‹ Traité de l'impuissance et de la stérilité (volume 2)Chapitre 73 sur 106 · TROUBLES DE LA FONCTION DE SÉCRÉTION SPERMATIQUE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA FONCTION DE SÉCRÉTION SPERMATIQUE

Les causes qui peuvent jeter le trouble dans la sécrétion spermatique,* en amenant pour résultat final soit l'absence ■ complète de cette sécrétion, soit une altération dans la nature intime du sperme, tiennent tantôt à un état général, soit physiologique, soit morbide, et tantôt à un état pathologique de l'appareil sécréteur lui-même.

Je vais les examiner sous ces deux chefs principaux.

§ 1. — Troubles dépendant d'un éUU général.

i^Age. — Vieillesse.

Les deux extrémités de la vie sont peu prqpres à la fécondité ; la nature ne nous a dévolu la mission de perpétuer l'espèce qu'après le complet développement des organes et avant leur dépérissement, afin que nous puissions transmettre à nos descendants une plus grande somme de force et de vitalité.

L'établissement de la fonction génitale est, chez Thomme, le signal d'une transformation morale et physique dont je n'ai

(1) Voyes les pages 19 et suiv.

530 SIKIULITK CHKZ l'hOMME.

point ici u retracer les caractères, mais qui indique d'une manière certaine que l'individu a désormais acquis l'aptitude à la procréation.

En est-il de même lorsque cette aptitude disparaît? En d'autres termes, la nature a-t-elle assigné une limite à peu près constante à l'exercice de la fonction procréatrice et a-t-elle fourni des signes auxquels on puisse reconnaître l'anéantissement de cette fonction ?

Les opinions les plus accréditées des physiologistes modernes relativement à la faculté fécondante des vieillards semblent en contradiction avec des faits authentiques et qui d'ailleurs se renouvellent tous les jours, et surtout avec les recherches de M. Duplay, sur lesquelles j'insisterai tout à l'heure.

Il est incontestable que dans l'ordre régulier des choses et dans la très-grande majorité des cas l'homme arfivé à un certain âge perd la faculté de se reproduire; en conséquence, comme dans les idées les plus généralement admises aujourd'hui on place toute la puissance fécondante dans les zoospermes, on en a conclu que les animalcules manquaient chez les vieillards, a Le développement des spermatozoaires, dit J. Mûller, commence durant la jeunesse dans la classe des mammifères ; il n'a lieu qu'à l'époque de la puberté dans l'espèce humaine, et cesse dans l'ûge avancé (1) . > Longet n'est pas moins explicite que Millier : « Kartzœker, dit-il, Geoffroy, Andry ont remarqué les premiers qu'il n'y a pas de spermatozoaires chez l'enfant ; Baker n*en a pas rencontré davantage chez les hommes épuises par les excès vénériens. Enfin ils disparaissent complètement chez l'homme par le progrès de l'âge, c'est-à-dire en môme temps que la puissance virile (2). »

Cependant Wagner émet une opinion toute contraire :

(i) J. Millier, Manuel de physiolojie, traduit de rallemaiid, inédit. Paris, 1851, t. Il, p. 626.

r2) Longet, Traité de phy$iolo(jie, t. II, p. 51.

€ L'appétit vénérien, dit-il, diminue chez Thomme, mais la faculté d'engendrer semble subsister pendant toute la vie chez ceux qui jouissent d'une bonne santé... J'ai trouvé chez les hommes très-âgés des spermatozoaires dans les testicules ; chez les hommes de soixante à soixante-dix ans j'ai toujours trouvé des spermatozoaires dans les testicules ; fréquemment il n'y en avait plus dans le canal déférent, mais en général les vésicules séminales en contenaient (1). »

Comme on le voit, il était assez difficile de se former une opinion au milieu de ces contradictions d'autorités également respectables, quand les recherches de M. Duplay, entourées de toutes les garanties de savoir, de talent et de probité que Ton doit exiger d'un expérimentateur, ont aplani bien des doutes sur cette face de la question.

Pour les lecteurs superficiels, la lumière apportée par M. Duplay, loin d'avoir éclairé le difficile problème de la fécondation, l'a replongé dans de nouvelles ténèbres ; car, dira-t-on, si la sécrétion spermatique s'effectue chez le vieillard aussi normalement que chez l'adulte, et si le premier n'a plus comme le second l'aptitude de procréer, cette aptitude évidemment ne réside pas dans la composition du sperme, ou, pour simplifier, dans la présence des spermatozoaires, et il en faut revenir à l'opinion de Burdach, qui dit : « Ce n'est point aux spermatozoaires qu'est due la faculté procréatrice; ils ne sont qu'un effet accessoire et un phénomène concomitant de cette faculté, motif i)Our lequel ils manquent chez les enfants, les vieillards et les malades (2). »

Je dirai tout à l'heure comment l'opinion de Wagner et les

{\) Wagner, Histoire de la génération , ivoii\\xciïon française, 'p. li

et 31.

(â) Burdach, Traité de physioloyiej trad. par A.-J.-L* Jourdan; Paris,

532 STÉRILITÉ CHEZ l'uOMME.

résultats des observations de M. Duplay sont parfaitement compatibles avec la stérilité des vieillards, quoique admeltant la continuation de la sécrétion normale du sperme. Pour le moment,jedoism*arrêterun instantaux expériences de M. Duplay, car elles établissent un point fondamental dans la question qui nous occupe, et dont l'importance est immense, nonseulement en physiologie et en pathologie, mais encore aux points de vue de la morale, de la famille et de la médecine légale. On me pardonnera donc, eu égard à cette importance multiple, les emprunts nombreux que je pourrai faire au travail de notre confrère.

M. Duplay a examiné chez 51 vieillards le liquide contena dans les vésicules séminales et les canaux déférents, et trentesept fois il a constaté dans ce liquide la présence des spermatozoaires. Ces animalcules ne se sont pas toujours présentés dans le même état. « Dans la majorité des cas (27 fois), dit M. Duplay, ils étaient parfaitement bien conformés, la tête était volumineuse, la queue longue et recourbée, enfin ils ne différaient en rien de ceux que l'on observe dans le sperme de l'adulte ; quelquefois (2 fois) la tête était conformée comme chez l'adulte, mais la queue était moins longue et ne se terminait plus par un filament aussi long et aussi recourbé ; une fois les spermatozoaires, quoique se terminant par un prolongement très-long et très-recourbé, présentaient une tête moins volumineuse que dans les cas ordinaires; une autre fois on vovait, dans le champ du microscope, un grand nombre de têtes de spermatozoaires, dont quelques-unes étaient suivies d'une sorte de tronçon de queue brusquement coupée ; cinq fois aussi j'ai observé un mélange de ces deux états de spermatozoaires. Ainsi, à côté de zoospermes bien confoimés et présentant les mêmes caractères que chez l'adulte, on en rencontrait plusieurs à queue tronquée, et Ton voyait, à côté d'eux, de petits corps qu'il était facile de reconnaître pour des têtes de spermato-

zoaires. Dans un cas, j'ai constaté, avec la présence des animalcules spermatiques, celle d'une assez grande quantité de petits cristaux dont je n*ai pu déterminer la nature. Ajoutons que, quelquefois aussi, à côté des spermatozoaires bien développés, on apercevait un grand nombre de granules, soit isolés, soit contenus en certain nombre dans une vésicule commune, et entièrement analogue à celles d'où Ton voit les spermatozoïdes s'isoler, ainsi que Tout signalé les physiologistes qui ont étudié les diverses phases de leur développement. M. Davaine, avec qui j'ai observé plusieurs fois cette particularité, était aussi fortement porté à croire que ces agglomérations de granules étaient des spermatozoaires en voie de développement.

« Quant à la quantité des spermatozoïdes, elle n'a pas été * toujours la même : dans quelques cas, ils étaient aussi abondants que chez l'adulte ; ainsi, le champ du microscope en était couvert, on les voyait, très-rapprochés les uns des autres, s'entre-croiser dans tous les sens. Chaque gouttelette de sperme soumise à Texamen en présentait la même quantité. J'ai constaté sept fois cette abondance excessive des animalcules spermatiques, et le sperme d'un de ces sujets a été soumis à l'examen de MM. les membres de la Société de biologie. D'autres fois, quoique encore abondants, les spermatozoaires l'étaient moins que dans le cas précédent; ils étaient moins pressés les uns contre les autres, quoique le champ du microscope en présentât encore un grand nombre. J'ai observé seize fois ce second état. Enfin quelquefois les animalcules étaient rares ; on n'en apercevait plus que quelques-uns, isolés au milieu d'un liquide qui présentait de petites granulations et des débris de cellules épithéliales. Quatorze fois j'ai constaté cette rareté des spermatozoaires, qui souvent, quoique peu nombreux, étaient parfaitement développés.

€ Les spermatozoaires se rencontraient soit dans toute l'é-

63& srÉRiLiTK CHi!:z l'homme.

tendue des voies spermatiques, ce que j'ai rencontré \ingl-â\ fois, soit dans un seul point de l'appareil excréteur. Ainsi tiois fois le sperme seul contenu dans les canaux déférents renfermait des zoospermes, et celui des vésicules n'en lassait apercevoir aucun; une fois leur présence a été constatée dansk liquide des vésicules séminales et n'a pu l'être dans les canaux déférents ; enfin il m'est arrivé sept fois d'en trouver dans une seule vésicule, quatre fois dans la vésicule droite et trois fois dans la vésicule gauche, à l'exclusion de celle du côté opposé et des deux canaux déférents (1). »

L'absence des spermatozoaires chez les quatorze individus restant de la statistique de M. Duplay ne se peut expliquer par rien d'anormal, c Quant aux testicules, dit l'auteur que nous citons, leur tissu propre était sain sur les quatorze cas ; on observait toujours cet état de flaccidité de l'organe, qui est presque* constant chez le vieillard, et que nous avons déjà signalé. Dans un seul cas, les testicules étaient excessivement petits et avaient subi une véritable atrophie. Cinq fois j'ai rencontré l'hydrocèle de la tunique vaginale, et, dans un seul cas, un kyste defépididyme (2). »

Enfin, comme il est impossible de reproduire ici tout le travail de M. Duplay, je terminerai par les remarquables conclusions qu'il tire des faits étudiés par lui :

a V La sécrétion du sperme continue à s'effectuer chez te vieillards. Quoique, parmi ceux qui ont été soumis à notre observation, le plus âgé eût quatre-vingt-six ans, et que nous n'ayons pas eu l'occasion d'étendre nos recherches au delà de cet âge, tout porte à croire que la sécrétion spermatiquc se prolonge jusque dans un âge beaucoup plus avancé.

(l) Duplay, Archives générales de médecine y 4' série, t. XXX, décetnbre 1852, p. 393.

(-2) Duplay, Ibid., p. i03.

> 2" Cette sécrétion est généralement inoins abondante que chez Tadulte; ce qui le prouve, c'est la prédominance du liquide sécrété par la membrane muqueuse des vésicules séminales dans le sperme que renferment ces réservoirs. Cependant, par une exception rare, à la vérité, et même chez des octogénaires, la sécrétion du sperme paraît être aussi abondante que chez l'adulte, car le liquide que renferment les vésicules séminales de ces sujets privilégiés paraît aussi consistant que chez les sujets encore dans la force de Tâge.

> 3° Contrairement à l'opinion généralement admise par les physiologistes, les spermatozoïdes se retrouvent dans le sperme des vieillards. Les cas contraires, loin d'être la règle, doivent

^ être considérés, d'après nos recherches, comme l'exception. Si • dans certains cas les spermalozoaires sont moins nombreux que chez l'adulte, ou répandus moins uniformément que chez ce dernier dans toute l'étendue des voies spermatiques ; si dans certains cas ils présentent une conformation moins parfaite, dans d'autres aussi, et quelquefois chez dos sujets très- . Agés, on les retrouve avec tous les caractères qu'ils présentent pendant la période moyenne de la vie.

)) 4" Si les vieillards ne sont plus aptes à se reproduire, ce . que l'on observe le plus généralement, et si, d'un autre côté, la présence des spermalozoaires constitue la qualité fécondante de la liqueur séminale, c'est moins à la composition de leur sperme qu'aux autres conditions de l'acte reproducteur qu'il faut attribuer l'infécondité des vieillards (1). »

A côté de ce remarquable travail, dont j'ai été heureux de reproduire textuellement les principaux passages, et qui, le premier, oppose des faits authentiques à une pure hypothèse des physiologistes, je crois inutile de mentionner quelques observations qui me sont propres, et qui, d'ailleurs, concordent exac-

(1 ) Duplay, Archiver (fénèrnlps (h' mèdecinp, (l«**rembre 1852, p. iO:{

686^ STÉRILITÉ CHEZ l'hOUME.

tement avec les résultats annoncés par M. Duplay. Aussi, bkn convaincu de l'existence des spermatozoaîres dans la liqucot séminale des vieillards et, d'un autre côté, forcé d'admettre l'inaptitude de ceux-ci à se reproduire, j'ai cherché quelle poovaît être la condition de l'acte reproducteur qui faisait défaut au vieillard ; après une observation attentive du jeu et de l'importance de ces conditions, je crois avoir acquis la certitude que l'infécondité de l'âge avancé tient ou à une altération de vitalité des spermatozoïdes, ou à une diminution notable de la force d'émission de la liqueur séminale.

Les altérations des zoospermes doivent m*occuper loDgu^ ment plus loin ; le chapitre que je consacre à ce sujet si peu connu encore ferait double emploi avec ce que j'en pourrais dire ici.

En conséquence, je ne m'arrêterai en cette place qu'à la seconde condition de la stérilité du vieillard, c'est à-dire h faiblesse d'impulsion imprimée à la liqueur spermatique.

Cette cause de stérilité est quelquefois manifeste chez Fadulte ; elle se trahit d'ordinaire par une érection molle et flasque. Les masturbateurs, par exemple, offrent souvent auprts des femmes cette faiblesse d'érection, qu'il la faille attribuer à leur répugnance pour le sexe ou à l'affîiiblissement de leurs organes ; presque toujours alors ils sont inhabiles à se reproduire, bien que leur sperme contienne des animalcules. Cette inaptitude à la fécondation se perpétue tant que dure la faiblesse des érections, et la fécondité reparaît avec le retour de la force érectile.

Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le vieillard? 11 est incontestable que les fibres contractiles, quelles qu'elles soient, qui concourent à l'expulsion du sperme participent chez lui à l'affaiblissement qui frappe toutes les parties de Torganisme, et qu'elles ne restent pas seules, énergiques et vivaces, au milieu du dépérissement de toute l'économie.

Maïs de même que chez certains individus la vitalité générale conserve plus longtemps ses heureux attributs, de même il est des vieitl.irds dont les vésicules séminales et les plans musculaires qui les recouvrent gardent une force de contraction qui n'est pas ordinaire à cet fige. Il en devait être ainsi cbez tous ceux dont l'histoire a notô le souvenir de la paternité tftrdive : Galon le Censeur, Massinissa, roi de Numidîc, Ladislas, roi de Pologne, etc., qui engendrèrent des enfants h Fâge de quatre- vin ,£;ts ans et quatre-vingt-dix ans. Sans doute Oest impossible de s'appuyer sur de pareils exemples pour défendre l'opinion que j'émets ici, car l'histoire, on le comprend, est muette sur ce point de physiologie; mais quand on a attentivement observé ce qui se passe dans les cas d'impuissance, il est impossible de ne pas admettre que la force d'émission du «perme joue un grand rôle dans l'acte générateur.

Je sais bien que Spallanzani et deux de ses élèves ont fécondé des chiennes en portant sur leur utérus la liqueur séminale du mâle ; je ne rappelle ces expériences que pour aller au devant d'une objection, car, pour réussir dans la fécondation ■rtiGcielle, l'îlIuRtre abbé se servait d'une seringue et imprimait por conséquent au liquide une certaine force d'impuldon.

En résumé, il n'y a que deux explications pour se rendre ïonipte de la stérilité des vieillards pourvus d'animalcules ipermatiques :

1" .^Itérations de ces animalcules, leur enlevant la vitalité nécessaire à la fécondation ;

2* Faiblesse d'émission de la liqueur séminale.

J'ai renvoyé l'étude de la première cause au chapitre Gansant aux altérations des spermatozoïdes.

J'ai cru devoir dire quelques mots seulement de la seconde, jue j'aurais pu réserver pour le chapitre où j'examine le rôle le l'impuissance dans ta stérilité, parce que le vieillard qui

638 sTÉRîLirft CHEZ l'homme.

coïte, quoique ne fécondant pas, ne peut véritableraenlèlw rangé parmi les impuissants.

D'ailleurs toutes ces questions se représenteront dans \m et Tautre chapitre; je dois donc y renvoyer le lecteur, c^r ki je n'ai fait que poser des bases.

2" Tempérament. — Constitution. ' — État de maladk

Tempérament. — Dans la sévère acception du mot, il n*est aucun tempérament qui soit à lui seul cause de stérilité; mais le tempérament peut être une prédisposition à certains troubles, à certaines exagérations fonctionnelles, qui, eux, sont des causes prochaines d'infécondité. Ainsi il est incontestable qu'un coït accompli avec une grande exaltation de voluptés donne assez ordinairement, au point de vue de la généralioo, des résultats négatifs. Or, tous les tempéraments n'étant pas susceptibles d'atteindre ce haut degré de surexcitation, celui qui y prédispose peut donc être regardé comme une cause indirecte et éloii^née d'infécondité.

Cependant le tempérament n'est pas toujours et fatalement la source de voluptés étranges ; d'autres conditions sont nécessaires pour amener des plaisirs épiieptiques, et, parmi elles, il faut mettre au premier rang la tension de l'amour moral, le refoulement plus ou moins prolongé des désirs vénériens, la continence plus ou moins longue, etc.

D'ailleurs cet état de surexcitation épileptiforme, qui quelquefois est bien réellement un motif d'infécondité, est essentiellement relatif et passager : le changement l'altère, l'habitude l'émousse cl la satiété le détruit.

Dans les conditions normales d'excitation vénérienne, conditions essentiellement variables avec chaque individu, il n'existe, je le répète, aucun tempérament infécond ; et s'il en est qui prédisposent à la stérilité par un excès en plus on en

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