MANUEL OPÉRATOIRE
Heureusement l'expérience a prouvé qu*ii n'était pas nécessaire de soumettre à une pareille épreuve la pudeur de la femme, et que la fécondation artificielle pouvait réussir dans des conditions acceptables par la morale et par la science.
Ce sont ces «conditions qu'il me reste maintenant à faire connaître et par lesquelles je terminerai ce long article.
§ V. — IHaBucl opératoire.
AvantM'entreprendre la fécondation artificielle, le médecin, pour ne pas s'exposer à jouer un rôle de dupe, doit s'assurer <iue le sperme qui sera fourni contient des animalcules en suffisante quantité et dans les conditions normales de vitalité.
Cet examen peut se faire quelques jours avant l'opération.
Celle-ci étant résolue, on fixe le moyen par lequel on se procurera le sperme.
Sera-ce par le coït ? Sera-ce par la masturbation ?
Nous repoussons le premier moyen comme contraire à la ilignité et à la pudeur de la femme, aussi bien par le procédé de^M. Marion Sims, que par celui, moins brutal il est vrai, de M. le professeur Courty.
De deux inuux nous choisissons le moindre, et nous donnons la préférence à la masturbation que l'hoinrae se pratique lui-môme, en dehors de tout regard, dans un cabinet voisin.
Le sperme doit être reçu dans un petit flacon à couleur brune, bouché à réineri, et maintenu constamment, avec le secours d'un*bain-marie, à une température de 40* centig.
Ces précautions mettent les spermatozoïdes à l'abri de la lumière, de l'air et des changements de température.
Que, pour l'injection, le 'chirurgien se serve de la seringue à compteur de M. Marion Sims, ou de la seringue en verre de M. Courty, ou de ma pompe aspirante et foulante, il faut que
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IHnstrument soit plongé dans l'eau chaude, et maintenu, pendant quelque temps, à une température de A5 à 50*, poar qu'au moment où le sperme y sera versé les animalcoles y retrouvent les hO* qu'ils avaient au bain-marie.
Quel que soit l'instrument dont on fasse usage, on le àarge de deux à trois gouttes de sperme au plus, et on le maiofieof dans Teau chaude jusqu'à ce que tout soit prêt pour Tmjection.
La femme est au bord du lit, les jambes écartées et appuyce> sur deux chaises, comme pour l'examen au spéculum ; seulement il faut avoir soin de soutenir avec des oreillers le dos et la tête, parce que, Topération terminée, la patiente doit garder la même position de vingt minutes à une demi-heure.
Avec un peu d'habitude on peut se passer de spéculum, en faisant glisser la canule le long de Tindicateur gauche intmduit dans le vagin, et reposant sur Touverture du museau de tanche.
Cependant il est préférable de se servir du spéculum que la femme elle-même maintient en place, ce qui laisse à l'opérateur ses deux mains libres.
Comme le recommande M. Marion Sims, la canule ne doit pas pénétrer dans le col au delà de 0,03 cent. - Quant tout est ainsi préparé, on pousse doucement et sans secousse la liqueur séminale dans la proportion d'une demigoutte à une goutte.
Après l'injection, la canule doit rester en place de trois à cinq minutes ; si on voyait du sperme sortir du col de l'utérus, il faudrait enfoncer la canule de 0,01 cent, de plus, et recom-mencer l'injection.
Lorsque cet accident ne s'est pas produit au bout de cing minutes, on retire doucement la seringue et, pendant quelrjnes instants encore, on laisse le spéculum, pour s'assurer quela sortie du sperme n'a pas lieu après le retrait de la canule.
MANUEL OPÉRATOUUIE. 808
Au bout de dix minutes, toute appréhension est passée; on peut retirer le spéculum.
Comme je Tai dit plus haut, on laisse la femme dans la même position pendant une demi-heure environ, au bout de laquelle on la fait coucher pendant trois ou quatre heures au moins.
Si le canal cervical est obstrué par des mucosités épaisses, par un bourrelet albumineux se prolongeant jusqu'à l'ouverture interne du col, il faut rendre libre le passage et, au besoin même, faire une injection intra-utérine très-légèrement acide, pour neutraliser Texcès d'alcalinité que pourraient avoir ces mucosités.
Quelques gouttes de vinaigre dans un peu d'eau répondent À cette indication.
Si le papier de tournesol n'en démontre pas l'impérieuse nécessité, il vaut mieux s'abstenir, parce que les spermatozoïdes meurent prompteraent dans un milieu acide.
L'excès d'alcalinité des mucosités utérines capables de tuer les spermatozoaires est assez rare, tandis que l'acidité des mucosités vaginales, incompatible avec la vitalité des spermatozoïdes, est assez commune; aussi, quoiqu'il soit difficile d'admettre que ces mucosités puissent pénétrer dans le col de l'utérus, il est bon, comme excès de précaution, de faire faire, une demi-heure au plus avant la fécondation artificielle, une injection vaginale alcaline, préparée avec quelques grammes de bicarbonate de soude pour un verre d'eau.
Afin de se mettre dans les conditions les plus favorables à la réussite, il faut opérer dans les huit jours qui suivent la cessation des menstrues. Cette règle n'est pas absolue : dans les xîas d'insuccès à cet époque, on doit pratiquer l'opération soit dans les trois jours qui précèdent la menstruation, soit même pendant l'écoulement cataménial.
FÉC(
RTIFICIEtXE.
Il va sans dire qu'à chaque opéralion le mari dmt un sperme nouveau.
Au besoin même et pour ne pas mettre à une trop hupvt épreuve la patience de la malade, on peut faire une premièit injection avant les règles, et, si celles-ci upparaia^enl, la commencer, soit vers la fin de leurs cours, soîtimmëdiateoieil après leur cessation.
Si, après cinq ou si.x injections spermatiques faites aui diverses époques que je viens d'indiquer, c'est-à-dire si au bout de cinq à »<ix mois on n'a obtenu aucun résultat, il est inutilei de poursuivre de nouvelles tentatives; on est alors en drmt supposer qu'avec le motif qui légitimait la fécondation artn licielle, il existe concurremment, dans l'appareil génital delà femme, une de ces altérations, comme l'obstruction et l'ioerUs des trompes, etc., qui échoppent à nos moyens d'investigation et qui ne se décèlent par aucun phénomène pathologique.
772 STÉRILITÉ CHKZ LA FEMMB.
C'est ainsi que s'explique la stérilité ou plutôt la non-gestation des femmes qui font excès de plaisirs vénériens (excès de coït ou de masturbation), et de celles chez qui le coït est incomplet, comme je l'ai déjà dit ailleurs (1).
Dans l'un et l'autre cas (excès vénériens et coït incomplet) il se passe dans toute la matrice, dont le col est alors le miroir fidèle, un phénomène analogue à celui qui se produit dans Tappareil génital de Thomme, lorsqu'à la suite d'une vive excita* tion erotique réjaculation du sperme n'est pas le dénouement d'une érection prolongée. Moins riche en nerfs que les testicules et le cordon spermatique, mais plus abondamment pourvue qu'eux de vaisseaux sanguins, la matrice, si elle ne trahit point, comme les organes de l'homme, une sensibilité douloureuse, n'en est pas moins le siège d'un travail pathologique dont le premier résultat est la phlogose de l'organe qui, par si répétition et sa continuité, amène la chute de l'épithéliuro et par suite une lésion de tissus, sans parler des altérations de U vitalité dont je m'occuperai tout à l'heure.
Comme chez l'homme, il semble que le spasme cynique, chez la femme, n'est complet et physiologique qu'à la condition de la présence du sperme; on dirait que ce liquide est nécessaire pour calmer l'excitation à laquelle est en proie tout l'appareil génital, et que, semblable à une rosée bienfaisante, il apporte la fraîcheur et le calme à des ardeurs trop dévorantes.
Si l'action émolliente et sédative du sperme, si je puis ainsi dire, ne se fait pas sentir à l'utérus au moment de la plus grande exaltation amoureuse, si celle-ci est obligée de s'épuiser et de s'éteindre dans ses propres tressaillements, les congestions successives dont la matrice est le siège, à la suite de ces excitations répétées, amènent tantôt une phlogose et tantdt
(f) Voyei la (lage 709.
|I&9 Roubaud.A.F. 16227 pes Traité de l'impuig-
i?6__ -39iice et-de-la at^rjl?-
iâ,t"é. 3. éd. iMiK-uK
77ik STÉRILITÉ CH£Z LA FKMMB.
Je dois borner à la métrite et à la pblogose utérine les considérations que j'avais à présenter sur les lésions organiques de Tutérus, capables de déterminer ravortement précoce, parce que ces états en sont les points de départ les plus communs, et que, dans leur histoire, sont comprises les métrorrhagies, les menorrhées et les dysménorrhées, qui sont tout à la lois des causes prédisposantes et occasionnelles des fausses couches. D'ailleurs, pour me mettre à Tabri de tout reproche, je termine ce chapitre par la phrase que j'ai mise au début, c'est-àdire que je ne sais pas un seul état pathologique de l'organe gestateur qui ne soit capable d'amener le dépérissement et la chute anticipée de l'ovule.
2' Lésions vitales. — Quand rinner>*ation de l'utérus est atteinte; le désordre qui en résulte prend tantôt le caractère névralgique et tantôt le caractère spasmodique.
L'hystéralgie est rarement par elle-même un motif d aw>rtement. Seulement, par son invasion brusque et violente, ou par sa continuité, elle peut éveiller des contractions utérine> qui détachent Tœuf et l'expulsent.
J'ai vu un exemple de ce genre chez une jeune femme dont la menstruation avait un retard de trois semaines, et qui, sous l'influence d'un refroidissement subit, fut prise de douleurs névralgiques du côté de l'utérus, qui déterminèrent une fausse couche deux jours après l'accident. Cependant les douleurs avaient été promptement calmées par des applications chaudes, et surtout par une injection sous-cutanée de morphine. Pour moi, il s'est produit, dans ce cas, ou simultanément, ou consécutivement à l'hystéralgie, des contractions spasmodiques qui, seules, ont amené la fausse couche.
Ce sont, en effet, les spasmes de l'utérus qui, parmi les lésions vitales, déterminent seules la chute avant terme de l'œuf fécondé.
A côté de toutes les causes qui peuvent donner lieu à des