‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 14 sur 106 · DE LA STÉRILITÉ PHYSIOLOGIE DE L'ESPÈCE · texte numérisé non relu

DE LA STÉRILITÉ PHYSIOLOGIE DE L'ESPÈCE

Dans l'acte de la reproduction de l'espèce humaine, les deux sexes jouent un rôle Également important, dont le caractère mal apprécié a donn6 naissance k divers systèmes ou théories dont j'ai fait ailleurs l'histoire (1). Ce rôle, que remplissent des organes propres h la fonction génératrire, s'exécute dans des conditions physiologiques et au milieu de circonstances diverses que j'aurai soin d'exposer en leur place, car les unes et les autres ont une action marquée, non-seulement sur l'énergie de la fonction reproductive, mais encore sur les maladies qui font le sujet de ce livre.

Ces maladies ont été confondues par beaucoup d'auteurs. Les uns, ne voyant que le but final, que le résultat h atteindre, donnent indistinctement le nom d'impuissance ou de stérilité aux états morbides, quels qu'ils soient, qui empochent la reproduction de l'espèce : pour eux, ces deux mots sont synonymes et désignent exactement le môme genre d'affec-

(1) Voyez la première édiliou de cel ouvrage, p. 63 et suiv.

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lions. Les autres, considérant que, dans Tacte de Ift générsK tion, le rôle de la femme est en quelque sorte passif, tandis^ que celui de Thomme est entièrement sous Tempire de la volonté, appellent impuissant l'homme qui ne peut procréer, quelle que soit la cause de cette impossibilité, et nomment stérile la femme qui se trouve dans le même cas.

Je ne puis me ranger à aucune de ces deux opinions. La dernière repose sur une distinction grammaticale, inadmissible dans la science ; car, sous peine de tomber dans une logomachie inextricable, les mftmes états pathologiques rédar ment la même dénomination.

L'autre opinion semble, au premier abord, plus sérieuse,, par cela môme qu'elle paraît plus scientifique ; mais en parcourant le cadre nosologique de Tappareil générateur, on ne tarde pas à se convaincre qu'une plus grande exactitude doit être apportée dans la désignation des divers états qui le remplissent. Qu'on me permette de citer un ou deux exemples à lappui de cette assertion. Les faits d'occlusion incomplète du vagin permettant la fécondation, et non l'intromission de la verge, ne sont pas rares dans l'histoire de lachirurgie : Riolan, entre autres auteurs , raconte l'histoire d'une femme qui, accusant son mari d'impuissance, fut, à la visite des experts, reconnue enceinte, quoique présentant une occlusion vaginale qui ne permettait pas le coït. Quel nom donner à cet état pathologique? D'après les auteurs dont je combats l'opinion, les mots impuissance et stérilité seraient impropres, puisque le but final est atteint, et pourtant la copulation, cette partie importante de la fonction génératrice, ne [K}ut avoir lieu. — D'autre part, voici deux hommes. Chez l'un, l'érection de la verge est impossible, n'importe par quel motif; impossible, par conséquent, est le coït, et, par conséquent e:icore, dans la majorité des cas, impossible est, de sa part, toute action fécondante ; chez l'autre, l'érection de la verge est

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pleine et entière, le coït s'accomplit aormalement, mais l'action lécondante, par une cause quelconque, ne s'exerce pas: est-il raisonnable de placer ces deux hommes sous la même rubrique nosolt^que? Pour un même trait dans la physionomie, quelle dissemblance dans les autres, quel éloi^nement dans les caractères 1 1 1 D'un cAlé, la fonction génératrice tout entière abolie, annihilée, détruite ; avec elle, dépérissement et souvent atrophie des organes génitaux ; avec elle, troubles profonds dans les facultés morales, depuis le simple sentiment de honte jusqu'à la monomanie du suicide, sans parler de l'aciion délétère que ces troubles exercent sur les principales (onctions de l'organisme. De l'autre cdté, abolition incomplète de la faculté génératrice, que n'accompagnent presque jamais des désordres dans les fonctions organiques et dans les facultés morales. L'acte copulateur, d(uit on ne tient aucun compte, creuse entre ces deux hommes un abtme sans fond. Non, leurs états pathologiques ne sont pas les mftmes ; les symptâmes qui les révèlent et les accidents qui les suivent en font des entités distinctes , dont chacune réclame, dans le langage nosologique, une dénomination spéciale.

Cette dénomination ne doit avoir rien d'arbitraire ; elle doit désigner un état exactement limité, parfaitement déUni, dont je vais essayer de tracer le cadre.

La fonction de la reproduction se compose, dans les deux sexes, de deux actes tellement distincts, que pour l'exercice de l'un la volonté est forcée d'intervenir, et que cette volonté reste entièrement étrangère h l'accomplissernsnt de l'autre. La première est une fonction animale ou de relation ; ta seconde est une fonction organique ou interne, comme aurait dit Bicbat. Après le rapprochement de l'homme et de la femme, pour l'exécution duquel la volonté a dû agir, tout, dans l'acte reproducteur, se passe à notre insu, et la génération se fait en dehors de notre conscience.

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Cette intervention de la volonté, sans parler du sentiment voluptueux qui accompagne le coït, ne surfit-elle pas pour différencier deux actes d'une même fonction, il est vrai, et ne rend-elle pas légitime la ligne de démarcation à établir entre les états pathologiques qui mettent obstacle à l'accomplissement ou de l'une ou de l'autre? Je l'ai toujours pensé ainsi, et j'estime que le mot impuissance doit être donné à tout état morbide qui, chez l'homme ou chez la femme, s'oppose à l'union physiologique des deux sexes, c'est-à-dire au coït, et le mot stérilité être réservé à tout état morbide qui, chez l'un ou chez l'autre sexe, empêche la reproduction de l'espèce.

Il y a donc, d'après ces considérations que je crois trèslégitime :

Une impuissance de l'homme ;

Une impuissance de la femme ;

Une stérilité de Thomme ;

Une stiTilité de la femme.

En d'autres termes, les affections qui font le sujet de cet ouvrage se peuvent partager en deux groupes : le premier renferme les troubles de l'acte copulateur chez l'homme et chez la femme ; le second présente les conditions morbides qui, dans les doux sexes, empêchent l'acte fécondateur.

Cette distinction n'est point arbitraire ; elle a pour base la physiologie de la fonction génitale, et permet seule de bien établir ce qui est du domaine de l'impuissance et ce qui appartient à la stérilité.

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