CHAPITRE m
FRIGIDITÉ ORGANIQUE SYMPTOMATIQUB
Gomme l'impuissance chez l'homme, la frigidité de la tfto0 est symptomatique, tantôt d'un état physiologique, 0000^
FRIOIWTÉ SyaPTOMATHjrE Il'uM ÉTAT PATlIOLOr.lQlE. flfiS
falions, laiitôl graves, tantôt futiles, on lui procure des dis- Iraelinris capables d'éveiller tout à la fois sa sensibilité morale elsa sensibilité physique. Ces distractions ne sauraient être ' les mûmes pour toutes les femnaos : aux unes, il faut le hal, Itles speclacles, la société des horanaes ; aux autres, la poésie, les llniDaDS, la solitaire contemplation desbcaux-arls ; chez celles-ci, Hivue de lu nature, la solitude des bois, le charme de la cam- Ipsgne, eiciteiit de tendres émotions; chez ccUes-là, enfin, fflme ne s'ouvre qu'aux impressions douces ou aux émotions tterribles des voyages.
l On ne peut donc, à priori, Qxer les règles à suivre dans le Moix de ces distractions. L'élément moral a, pour se détcr- Itaîner, tant d'excitants divers, tant de mobiles à nuances si [dungeantes, qu'il faudrait, pour tracer ces règles. Établir lo
Ein de chaque individualité et dresser l'inventaire de chaque e en particulier; c'est impossible : cette tâche, cette pénélion des iiidividunlités morales doit être laissée au tact du proticien, à l'observation du médecin età l'esprit d'analyse du philosophe.
Quant aux moyens purement physiques que l'organe copuhleur peut réclamer eu pareille circonstance, j'estime que les ticitants locaux dont j'ai parlé tout à l'heure sont tout à la fois les seuls el les meilleurs que l'on puisse employer. Les cantharides, tant à l'intérieur qu'fi l'extérieur, doivent être prostriles; les bénéfices qu'on en pourrait retirer ne sauraient Mmpenser Icsdangers dont s'accompagne souvent leur admiitttratioD.
1 s n< — Prlgldllé afinplaiiiallque d'un étot pnlhologfquci
Comme je l'ai fait pour l'impuissance, je diviserai les maladies qui s'accompairnent de frigidité : 1° en celles qui iritéres- *«ril toute l'économie; 2° en celles qui n'affectent que les orgues de la génération.
A. — MaladUs générales.
Il ne peut être ici question des maladies aigu&s ; cette rèserve, que j'ai déjà établie plusieurs fois dans le cours decH ouvrage, ne doit plus désormais se trouver sous ma plume. ^
Parmi les affections compatibles avec l'existence, on a cilé l'embonpoint excessif comme pouvant entraîner la frigidité. Je ne partage point cette opinion : le développement énomiedes formes et de Tabdomen peut s'opposer au coït, à rintroroisâoo de la verge dans le vagin, en un mot au rapprochement des sexes, mais il n'éteint ni les désirs, ni la sensibilité génitak chez la femme. J'en pourrai citer plusieurs exemples, un entre autres, d'une femme dont les passions étaient si ardentes, que, ne pouvant les satisfaire avec son mari, elle payait un étranger pour se faire masturber, malgré les principes religieux et hoDnétes qu'elle avait puisés dans sa famille.
L'excessive maigreur n'est pas non plus une cause de frigidité; elle est même souvent l'attribut des femmes passionnée^.
Quelques affections nerveuses s'accon)]>agnent parfois d'in* sensibilité génitale : Tépilcpsie est dans ce cas ; d*autres, au contraire, comme l'hystérie, amènent dans quelques cirooDstances une telle surexcitation génésiaque, que le coR est comme une source de voluptés amères et même de véritables souffrances. Dans les excès de la sensibilité les deux ext^êlDel^ se touchent : la jouissance est sur la lisière de la douleur.
Dans les névroses de Tintelligence et du sentiment, Ii sensibilité génitale est quelquefois abolie, mais plus généralement pervertie. Dans l'idiotie, dans la folie, les femmes éprmneot parfois une répulsion profonde pour les rapprochements sexueb; tandis que, dans d'autres circonstances, elles s'abandonnent i la niasturbution avec une sorte de fureur.
A pru près toutes les maladies dont les centres nerveux sont le siège peuvent amener tout à coup ou progressiveoieDl, pv
FRIGIDITÉ SYMPTOMATIOUE. — rEMPÉDAMENT.
cm, et il eu doit être ainsi, puisque les éléments à combattre ïont d'une nature si dissemblable.
Dans le premier cas, c'esi-à-diredans la frigidité par tempéïuneRtlympliathique, il faut surtout insister sur la médication [éncrale que tout te monde connaît, el dont le fer, les tofiques, les analeptiques, l'hydrothérapie et les bains de mer bnt la base, et ne pas se hâter d'agir, soit localement, soit bécîalement, sur les organes génitan.v. Dans le second cas, au ontraire, c'est-à-dire dans la frigidité amenée par la préémi' bnce de l'élément intellectuel, aucune médication générale B'est nécessaire ; il Taut s'adresser, d'une manière presque cxlusive et en même temps, au consensus génital, c'est-à-dire au byerdes désirs vénériens, et à l'organe lui-même, instrument le ces désits.
' Lorsque le but de la première médication est atteint, et lorsque l'organisme a été relevé de l'ailangnissement où le kitait l'abondance des humeurs blanches, il peut se présenter Il nécessité d'agir sur les facultés géiiésiaques tant morales lue physiques; en d'autres termes, il peut être nécessaire li'éveiller tes désirs vénériens endormis et l'appareil génita languissant.
Sous te premier rapport, on met en usage tes excitants 'taoraux dont j'ai donné ailleurs la nomenclature ; mais dans l'emploi de ces moyens, qui touchent de si près aux prescrip- 'Bons de la morale, le médecin ne doit jamais oublier te respect "auquel ont droit le sexe auquel il s'adresse, t'ûgc et l'état social \ie la malade, l'honneur et les vertus du foyer domestiquej ^nt ne peuvent ni ne doivent jamais se départir la femme^ l'épouse et la mère.
tomme médication excitante de l'organe copulateurj je place en première ligne tes moyens locaux, tels que bains de "ler, lotions froides ou chaudes sur ta vulve et tes tombes, Wtiions sèches ou composées sur le périnée, fumigations aro^
â08 IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME*
Un traitement spécial n*est nécessaire dans aucun de ces cas ; la maladie mère, si je puis ainsi dire, doit seule et presque exclusivement attirer rattenlion du médecin, puisque la frigidil6 alors n'est qu'un symptôme qui doit disparaître avecl'affection qui lui a donné naissance et l'entretient.
B. — Maladies locales.
Par maladies locales j'entends les maladies qui affectent une ou plusieurs parties de l'appareil génital ; aussi les diviscrai-je, pour la clarté du discours, en maladies des organes externes et maladies des organes internes de la génération.
Maladies des organes externes de la génération. — Je ne puis ni ne dois m'arrêtera l'inflammation, et autres allératioDS de la vulve et du vagin qui changent en douleurs les plaisirs du coït; je ne veux pas davantage aborder les tumeurs et les défiénércscencesdes mûmes région?, qui, en empêcliant le rapprochement sexuel, privent fatalement la fenune des voluptés vénériennes; je ne dois m occuper ici que des maladies qui affectent la sensibilité erotique, laquelle, ainsi que je Tai déjà dit et comme je vais essayer de le démontrer encore, n'a pas son siège exclusif dans le clitoris.
Le phénomène physiologique du plaisir vénérien chez b femme se traduit, il est vrai, par un changement dans le volume et la direction du clitoris ; cet organe éprouve une véritable érection et se courbe en bas, entre les deux nymphes, jMDur présenter son extrémité libre, sa partie la plus sensible, aux fn)ttements de la verge pendant l'acte du coït ; à n'en p»? douter, le clitoris joue un rôle, et un rôle très-important, dans Ja manifestalion du plaisir erotique chez la femme, puisque rérotomaiiie, — et les exemples n'en sont pas rares, — a élè guérie par 1 amputation de cet organe.
Mais ce double fait, Tun physiologique et l'autre paihoio-
FRICIDITË ETMPTOVATIQUE. — MALADIES I.OCALRS. A60
gigue, établit-il la concentration absolue de la sensibilité génitale dans le clitoris? Je ne le pense pas. U'abord, et maintes observations l'attestent, l'amputation du clitoris, en faisant cesser les accès d'érotomanie, n'a pas tari chez la femme la source des voluptés ; Becondement, pendant le rapprochement sexuel, les époux prennent quelquefois des postures où il est impossible que le clitoris soit touché par la vei^e de l'homme, et pourtant la femme n'est pas frustrée dans ses droits; on diraitmème qu'elle atteint une plus grande somme de volupté- Bien plus, des femmes m'ont avoué être complètement inseo* Bibles aui titillations du clitoris et n'éprouver du plaisir que par les frottements de la verge ou de tout autre corps contre les parois de l'entrée du vagin ; ainsi s'expliquent les manœuvres de certaines masturbatrices qui, dédaignant la sensibilité du clitoris, introduisent dans la cavité vaginale des corps de toute forme et de toute espèce : évidemment, si le clitoris était le siège exclusif du plaisir, il serait aussi le siège unique sur lequel porteraient les manœuvres des femmes livrées à l'onanisme.
Le tissu érectile qui rampe entre les membranes qui constituent le vagin, et les deux bulbes du vestibule rendent parfaitement compte delà sensibilité dont je parle.
Il faut donc reconnaître que, dans l'évolution du plaisir sexuel, le clitoris remplit un/ôle important, mais que ce rôle ne lui appartient pas d'une manière exclusive, et que d'autres organes de l'appareil copulateur ont une part plus ou.moins grande dans le développement de cette sensibilité spéciale.
En veut-on un exemple? Parent-Diichatelet cite le fait suivant, dans lequel le cHlorîs était frappé d'insensibilité malgré son développement considérable, mais à cause pcut-èlre de l'absence des organes génitaux internes : i A l'époque où je faisais ces recherches, dit cet excellent observateur, on ne connaissait h Paris que trois prostituées dont le clitoris présentait un développement notable; mais sur une d'elles codé-
&70 DfPnSSANCR CHEZ LA FEMME.
veloppemcnt était énorme, car cet organe avait la longueur de 8 centimètres (3 pouces), et en grosseur il égalait le doigt \^ dicaleur; on y remarquait un gland bien formé et reamireft d*un prépuce, au-dessous duquel se trouvait de la matière sè> bacéc : c'était, à s*y méprendre, la verge d*un enfant de doue h quatorze ans, peu avant sa puberté. Cette fiUe, âgée de vingt-trois ans, n'avait jamais été réglée et n'offrait pas la moindre trace de mamelles; il est probable qu'elle roanijuiil également d'utérus, car le toucher par le vagin ne faisait re* connaître qu'un tubercule sphérique sans ouverture, et la même exploration pratiquée par le rectum constatait l'abseote de l'organe; malheureusement on n'a pas eu recours au spéculum pour cet examen important. Cette fille ayant été pendant longtemps à la prison des Madelonnettes, les médecinsde cette prison ont cherché à découvrir quelle pouvait être Hafluence d'un pareil état sur l'activité des passions érotiqœs; mais cette fille leur a toujours dit qu'elle était aussi indilK* rente pour les hommes que pour les personnes de son sert; qu'elle ne s'était livrée à la prostitution que par l'excè? deli misère et du besoin, et que si elle avait eu pendant quatre itf ] un amant dans son pays, elle n'était restée avec lui quepai* ' qu'il pourvoyait à son existence. J'ai fait surveiller cette Ift pendant six semaines, je l'ai fait questionner par plusietn* personnes, et jamais elle n'a varié dans ses réponses. Sortie de prison, elle a tenu un langage semblable aux médecins ds dispensaire, qui me l'ont rapporté.
> Cet état d'indifférence pour un autre sexe, malgré un développement aussi considérable du clitoris, pourrait, jusqol un certain point, s'expliquer chez cette fille par Tabsencf de l'utérus, et probablement par celle de ses annexes (1). »
(1) Parent-Ducliatelet, De la prostitution dans la titlê iê Hr^ 3' édit. Paris, 1837, t. I, p. 209 et 210.
I FBlftlDlTli S TMTTOM ATI QrE. — MALADIES LOCALES, 471
Si un développement aussi considérable du clitoris coTncideavec une frigidité tout à la fois morale et physique, il faut bien admettre, à moins de repousser toute idée physiologii]ne,qiie cet organe n'est pas le siège exclusif du plaisir chez la femme, cl qu'il ne concourt que dans une certaine mesure Il la manifestnlion des désirs erotiques et de la volupté.
Quoique le plaisir véni^rien soit le résultat d'une sensibilité spéciale, comme la vision, te goût, l'odorat, etc., il n'en est pas moins sous l'empire de la sensibilité générale, et, h ce titre, subissant toutes les altérations dont cette sensibilité peut être affectée. Ainsi toutes les maladies des centres nerveux, celles des nerfs sacrés qui se distribuent aux parties génitales de la femme, peuvent amener la suspension ou l'anéantissement de la sensibilité sexuelle.
3e ne puis ici, on le comprend, faire l'énumération de ces maladies, dont l'étude appartient bien plutôt à un traité générai de palliologie qu'à une monographie du genre de celle-ci, Il doit me suffire de noter les relations qui peuvent exister entre les altérations de la sensibilité erotique et les affections H multiples et si diverses auxquelles sont exposés les centres nerveux et les nerfs qui président à la sensibilité génitale. Ainsi, par exemple, et pour ne citer qu'un seul fait, il est certain, comme j'ai en l'occasion de m'en convaincre dans deux circonstances, qu'une tumeur pressant sur îe plexus sciatique est susceptible d'amener la paralysie du nerf honteux, et, par suite, d'éteindre la sensibilité vénérienne.
C'est peut-être par une explication analogue que l'on parviendrait à se rendre compte de l'indifférence qu'éprouvent certaines femmes après des ropas copieux, pendant la grossesse ou dans un état habituel r]e constipation.
Quoi qu'il en soit, et si l'on se rappelle combien est rare la frigidité idiopathique, on doit apporter la plus grande attention dans l'exnmen de la malade ; car bien souvent, si l'on
A72 IMPUISSANCE CHEZ LÀ FK3IME.
s'arrête à un examen superficiel, on prend pour une frigUilè essentielle un syniptùnie pur et simple de quelque affcctioQ, soit de la moelle, soit des nerfs qui vont animer les parties génitales de la femme.
Le diagnostic différentiel est donc, en cette circonstance, de 1h plus haute, et je pourrais même dire Tunique imp(Mttance, car le pronostic et le traitement de la frigidité sonteih tièrement subordonnés à la gravité et à la nature de rafleclioa première.
Maladies des organes internes de la génération. — Quand on réfléchit que le désir et le plaisir vénériens ne soni pas autre chose que Tex ;itant et la récompense, si je puis ain»i dire, de Tacte reproducteur, on se demande si, dans les cas où la reproduction e?t impossible, comme en l'absence de Tutérus et des ovaires, la nature a respecté un aiguillon dont elle n'a plus que faire, et une rémunération dont la femme ne peut plus se rendre digne; en d'autres termes, Tabsence des conditions fondamentales de la fécondation chez la femme condamne-t-elle le sens vénérien au silence et au repos?
Voici une observation prise à THôtel-Dieu, dans le service de Rostan, et que j'ai publiée dans le journal que je dirigeais à celte époque (1) ?
La femme qui en fait le sujet est une prostituée, c'est dire que j'ai eu toute facilité dans les moyens d'investigation.
Les organes externes de la génération sont normalemeDl conformés ; le pubis est couvert de poils, comme chez le commun des femmes ; les grandes et les petites lèvres ont un développement ordinaire, et le clitoris ne présente rien de remarquai le pour la forme et pour la grosseur ; les seins ont un volume convenable et sont en harmonie avec toutes les parties du corps qui oirrent les attributs du sexe féminin ; la voix n'est
(I) France mrtlirale et phannaceuiique, l. Il, p. liO, 1855.
PRlGlblTË SYMPTOMATIODE. — MAI.AUIE9 LOCALES. a^o
|Mii[itm&[e, et rien, dans l'Iiabitiide extérieure decellc femme, p£ trubit l'6lriiiige confuinialion de ses organes internes de la JenL'ratioii.
Il Eu introduisant le doigt dans le vagin, on éprouve, dès [tDlrée, une résistance dont on ne tarde pas à se rendre fample : ûu est au cul-de-sQc vaginal, qu'avec un léger cITort pi reruule dans le bassin de toute la longueur du doigt qui Pratique le toucher. Ce cul-de-sac est entier, sans solution de DULinuitû, et ne porte pas la moindre trace de col utérin. ■Iploré dans tous les sens, par le toucher et au spi^culum, vessé dans toutes les directions, il ne laisse soupçonner aitpQ vestige de matrice, et l'on cherche vainement ce bouton |D cette espèce de tubercule signalés par quelques auteurs. , Le toucher rectal couûrme les données Tournits par le lou- Jicr vaginal, et l'ulérus ne révèle sa présence par aucun inpce, quelque Faible qu'il soit. Le doigt, introduit dans le rec- JBm, arrive librement à la rencontre de celui qui presse le Inl-de-sac du vagin, et perçoit, sans autre intermédiaire que bs membranes vésicale et intestinale, une sonde introduite PBDsIe réservoir urinaire.
p Bien évidemment il y a ici absence complète, absolue de
J'utLTUS.
Eq est-il de même des ovaires?
M. de Beauvais assure ne les avoir jamais rencontrés; pour '., en portant le doigt as^ez haut dans le rectum, j'ai bien l^iïlinctemeiit toucliô deux corpj ovo'fdes, flottant dans le bas- ^0, et de la grosseur à peu près d'une aveline. Sont-ce les paires, ou soul-ce simplement quelques ganglions engorgés ■U mésentère ? Dans ce dernier cas, il faut avouer que la coïn- Sdence est bizarre et que la nature se plaît à semer sur notre 'oie des sujets de doutes et d'erreurs.
Comme on le doit penser, i'iiémorrhagic mcnalruelle * s'est jamais montrée chez cette femme, qui, d'une in-
telligcncc assez bornée, n'a que des réponses contniktoires sur les questions qu'on lui adresse relativement auiw» limcn.
Le sens vénérien, sans présenter une grande énerpe, existe pour les désirs et pour la sensation voluptueuse. Antf de tomber dans la prostitution, cette femme avait aimé, M, comme le coït est douloureux, par suite de la brièveté diicoM duit vaginal, elle trouve le plaisir dans les attoucheroenUài Thommc et dans la masturbation, à moins que le congrès i s'accomplisse avec certains ménagements, auquel cas Tunioij sexuelle lui procure la volupté.
Rapprochons maintenant cette observation des faits aiwkhi gués que possède la science, et voyons jusqu'à quel point ms pouvons répondre à la question que nous nous sommes po?^t à savoir : L'absence des ovaires ou celle de la matrice détroit" elle le sens vénérien ou génésiaque?
Le rôle secondaire auquel l'utérus a été réduit dans l'i*; de la fécondation par les travaux de Harvey, de Sténon, deHj de Graaf et de tous les ovologistes modernes, fait prévoir (|B» ses anomalies et ses maladies n'ont pas sur l'appareil génitii j l'influence que les anciens lui attribuaient. Baudelocque np- j porte un cas d'absence complète de matrice avec conformitioi normale des organes externes de la génération (1) . Le professeur Heyfelder (d'Erlangen) a publié une obsenîtioi analogue, et il a noté que la femme qui portait ce vîce * conformation aussi complet que possible, non-seulement i^ compli^sait le coït dans toutes les conditions physiologique» mais encore avait, à chaque époque menstruelle, une pertaè sang par l'urèthre (2). On ne peut méconnaître ici Texîftflï* des ovaires. Krahmer avait déjà rapporté une obsen'alionu»'
(1) Baudelocque, AH des accùuchementi. Paris, 1796, 1 1, p- '^
(2) Heyfrlder, Deutêche Khnik, iS&i, n* &i.
FRIGirilTf: STMITOBATIOrE. MALADIE!) T.OCALK. fl7B
iii,ïue(l), tandis rju'Engel et Diipuylren avaient directement
constaté, sur le cadavre, la prt'sence des ovaires coïnoidant avec j'iibsence complète de la matrice. — Le fait que j'ai recueilli è l'Hôtel-Dieu et que j'ai rapporté plus haut, s'il ne démontre pas l'entière indépendance des ovaires à l'endroit de l'utérus, comme les faits d'Engel et de Dupuytren l'ont prouvée au point de vue anatomique, et comme les observations de Krahmer et de Heyfelder l'ont constatée sous le rapport physiologique, ce Tait, disons-nous, rapproché de ceux que j'ai cités, el dont j'aurais pu augmenter le nombre, ne laisse aucun doute sur l'inanité des relations que l'on a voulu établir entre l'organe gestateur et l'organe copulateur, entre les fondions utérines et le sens vénérien.
Au point de vue purement anatomique de ces relations, l'observation de Parent-Duchalelet, que j'ai rapportée plus haut, montre que le principal organe du plaisir, loin d'avoir suivi la destinée de l'uténis, a été soumis, au contraire, h une loi inverse de développement, et qu'il ne peut être accusé, par conséquent, de subordonner ses fonctions à celles de la matrice. Ainsi, au nom de la théorie înductive et au nom de l'expérience, l'absence et les maladies de la matrice n'altèrent aucune des conditions du coït physiologique, c'est-à-dire désirs vénériens, réception de la verge dans le vagin, et enfin volupté amoureuse.
Mais, au nom de la même théorie inductive, par cela même que les ovaires remplissent, dans la physiologie de la reproduction, le rôle par excellence, qu'ils sont le signal et qu'ils fournissent les éléments de la faculté générairice, il faudrait que tout le sens génital fût sous leur dépendance, et que leur empire s'étendit, non-seulement sur
(I) L. Krahmer, Handbuch der gmchtlkhen Jlfedim, Halle, 1851,
A7d IMPUISSANTE CHEZ LA FEMME.
les organes mis nu service de ce sens, mais encore sur Viocitateur interne, sur le consensus intime qui le dirijie dans ses volitions.
Beaucoup de physiologistes Tout ainsi pensé, vi H. doUrut a exprimé cette opinion en cette e>pcce d'aphorisme : fofirata animalia feminas putamus^ dit-il, non solnm fi^uniSr taie desiitunntnf\ sed vencrea* voluptatis omncm depunnni appeiitnm (1). Malheureusement, l'observation ne coiiGme pas cet axiome : la conservation des désirs et du plaisir \énériens, coïncidant avec Tabsence congénitale ou accidentelle des ovaires a été observée et les exemples n*en sont pas rares dans la science. Alors, en présence de cette dérogation aux lois de la physiologie, on est porté à se demander si la copulatiun, dans la race humaine, n^cst bien exclusivement que le [ircniier acte de la génération, ou si, eu égard & notre nature morale, elle n'est pas éfialement un moyen, un instrument, si je \m ainsi dire, de sociabilité?
S'il en est ainsi, comme permet de le supposer la faculté accordée à l'homme seul d'accomplir le congrès eu tnut temps, et à laquelle prennent graduellement part les animaux réduits en domesticité, l'absence, et à plus forte raison les maladies des ovaires, ne doivent exercer sur le H'n^ vénérien, et, par suite, sur Tiippareil copulateur, qu'une influence bornée et peut-être nulle.
Il faut se garder d'établir, comme on le fait commnnémfDt, une analogie trop frappante entre le testicule et l'uvaire. Au point de vue de la génération, leurs rôles, il est vrai, ^«int identiques : l'un sécrète le produit niAlc, et l'autre le produit femelle, tous deux indispensables pour la formation d*un iaJi- \idu nou\eau; mais, îrous le rapiK)rt du plaisir vénérien, tuul
(l.> De mulinum otganis, etc. {Bibliothèque QHatomiqHi 4e Maa§^ Cfiièvt*, t(»8ri, t. I, p. G13).
FniGIDlTË STMl'rOMATIOllG. — MALAU1E3 LOCALES. 477
UQ monde les sépare : tandis que le produit de l'ovaire reste «inpli'lement étranger au tiévoloppcraent de la volupté amoureuse, le produit du testicule, au contraire, est la source même de celte volupté. Malgré ce qu'ont pu dire certains physinloçisles, le véritable délire erotique chez l'homme n'a lieu qu'au DDioent de l'éjaculatioii spermatique ; tandis que, chez ta aame, que l'ovaire émette ou non son ovule, le plaisir c^t sméuie. Je sais bien qu'à l'approche des règles, le désir énérîen s'accroît et le spasme cynique augmente : mais cette ecrudejcence a ses motifs dans l'état congeslif de tout l'appabI génital, à la suite duquel une héinorrhagie vase produire.
LaUïons donc une analogie impossible, au point de vue pilique, entre les testicules et les ovaires, et n'évoquons pas te élernels fantômes des eunuques et des castrats, qui d'ail- Hts abdiquent si peu leur ressource de sociabilité, que les Unes romaines, du temps de Perse et de Juvénal, en usaient Ogement pour la plus grande gloire de leur honneur et le Ootentement de leur famille.
fSous le rapport aiiatoraique, la question de corrélation ■tre le développement des ovaires et celui de l'appareil copuileur est jugée parles faits. Contre un casde Morgagni, dans kpiel l'absence des ovaires coïncidait avec un arrêt de déve- Ippement des organes du coït (l), il serait facile d'apporter B observations nombreuses où la même anomalie eiistaît Jec une bonne conformation de l'appareil génital externe, ^n plus, la femme dont Parent-Duchatelet nous a tout à heure racoulé l'histoire, et chez laquelle l'absence des ovaires t>U rendue probable par le manque absolu de menstruation t pur l'effacement des n amelles, cette femme, dis-je, loin B présenter une airophio de l'organe copulateur par exccl-
; (1) Morgagni, De sciiib. et caat. morborum. Naples, l"(Ji, tpisl. xlvi
lence, offrait, au contraire, un clitoris énorme. — Noli lade de THôtel-Dieu, si M. de Bcauvais a porté un diaj plus juste que le mien, est un nouvel exemple de la p conformation des organes externes de la génération omii avec l'absence congénitale des ovaires.
Au point de vue physiologique, les ovaires, au di beaucoup d'auteurs,, exercent sur le sens vénérien u fluence quelquefois contraire. Ainsi, pendant que 1 chius et Suidas accusent Gigès d'avoir fait extraire les c à des femmes pour en obtenir plus de volupté, Boei rapporte, d'après Wicr et de Graaf, le fait d'un châln porcs, qui, irrité du désordre dans lequel vivait sa fil extirpa les ovaires, et éteignit ainsi chez elle le feu dévorait (1).
Des observations tendant à prouver le mémo fuit o rapportées par J.-A. Cook (2), Golombi (S), I Gooch (à), etc. De plus, certaines relations ont été n d'une part, entre l'énergie du sens génital (désirs et sirs), et d'autre part entre Tétat des ovaires et la men tion : ainsi, pour les ovaires, Théoph. Bonet raconte toire d'une jeune fille dont l'amour contrarié ame mort, et qui présenta à l'autopsie les ovaires gonflés d tenant des vésicules volumineuses (5). Pour les mensl on a remarqué que le désir et le plaisir vénériens sont prononcés à l'approche des règles qu'à toute autre épi et que l'hémorrhagie mensuelle est plus abondante
( 1 ) Boerhaavc, Prœlectiones academicœ. Lcyde, 1 761 , l. II, p. ii7 (iraaf, De mulier, organis (Bibliolh, anat. de Manget. Geoèfe, l. I, p. 613).
(2) Journ, des connaiss, médico-chinirgic.j t. IV, p. 163. Ci) Frank do Frunckenau, Satirœ medicœ, licipzick, 17fâ, p. i'- ( l) H. Gooch, Lectures on Midwifery y «te. Londres, 18dU,cliap.li*c (5) Théoph. houei, Sepukhretum. Genève, 1679, sect. 8, t Jl» ^^
t SIHPTOMATIQUE- — MALADIES LOCALES, i79
mes voluptueuses que chez celles qui vivent dans la
nionque ces faits expriment a généralement cours dans ce, i. ce point que Hallor et Carus sont allés jusqu'à
que la propension de la femme aux plaibii's de Vénus aison directe du plus ou moins de vitalité dont jouis' ovaires, et môme de leur volume plus ou moins conle, et de leur turgescence, »
ier appuie cotte opinion sur des faits et sur des autopestime qu'une menstruation abondante et qu'un sens
développé sont toujours les indices d'ovaires volumi- , ce point qu'il propose d'appeler tempérament ova- I, pour en ûicu marquer le point de départ, cetenserapliénoménes généraux et locaux que l'on désignait,
présent, sous le nom de tempérament génital ou
! puis accepter une opinion aussi absolue, en présence s dont nous sommes tous les jours les témoins. La mée amène l'atrophie des ovaires; après l'Age critique, ânes diminuent de volume et n'entrent plus en turges-
cependant le sens géuésiaque ne suit pas les lois de Tissement, et l'on voit, tous les jours, des femmes dont les ont disparu depuis longtemps, goûter les plaisirs de avec une ardeur à laquelle porteraient envie maintes } bien menstruées.
1, j'ai connu une jeune femme de vingt-deux ans, qui,
une absence absolue de menstruation, était agitûe par irs vénériens les plus impétueux, et ti'ouvait dans le coït irce toujours nouvelle et toujours abondante de volup- Ite jeune femme, poussée par le besoin irrésistible des
jrdach, Pbytiologie, U'aduîl par Jourdan, I. I, p. 289.
Ëp-ier, Recueil de fait» pour servir à i'kuloîre des ovaire» et dm
u hijakriiiiiet de la femmii. Angers, i85B.
A80 IMPUISSANCE CHEZ LA PEimE.
rapprochements sexuels, sans qu'elle manifesUt d'autresni ptômcs d'érotomanie, quitta un jour la maison paternelle etvi dans la ville voisine, où elle ne tarda pas h se livrer à la pn titution. Cinq années passées dans cette condition miséni ne purent contenter sa lubricité, à laquelle la mort mit ef« un terme. A Tautopsie, à laquelle j'assistai, et qui eut lia Thôpital Saint-Éloi de Montpellier, on constata l'atrophiée deux ovaires, qui n'étaient représentés que par des espècei tubercules perdus dans les ligaments.
Mais je m'arrête. Sans contester les relations qui, cbci femme, comme chez l'homme, unissent le sens vénérien àfi gane sécréteur de l'élément reproducteur, j'estime que c' aller trop loin, et que c'est s'exposer à des mécomptes, que voir dans la menstruation (fonction ovarienne) le thorroofl tre, si je puis ainsi dire, du plaisir vénérien, et de considéi l'absence de cette fonction, et par conséquent le manque M dépérissement de l'ovaire, comme un signe tout à la fois (Ti fécondité et de frigidité.
En résumé :
Le sens vénérien n'est, en aucune manière, sous l'ein^ de l'utérus ; il entretient plus de sympathies avec 1 ovaii qui n'est pas, tant s'en faut, l'unique foyer de ses enâl tions.