‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 103 sur 164 · FRIGIDITÉ ORGANIQUE IDIOPATHIQUE · texte numérisé non relu

FRIGIDITÉ ORGANIQUE IDIOPATHIQUE

En parlant de l'impuissance idiopathique de l'homme, j'ai dit que chez ce dernier la syncope génitale, dégagée de toute lésion organique locale et de toute affection générale, étai t rare ; mais bien plus rare encore est la frigidité idiopathique chez la femme ; cette différence s'explique tout à la fois et par la simplicité du rôle que la femme remplit dans le coït, et par la moindre complication de-son appareil copulateur, ou plutôt de son appareil sensitif de la génération. Pour mon compte, je n'ai jamais vu cette variété de frigidité, et n'en ai point trouvé d'exemples dat'À àteurs ; toujours, quand une femme m'a avoué ne pouvoir prendre part aux plaisirs delà couche conjugale, j'en ai trouvé la cause, soit dans des circonstances morales, soit dans des conditions générales ou locales de l'appareil copulateur.

Cependant la théorie permet d'admettre cette sorte de frigidité, et l'on conçoit très-bien que le clitoris puisse être frappé de paralysie essentielle, ou même simplement d'un engourdissement plus ou moins prolongé de sa sensibilité. Dans ce cas, et si un pareil fait se présentait à mon observation, j'estime, en jiigeantpar analogie, que l'électricité serait le môyen tout à la fois le plus rationnel et le plus avantageux. -Maiâ, je le répète, sans appui et sans preuves en cette màtière-, je ne puis que fournir des hypothèses qui, ne reposant sur aucun fait clinique, n'ont évidemment qu'une valeur minime.

chapitré''' m

FRIGIUITÉ ORGANIQUE SYMPTOMATIQUE

Gomme l'impuissance chez l'homme, la frigidité de la femme est symptomatique, tantôt d'un état physiologique, comme

FRIGIDITK SYMPTOMATIQrK, — AGE; CONSTITUTION. /i55

l'âge, la constitution, le tenripérament, et tantôt d'un état morbide, soit généra], soit local.

C'est à ce double point de vue que je vais successivement me placer.

§ !• — Frigiditi^ s;rniptoiuatique d'un état physiologique*

1° Age. — Il est incontestable, par le fait de la masturbation chez les petites filles et par les exemples de lascivité que présentent quelques vieilles femmes, que la sensibilité génitale du sexe n'est pas entièrement sous la dépendance de la menstruation (I). Mais cette sensibilité, pour être plus exquise et plus délicate que la sensibilité générale tactile, est-elle cette seur sibilité voluptueuse, s^ti generis^ et seul apanage de l'amour?

Sans doute, en restant dans les limites de la théorie, le vrai plaisir vénérien, la vraie sensibilité amoureuse et la véritable volupté érotique ne doivent exister ni avant, ni après l'âge de la menstruation, puisqu'ils ne sont que les incitateurs à la propagation de l'espèce, et que cette propagation ne peut se produire que pendant la vie menstruelle de la femme.

Cependant quand on aborde le domaine de l'observation, on est forcé de se départir d'une théorie aussi rigoureuse, et, en présence de faits bien authentiques et bien avérés, on se demande si le plaisir vénérien, dans l'espèce humaine, n'est pas tout à la fois un moyen de sociabilité et un aiguillon à la génération.

Ce n'est point ici le lieu d'aborder un semblable problème, dont on trouvera la solution plus loin, alors que j'examinerai l'influence exercée sur le sens érotique par l'absence de l'utérus et des ovaires.

2° Constitution. — On se tromperait grandement si l'on

(1) Dans tous le cours de cet ouvrage, le mot menstruation doit être pris comme synonyme d'évolution ovarienne dont l'hémorrhagie menstruelle est le principal symptôme.

libÔ IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

croyait qu'une mauvaise constitution est une cause de frigidité pour la femme; bien souvent, dans les organismes délabrés et cacochymes, la vie paraît se retirer tout entière dans le système nerveux, qui est alors d'une susceptibilité excessive e d'une impressionnabilité étrange. Si, dans ces circonstances, la femme vit au milieu du luxe et de la paresse, si elle s'abandonne à la lecture des romans, fréquente les théâtres, les bals, les musée?, etc., etc., si elle s'expose à l'empire énervant d'une civilisation raffinée, toutes ces excitations retentissent profondément sur les organes de la génération, et la sensibilité érotique s'accroît de. tous les désordres du système nerveux et de tous les écarts de l'imagination.

Cependant toutes les constitutions frêles et délicates ne présentent pas cette excitabilité excessive, et il en est chez lesquelles toutes les sources de la vie coulent avec une lenteur et une mollesse désespérantes. A peine assez fortes pour se suffire à elles-mêmes, pour retenir le faible souffle qui les anime, ces créatures languissantes ne peuvent perpétuer l'espèce, ni communiquer à autrui une vitalité qui leur échappe, car la nature, toujours prévoyante, même dans les malheurs dont elle nous afflige, leur refuse les désirs qui sollicitent, et les plaisirs qui récompensent l'acte de la reproduction.

N'essayez pas, par des excitations intempestives, de contrarier les desseins de la nature ; vous n'arriveriez qu'à fatiguer davantage et à briser môme les faibles ressoi ts qui soutiennent la machine ; que tous vos soins, que toute votre sollicitude se bornent à augmenter l'élasticité du ressort et la résistance de l'organisme; avec les forces, avec le développement osseux et musculaire, avec l'accroissement de l'innervation, en un mot avec l'énergie vitale, le sens génilal apparaîtra, riche de ses attributs, c'est-à-dire avec ses désirs et sa sensibilité.

3" Tempérament. — Les anciens, dont les sagaces observations se cachaient souvent sous les allégories les plus ingé-

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nieuses, admoUaicnt quatre tempéraments, qu'ils faisaient correspondre aux quatre âges de la vie, aux quatre saisons de l'année et aux quatre climats du globe : ainsi le tempérament sanguin était l'apanage de la jeunesse, da printemps et des pays tempérés; le tempérament bilieux concordait avec l'âge adulte, avec Télé et les climats chauds; le tempérament atrabilaire était Tanalogue de l'âge mûr, de l'automne et des pays équatoriaux; entin le tempérament pituiteux correspondait à la vieillesse, à l'hiver et aux pays humides et froids.

Il n'est pas, à coup sûr, de façon plus ingénieuse de caractériser les aptitudes génésiaques des divers tempéraments, et de dresser leur échelle de gradation, en les comparant aux influences exercées par les âges, les saisons et les climats sur les manifestations de l'amour (1).

Cependant il faut se garder d'accepter dans toute leur rigueur de semblables rapprochements, car si la vieillesse est complètement insensible aux excitations vénériennes, les habitants des pays froids ne sont pas déshérités de tout plaisir erotique, même pendant l'hiver.

Cette distinction nous araèiie naturellement à une question qui n'est pas sans importance, à savoir s'il existe des tempéraments complètement froids, c'est-à-dire si l'absence absolue de désirs et de plaisirs vénériens peut, d'une manière exclusive, être le résultat du tempérament; en d'autres termes, si un tempjram3ntquclc )nqu;3peut, sans devenir morbide^ être, comme la vieillesse, une cause absolue de frigidité, ou s'il ne constitue, ainsi qu3 l'niver et les climats froids, qu'une prédisposition à l'allanguissement de la fonction génitale.

Toute question posée carrément exii^e une réponse catégorique. — Oui, je crois qu'il est des femmes complètement froides par tempérament, qui, sans préoccupations intellectuelles, sans contre-indications morales, sans maladie locale ou i\) Voir les pages 67 et suiv., et 79 e| suiv

générale, en un mot sans aucun de ces mille motifs, moraux, socioQx ou physiques, qui paralysent le sens copulateur, n'ouvrent leur f>me à ajci'n dé^'r et leurs sens à aucune voUipté. — Sans doute cette ioae islbilité complète, absolue, e^t plus rare qu'on ne pense et l'on rencontre souvent des femmes qui doivent leur frigidité soit à la maladresse de leur mari, soit au défaut d'harmonie entre leurs mutuelles excitations. Mais pour être peu commune, l'entière frigidité par vice de tempérament existe bien réellement, je le répète, et ce fait, à défaut de diagnostic infaillible, trouve une nouvelle confirmation dans le succès de la médication mise en usage.

Les femmes dont l'instinct génital ne s'est pas éveillé à l'âge de la puberté, et celles même chez lesquelles les manifestations de cet instinct sont languissantes et paresseuses, présentent un ensemble de phénomènes qui les fait toujours facilement reconnaître. Ces phénomènes, pour la plupart du moins, pris isolément, n'ont pas constamment une valeur certaine, et l'on s'exposerait à des erreurs graves et nombreuses, si l'on appréciait l'ardeur érotique d'une femme sur un seul de ces signes ainsi, par exemple, une menstruation peu abondante, déréglée et à sang pûle, est notée par tous les auteurs comme un symptôme de frigidité, et pourtant j'ai vu des femmes trèsardentes au plaisir chez lesquelles les règles n'apparaissaient que de loin en loin et en quantité presque insignifiante; j'en ai même connu une entièrement privée de menstrues, et dont les désirs insatiables amenaient, quand ils étaient satisfaits, une véritable crise nerveuse.

Il faut donc, avant de se prononcer sur les dispositions érotiques d'une femme, étudier, non-seulement les manifestations extérieures de son organisation, mais encore le degré d'énergie de la vitalité qui se trahit toujours dans les habitudes du corps et dans les sentiments de l'âme. Tous les attributs du tempérament lymphatique dominent

FRIGIDITÉ SYMI'TOMATIOI'B. — TEMPÉRAMENT. A59

ordiiiairemoiu chez les femmes froides pur tempérament. Je n'ai point 'ci à les passer en revue; seulement, je noterai que le systèaie pileux joi'e un rôle as^ez important pour fournir à lui ^eul dos sigv^es à peu p/è^ cerlai-is. Tout ce s\-tème est remarquable par la hmf^aeur de sa vitallié : les cneveux sont b'onds, fins, clairsen^é^ d pla s; ils n'offrent point, comme dans les natures ardentes, de petues touffes frisées sur les tempes, et subissent plus que tout autre l'influence liyo-rométrique de l'atmosphère; les sourcils, pâles et à peine disimcts de la peau transparente qui les supporte, laissent entre eux, à la racine du nei, un espace considérable, et ne recouvrent pas, dans une grande étendue, l'arcade sourcilière ; les aisselles, quoique facilement baignées par une sécrétion nauséeuse des follicules sébacés, n'offrent que quelques rares poils à couleur douteuse et à consistance nulle; enfin, le pubis, à travers un duvet court, pâle et décoloré^ laisse plutôt deviner que voir un mont de Vénus dont la maigreur et l'aridité sont un épouvantail pour la volupté.

Sans doute ces caractères en quelque sorte passifs du système pileux ne sont pas constamment et à coup sûr des signes irréfragables de frigidité; mais ils en constituent certainement un indice probable, surtout s'ils concordent avec les autres attributs physiques du tempérament lymphatique, avec un allanguissement dans les facultés intellectuelles, et avec une certaine apathie dans les affections de l'âme.

Cependant, de ce que ces caractères signalent presque toujours sinon une frigidité absolue, du moins un affaiblissement dans les facultés voluptueuses, il n'en faut pas conclure que la frigidité complète ou incomplète s'accompagne fatalement de cette physionomie. Le tempérament lymphatique n'est pas le seul à produire cet état; il en est un autre, peu étudié par les physiologistes, qui tire ses attributs plutôt de la nature intellectuelle que de la nature phy-

l\QO IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

sique de la femme, et que, pour ces motifs, j'appelle tempé-^ rament intellectuel.

Pour caractériser ce tempérament, je ne puis mieux faire que de rappeler ce que me disait un jour une femme d'infiniment d'esprit. Elle disputait à une rivale heureuse la possession d'un homme, non pour les plaisirs que l'amour pouvait lui procurer, mais pour la position sociale, c'est-à-dire pour le mariage, dont cet amour pouvait être la conséquence. D'un tempérament sanguin, d'une beauté rare, d'une amabilité peu commune, elle était en tout supérieure à sa rivale qui, néanmoins, avait le grand avantage d'être aimée. La lutte s'établit entre ces deux femmes; d'un côté, le cœur, le dévouement, l'amour ; de l'autre, la beauté, l'adresse et l'esprit. « Je suis la plus forte, me disait un jour celle des deux femmes dont les prétentions étaient le résultat d'un calcul ; mes sens et mon cœur sont là, ajouta-t-elle en frappant son front, et la tête est bonne... » Oui, les femmes de tête^ comme dit le vulgaire, chez lesquelles la raison domine en souveraine, sont souvent insensibles aux charmes d'une douce liaison et aux enivrements de l'amour. Phj'siquement, rien ne décèle celte froideur ;j'ai même connu des femmes qui la cachaient sous les apparences d'une nature passionnée et sous les attributs d'un tempérament fougueux. Ce n'est que dans les mœuis, la tournure d'esprit de ces femmes, qu'il est possible de pénétrer les conditions d'une semblable insensibilité. Presque toujours ces personnes ont quelque chose de viril dans le caractère, une volonté ferme et un jugement qui ne s'inspire pas de la timidité de leur sexe ; ces attributs de leur nature morale donnent à leur démarche et à leurs mouvements une sûreté et une fierté qui ne sont pas ordinairement l'apanage de la femme, et pourtant elles ne portent pas les signes de ces virago dont parle le poëte ; leurs formes sont élégantes et arrondies ; leur beauté, quoique mâle, n'a rien de dur et de viril ; leurs ma-

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nières sont séduisantes, leur voix est douce ; en un mot, elles sont complètement femmes, et n'ont pas, comme les virago, les penchants obscènes de la tribade; elles éprouvent, non de l'aversion, mais une froide indifférence pour les plaisirs vénériens, quelle que soit d'ailleurs la source d'oi:i ces plaisirs découlent.

La menstruation ne fournit pas de signes plus certains que les autres habitudes du corps ; quelquefois elle paraît moins abondante qu'elle ne semblerait l'être ; mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, de rien préciser à cet égard, tant la quantité des menstrues varie avec chaque femme ; seulement, cette fonction est constamment remarquable par sa régularité, que l'on attribuerait volontiers à l'absence de toute excitation génésiaque.

Les seins n'offrent également rifen de particulier ; les glandes mammaires acquièrent leur développement normal et subissent les influences ordinaires qu'exercent sur elles la menstruation et la grossesse ; car, disons-le par anticipation, la frigidité, quel qu'en soit le motif, n'est jamais une cause de stérilité.

Je le répète, ce n'est point à des signes physiques que se reconnaît la froideur dont je parle; il en faut chercher les manifestations dans les mœurs, les habitudes et le caractère moral de la femme, quoique ces circonstances n'aient pas toujours par elles-mêmes une valeur bien grande, et, dans la majorité des cas, s'en rapporter aux aveux de la malade qui, en les faisant à un médecin, ne peut guère être soupçonnée de supercherie.

On s'étonnera peut-être de me voir placer ici cette forme de frigidité, et l'on se demandera si son étude n'eût pas mieux figuré dans le chapitre relatif à la frigidité idiopalhique ou dans celui que je consacrerai tout à l'heure à la frigidité par cause morale. Qu'on me permette un mot d'exphcation qui

àCrl IMPUISSANCE CHEZ LA FEMMK.

fixera en môme temps l'éLiologie de leiat que j'examine.

Celte foi'me de frig-dité ne ponvaiL entrer dans le cadre de la ffigidUé id'opath-que pa\ce qii eUe e^t la mi^niTostalion, je pourrais pce-qiie dire 'e symptôme d'un état parfaitement défini, à srso"-*, la prédominance defeiément intellectuel.

Elle ne devaii pas poa p'u= trouver place à coté de la frigidité par carse morale, paicc que, ainsi que nous le verrons en lemps et licii, cette dernière est tout à la fois passagère et relatée, tandis que la frigidité dont il e>t ici question est permanente, absolue, et a sa source dans un des éléments de la nature de la femme.

Si l'on réfléchit à ce que Ton doit entendre par tempérament, c'est-à-dire la p<'éémioence d"un des systèmes de l'organisme, concordant avec un état parfait de santé, on conviendra que la p- éciD-^epce de 1 élément intellectuel, sans altération de la sanié générale, constitue une condition analogue à celles qui font les tempéraments sanguin, piluiteux, etc.; seulement, l'élément dominateur n'obéissant point, comme les appareils de forganisme, aux lois de la matière, j'ai dû admettre un tempérament caractérisé par la suprématie de l'élément intellectuel qui^ fatalement, lui devait donner son nom.

Par ces motifs, le tempérament intellectuel a tout aussi bien sa raison d'être que les autres tempéraments, et joue les mêmes rôles; en effet, si l'on se rappelle sous quelle dépendance l'élément intellectuel tient l'excitation et les jouissances vénériennes, on admettra et Ton concevra sans peine que la prééminence de cet élément soit, chez la femme comme chez l'homme, une cause de frigidité et agisse sur l'orgasme génésique à la façon des débilitants, parmi lesquels figure en première ligne le tempérament lymphatique.

Seulement, la médication n'est pas identique dans les deux

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