons maintenant de le tracer aussi brièvement que possible.

En général l'hystérie n'est pas mortelle. Si nous l'avons vue telle ( obs. XI), si les observateurs l'ont vue aussi quelquefois, toujours alors il y avait complication , et la mort a été la conséquence ou l'effet de la complication. Quoiqu'elle

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ne soit pas dangereuse par elle-même , elle n'en est pas moins une maladie fort incommode , toujours effrayante par ses crises et capable d'amener des accidents fâcheux. Si la cause est éventuelle et que les malades n'y soient pas trop prédisposés, il peut n'y avoir qu'une seule crise : mais si la cause est plus puissante, si elle se renouvelle souvent, et surtout s'il y a des prédispositions individuelles bien grandes, alors les crises se renouvellent , se prolongent et s'éternisent. La maladie sera donc d'autant plus grave qu'elle se sera prolongée davantage, qu'elle sera devenue constitutionnelle, elle sera plus difficile et plus longue à guérir : cependant elle sera encore curable. L'hystérie est ordinairement plus intense et plus durable aux approches et à l'époque de la puberté. A mesure que l'âge est plus avancé, l'hystérie est moins forte et se dissipe plus facilement. Le tempérament nerveux dispose davantage à l'hystérie, aux rechutes et aux récidives: il la fait aussi passer plus facilement à l'état chronique ou constitutionnel. Dans le tempérament sanguin , les crises sont plus rares, mais plus violentes, et elles peuvent plus volontiers occasionner des accidents graves : elle se guérit phis facilement. Dans le tempérament lymphatique , les crises surviennent plus rarement encore : elles sont plus faibles , et elles se dissipent plus facilement. Cependant lorsque le tempérament lymphatique s'associe au tempérament nerveux , la maladie passe plus facilement à l'état chronique , et elle devient plus difficile à guérir.

La nature de la cause influence beaucoup aussi le pronostic. C'était déjà la pensée de Mercurialis, lorsqu'il faisait une remarque fort juste , quoique enveloppée dans des explications théoriques inadmissibles. Il prétend que l'hystérie qui vient de la corruption de la semence , est plus dangereuse que celle qui vient de la suppression des menstrues. En général , la maladie sera plus facile à guérir et moins longue , lorsque la cause sera éventuelle et viendra , pour ainsi dire ,

du dehors. Mais lorsque la cause sera pathologique, lorsque surtout elle se prolongera , son action incessante entretiendra , renouvellera et perpétuera les crises , et l'hystérie , trouvant un aliment continuel dans cette irritation , deviendra de plus en plus intense , et passera à un état chronique d'autant plus grave qu'il y aura complication. La nature de la maladie qui aura produit les crises fera encore varier le pronostic. Une inflammation aiguë (obs. XII), une évacuation sanguine (obs. XIII), une chlorose (obs. XV), seront moins graves, parce qu'on prévoit la guérison de la cause et avec elle celle de l'hystérie. Un engorgement chronique de l'utérus ou de tout autre organe, une déviation irrégulière de la menstruation seront des causes aggravantes, à raison de la difficulté qu'on éprouve à les guérir. La position des malades fera encore varier le pronostic. Ainsi une personne dans l'aisance , et ciui peut satisfaire ses goûts et se procurer tous les secours , tous les soins et toutes les distractions dont elle a besoin , fera espérer une guérison plus prompte que la personne isolée, sans secours et obligée de se suffire avec peine pour vivre. Une passion contrariée et que les circonstances ne permettent pas de satisfaire, rendra aussi le pronostic plus grave que la passion dont on aplanira les difficultés , ou dont on pourra faire entrevoir une heureuse issue.

La nature et la gravité des complications auront sur le pronostic une influence non moins grande. Une des complications les plus graves est sans contredit l'épilepsie : si elle ne se termine pas d'une manière fâcheuse , elle guérit rarement et bien plus difficilement , et souvent elle amène une altération dans les fonctions intellectuelles.

Il serait trop long d'indiquer toutes les circonstances qui peuvent faire varier le pronostic. Il sera facile de les apprécier et d'en déduire la signification d'après les données que nous avons établies. Cette maladie présente en outre cette

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perspective d'un avenir toujours moins fâcheux. A mesure que la femme prend de l'âge, sa mobilité nerveuse devient moins grande, et elle perd sa grande aptitude pour l'hystérie: et si cette maladie existe à celte époque avancée de la vie , elle devient moins intense chaque jour; elle s'use, pour ainsi dire , avec la vie.

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