IHPDISBAITCE SYMPATHIQUE. — FACULTÉS AFFECTIVES. S
• D'ailleurs, dans la très-grande majorité des cas, l'espèce d'impuissance que j'examine ici est relative et temporaire, et il suffît, pour la dissiper, qu'il entre dans le cœur du malade un de ces divins rayons d'amour que la femme sait si bien allumer au feu de sa coquetterie. Que te médecin ne dédaigne point cet auxiliaire ; il est presque invincible s'il agit de concert avec l'amante ou l'épouse de son malade.
2* Passions sympathiques. — Quand on considère que l'acte copulateur est sous la dépendance la plus entière des sentiments attractifs, on est conduit à proportionner l'énergie de l'acte, et par conséquent l'activité de l'appareil copulateur, à la force de ces sentiments attractifs, en d'autres termes, et pour employer un langage plus usuel, on est amené à penser que le coït est d'autant plu; facile et plus complet que l'amour qui le sollicite est plus violent et plus exalté.
Cette loi psycho-physiologique dont il est impossible de ne pas reconnaître la justesse et la réalité, souffre cependant des exceptions assez nombreuses pour qu'il soit utile de nous y arrêter un instant.
Quand le désir ou plutôt quand l'instinct du rapprochement des sexes a quitté ce vague nuageux qui, semblable à une atmosphère légère, entoure notre âme, et vient se placer sous l'empire de la conscience ; quand ses aspirations, abandonnant les vastes horizons de l'inconnu, prennent un corps pour ainsi dire, naissent h la vie morale et se concentrent dans la contemplation d'un être uni et réel, l'instinct devient sentiment, le désir sejfait amour.
Fidèle aux lois de son essence, l'amour, cette douce et magique expression de la portion sympathique de notre âme, s'exaspère des lenteurs et s'irrite des obstacles; pour vaincre 4es entraves qui lui cachent le but, il appelle à son aide toutes les forces de l'organisme, toutes les grandeurs de l'esprit, toute l'exaltation des sentiments, et va même chercher des
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ressources dans le monde des rêves et des enchantements. Au milieu de cette confusion étrange, de cette tension exigérée de tous les ressorts de la vie, Tâme n*exerce plus qu'un empire douteux, qu'une puissance tremblante ; si tout à coup elle est inondée d'un bonheur longtemps caressé, si elle est éblouie par l'apparition inattendue d'une félicité prochaine, elle se noie elle-môme dans une immensité de joies et de voluptés, abandonnant à leur délire, sans gouvernail et sans boussole, toutes les forces de l'organisme : « Si Ton considère, dit Virey, que l'&me éperdue nage dans un océan de plaisirs; que toutes les fibres du corps frissonnent sous les plus tendres caresses ; que Ton est plongé dans un enchantement universd, et comme ravi en extase de l'excès de son bonheur, l'on cornprendra qu'il faut revenir de cette secousse générale pour se livrer plus spécialement à une jouissance particulière. Non, sans doute, on n'est pas froid dans ces premiers instants du délire de la volupté ; on s'y sent, au contraire, comme englouti et submergé, on se cherche et l'on ne se trouve pas. Interdit de ce phénomène, et sentant néanmoins sa vigueur et la plénitude de sa force, l'homme se croit lié et comme en* chaîné dans le cours de sa victoire (1). »
Les exemples de ce phénomène étrange ne sont pas rares, et on les rencontre surtout chez les personnes nerveuses, mélancoliques, et dont l'esprit se platt dans les rêveries. Un des acteurs les plus distingués de Paris éprouva cet accident la première nuit de ses noces, bien qu'il eût eu antérieurement des rapports avec la femme qu'il épousait; seulement ces rapports ne s'étaient produits qu'au milieu de la gène et de la contrainte imposées par la suneillance des parents de la jeune fille, et le bonheur dans lequel le plongea la libre possession de ces charmes qu'il n'avait fait qu'effleurer, ne va-
(1) Vircy, De la femme sous ses rapports physiologique^ moral et littéraire. 2* éd. 1825, notes, p. 390.
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lalpsspotir lui la contrainte h laquelle il était auparavant Boodamné, Dans les Essais de médecine d'Edimbourg, on trouve rapirté, par le docteur Cocjfburn, un exemple d'autant plus remarquable de l'effet anapbrodisiaque de l'excès d'amour, l'impuissance qui en fut la suite se traduisit, non par le iêfant d'érection de la verge, ce qui est le cas le plus commun, par l'impossibilité de l'éjaculation, par ce que j'ai nommé ^atpermatisme.
Qu'on me permette de rappeler une partie de ce fait curieux bnt j'ai préccdeniment donné la narration entière (1) : « Un )bie Vénitien, dit-il, épousa à l'âge où l'amour favorise un mme avec complaisance une jeune demoiselle très-aimable, ffec laquelle il se comporta assez vigoureusement ; mais l'estiel manquait à son bonbeur : tout annonçait dans ses rapports le moment d'estase, et le plaisir qu'il croyait goûter l'échappait. L'illusion lui était plus favorable que la réalité, wlsque les songes qui succédaient à ses efforts impuissants e réveillaient par des sensations délicieuses, dont les suites l'étaient pas équivoques sur sa capacité. Cet époux malheu- EUï, rassuré sur son état, voulait-il prouver efficacement sa ■oissance et réaliser ses plaisirs, il en procurait sans pouvoir les partager; en un mot, l'érection la plus forte n'était pas accompagnée de ce jaillissement précieux qui fait connaître toute l'étendue de la volupté. »
Il est probable, commeje l'ai dit précédemment, que cet aa- Tiermotisme tenait à un état spasmndique des conduits éjacuiiteurs, lequel reconnaissait lui-même pour cause un excès d'amour, puisque cette difficulté d'éjnculation ne parait pas avoir oisté avant le mariage du malade qui ne serait pas, à coup sûr, entré dans la couche nuptiale, avec une semblable infirmité.
(1) Voyez la page 188.
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L'aspermatisme, dans le sens rigoureux que j'ai donné à« mot, est la forme la plus rare de rimpuîssance par excès d'amour : en dehors des cas exceptionnels coinme celui cité par Cockhurn, cette variélé d'anaphrodisie se traduit, ou par k manque d'érection, ou par une énergie, au contraire, qui n'esl autre chose que le priapisme ; mais quel que soit le caractèft. qu'elle revête, sa durée est ordinairement assez courte, et, sous ce rapport, Montaigne a pu dire avec raison aux époo trop amoureux l'un de Tautre : c Les mariez, le temps esUrt tout leur, ne doibvent ny presser ny taster leur entreprinse, s'ils ne sont prests. Et vault mieulx faillir indécemment k estreiner la couche nuptiale, pleine d'agitation et de fiebvrc, attendant une et une aultre commodité plus privée etracnnsallarmée, que de tomber en une perpétuelle misère, pour s'estre estonné et désespéré du premier refus. Avant la possession prinse, le patient se doibt à saillies et divers temps, légierement essayer et offrir, sans se J)iquer et opinîastrer à se convaincre définitivement soy-mesme (1). i
L'impuissance par excès d*amour mériterait à peine de nous arrêter si elle n'avait pas secondairement une influence ilcheuse sur l'imagination : elle est soilvent, en effet, le point de départ d'appréhensions qui, bien que chimériques, jouent, ainsi que nous l'avons vu, un rôle très-important dans l'acte copulateur, en paralysant toute énergie virile. Par conséquent, il est utile, surtout chez les esprits facilement impressionnables, de prévenir un premier échec; si la morale et les devoirs du mariage ne réprouvaient formellemeot un semblable expédient, je dirais avec Montaigne, qu'on ne peut trop se lasser de citer en pareille matière : cJ'en sçay à qui il a servy d*y apporter le corps mesme, demy rassasie d'ailleurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur: et
(i) Montaigne, Essais, t. I, ch. xx, p. 107, éciit. 1793.
IHIVISSAIICB STaPATBIQUE. — FACULTÉS AFFECTIVES. 381
qui, par l'aage, se trouve moins iropuissaat de ce qu'il est '".moins puissant (1).»
'■ Les bains prolongés, la diète, le régime iaeté, l'habitation '^ k la campagne, le cabne de l'esprit et les distractions sulïi- *' sent d'ordinaire pour ramener l'équilibre dans l'exercice de ' toutes les fonctions; chez les individus pléthoriques, on peut "- aller jusqu'à la saignée générale, ou se contenter de l'applica- '^ tion de quelques sangsues à la nuque, ou de fomentations " iroïdes sur la partie du crAne correspondant au cervelet. Chez ^ Jes personnes ner^'euses, au contraire, les opiacés, les bro-
* ^ures ou les antispasmodiques, ou les uns et les autres com- ^ binés ensemble, rendent de très-grands services ; mais tous
* oes moyens doivent céder le pas au raisonnement, et, avant ^ de recourir à une thérapeutique quelconque, le médecin doit < toujours faire un appel pressant à la raison de son malade. :
* 3' A/fections antipathiques. — Planque rapporte d'après '■ Blegny {journal de médecine^ t, I, p. 430), qu'une femme ^- éprouvait pour son mari un tel sentiment de répulsion,
qu'elle était prise de mouvements spasmodiques, et tombait ', même en syncope à la vue seule de l'homme qu'on lui avait i fait épouser.
Si l'antipathie est capable de pioduire chez la femme de semblables effets, on comprend sans peine l'action débilitante qu'elledoitexercersurlesorganes de l'homme, si directement soumis à l'empire de l'âme.
Certes, les exemples de cette influence néfaste ne manquent pas, et ils expliquent, sans les légitimer pourtant, les demandes si nombreuses de nullité de mariage par l'épreuve du congrès.
Est-il besoin d'insister sur cette cause si manifeste d'impuissance, quand on connaît l'essence de l'amour et les lois
(1) Loe. cit. p. lOi.
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qui président au rapprochement des sexes ? Ne suffit-il pas d'énoncer cette proposition comme un axiome, à savoir : que toutes les nuances, si nombreuses et si variées qu'elles soient, du sentiment répulsif, depuis la simple froideur jusqu'à b haine la plus profonde, âont les ennemis les plus implacables des excitations génésiques»
Si dans Ces conditions fâcheuses le coït doit éite exercé — e( il est malheureusement des circonstances sociales qui exigent un pareil sacrifice — la médecine ne peut intervenir, car ele n'a dans son arseiial thérapeutique une arme ni assez fortement ni assez finement trempée pour éteindJ*e ou même cilnler la haiile dans un cœur qui s'en enivre. C'est à l'anûtié qu'il faut confier le soin de la médication, pour le succès de laquelle le temps et les distractions sont aussi de puissants auxiliaires.