‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 49 sur 106 · C. — Appareil cérébral · texte numérisé non relu

C. — Appareil cérébral

Il n'en est pas de même de l'encéphale, et surtout de sa partie postérieure et inférieure, dont les relations avec l'ap- (areil génital sont si manifestes, que les plirénologistes pla- Kot dans le cervelet le siège de la faculté procréatrice.

11 est bien évident que je n'entends point parler ici des iffeclions cérébrales qui, agissant sur la masse encéphalique, Mtaijuent dans sa source l'innervation générale, dans laquelle

i\))iw]ie\. AbhaniHitngen mts itei- laenichlichen und vergteickeitden ■ '*Mtaiii«, p. 194.

l!| Traitf de physiologie, Ira.; par JourJaii. Paris, 1. V, |i. 15.

350 UIPUISSANCE CHEZ l'hOMMB.

est nécessairement comprise Tinnenation sexuelle. J*ai ailleurs abordé ces causes d'impuissance, je n*y re>ieudraipi

Mais il est des accidents, ou, si l*on aime mieux, dcslénov^ du ccr\cau qui, tout en respectant les fonctions du systèM nerveux, retentissent sur le sens génital, sans qu*il soit ^m blc d'expliquer cette action autrement que par les sympatU qui unissent Torgane cérébral et Torgane sexuel.

Planque cite quelques faits de ce genre qu'il n'est pas inui de rappeler ici : a Paul de Sorbait, dit-il, rapporte dans Journal (F Allemagne (déc. 1, an ii, obs. 104, p. 177), qu'i seigneur, ayant été blessé h l'occiput, était resté impui après sa guérison, n'ayant ni érection, ni éjaculation. Il n*i donc pas vrai, répond-il, que la télé ne contribue en rien coït et à la semence. Ainsi, ce n'était point sans raison Platon assurait qu'elle venait du cerveau et de la moelle allons gée : aussi avouons-nous que la semence est un excrément dl dernier aliment qui vient de toutes les purties, mais surtoÉl de la tôle. Au reste, nous avons plusieurs exemples d'une pÊ^ reille cause d'impuissance. Nicolaus dit avoir connu un jdl qui devint impuissant par une plaie de tète. Hildanus (cent.l^ obs. 50) assure avoir vu la mén)e chose chez un homme qô» huit ans auparavant, avait reçu un coup de b&ton sur b bregma droit; il n'entemluit [)oint de ce côté là. Hildandl croit (|u'aprés ce coup de této, il s'éiait écoulé contre naUnf une matière qui a obstrué les nerfs et même les artères fi servent à l'érection de la verge. Un autre homme a éprooii le même sort, après une chute sur le dos ; il sentait du plaiari mais il ne pouvait iH)int parvenir à l'érection. Il y a des an* trurs<pii prétondent que la semence vient du cerveau. De M nombre est Uonutus {Med. mirab. lib. IV, c. 18) ; mab Haies {Camp, elt/s., quiest. med. 58, § 20) combat ce sentiment, et demandant, au sujet de cette question, si la siign*

UIrilSfA>CE SïMl'ATHIOUE. — APl'ARlilL llLilll'.IIIl \L, 351

qu'on fait derrière les oreilles aux Scythes les rend stériles, il conclut^ 27 et 28) que cette saignée qu'on fait fréquemment, et dans laquelle on tire beaucoup de sang, affaiblit, et que le Jïoid qu'elle produit à la tcte est cause de la stérilité, sans nier cependaut une sympathie occulte entre les oreilles et les parlies de la génération. C'est pour cela qu'un jurisconsulte, au npport de bulaurens (Anat,, lib. VIII, quœst. h), a écrit qu'il fallait couper les oreilles à ceux qui volaient, pour les mpêcher d'engendrer de petits voleurs. Un soldat robuste, et )êre de trois enfants, eut les oreilles coupées pour différents trimes, et fut chassé hors de la ville {Ibîd., déc. 2, an vn, ap- ^nd., obs. 10, p. i6I) ; depuis ce temps-là, il ne sentit plus IncuR désir charnel et ne put avoir aucune érection (1). «

Malgré les bizarres explications que nos pères acceptaient ttr la foi d'Hippocrate, et qu'une observation plus saine et les jB^rès de la science ne permettent plus d'admettre aujourfliiiî, il est constant que des plaies de tétc, des conps sur le tervelet, déterminent une impuissance qui persiste, malgré Flbsence de toute lésion appréciable et plusieurs années après ■ guérison des accidents encéphaliques. Bien évidemment, me corrélation inexplicable, un lien occulte, en un mot, une Ifmpathie existe entre l'organe renfermé dans le crâne et Rltil qui sert à la propagation de l'espèce.

Cette sympathie va recevoir une nouvelle et éclatante dé- ■rastratiûu par ce que j'ai à dire de l'influence exercée sur le sens génital par les affections du moral, dont les facultés constituent, comme on le sait, la fonction la plus haute et la plus noble de l'organe encéphalique.

<3> Planiiue, Hihliollieque île mi-riecine^art. hirL'[SSANCK, l VI. p. 240

(it naniiue, tiinnomei

352 IMPUISSAISCË CHEZ L*110MME.

§ II. — Sympathies morales.

Me voici arrivé aux sources les plus fécondes d'impuissance, et, par conséquent, en face de difficultés également ardues pour l'écrivain et pour le praticien. C'est que rélément moral de notre nature, qui exerce sur les organes génitaux un empire à peu près absolu, subit des influences si diverses et si mystérieuses, qu'il est presque impossible de pénétrer tous les motifs de ses déterminations et tous les mobiles de ses passions.

Soumis aux exigences si nombreuses de l'organisme, l'élément moral en reflète les nuances multiples, qu'elles découlent, soit du tempérament, soit de la constitution, soit del'ftge, soit du sexe, soit de l'état de santé ou de maladie, soit des impressions du monde extérieur, etc. Livré, sous le contrôle seul de la conscience, à toutes les inspirations du libre arbitre, il se modifie et change à tout instant par l'éducation, par l'instruction, par l'expérience de la vie, par le spectacle des vices et des vertus dont la lutte est l'essence même des sociétés humaines; de telle sorte que, méandre insaisissable, l'élément moral échappe, pour ainsi dire, à toute analyse, et se joue des efforts tentés pour le saisir.

Cependant, sans vouloir faire de la psychologie, maisseul^ ment pour nous guider dans notre marche, quelle que soit notre croyance en la source à laquelle s'alimentent les idées et les passions, il faut reconnaître que l'âme, dans l'acceptioD la plus large du mot, manifeste deux sortes de phénomènes, unis sans doute par un lien commun, mais parfaitement distingués par une physionomie propre et par des caractères spéciaux ; ces phénomènes sont ceux que l'on désigne, les uns sous le nom de phénomènes intellectuels ^ et les autres sous le nom de phénomènes affectifs; cette distinction conduit à partager les facultés de l'âme en deux grandes classes :

IMPUISSANCE SYllPATUIQUE. — FACULTÉS INTELLECI CELLES. 353

facultés intellectuelles ti facultés affectives; facultés de l'entendement et facultés delà sensibilité morale.

C'est sous chacune de ces deux faces que je vais examiner 'influence morbide exercée sympathiquement par Télément moral sur le sens génésique.

A. — Facultés intellectuelles

Dans la thèse inaugurale que je soutins, en 18â4, devant la Facuhé de médecine de Paris, je trouve les lignes suivantes qui, à de longues années de dislance, sont encore l'expression de ma pensée : c Quelles sont les propriétés derdrae, ou, pour nous conformer à la langue des philosophes, quelles sont les facultés de Tâme relatives à Tentendement? Le cadre de ce travail ne nous permet pas d'entrer dans le domaine do la psychologie... Cependant deux mots nous semblent nécessaires, caries psychologistes- nous paraissent avoir confondu les facultés primitives de rcntendoment avec les résultats de ces mêmes facultés, alors que Tencéphale a déjà ressenti l'action de la force morale; ainsi le jugement, le raisonnement, la mémoire, etc., supposent une opération préalable; ils ne sont donc que des résultats secondaires et non des facultés pinnntives, comme on a voulu le dire. Pour nou?, nous renfermant dans Tétudè des phénomènes généraux, nous avons cherché quels étaient les hommes qui manifeslaient au plus haut degré les actes intellectuels, et nous n'avons trouvé que des artistes ou des savants. Nous avons été ainsi conduit à n'admettre que deux facultés primitives de Tentendemcnt : l'imagination et la raison. Tout ce que les psychologistes ont décoré du nom de facultés primitives de l'entendement ne constitue que les attributs de l'imagination et de la raison ; ce sera, i-i l'on veut, des facultés secondaires, mais jamais des facultés prunitives : art et

IlOURAUD. 23

35& IMPUISSANCE CHEZ l'hOHME.

science, voilà tout l'entendement ; imagination et raison, voilà les deux piliers de Tédifice (1). >

L'imagination est cette faculté éminemment créatrice, qui fait revivre les souvenirs du passé, donne un corps aux désirs du présent et anime les espérances de Tavenir ; elle est en toutes choses distincte de la raison qui, elle, nous fournit les moyens de connaître et d'apprécier la réalité ; tandis que Tune nous ouvre sans cesse des horizons immenses et nous découvre des mondes remplis de fantômes gracieux ou terribles, l'autre, au contraire, nous enserre dans les liens d'une réalité brutale, et nous montre la vie sans prisme trompeur, comme sans voiles séduisants.

Ces deux facultés, dont l'empire s'exerce sur des domaines si différents, ne sauraient être atteintes de la même manière, c*est-à-dire que les troubles de l'imagination et de la raison ne sauraient découler de la même source : les premiers, participant de l'essence même de la faculté qu'ils agitent, s'inspirent d'un rêve, d'une croyance purement gratuite, en un mot, d'une idéalité ; les seconds, au contraire, ont pour incitateur la réalité qui leur sert à la fois de fondement et d'excuse.

Je m'explique.

Deux honmies, au moment d'accomplir le coït, se trouvent tout à coup frappés d'impuissance : l'un se croit sous l'influence d'un sortilège, l'autre s'est aperçu que la fenune avait ses règles. Chez le premier, le trouble naît d'un mensonge; chez le second, le trouble a la realité pour point de départ; chez celui-ci, l'imagination s'en est laissé imposer par un fantôme ; chez celui-là, la raison a plié sous le poids de la vérité.

La distinction, que je m'étudie à établir ici, est importante au point de vue de ce livre; plus je réfléchis au parti que l'on

(1) Roubaud, Des passions, p. 27.

IHFDISSANCE SYMPATHIQUE. ~ FACULTÉS INTlfLLECTGKLIfS. 365

en peut tirer pour le diagnostic, le pronostic et surtout le traitement de l'impuissance, plus je m'étonne de ne pas la voir, je ne dirai pas indiquée, mais même soupçonnée chez ceux-là mêmes qui ont fait une étude toute spéciale de l'influence du moral sur le physique.

Je vais donc, contrairement à mes devanciers, examiner séparément l'empire exercé sur le sens génital, et par les troubles de l'imagination et par ceux de la raison.

I. — Troubles de rimagination. ■ — S'il m'était permis de me servir ici du langage philosophique, je dirais que ces troubles sont ou objectifs ou subjectifs.

Ils sont objectifs, qi.and ils ont leur source en dehors de celui-là même qu'ils afTectent ; ils sont subjectirs, quand ils découlent de celui-là même qui les éprouve.

Les premiers sont incontestablement les plus nombreux, car ils embrassent le temps, l'espace, les lieux, tous les objets de la création : tel homme croit à l'influence fâcheuse d'une lune, d'un saint du calendrier, d'un jour dans le mois, ou d'un mois dans l'année ; tel autre s'imagine que la lumière, que le plein air paralysent ses organes; celui-ci ajoute foi aux diseurs de bonne aventure, aux esprits malins qui jettent des sorts et qui nouent faiguilletle; celui-là, interprétant i sa façon un sourire, un regard, uneparole de la femme aimée, . ou même par l'effet seul de son imagination, se dit victime de l'indiCTérence, du dédain et même du mépris de l'objet de son amour, etc., etc.

Certes, les exemples de ces sortes d'impuissance fourmillent partout : tantôt fugitive, tantôt plus tenace, elle est indistinctement l'apanage des intelligences d'élite ou des esprits bor* nés et crédules; le catalogue des faits de ce genre rapportés par les auteurs serait pour moi une mine féconde, si je me proposais d'amuser bien plus que d'instruire. Cependant, je dois faire une exception en faveur de Montaigne, dont ou me

ces des troubles objectifs de l'imagination; rimagination, cette folle du logis, comme l'appelle Brantôme^ participe tellement à tous les actes de la vie, est à ce point tributaire de toutes les croyances et de toutes les superstitions, que prétendre énumérer ses mobiles serait vouloir analyser Tétat moral de chaque individu du globe. Il m'a sufû d'avoir indiqué la nature de ces troubles, pour poser la limite de leur cadre et tracer la conduite à tenir en de pareilles circonstances.

Il me faut maintenant aborder les troubles subjectifs de l'imagination qui constituent, sans aucun doute, l'impuissance par sympathie morale* la plus difQcile à guérir.

Ces troubles ont leur source dans la personne même qui les éprouve, en d'autres termes, ils ont pour cause et pour fondement une erreur sur l'énergie copiilatrice de l'appareil génital.

Leur point de départ est tantôt dans une croyance purement imaginaire, et tantôt dans une erreur sur un fait réel, soit antérieur, soit actuellement existant.

Sous le premier rapport, une affection des organes génitaux est presque toujours le p-étexte derrière lequel s'abrite le malade : l'un se croit atteint de pertes séminales, et par suite d'impuissance; l'autre invoque une dégénérescence de la prostate; comment voulez-vous que j'éjacule, me disait un troisième, j'ai un rétrécissement de l'urèthre qui devient si formidable au moment de l'érection, qu'il est impossible au sperme de s'écouler; et la crainte de l'aspermatisme glaçait ses sens au moment du coït. J'ai donné mes soins à un homme dont les motifs d'impuissance se rattachaient assez singulièrement à des souvenirs de famille : Depuis trois générations, me disait-il, nous sommes tous frappés, à trente ans, d'une maladie bizarre des organes génitaux; rien, dans l'aspect des organes extérieurs, ne dénote ce mal, et il faut môme une grande attention et une certaine habitude pour en saisir quelques symptômes douloureux. Le signe principal, et celui qui se

IHPCISUNCE SmPATHIQUE. — FACDLTÉS INTELLECTUELLES. S60

manifeste le premier, est un affaiblissement de la virilité ; mon grand-père l'éprouva quelques mois avant sa trentième année ; mon père le ressentit, au contraire, quelques mois après le même âge; et moi j'en ai constaté l'existence quinze jours avant le trentième anniversaire du jour de ma naissance. — Et cependant, comme son grand-père et son père, le malade gui me consultait n'avait perdu ni les désirs vénériens, ni la faculté érectivc, ni la faculté éjaculatiice; seulement l'érection et l'éjaculation ne se produisaient que dans le silence de la solitude, soit sous forme de pollutions, soit amenées par la masturbation. Le souvenir de la prétendue infirmité héréditaire inspirait au malade un tel sentiment de honte, et lui donnait une telle certitude d'un échec, que la terreur, en face d'une femme, remplaçait le désir et glaçait l'énergie de l'organe copulateur.

Commeon doit le comprendre, les sujets d'effroi que peuvent invoquer les malades sont aussi innombrables que les fantômes que leur imagination peut créer, et le domûne de l'imagination est infini.

Mais quand ces troubles se rattachent à une erreur dont l'objet est un fait réel, accompli depuis un temps plus ou moins long, ou actuellement existant, on peut concevoir des limites aux causes de ces troubles, parce que la réalité est finie et bornée.

La nosologie est la mine féconde où les malades vont encore puiser leurs prétextes; on se fait difficilement une idée des relations absurdes, extravagantes, qu'on me passe le mot, qu'un esprit troublé et ignorant des choses de notre art, établit entre les organes génitaux et les affections les plus étrangères à cet appareil.

Je fus un jour très-sérieusement consulté par un jeune homme que son tempérament lymphatique et sa constitution malingre condamnaient à de faibles désirs vénériens et à

360 IMPUISSAKr.R CHEZ L IIOMMC.

une \irilit(^ paresseuse, et qui attribuait, avec une conw lion profonde, cet allanguissement du sens génital à une déviation congénitale du sternum dont il était affecté. Un autre, ayant eu connaissance des fables répétées depuis Hippocrate, qui, le premier, en fait mention, sur les rapports sympathiques des oreilles et des organes génitaux, s*imagina qiil serait atteint d'impuissance (et cette crainte ne tarda pu à amener cet état) parce que, suivant la coutume de soi pays, on lui avait percé les oreilles pour y suspendre ua bijou.

Mais c'est surtout vers les lésions de l'appareil génital que se portent les préoccupations du malade ; sous ce rapport, les névralgies urothrales, et celles du col de la vessie jouent un rôle très-important. Ici, les appréhensions du malade ont un prétexte réel, la douleur, et, pour les personnes étrangères à la médecine, la donleur est toujours le symptôme d unelésioii anatomique, d'une affection organique; Tin terra ittencf môme qu'affectent les douleurs névralgiques est, pour une imai^ination troublée, un motif plus grand d'effroi et de te^ reur ; c*est dans des circonstances semblables que les malades songent aux dégénérescpnces de toutes sortes, aux désordres les plus affreux : les ulcérations dans Turèthre» sur la prostate, dans les vésicules séminales, sont la menue monniie . dont les plus courageux'se contentent; mais le plus ordinairement, et après l'incubation d'une nuit d*insomnie, c'est le cancer, c'est b^ carcinome, ce sont des tubercules qu'ils disert avoir envahi leur appareil génital et avoir desséché en efl* toute source de virilité. (Vest rhypochondrie avec toutes s«» étrangetés, avec toutes ses terreurs.

D'autres fois, aucun état niorbide n'existe actuellement, ^ l'imagination dïi malade est troublée par la crainte des co^ séquences lAcheuse- cju'a pu amener, et qu'a amenées eneHî^^ une affection antérieure, quelque ancienne et quelque bér* '

IHI'L'ISSIKCE SYIWPATHKJUE. — FACULTÉS INTËLl.EClUEI.r.ES, SOI

Wrjd'eJIe ait pu être. Le tabescent guéri croit difficilement au retour de sa virilité; ic niasturbaleur doiil les manœuvres Ini fe;sé depuis lon^rtomps entrevoit l'impuissance comme )n Iriste et certain héritage deroniini-nic,; la syphilis a, chez hm, lart la sécrétion sperm:iti([uo, cl, par siiiti;, la source de Incitation génésiaque; chez rautr<>, fixée sur quelque point l'appareil générateur, elle empiîchc le jeu régulier des roua- ;es et s'oppose d'une façon r[uelconque au libre exercice de la bnctîon copulatrice, etc. Mais de tous ces motifs, il n'en est peut-être pas de plus fréquent, et l'on peut môme dire de plus commun, qu'un échec copulateur précédemment essuyé en ^sence d'une femme. Une mésaventure de ce genre, quelle fu'en soit la cause, laisse dans l'esprit une préoccupation ffLtheuse, qui, entretenue et aggravée par l'imagination, détend, (our ainsi dire, les désirs vénériens, et les empêche de réagir «ffisamment sur l'appareil copulateur.

Il n'est pas toujours aussi facile qn'on le pense de triompher de semblables appréhensions. Quand !e malade s'imagine que fon premier échec est sous la dépendance d'une affection quelconque, on peut, en feignant le traitement de cette affeclinn, ramener peu à peu le calme dans son esprit troublé ; mais quand l'erreur portesur l'énergie copulatrice elle-même, c'est-à-dire quand le malade se croit atteint d'une impuissance Ksenticlle, sans relation avec une altération organique quelconque, les difficultés sont énormes. Si l'on se contente de Touloir rassurer le moral du malade, et que l'on eîsaye de lui pnHHer que l'appareil génital n'a rien perdu de son énergie, "n ne dissipe qu'à moitié, si même on y parvient, ses craintes chimériques; si, au contraire, feignant de partager son erreur, on prescrit, non une médication, mais un aphrodisiaque, *"iî'eïposc à déplacer ou même h augmenter les préoccupations du malade, qui, au moment du coït, alors que l'attenlifiii doit être complètement absorbée dans l'ivresse des désirs,

362 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMME.

analyse ses moindres sensations pour s*as?urer de reflet de l'agent prescrit.

Cependant cette dernière méthode est la moins incertaine; mais en l'employant, le médecin doit absolument user de toute son autorité; il doit promettre le triomphe, non plus avec le doute scientifique, mais avec l'assurance d'une conviction profonde. En pareille occurence, l'hésitation est funeste. La ofttare de la prescription importe peu ; il faut, avant tout, paraître assuré de son efficacité. M. le docteur Amédée Latour a rapporté, dans la séance du 3 janvier 1843 de la Socièi médicale du Temple^ un exemple de ce genre : c Gomme chei la plupart des gens du monde, dit-il avec raison, les conseils les plus sages et les plus opportuns perdraient de leur prii s'ils n'étaient corroborés par quelque prescription pharmaceutique, je crus devoir prescrire quelques toniques, et je fis choii du quinquina et du safran. Mais surtout, la saison étant encore convenable, j'engageai fortement les deux époux à aller prendre quelques bains de mers. J'annonçai avec cissurance la guérison pendant le voyage (1). >

Ce fut cette assurance qui constitua la partie réellement active de la médication.

Les fait^ de cette nature se rencontrent tous les jours dans la pratique, que les causes de l'impuissance se rattachent ou à un état morbide antérieur, ou à l'affaiblissement prétendu de l'appareil génital, ou à toute autre chimère de la folle du logis.

Je n'ai pu rapporter ici, on le comprend, que les circonstances les plus ordinaires, que les sujets d'effroi les plus communs ; mais on conçoit que leur catalogue puisse être plus étendu et embrasser le cadre tout entier de la nosologie. Leur énumération, fastidieuse au dernier point, ne jetterait aucune

(0 Gazette des hôpitaux, 1842, p. 95.

IJIE'riSSA.\CE SïMPA'lllIQUi:. lAClLTËS INTEl-LKClLELLliS. 367

Iphrodisie, la connaissance des cau$;eg qui ont fait naître et tenlreliennent l'affeclion, on mé pardonnera l'excursion que ■■je me suis permise dans le domaine de la psychologie, car, ainsi qu'on va le voir, elle trace au praticien une route moins Rnbscure et moins épineuse que celle de mes devanciers.

Dans la niajoritû des cas, la raison ne perd que moraentatnénient ses droits, et l'impuissance qui en résulte est, comme i troubles de cette faculté, essentiellement fugace et passais. Les exemples que j'ai rapportés plus haut, tels que ceux j rinipuissance amenée par la vue des règles, 'par l'audition D bruit inattendu, par la nouvelle d'un malheur ou d'une ide joie, etc., font comprendre que la force virile, un utant suspendue, rentre bientôt dans toute la plénitude de H prérogatives, sans que la médecine ait jamais à intervenir. Cependant la cause première de ces troubles, exaltation de Imagination ou émotion des facultés affectives, peut avoir i û profonde qu'elle survive au fait qui lui donna naissance, t se perpétue pendant un temps plus ou moins long. Je me i^ipetle UD malade dont l'impuissance datait du jour de la urt de son fils, et qui échouait à chaque tentative du coït, e que son imagination, établissant une espèce de rapport entre l'acte qu'il allait accomplir et la perte qu'il avait faite, ù rappelait, avec l'image de l'enfant, toute l'étendue de sa douleur.

J'ai précédemment rapporté le. fait de ce malheureux devenu impuissant à la suite de la frayeur qu'il éprouva pendant IVcident survenu, en 1839, sur le chemin de fer de Voriailles (rive gauche), sans que quelque autre symptôme, soit moral, soit physique, fit soupçonner une lésion des centres f nerveux.

Bien évidemment, selon que les troubles de la raison sont r sous Ja dépendance de l'imagination ou des facultés affectives, [m conduite à suivre est différente. Dans le premier cas, le

fZ^

368 IMPLISSANCR CU£Z l'hOMME.

médecin demande à Tesprit ses moyens d*action ; dans le second, au contraire, il ne les trouve que dans le cœur.— On dissipe les fantômes de Timagination, non par des lannes de joie ou de douleur, mais par le contraste d'autres fantdmes, par la raillerie, par le raisonnement, etc., tandis que ces armes s'émoussent contre une âme ivre de bonheur ou brisée par le chagrin.

Ces considérations doivent suffire pour indiquer la conduite que le médecin doit tenir; cependant ne peut-on pas demander si, comme dans les troubles de l'imagination, il Q*estpe nécessaire de recourir à quelque prescription pharmaceutique, pour contenter au moins les exigences quelquefois absurdes des gens du monde ?

On peut répondre, en thèse générale, que les prescriptions pharmaceutiques sont toujours d'un effet salutaire dans l'impuissance par sympathie morale, parce que le malade, dans la très-grande majorité des cas, n'a recours à notre art que pour les médicaments qu'il donne. Il faut donc établir, comme règle générale, dans les circonstances dont je parie, la nécessité d'une ordonnance pharmaceutique; mais il but prendre garde aussi de ne pas tomber dans un écueil contraire, et de ne pas se faire accuser d'erreur par ceux qui, se rendant parfaitement compte de leur état moral, ne viennent demander au médecin que les règles d'une conduite à suivre ou les conseils de l'amitié.

A moins de sprcifier tous les troubles moraux, ce qui est impossible, on ne peut rien prévoir ni préjuger d'avance. Les indications spéciales rcssortent de circonstances individuelles dont l'appréciation est entièrement abandonnée au tact et au jugement du médecin. C'est dans cette appréciation, bien plui que dans des préceptes formulés dans un livre, que Tlionimc de l'art doit chercher ses inspirations et trouver sa rè^le de conduite.

UtFDISSAMCK SVHFATtlIQUE. FACULTÉS AFFRC11VES. 369

B. — Facultés affectives.

La physiologie, si je puis me servir de cette expression, la physiologie des fonctions affectives de notre nalure morale est encore plus remplie que la psychologie mlellecluelie de confusion et de malentendus : jetant dans un péle-mèle inextricable toutes les aspirations de l'Ame sensitive, on en a dressé ' une liste plus ou moins méthodique, et on les a ensuite, sous le nom de passions, classées dans un ordre la plupart du temps fiintaisiste.

Cependant une distinction rationnelle n'est pas moins importante à établir parmi les facultés affectives que parmi les facultés intellectuelles ou que parmi les fonctions de l'économie animale, et l'on s'étonne de l'arbitraire avec lequel ont été divisés les sentiments de l'àme, quand la nature elle-même a indiqué les bases de cette classification.

Ed effet, lorsqu'on analyse les facultés de la vie affective, on ne tarde pas à se convaincre qu'elles peuvent toutes ôtre jamenées à deux types fondamentaux, la sympathie et l'antipathie, dont le premier nous pousse vers l'objet qui a ému notre Ame, et dont le second nous en éloigne au contraire. - Mais de même que toutes les fonctions de l'organisme qui servent à nous mettre en relation avec le monde extérieur ont des intermittences d'action, de même les fonctions de la vie affective n'ont pas une continuité absolue d'exercice; cette suspension de l'activité affective, en arrachant le consensus intime à l'inHuence de ses excitants fialurels,constitueun état passif de l'âme dont l'étiologie de l'impuissance doit tenir grand compte, comme on le verra tout à l'heure.

Je donne le nom d'apalhie à cette absence permanente ou momentanée de la sensibilité morale.

Les facultés affectives, quand elles s'accomplissent selon le RooBAUD. a

i^d iMPUlSSAMCE CHEZ L^HOMME.

type normal d'activité inhérente à chaque idiosyncrade, s'aiM pellent sentiments moraux; quand, au contraire^ elles s'exécutent avec une énergie et une impétuosité que ne comporte pas le type régulier des autres fonctions de l'organismei dis prennent le nom de passions, qui bientôt entraînent le dâire et la folie, si la faculté surexcitée absorbe et annihile rexerciœ des autres facultés.

La distinction que je cherche à établir ici me paraît de h plus haute importance, car si le sentiment est l'expression physiologique d'un phénomène de la vie morale, la passion en esl une manifestation morbide qui h'est jamais sans influence siir l'exercice régulier des fonctions de l'organisme ou des facultés de l'esprit* — L'histoire des sentiments est du domaine de la physiologie, tandis que l'étude des passions incombe fatalement à la pathologie.

Mais, ainsi que je l'ai laissé pressentir tout à l'heure, la passion est un état essentiellement relatif, et qui se mesure, non sur un type donné, mais suivant les conditions d'activité que chaque individu porte en lui ; ainsi l'homme du Nord se croirait à coup sûr sous l'empire de la passion, S'il • avait Tenthousiasme et l'exaltation des sentiments de l'homme dii Midi^ Chacun sent à sa maniète^ dit-on communément, et pour être dans le vrai, il faut que chacuii mesure ses passions an tberihomètre de ses sensations et de ses émotions.

La passion n'étant que l'exaltation des facultés affectives, leur dénombrement et leur classification sont donc les mêmes que ceux des sentiments moraux ; nous aurons donc :

1* Les passions sympathiques ;

2° Les passions antipathiques.

Ou pour les exprimer par les mots propres et consacrés par le langage de tous, nous aurons :

1* L'amour ;

2* La haine,

tUralSdARCE SÏNPATilIQVE. — FACULTÉS AFFECTIVES. 371

avec les nuances infinies dont les hasards innombrables de la vie colorent ces deux manifestations extrêmes de l'Âme.

Nous allons donc rechercher, au point de vue qui nous occupe, l'influence exercée sur la fonction copulatrice; 1* par l'absence des sentiments moraux ou apathie; l' par l'eialtation des sentiments sympathiques ou passions attractives; 3* par l'exaltation des sentiments antipathiques ou passions répul' rives.

i* Apathie ou indi^érence amoureuse. — Cet état étrange de r&me, que ne seiireieiit émouvoir les plus grands comme les plus doux spectacles de la nature, est lié, taiitdt à certaines birconstances organiques, comme le tempérament lymphatique, la faiblesse qui suit les longues maladies, les hémorrhagies copieuses, etc. , etc., et tantdt h certaines conditions du moral lui-même.

Dans le premier cas, l'absence des désirs vénériens se prolonge plus ou moins longtemps, et sa durée est en rapport avec celle des circonstances organiques qui la tiennent sous leur dépendance.

Dans le second cas, la Condition morale qui entraîne l'apaibie tient à plusieurs causes : ou bien elle est le résultat de l'exercice exclusif d'une faculté morale, soit intellectuelici soit abective, autre que ta faculté génésiaque, et qui absorbe à son profit toute l'activitë del'ftme, ainsi qu'il arrive dans tes études abstraites, dans l'exaltation des idées religieuses, dans celle d'un sentiment de haine, de vengeance, etc., etc.; ou bien elle est amenée par la perversion, par l'aberration ou par tout autre état particulier de la faculté erotique elle-même, comme chez les sodomistes et les masturbateurs, par exemple, dont les organes copulnteurs ne répondent plus à leurs excitants naturels, tant internes qu'externes.

Je me suis précédemment occupé de l'empire qu'exercent sur les désirs vénériens tes conditions vitales de l'organisme,-

S72 IMPUISSANCE CHKZ l'hOMME.

et j'ai sufQsamment étudié riufluencc de ces couditionS|U physiologiques que morbides, pour qu'il soit inutile d'y rr nir ici.

Quant à ce qu'on pourrait appeler prédisposition mon j'ai également, et par avance, défloré ce sujet en trditant| i des excès des travaux de cabinet, soit des troubles des facul intellectuelles, et je compléterai tout à l'heure ce cadre en p lant des troubles des facultés aflectives.

Il ne me reste *donc à examiner ici que cet état particol de l'àme, dans lequel l'homme, sans haine, sans motifs lé times d'éloigncment pour la femme qui lui donne ses caress ne trouve dans son cœur que la froide indifférence qui, étouffant les désirs, arrête et suspend toute activité dans Y pareil copulateur.

On pourrait désigner cet état par les mots A'apathie ess^ tielle.

Cette apathie est amenée par les causes les plus divers chez le pédéraste et le masturbateur, la faculté excitatrice sens générateur semble s'être fait une autre nature sous Xi pire de l'habitude, et avoir déraillé de sa voie normale p subir l'influence exclusive d'excitations factices; chez ceux un souvenir, quelle que soit la sphère où il se déroule, a pouvoir analogue à celui de l'habitude; chez ceux-là enfin source de l'indifférence amoureuse se perd dans ce labyrit inextricable que peuplent le caprice, les bizarreries de c« tère et les excentricités de toutes sortes.

L'éloignement des pédérastes, des sodomistes, des triba et des masturbateurs des deux sexes pour les rapprochent sexuels est assez connu pour qu'il soit inutile den i porter des exemples. Celui qui est sous la dé[)endance ( caprice, d'une étrangeté de mœurs ou de caractère, de lan môme, est tellement individuel qu'il échappe en quelque s à l'analyse. II faudrait faire ^hi^toire des bizarreries de l'es

ISIPUISSAÎïrE STMPATHTODE, — FACULTÉS AFFECTIVES, 373

humain, ce que j'estime impossible, bien que des essais, je ffois, aient été lente? sur c« sujet.

Cependant, je rapporterai le fait suivant, comme spécimen décès bizarreries, et aussi pour l'enseignement thérapeutique ^i en découle.

H. X..., fils d'un général du premier empire, nvait été élevé dans le chftteau de son père, et n'en élait sorti, h l'âge de dixhuit ans, que pour entrer à l'École militaire. Pendant cette h)[ig(ie solitude à la campagne, il avait été initié, k l'Age de ijiMtorzo ans, aux plaisirs do l'amour, par une jeune dame, imie de sa famille. Cette dame, alors Agée de vingt et un m, était blonde, portait des cheveux à l'anglaise, c'est-à-dire *n lire-bouchons, et, eu égard aux précautions qu'elle était obligée de prendre pour cacher à tous les regards son intrigue amoureuse, elle n'avait jamais de rapports avec son jeune Miant que dans un costume de jour, c'est-à-dire chaussée de brodequins, serrée dans un corset et portant une robe de soie.

Tous ces détails, que j'énumère avec intention, eurent la plus grande influence, non-seulement sur la faculté excitatrice du sens génital, mais encore sur toute l'existence de M.X...

La jeune dame, fort passionnée, à ce qu'il paraît, abusa de* forces du jeune néophyte, et il ne fallut rien moins que le régime sévère et la continence de l'École militaire, pour fendre aux organes génitaux l'énergie qu'avaient compromise fe pratiques anticipées et trop fréquentes.

Mais lorsque, rendu à la liberté et aux plaisirs de la vie de ^rnison, M. X... voulut jouir des droits que la nature semblait lui avoir restitués, il s'aperçut que les désirs vénériens 18 s'éveillaient qu'auprès de certaines femmes, et avec le con- Wurs de certaines circonstances; ainsi, une femme brune

""Excitait en lui aucune émotion, et le costume de nuit sufC-

■ùtpour éteindre et glacer tout transport amoureux.

S7lk IHPUISSAKCE CHEZ l'uOMMB.

Pour que son âme trcssailltt sous Taiguillon du désir et de la volupté, il fallait que la femme fût blonde, coiffée à l'anglaise, chaussée de brodequins, emprisonnée dans un corset, vêtue d'une robe de soie, en un mot réunit toutes les particu* laritésque le souvenir de M. X... gardait de ses premiers ébaU erotiques.

Ce n'était point un de ces souvenirs d*amour insensé, doot le magique pouvoir s'étend sur toute une existence. Dans lei premiers rapprochements sexuels, M. X.«. n'avait apporté que l'appoint de ses organes ; son cœur était toujours resté étnn« ger à cette union, dont le but était le plaisir; et, à \ingtcinq ans d'intervalle, M. X..., en me consultant pour son étrange infirmité, m'avoua n*avoir aimé, avec le cœîir^ qu'une seule femme, à laquelle il n'avait jamais osé adresser sa hommages, parce que, coïncidence bizarre I cette femme était brune.

Sa fortune, son nom, sa position sociale, faisaient depuis longtemps un devoir à M. X... de se marier, et il avait too* jours résisté aux sollicitations de sa famille et de ses amis, parce qu*il se savait incapable d'exercer le coït dans le négligé de lu couche conjugale. Certes, un semblable motif eût été difGcile à pénétrer, car Tinfortuné jouissait d'une santé à toute épreuve, était d'un tempérament bilioso-sanguin, avait une taille au-dessus de la moyenne, et une constitution si robuste que, pendant plus de quinze ans, il avait été officier dans un régiment do grosse cavalerie.

Bien é\idomment M. X... n'était atteint que d'une impui?sanco essentiellement relative, car lorsque la femme était blonde et lorsque les conditions énumérées plus haut se trouvaient réunies, il accomplissait la fonction copulatrice avec toute Ténergie d'une forte constitution et l'ardeur d'un te©' pé rament amoureux*

Rentré dans la vie civile, et tourmenté plus que jaiBtf*

UfPCTSSAnCE SYMPATHIQUE. — FACULTES AFFECTIVES. 376

par sa famille au sujet de son maringe, il voulut tenter un dernier effort et vint me consulter.

Pendant la longue conversation que nous eûmes ensemble,

ecnis ra 'apercevoir que M. X... n'avait qu'une foi douteuse, ;; Mn-seulement en moi, mais encore dans la thérapeutique de I l'impuissance, et que, par conséquent, il me fallait, avant toute

(hose, et par quelque moyen que ce fût, conquérir sa coh- I fiance en faveur de la science et en raèrae temps en faveur de irenicacitô du traitement que je lui prescrirais.

Dans de semblables occurrences, tout discours est superflq

4t tout raisonnement se brise contre i'incrédulilii systémapiquedu malade; il lui faut un phénomène physique, palpable, Inatéricl contre la négation duquel sa raison se révolte ; ce ménomène obtenu, sa confiance est d'autant plus absolue que

Bon incrédulité a été plus profonde.

I Eu conséquence, je résolus de frapper un grand coup. I Bâchant, par l'expérience que j'en avais acquise, que la moitié iwale de mon ordonnance serait exécutée, je prescrivis une I potion cantharidée assez énergique, et conseillai le coït avec lOnefemme brune et sans corset, deu\ heures après l'ingestioti idu médicament.

I Ainsi que je l'avais prévu, la potion fut avalée, mais le rap- Iprocheraent sexuel ne fut pas même tenté, car jamais l'homme

ïie s'expose à un échec amoureux qu'il regarde comme cer-

Uin, Mais l'effet que j'attendais de l'emploi dos cantharides s'é-

tant produit, et le malade ayant été tourmenté toute la nuit par I lue érection qui n'était pas sans quelque souffrance, la scène, I changea de face : M. X... crut avoir enfin rencontré l'agent I iiiédicainenteuï qui seul pouvait contre-balancer la fâcheuse ■ influence de son moral.

Le lendemain, ne pouvant venir me revoir, maïs voulant '^prendre un second flacon de ma liqueur magique, comme il

S76 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.

m'écrivait, il rae demanda s'il pouvait se servir encore delt même ordonnance, ce à quoi je m'opposai, dans la crainte d'une aggravation de la cystite, et lui envoyai une prescription où ks cantharides ne jouaient aucun rôle.

A partir de ce jour, toutes les potions que j'étais obligé de prescrire, étaient inertes, et produisaient cependant antani d'effet que la première; le malade pouvait exercer le coîtanc une femme brune et dépouillée de son corset.

Pendant assez longtemps, pendant plus de six mois, ks rapprochements sexuels ne furent possibles qu'avec l'aide d'une potion qui était censée contenir l'agent médicamenteox assez puissant pour conjurer l'empire de l'âme; ce ne fut que progressivement et à la longue que M. X... parvint à se passer, pour l'accomplissement de l'acte copulateur, du concoars de la médecine^ aujourd'hui même, il est si parfaitement convaincu que le médicament prescrit a exclusivement agi sur ses organes, que ce serait, à coup sûr, s'exposer au retour des phénomènes morbides, si l'on parvenait à le convaincre que le traitement qu'il a subi a été un traitement purement moral.

La conduite que j'ai tenue dans la circonstance que je viens de rapporter, quoique couronnée d'un plein succès, ne saurait être conseillée d'une manière absolue; la règle à suivre se tire des causes de l'apathie elle-même. Cependant, comme auxiliaire de cette médication spéciale, individuelle, pour mieux dire, il faut souvent avoir recours aux excitants moraux dont j'ai plusieurs fois parlé dans le cours de cet ouvrage, ainsi qu'aux moyens physiques dont Teffet excitateur se fait principalement sentir au cerveau, comme un repas délicat, l'usage moJéré des liqueurs alcooliques, la musique, la lumière, les pnrfiims, etc., et enfin à ceux qui s'adressent de préférence aux facultés intellectuelles, afin que leur excitation éveille le consensus génésiaque endormi. .

Page 1