‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 100 sur 164 · IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE PAR FRIGIDITÉ

D'après les lois de la nature, la femme, pas plus que l'homme, ne doit être inactive pendant le coït : comme chez lui, la volonté est nécessaire pour la réalisation de cet acte, car la réception de la verge dans le vagin ne constitue pas, ainsi que je l'ai dit plusieurs fois, le coït physiologique ; mais pour que cette volonté ne fasse pas défaut, pour qu'elle seconde et favorise le rapprochement, il faut qu'un attrait puissant la décide, qu'une suprême récompense, pour ainsi dire, soit attachée à son acquiescement; cet attrait c'est le désir, cette récompense c'est la volupté.

Le désir et la volupté sont donc des conditions du coït normal chez la femme, et par conséquent leur absence constitue un état antiphysiologique dont les conséquences, hâtons-nous de le dire, sont préjudiciables plutôt aux liens conjugaux qu'à la santé générale de la femme et qu'à l'acte de la procréation.

DE LA FRIGIDITÉ. llllO

Mais de ce que la frigidité n'altère aucune des fonctions nécessaires, soit à l'entretien de la vie, soit à la propagation de l'espèce, il n'en faut pas déduire que cet état anormal est indigne de l'attention du médecin et des méditations du philosophe. Indifférente d'abord pour un acte vers lequel ne la sollicite aucun attrait, la femme froide finit toujours par passer de l'indifTérence à la répulsion, surtout après une ou plusieurs grossesses, dont le plaisir ne lui fait oublier ni les ennuis ni les douleurs; alors cette répulsion, mal comprise ou mal interprétée parle mari, engendre entre les deux époux des querelles et des luttes qui brisent quelquefois le nœud conjugal, mais qui retentissent toujours plus ou moins fortement sur le caractère de la femme et le bonheur du foyer domestique. Le médecin est souvent consulté pour cette infirmité, et l'excuse de ce recours à la science est, il faut le reconnaître, bien moins dans le plaisir que dans la paix du ménage.

Deux puissants motifs militent donc en faveur de l'étude et de la gucrison de cet état, que tout autorise à appeler morbide; en y obéissant, le médecin accomplit une double mission sociale : celle de favoriser la propagation de l'espèce, et celle de sauvegarder la base de toute société, le mariage.

Il n'est pas dans mon rôle de m'appesantir davantage sur l'intérêt que présente, au point de vue social, la frigidité de la femme, qui, sous ce rapport, a presque toute la valeur de l'impuissance chez l'homme ; il a dû me suffire d'indiquer cet important côté de la question, afin de me faire pardonner la sollicitude avec laquelle j'ai étudié cet état, s'il était besoin de justifier cette sollicitude de la part de la médecine, lorsqu'il s'agit d'une infraction aux lois physiologiques de notre nature. Je reviens donc à la partie purement médicale du problème. Mais pour bien comprendre l'étiologie si mal connue de, la frigidité, il faut se rapporter à ce que j'ai dit ailleurs (1) sur (I) Voyez la page 13.

ROUBAID. an

./j50 IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

le mécanisme du plaisir chez la femme, et se rendre bien compte du rôle que jouent, d'une part, les bulbes du vagin, et d'autre part le clitoris.

Je vais, pour l'intelligence de ce qui va suivre, rappeler ce mécanisme en deux mots : anatoraiquement et physlologiquement, les bulbes du vagin sont les analogues du bulbe de l'urèthre chez l'homme, et le clitoris est, comme la verge, pourvu d'un gland et de corps caverneux dont la base communique, au moyen de veines nombreuses, avec les bulbes du vagin, ainsi que l'ont deaiontré les injections faites par Kobelt (1), Jarjavay (2) et Deville.

Sous l'influence des désirs erotiques, les bulbes se gorgent de sang et envoient ce liquide en plus grande quantité, par le réseau intermédiaire, aux corps caverneux et au gland du clitoris; la sensibilité de celui-ci, accrue de cette façon, se réfléchit avec plus d'intensité sur le constrictor cunni, muscle symétrique qui, semblable au bulbo-caverneux chez l'homme, recouvre et comprime dans ses contractions les bulbes du vagin.

Ainsi, pour que l'éréthisme vénérien, et, par suite le plaisir, se produise chez la femme, il faut l'intégrité et le libre exercice des organes suivants : 1° bulbes du vagin et leur muscle, le constrictor cimni; 2° le réseau intermédiaire; 3" enfin le clitoris, surtout sa partie libre, c'est-à-dire le gland.

La distinction que je viens de faire n'est pas une simple curiosité anatomique; elle est, comme on le verra plus loin, d'une importance extrême pour l'étiologie de la frigidité; c'est à elle, en effet, que je dois de m'être rendu compte, dans plusieurs circonstances, d'une absence de plaisir vénérien qu'aucune lésion du clitoris ne pouvait expliquer ; ainsi, et pour n'en citer qu'un exemple afin de ne pas empiéter sur l'étude qui

{[)^ohc\{, De V appareil du mis génital des deux sexes, traduit de l'allemand par Kaula, Strasbonrg-I'aris, 1851, p. 78 et suiv. (2) Jarjavay, Traite d'anatomie chirurgicale, t. I, p. 316.

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