‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 34 sur 106 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

'CIKCONSTAItCES DIVERSCS OUI INFLUK.NT SUII LE DÉVELOPPEMENT ET l'eXEB£)CE de LA GÉNÉRATION,

Ces circonstances sont de deux sortes : A, celles qui sont inhérentes à l'individu ; B, celles qui sont en dehors de lui. ■C'est dans cet ordre que je vais les examiner,

§ I. — ClreonManeca InMrentc* A l'indlvldn.

Les principales de ces circonstances sont l'âge, la constitution, le tempérament, les passions, les habitudei, te régime, les professions et les travaux.

i4je. — La vraie maturité procréatrice, dit Mende (1), est l'état de la vie dans lequel les fonctions génilnies peuvent s'ac- ■complir sans porter atteinte & la santé de l'individu, ni suus Je rapport physique, ni sous le point de vue moral, et de telle sorte, en outre, que le caractère de l'espèce soit imprinié nui produits de la manière à la fois la plus profonde et ta plus com plëte. En un mot, c'est l'époque où l'individu, parvenu au point de pouvoir se conserver tuî-même, devient apte à conicourir au maintien de l'espèce.

Cette époque n'est pas celle de la puberté. Une fonction, -surtout la génération, n'acquiert pas toute son énergie au moment de son apparition ; il faut, comme l'observe judicieusement Burdach, que la puissance existe pendant quelque temps «ans entrer eu exercice, pour qu'elle puisse se développer parfaitement, déployer en entier ses effets, et se répandre isur tout l'ensemble de l'organisme. Chez les animanx, la na-

i(l) Meode, Handltuck dgr serichlUclii-u Medkin.he'ipiJg.t. IV, p, 212.

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ture a pris soin d'empêcher raccoupleraent immédiatemenl après réveil du sens génital : sans parler de la loi du plus fort, qui donne aux mâles seuls complètement développés la puissance de repousser les rivaux et de conquérir la femelle, je citerai Texemple du cerf qui à trois ans entre bien en rut, mais qui est dépourvu de la voix propre à attirer la femelle ; cette voix commence à se faire entendre Tannée suivante, mais faible encore, et ce n'est qu'à cinq ans qu'elle acquiert toute sa force.

A la puberté, c'est-à-dire à l'époque de l'éveil du sens géni* tal, l'érection chez l'homme semble ne pas être complètement encore sous l'empire de l'âme ; elle se produit, qu'on me passe le mot, à tort et à travers, sans but bien déterminé et sous rinfluence de circonstances diverses ; chez la femme, le plaisir ne paraît pas atteindre les limites de la volupté, et ce n'est pas sans raison que les hommes véritablement sensuels préfèrent la femme de vingt à trente ans.

D'un autre côté, les enfants dont les parents sont trop jeunes, la mère surtout, ont rarement une complexion robuste. Comme toutes les autres, la faculté procréatrice s'accroît jusqu'à un certain point par l'exercice, et l'on a remarqué que les^ produits d'une conception trop hâtive sont fréquemment d'une constitution plus frêle et plus délicate, toutes choses égales d'ailleurs, que ceux qui correspondent au milieu de la vie productive; on a également noté que le premier accouchement a ordinairement lieu avant l'expiration complète du temps de la grossesse. Enfin les glandes mammaires participent aussi à cette inertie de l'appareil génital, et sécrètent beaucoup moins de lait qu'à une époque ultérieure de la vie utérine.

Lorsque la puissance a suffisamment accru l'énergie de la fonction génitale, l'homme et la femme deviennent nubiles ; c'est alors que les organes dans toute leur force accomplissent

CIBCOKSTANCKS INHÉRENTES A l'iNDIVIDC. <J9

la génération sans péril pour l'individu et sans dommage pour l'espèce. La nubilité, qu'il faut avoir soin de distinguer de la puberté, commence à vingt ans pour les femmes et à vingtquatre ans pour les hommes ; l'usage la recule même presque toujours de quelques années, et les législations ont varié à l'infini pour la fixation de l'époque du mariage. Lycurgue voulait que les hommes se mariassent h trente-sept ans et les femmes à dix-sept; Platon prescrivait aux premiers l'âge de trente ans, et aux autres celui de vingt ; Solon fixa le mariage des hommes à trente-sept ans, et à Rume il ne leur fut, pendant quelque temps, permis de se marier qu'à quarante ans. Aujourd'hui les lois sont moins sévères, mais les mœurs et tes usages font qu'en moyenne, en France du moins, les hommes SI marient de trente à quarante ans, et les femmes de dix-huit à vingt-six.

La loculté procréatrice s'éteint , chez la femme, avec la menstmaUon ; je ne reviendrai pas ici sur ce que j'ai dit précédemment de cette fonction. Chez l'homme, la retraite de la même faculté est moins liée que chez la femme à une époque déterminée, et ne préiente pas, comme chez l'autre sexe, des accidents plus on moins funestes. En général, à partir de la cinquantième année, la faciiLlé génitale diminue, et cet ahaissement va en augmentant graduellemeiU jusqu'à la soixantedixième, où tes désirs ont même en général dis^Kiru. Je dirai ailleurs les caractères que prûsente le sperme des licillards, mais on peut déjà pressentir que les produits de la vieillesse sont cacochymes, délicate, et plus que tous les aulrcs-soumis à l'influence des causes morbifiques.

Constitution ; tempérament. — Bien que les mettant sous la même rubrique, je dois me £,'arder de confondre la constitution et le tempérament, comme l'ont fait et le font encore quelques auteurs. La constitution, éminemment sous l'empire de la plasticité, exprime le degré de développement et d'aeti-

70 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.

vite des organes, tandis |que le tempérament désigne la prédominance et Tinfluence à\me partie de l'organisme sur toutes les autres, coïncidant d'ailleurs avec un état parfait de santé.

On comprend dès lors quels sont, d'un côté la constitution,, et de l'autre le tempérament qui favorisent et secondent le plus heureusement Téveil et l'exercice de la génération.

La faculté procréatrice, par les lois mêmes qui président & sa destinée, ne doit entrer en action qu'après l'entier développement de tout l'organisme, ainsi que je l'ai dit en parlant de la nubilité, et s'éteint lorsque la vitalité générale diminue^ lorsque les forces plastiques et animales commencent à perdre de leur intensité; par conséquent, il doit exister une relation intime entre la fonction génitale d'une part et la constitution de l'autre, qui marque précisément le degré de développement et d'activité de toutes les parties de l'organisme.

C'est ce qui arrive en effet.

Les individus dont toutes les fonctions s'exécutent non-seulement avec régularité, mais encore avec énergie, comme ceux qui sont doués d'une constitution athlétique, sont les plusaptes tout à la fois à la copulation et à la fécondation ; le& Messalines choisissent de préférence les hommes de cette trempe, et les amis de la santé publique doivent souhaiter à tous les enfants des pères et des mères aussi heureusement dotés.

Les constitutions faibles, cacochymes, qu'elles soient le résultat d'un vice héréditaire ou d'un mal acquis, retentissent profondément sur la génération. Moins tourmentées de désirs, moins impressionnables aux sensations voluptueuses, ellessemblent accomplir l'acte, non comme un plaisir, mais comme un devoir, et cette nonchalance, cette froideur dans le coït est incaiiable d'imprimer une énergie bien vive au produit de la conception, sans parler des affections héréditaires que cette

CIRGOnSTA.tCIU IMIÈREHTES A l'i^DIVIDU. 71

absence de vitalité chez les parents est loin de cunire-bal&ncer et de détruire.

Ouelqitetbis même l'apathie générale se communique à la fonction génitale elle-môme, et alors, selon qu'elle frappe plus particulièrement tes oi^ancs de la copulation ou ceux de la récondation, elle détermine t'impuiâ>aucc uu la stérilité. Ce n'est pas ici le lîeu de parler de ces états piifhologiqucs, et je renvoie le lecteur aux chapitres de cet ouvrage qui les concernent.

Au point de vue génital, plus encore que sous tout autre rapport, le tempérament joue un râle de la plus haute importance ; c'est par le mot tempérament que le monde exprime l'aptitude ou l'inhabilité aux plaisirs de Vénus : Cette femme n'a point de lempérament, dit-on ; cette autre a un tempérament de feu.

L'ohservalîon journalière vient confirmer In vérité du largage populaire; quoiqu'il sgit difficile d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre les tempéraments, on les distingue d'ordinaire par une habitude extérieure particulier'^, par un état spécial des fonctions physiques et des facultca morales, par un genre propre de maladies, en un mot, par nu ensemble de phénomènes physiologiques, psychiques et palhol<^ques faciles à saisir et à classer.

Les anciens, dont la délicatesse d' observation était infinie, avaient admis quatre tempéraments primordiaux : le bilieux ou coiérique^ le sanguin, le mélancolique ou atral/i(aire, et le pituileux ou phlegmatiqne. Mais comme la prédominance de l'activité porte rarement sur un seul système, il Suffit de combiner ces expressions deux à deux ou trois h trois pour peindre toutes les nuances que présente la nature.

Afin de mieux faire saisir l'empire des touipéranients sur la génération, je rappellerai les considérations que j'ai déjà présentées sur l'action des climats et des .Iges, en exposant

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les ingénieux rapprochements que les anciens établissaient entre ces diverses conditions d'influence. A chacun des tempéraraenls primordiaux que j'ai énoncés plus haut, nos pères rattachaient un des quatre âges de la vie, une des quatre saisons de l'année et un des climats du globe : au tempérament bilieux correspondaient l'Age adulte, l'été et les climats chouds; le tempérament sanguin était celui de la jeunesse, du printemps et des pays tempérés ; le tempérament atrabilaire était celui de l'elgc mûr, de l'automne et des contrées équatorialcs ; enfin, le tempérament pituiteux était celui des vieillards, de l'hiver, et des pays humides et froids.

Ces rapprochements, grâce aux notions qui précèdent, expliquent mieux que je ne le pourrais faire TiçAuence des tempéraments sur la génération; ainsi la mollesse des ti?sus et l'inertie des fonctions qui caractérisent le tempérament lymphatique étant peu compatibles avec les ardeurs de l'amour, les anciens l'avaient fait l'apanage des vieillards, dont la puissance génératrice est nulle ; de l'hiver, dont les frimas glacent les désirs, et des pays froids et humides, dont l'action est tout aussi débilitante que celle de l'hiver. Au contraire, l'âge adulte, l'été, les climats chauds, toutes choses favorables aux plaisirs sexuels, sont le propre de l'homme bilieux, « dont le tempérament est si chaud et si amoureux, qu'il aurait beau avoir la vertu des personnes les plus saintes, sa nature lui donnera toujours une pente à l'amour des femmes. On .aurait plutôt éteint un grand feu avec une goutte d'eau, et l\)n obligerait plutôt un fleuve rapide à remonter vers sa source, que de corriger l'inclination [ de cet homme (1). »

Avec de pareilles données, il est facile d'établir la gradation des temiiéraments qui éveillent et surexcitent la faculté

(1) Voilette, Tableau de Vamour conjugal, 2* partie, chap. IV, art. 1".

l:IRCOKSTA^'C£S IMIÈBENTES A L INMVIUU. '3

procréatrice, et de noter ceux, au contraire, qui tempèrent ou éteignent les désirs de l'amour.

Facultés morales; passions. — Plus que toute autre partie de l'organisme, l'appareil génital subit l'influence du moral. En ce qui concerne les facultés intelloctuelies, on peut dire, toutes choses égales d'ailleurs, que l'élenduc de l'esprit et l'ardeur de l'imagitiation agissent plus vivement sur le sens génital que les intelligences bornées et paresseuses ; c'est ù ce titre, plusencorc peut-être qu'au point de vue de leur vanité, que les femmes reclierchent l'amour des arlistes, des savants et des littérateurs ; malheureusement, les travaux abstraits et les méditations auxquels cette classe d'hommes est soumise, surtout les savants, diminuent beaucoup l'iieureusc inriuence de leur esprit, et frappent quelquefois même leurs organes sexuels d'impuissance et de stérililé, ainsi que nous le verrons ailleurs (1).

Les sentiments de l'&mc exercent sur la géntliration un empire à peu près absolu, et l'on ne comprendrait pas qu'il en fût autrement, puisque c'est dans l'Ame que réside le consensus intime qui éveille et anime le sens gênèsique. Mais, de même que les sentiments ou les facultos de l'Ame se peuvent ranger en deui groupes distincts et opposés, de même l'influence qu'ils exercent surTactivité génitale est contraire ; car tandis que les facultés affectives la favorisent, les facultés répulsives en éteignent l'ardeur et en glacent les voluptés.

Les passions, qui ne sont que les facultés de l'âme surexcitées, élevées h une liante puissance d'expression, agissent dans le même sens que les facultés auxquelles elles répondent, mais seulement avec pins d'énergie et de vivacité.

Cependant cette énergie et cette vivacité dos sentiments affectif, qui sont sans contredit des excitants heureux du

(1). Rêve i lié-Pari se, Physiologie d liijijiène ili's hommes livrés "«■'■ travaux de l'esptit, Paris, I]jô3-

génésique, doivent être contenues dans de certaines limites. — Les extrêmes se touchent, dît-on. — Jamais maxime ne fut plus applicable qu'en cette circonstance. — Un amour i^iolent, longtemps réprimé dans ses désirs, plonge tout Torganisme, au moment de sa réalisation, dans une espèce d'eitase où Fâme, c'est-à-dire la partie immatérielle de notre être, semble concentrer en elle toute force et toute vitalité, etparatt oublier les organes qui lui servent d'ordinaire pour transmettre ses volitions. Le consensus s'est replié en lui-même, et comme le sens génital ne s'éveille qu'aux excitations de ce consensus, il faut attendre, pour que tout rentre dans Tordre^ que la surexcitation morale ait cessé, ou qu'elle soit revenue du moins au type normal de la simple excitation. Le plaisir qui suit cette détente générale et qui succède à cette îrapuifsance momentanée est d'ordinaire plus ardent et la fécondation plus facile. « J'en sçay, dit Montaigne, que j'aurai plus d'une fois occasion de citer à propos de l'influence du moral surle génésique, j'en sçay à qui ila servy d'y apporter le corps même, demy-rassasié, d'ailleurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur, et qui, par l'aage, se trouve moins impuissant de ce qu'il est moins puissant (1) . p

Habitudes. S'il est vrai que l'habitude soit une seconde nature, il est facile de comprendre, par ce que j'ai dît précédemment de la constitution, du tempérament et des facultés de l'Ame, l'empire qu'elle peut exercer sur la génération.

Mais en dehors des habitudes physiques et morales dont je parlerai tout à l'heure, et qui modifient plus ou moins les prédispositions de Torganisme et les tendances de l'esprit, il est une habitude spéciale au sujet qui m'occupe, et qui doit par cela môme fixer la première mon attention. Je donne à

(1) Mon!ai;4no, E<iinh, t I, |». lOi, ôdil de 1793. Paris.

OBCOnSTANCKS imitSE.NTËS A L'iiîDlVlDU.

Ite habitude l'épithète de ropulatrice, parce qu'elle résulte ^Vexercice longtemps prolongé du coït entre deux individus. ^X'habitude copulalrîce ne produit pas les mêmes effetslir toutes les personnes, ou du moins les mnniFeslations de ces itTets nesout pas identiques dans tous les cas.

Le plus géiiéralemeut, l'uniformité des rapports engendre une espèce de satiété qui enlève au consensus l'aiguillon de la mvenuté, et nu plaisir le charme de l'imprévu ; eu l'absence le ces cscitanls, le sens génital languit, devient paresseuXf se refusequelquerois même à accomplir sa fonction. Quand ipnflte n dit que l'iimourniourait de nourriture, il a nécesîreraent voulupaHor de l'habiluile copulatrice, qui pousse- Il de maris hors de la couche conjugale, et qui rompt tant I liens formés sous les plus favorables auspices. Ouelquefoîs, au contraire, l'habitude copulatrice produit un bl (liftiDiHralement opposé à celui qucje viens de signaler; tn-seiilemeiit elle éveille les désirs et soutient l'éréthisme ioilal, mais encore elle glace toute ardeur géiiésiipie, et Hisse tout excitant qui n'ont pas leur source dans la onne qui est l'objet de cette habitude. Je possède ! mes notes une curieuse observation qui trouvera ail- ' sa place, mais que je crois utile d'analyser brièvement fci, pour montrer jusqu'où peut aller l'empire de cette haknluile. Marié à vinf;l-deux ans à une femme qu'il aimait pri)fi>ridémcnt, M. X... devint veufàrûge de trente-sept ans, ssris jamais avoir éprouvé aucune défaillance daus ses fonclians génitales et sans jamais avoir déserté la couche conjugale. U mort, en frappant sa femme, sembla avoir glacé ses "(ganes génitaux, et malgré des désirs réels, il ne put, ii partir de son veuvage, obtenir une érection siTlïïsante pour le ■oit. C'est alors qu'il vint me consulter, et qu'il m'avoua qu'il 'obtenait une demi-érection qu'auprès des femmes qui, par nir tournure, la couleur de leurs cheveux et la forme de

*0 rHVSIOLOGlE DE L ESPÈCE.

leur taille, lui rappelaient le mieux celle qull pleurait; de plus, ces demi-érections n'étaient possibles qu^au lif, alors que la femme était dans le simple appareil de la couche maritale. Mais rillusion du malheureux ne pouvant aller plus loin, a cause de Tabsence de ces mille petits riens qui, tous les jonrs répétés, engendrent Thabitude, l'érection s'arrêtait aussi, et le coït devenait impossible.

L'impuissance de ce malade tenait bien évidemment à la cause que je signale, car après une année laborieusement employée à oublier le souvenir de sa femme, M. X... recouvra toute sa virilité, ayant toutefois conservé une préférence très-marquée pour les personnes du sexe qui, par leurs qualités physiques, lui rappelaient quelques traits de cdie qu'il regrettait toujours.

Les habitudes physiques sont tellement liées au régime et à la profession, et les habitudes morales au genre de travail des individus, que ce que j'ai à dire des unes et des autres trouvera naturellement sa place dans les articles suivants.

Régime. — On peut poser en règle générale que tout ce qui tend à établir la prédominance du système nerveux, ou plutôt du système nervoso-sanguin sur les autres parties de l'organisme, et à diminuer l'influence du système lymphatique, doit être considéré comme essentiellement favorable à l'exercice de la génération. Pourtant il est un précepte non moins général et non moins vrai, qui veut que la prédominance du système nerveux soit enfermée dans de certaines bornes, el que les fonctions de ce système, se substituant à toutes les autres, ne transforment pas les malheureux qui le possèdent en tristes sensitives qu'effraye le moindre bruit, qu'affecte Todeur la plus douce, etc.

Le régime joue un très-grand rôle dans le développement de ces pauvres natures. C'est parmi les femmes, surtout les femmes des capitales et des boudoirs parfumés, que se ren-

CIRCOH8TAHCE8 IKIIËBEKIES A l'iKMVIDI;. 77

contrent ces Atres chétifs, maigres, dont toute la vilaliti; se concentre dans la figure qui, munie de quelques muscles sans ampleur, jouit d'une expression saisissable seulement à la lumière des bougies. On les voit dans les salons loucher le piano, pincer de la harpe et chanter la romance ; et cependant, malgré soi, on se dit que la vie n'imime ni cc^ mnîns, ni cette voix, et que ces accords et ces chants sont froids comme la mort etfaibles comme le néant.

Ce n'est point auprès de ces Femmes que la copulation est riche de voluptés; ce n'est point avec elles que se peqiélue l'espèce. Si les habitantsdes petites villes et ceux de la campagne, au milieu desquels se rencontrent rarement de semblables organisations, ne venaient pas constamment remplir les places vides dans les capitales, la population de celles-ci aurait bientôt disparu, laissant, après quelques générations, un désert à la place du bruit et du mouvement. L'assimilation des étrangers que Rome opérait dans son sein n'avait évidemment pas d'autre but, et I'od a depuis longtemps remarqué que, sans ce systèine, la capitale du monde alors connu auniitpéri après quelques générations.

Le r^ime, ou, pour mieux dire, la manière de vivre est donc, au point de vue qui nousoccupe, delà plus haute importance; mus comme je ne fais point ici i^n livre d'hygiène, et que, dans ces considérations générales surtout, il me doit sufûre d'indiquer le but â atteindre, je répéterai que pour seconder efticaceraent l'acte génital le régime doit favoriser, dans de certaines limites, la prédominance du tempérament nervosu-sanguin, et combattre les tendances à la suprématie du tempérament lymphatique.

Profusion ; Iravata. — Les professions, que l'on ne doit pas s'atleildre à voir passer ici en revue, se partageiit en deux grandes classes : 1° celles qui n'exigent que les forces purement corporelles, et que l'on appelle métiers ; 2" celles qui

78 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.

réclament rintervention de Tintelligence, et que Ton nomme plus particulièrement professions. Les premières , toutes choses égales d'ailleurs, favorisent plus que les secondes Tacte vénérien : en activant la circulation, elles augmentent la nutrition, et partant toutes les sécrétions dont l'abondance, cependant, ne saurait troubler l'harmonie de réconomie, i cause de la transpiration plus considérable que déterminent les exercices du corps.

Mais tous les métiers ne sont pas dans ces heureuses conditions : les tailleurs, les bottiers, etc., renfermés'presque touours dans des pièces sans air et sans lumière, accroupis sur des tables ou des escabeaux, et soumis en quelque sorte à uo exercice négatif, arrivent, par toutes espèces de privations, à cet état maladif et nerveux dont je parlais tout à Theure. C'est dans cette classe de la population ouvrière que se rencontre le plus grand nombre d'êtres malingres et difformes; c'est dans elle aussi que germent le plus de vices et que les mauvaises passions se recrutent. La fonction génératrice participe d'ordinaire à cette dégradation physique et morale, et si quelque maladie héréditaire ou cette sorte d'emprisonnement ne retentissent pas d'une manière suffisamment néfaste sur la génération, le contact journalier des deux sexes, desconversations ^t des exemples fatalement licencieux poussent ces malheureux à des excès et à des vices qui épuisent bientôt leur faculté génératrice.

Il en est à peu près de môme pour les ouvriers des manufactures, dont la vie s'étiole au milieu d'une atmosphère empestée et dans des habitudes crapuleuses.

Les professions libérales ou celles qui exigent l'intervention de l'intelligence sont, au contraire, éminemment favorable^ à l'acte de la génération. Par la politesse dont elles ont l'apanage, et par la culture des arts et des sciences, elles donnent au système nerveux une plus grande délicatesse de sensibi-

CIRCONSTANCES ÉTIUUiGÈRES A l'iNDIVIDU. 79

litè, et par le travail auquel l'esprit est soumis elles ne laissent iwîut s'affaisser et dormir le consensus qui tient sous sa dépendance le sens génésique.

Cette influence est encore plus marquée pour les prolcssions qui s'adressent plus spécialement à l'&me et qui ont pour objet les beau\-arts. Cependant il est à remarquer que tdus les grands artistes et les grands poëtcâ ont eu fort peu d'enfants, et cette observation n'a pas échappé à Des[()uclies, qui la consigne ainsi dans son Philosophe marié :

On dil qu'où n'a jamais lous les ilous û lu Tuis, '

Et que les pvuds esprits (l'iiilleunt trés-esljmabks, Om fort peu de taleul pour furuiur leurs suuiltlultlus.

Les conceptions sulilimes doivent être -précédées de méditations profondes, même chez les hommes de génie, qui subis* sent alors la loi commune, à savoir que l'énergie de la fonction génitale est en raison in\crïe de la longueur et des difficultés des travaux intellectuels.

Je dirai en effet ailleurs que les études abstniites et trup longtemps prolongées constituent une cause asse^ fréquente d'impuissance et par suite de stérilité.

§ II. — ClrcOMBtancc* «trangitrcw * l'iadlvldu.

Ces circonstances sont nombreuses et se peuvent déduire de cette infinité d'accidents qui accentuent le cours de la vie; on comprend que je ne puis ici aliorder une pareille énumération, et que je me dois contenter de signaler les causes les plus générales qui, n'ayant point un siège dans l'organisme ou n'étant point soumises h la volonté, exercent sur le développement et l'énergie de la fonction génératrice une influence marquée et incontestable. Parmi ces causes, je citerai les climats, les saisons, les années, le jour, la nuit, dans les considérations desquelles seront compris le froid, le

chaud, rhumide, la latilude, la position géographique, etc.

Climats. — J'ai dit, en parlant de la menstruation, que les femmes étaient réglées de meilleure heure dans les pays chauds que dans les contrées froides ou tempérées; cetU; influence de la chaleur ne peut être mise en doute, lorsqu'on voit les femmes des pays très-froids, comme les Samoyèdes, vivant presque toute Tannée dans des souterrains où règne une chaleur étouffante produite parde Teau jetée sur des pierres rougies, quand on voit ces femmes, dis-je, être aussi précoces que celles des tropiques.

Montesquieu, donnant à ce fait une importance plus que physiologique, le classe parmi les causes de la polygamie : ((Les femmes, dit-il, sont nubiles, dans les climats chauds, à huit, neuf et dix ans; ainsi Tenfanceet le mariage y vont presque toujours ensemble ; elles sont vieilles à vingt ans. La raison ne se trouve donc jamais chez elles avec la beauté. Quand la beauté demande l'empire, la raison le fait refuser; quand la raison pourrait l'obtenir, la beauté n'est plus. I.ies femmes doivent être dans la dépendance, car la raison ne peut leur procurer dans la vieillesse un empire que la beauté ne leur avait pas donné dans la jeunesse même. Il est donc très-simple qu' un homme, lorsque la religion ne s'y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, et que la polygamie s'introduise (1). >

Chervin, dans sa thèse inaugurale (2), a vivement combattu l'assertion de Montesquieu. Il est incontestable, en effet, par les rapports des voyageurs (3), que les hommes sont égale-

(1) Montesquieu, Esprit des lois y 1704, in-lâ, liv. XVI, chap. il.

{il) (Aicrvïn, Recherches médico-philosophiques sur les causes physiques de la polygamie dans les pays chauds. Paris, iSi'L

(3) Voy. Saize, dans Histoire médicale de V armée d'Orient^ par Desîjrenettes. Paris, 1802, in-8. II» partie, p. 125; et Histoire de VAfri^ que franc lise, par l'abbé Demanet, 1767, in-12, t. II, p. 60.

CIRCOIfBTAIlCE» ÊTBANGËBES A l'iMIIVIDU. 81

ment pubères âe meilleure heure dans les pays chauds que sous les climats tempérés, et qu'ils subissent prorondément, au point de vue des plaisirs vénériens, l'influence excitatrice de la chaleur. Selon Niebuhr (1), Volney (2), et beaucoup d'autres voyageurs (3), rien n'est plus commun dans le Levant que de rencontrer des hommes de trente ans atteints d'impuissance. « C'est la m:iladie, dit Volney, pour laquelle les Orientaux consultent davantage les Européens, en leur demandant du Maàjmm, c'est-4-dire des pilules aphrodisiaques [k). »

L'empire des climats chauds sur la précocité du développement et sur l'énei^e du génésique est donc incontestable, et l'inQueuce contraire des pays froids est également mise hors de doute par toutes les relations des voyageurs.

Saisons. — D'après ce qui précède, il semblerait naturel de conclure que la saison la plus chaude de l'année doit être la plus favorable & l'exercice de la génération ; pourtant il n'en est point ainsi, et l'influence du printemps est beaucoup supérieure & celle de l'ét^.

Ce fait, en rattachant l'excitation génitale de l'espèce humaine i la loi du phénomène du rut, était connu dès la plus haute antiquité; mais il appartenait ànotre époque de l'établir sur une base réellement scientifique, et ce progrès est dû aux travaux statistiques de Viltermé, en France (5), et de Quetelet et.Smits, en Belgique (6).

En compulsant les registres des naissances, et en marquant, pour chaque mois, le nombre des conceptions, Villcrmé a cru

(1) Nieburh, Deicriptiou de l'Arabie, 1779, in-i, t. I.

(2) Volncï, Voyageen Sijrie, nS7, iii.8.

(3) OlÎTier, Voyage dans l'em/iirc olloman, an IX, in-S, 1. I, p. 150; «t Renati, dans Hittoire médicale de farmte d'Orient, 11' partie

(i) Volney, loc. cit., t. lE, p. 4i5.

(5) Villermë, Annale! d'hygiène. Paris, 183â, t. Vltl, 450.

(6) Annales ifhygiéne. Paris, 1833, t. IX, p. 308

non B A un. 6

82 PHYSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.

devoir classer les mois de Tannée dans Tordre suivant, en commençant par les plus féconds ;

Mai.

Janvier.

Juin.

Août.

Avril.

Novembre.

Juillet.

Septembre

Février.

Octobre.

Mars et décembre.

Gomme on le voit, c*est à l'époque correspondant au mt des animaux, au printemps, alors que toute la nature semble renaître à la vie, que s'opère dans Tespèce humaine le plus grand nombre de conceptions. Les recherches entreprises, en Belgique, dans le même sens, ont donné des résultats parfaitement identiques avec ceux qu'avait obtenus ViUermé en France.

Cependant on pourrait se demander si l'action des premières chaleurs, limitée à la fécondation , s'exerce également sur la copulation, en d'autres termes, si cette action n'est pas spéciale à la fécondité, en donnant au sperme el aux ovaires des propriétés reproductives plus énergiques.

ViUermé, pour résoudre cette question, s'est adressé aux comptes généraux de la justice criminelle, et il a trouvé que Tépoque de l'année à laquelle il se commettait le plus de viols et d'attentats à la pudeur était précisément celle du printemps, pendant laquelle se fait aussi le plus grand nombre de conceptions. Et que l'on n'invoque pas, pour expliquer la plus grande fréquence de ces crimes pendant le printemps, les circonstances des promenades solitaires, des vêtements légers, des rencontres dans les bois et lieux écartés, car les mêmes circonstances se reproduisent, ou à peu près, pendant les mois d'août et de septembre, classés des derniers pour les viols et les conceptions.

Cette influence du printemps n'est pas limitée aux pays

CIRC0N8TAKCES ËTRANIiËRES A LINDIVIDI'. 83

'tempéris; elle s't^tend h toutes les zones, de telle sorte que l'on peut dire que l'homme est assujetti, jusqu'à un certain point, à une sorte de rut périodique dont le retour a lieu, chaque année, au printemps.

Mais de même que le rut ce.^se d'être pcriodiquement marqué chez les animaux qui, de l'état sauvage, passent à celui de domesticité, de même l'inQucnce du printemps est mràns manifeste chez les habitants des villes, et surtout des •capitaleB, que chez les populations des campagnes. Chez les ipremiers, en effet, mille causes tiennent sans cesse en éveil le jens génital, sans parler du c/inml artificiel que la' civilisation Qeur apprend h se faire, et qui rend compte du maximum de conceptions que présentent en Suède, en Finlande, à Saint' Pétersbourg, les mois de décembre et de janvier, les plus froids sans contredit de toute l'année.

Années. — Pythagore, en proclamant sa doctrine des nomibres, donna naissance aux armées cUmdiérifjues. Malgré 4'empire que cette croyance a exercé sur l'esprit des anciens, les -auteurs sent loin d'être d'accord sur les années qui méritent cette désignation. Suivant les uns, chaque scptiùmc .année présente ce caractère, tandis que pour les autres, il ne Jaut Farder comme telles que celles qui sont le produit de la .multiplication du nombre 7 par les nombres impairs 3, 5, 7 •etO, Lagrande année climatérique est la 63° annOc; les autres années dimalériques remarquables sont la 7', la 21', la iô' et la 66* année. Outre les changements dans le tempérament, Ins maladies, la fortune, etc., que les années climat<;riques apportaient, les anciens étaient convaincus, et quelques esprits de .nos jours partagent cette conviction, que les organcs génitaux .externes de la femme se resserrent et reviennent & une espèce 'de forme virginale qui, tout en donnant un nouvel aiguillon aux voluptés de l'homme, augmente les dûsifs et l'énergie «génitale de la femme.

8& PUTSIOLOGIE DE l'eSPÈCE.

Il est superflu de discuter l'inanité de pareilles assertions ; cependant il est incontestable que les désirs vénériens et l'ardeur copulatrîce présentent, chez la femme, un surcroît d'intensité aux approches de l'âge critique; on dirait une lampe qui, avant de s'éteindre, jette une dernière lueur plus vive et plus éclatante que celles qui l'ont précédée.

Il est également démontré que la fécondité de l'espèce humaine est très-considérable pendant les années qui suivent une disette, une famine, une épidémie et les discordes civiles qui jettent le trouble et la confusion dans les rapports sociaux, et qu'au contraire elle diminue considérablement pendant ces époques de calamité publique. Les pratiques religieuses du jeûne, que Ton observe pendant le carême, peuvent être assimilées à la disette, 'selon Villermé, et produisent les mêmes résultats (1). Cet auteur, à l'occasion des Recherches staiisti^ quessur la ville de Paris et le département de la Seine j qu'a fait publier N. de Chabrol, a rédigé des Considérations sur la fécondité^ où se trouve le passage suivant : c II résulte de mon travail, qui est fondé sur plus de 13000000 de naissances énumérées mois par mois, que le très-petit nombre de naissances du mois de décembre, qui a pour neuvième antécédent ie mois de mars, est l'effet des abstinences du carême. Une circonstance curieuse, c'est que le mois de mars devient progressivement chargé de plus de conceptions à dater de la fin du règne de Louis XV, c'est-à-dire à dater du temps où le relâchement s'est progressivement introduit dans les mœurs, et un changement dans les idées et les pratiques religieuses. EnGn le mois de mars, qui était autrefois le dernier dans l'ordre des conceptions, est maintenant le septième. Les mœurs du peuple, la mesure de ses opinions, sont donc quelquefois

(\) De la distribution par mois, des conceptions et des naissances de riiouime {Annales d'hygiène publique. Paris, 1831, t. V, p. 55). «

aKCOKSTANCES ËTIlAKGiRES A L'iNDIVinC. 8Â

écntes dans les résultats de la statistique ; il ne faut que savoir les lire(l).»

Le jour; la nuit. — On demandait un jour à Fontenelle s'il n'avait jamais songé à se marier : c Quelquefois, répondit le philosophe, /« matiii. > Est-ce que les désirs vénériens seraient plus énet^ques après le repos de la nuit qu'à toute autre heure de la journée 7 Cependant un grand po€te, Victor Hugo, a dit :

Le plaisir, lils'ilcs nuits, dont l'œil brillant d'espoir S'éteint vers le m&lin et se rallume au soir.

Qui a raison du philosophe ou du poSlc ? Je crains bien que l'un et l'autre aient tort, au point de vue où chacun d'eux s'est plat^.

Le soir, avant l'abattement de l'excitation générale produite par la veille, avant le repos de l'imagination et le calme des sens, le sUmulus, et partant les désirs, sont plus violenta. Mais il faut se garder de conclure de la violence des désirs à une plus grande énei^e dans la fécondité et le plaisir. Il est d'observation que les premiers temps des mariages d'amour ou J'inclioatioa sont très-souvent stériles, et que cet état cesse avec l'affaiblissement des désirs, amené par la satisfaction ou l'habitude. Il est également d'observation que les désirs trop longtemps prolongés amènent momentanément l'impuissance chez l'homme, et changent quelquefois les voluptés en douleurs poignantes, dont une hémorrhagie parle canal deTurëthrc si-

{() Sans contester. d'une mnniôre absolue l'inDucnce du jeâne sur le «lombre des conceptions, inlluenr^ qui, si elle était admise aussi impor- ■tanle qoe le prétend Villermê, !>erait en opposition avec ce que j'ai dit, pages 53 el suivantes, touchant les rapports Je la nutrition et de la Taculté génitale, je dois faire remarquer qu'au temps des pratiques sévères de la religion, le carême était une époque non-seulement d'abstinence, mais encore de continence, et que les mœurs se sont également relâchées sur Je jeûne et sur l'œuvre de la chair.

gnale rintensité. Donc le plaisir vénérien n'est pas toujours en* raison directe des désirs.

De plus, le coït, exercé le soir, n'a pas sur Torganisme Tem-pire absolu qui lui appartient, en raison même de l'agitation générale et de l'exaltation des facultés intellectuelles. Âpres un^ bal, où certes les stimulants erotiques ne manquent pas, on savoure mal les plaisirs de l'amour. Après la veille, l'économie réclame le repcs et non une nouvelle fatigue ; et puis l'imagination, cette folle du logis, comme la nomme Brantôme,, loin de rester où l'appelle le désir vénérien, fait quelquefois l'école buissonnière, qu'on me passe le mot, au moment même où son intervention est le plus nécessaire, et enlève au. plaisir un aliment précieux qu'elle donne, soit à un souvenir,. soit à une espérance, soit à un calcul.

Je ne parle pas de la fatigue plus grande, de l'épuisement plus profond qui succèdent au coït du soir ; je ne fais pas non' plus intervenir l'hygiène, dont les prescriptions sont contraires aux rapprochements conjugaux avant le sommeil ; je ne veuit constater ici que Tinfluence exercée sur l'acte génital par lasexcitations de la veille, et je suis forcé de reconnaître qu'eni ces circonstances, le désir acquiert une énergie qui est loin dese communiquer au plaisir. Victor Hugo serait donc plusdans la vérité s'il remplaçait le mot plaisir par celui de désir.

Au matin, après le calme et le repos de la nuit, l'orga-nisme et les facultés intellectuelles sont dans une espèce de sérénité béate, si je puis ainsi dire. La sensibilité a toute lai virginité de ses impressions, et la folle du logis, encore endormie, ne trouble, par ses divagations, ni les émotions de rûaie,.ni la rectitude de la raison. L'être physique et l'êtremoral sont tout entiers à la première sensation qui les sollicite,, et s'y îisïocient d'autant plus complètement que rien encorene les a distraits; sans doute l'impression qu'ils en reçoivent ne contracte pas épiloptiquement les fibres, mais les distend,^

CmCOllSTANCES ÉTRAirGËRBS A L'iUDrVIDU, 87

comme dirait Cabanis, et constitue tout à la fois une jouissance calme pour le corps et une joie |douce pour l'&me. Oui, te coTt, exercé le matin, aprôs une nuit de sommeil et de repos, n'est pas précédé de ces violents désirs qu'engendrent les excitations de la veille, mais il est accompagné d'une volupté qui, quoique moins délirante, porte la satisfaction et le bien-être dans toutes les parties de notre être. Ce ne pouvait donc pas être le désir vénérien qui donnait à Fontenelle l'envie de se marier.

n est sans doute beaucoup d'autres circonstances, telles que la digestion, l'équitation, etc., qui influent sur la génération ; mais comme sous leur influence peuvent naître des états pathologiques, j'aurai l'occasion de les retrouver dans divers chapitres de cet ouvrage.

J'ai bflte d'ailleurs de clore une introduction peut-être trop étendue, mais dont la longueur trouve son excuse dans le nécessités même de mon sujet qui réclamait ces considéra tions générales, aOn de me débarrasser d'explications san nombre 'qui eussent entravé % chaque pas la marche de mon discours.

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