‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 109 sur 164 · FRIGIDITÉ CONSÉCUTIVE. — EXCÈS DE MASTURBATION · texte numérisé non relu

FRIGIDITÉ CONSÉCUTIVE. — EXCÈS DE MASTURBATION

parmi les vices les plus communs, que l'onanisme, la tribadie et la sodomie.

Comme les observations que l'on peut faire sur chacun d'eux s'appliquent à toutes ces perversions du sens génital, je ne m'occuperai — et l'on comprend pourquoi — que de la plus fréquente et la mieux acceptée, je veux dire Vo}ia-^ nisme.

Excès de masturbation. — Tous les auteurs qui ont pris la masturbation pour sujet de leurs études se sont plu, dans une intention louable sans doute, mais qui bien souvent n'a pas atteint le but qu'ils se proposaient, se sont plu, dis-je, à rembrunir sans mesure les couleurs avec lesquelles ils peignaient les maux qu'entraîne cette funeste habitude; l'ouvrage de Tissot est resté, sous ce rapport, un livre classique.

Si ce n'était pas sortir de mon cadre, il serait facile de prouver combien ces peintures sont tout à la fois exagérées, inutiles, et même dangereuses ; la stricte vérité est suffisamment hideuse par elle-même, pour qu'il ne soit pas nécessaire de la charger d'images purement imaginaires.

Cependant il est incontestable que les excès d'onanisme attaquent la vie dans sa source et pervertissent quelquefois la sensibilité d'une manière étrange. A notre point de vue la perversion que je viens de signaler se porte moins sur la sensibilité physique que sur la sensibilité morale; car sous le rapport organopathique, la sensibilité générale est bien plus souvent atteinte que la sensibilité génitale.

Mais celle-ci, par suite des troubles apportés dans la sensibilité morale, ne se soustrait point à l'influence néfaste de l'onanisme; elle la subit d'une manière bien réelle, quoique indirecte, et mérite par conséquent que l'on s'y arrête.

Le masturbateur, quel que soit le sexe auquel il appartienne, finit toujours par se complaire exclusivement dans ses plaisirs solitaires, et passe progressivement, vis-à-vis de l'autre sexe,

de l'indifférence à l'aversion la plus prononcée. — - Ce caractère est constant et a été noté par tous les observateurs. — Je ne cherche point à en trouver les motifs dans une timidité poussée à l'extrême, ou dans un sentiment exagéré de la pudeur; car si la timidité ou la pudeur peuvent être le point de départ, ou mieux encore, l'excuse de la masturbation, ehes ne sauraient être la source de la perversion qui affecte la sensibilité morale. L'habitude ne me paraît pas davantage rendre raison du trouble que je signale, et je préfère le considérer comme un désordre morbide intimement lié à l'onanisme, ainsi que le sont la 'consomption, le rachitisme, la folie, etc.

D'ailleurs l'éloignement pour les plaisirs du coït n'est pas la seule atteinte qu'éprouve le moral qui, sans parler de l'affaiblissement profond des facultés intellectuelles, peut aller jusqu'à la folie et la démence : tout le monde sait que le masturbateur se révèle par un cachet tout particulier de son être moral, et que je n'ai pas à faire ressortir ici.

La répugnance que le masturbateur éprouve pour les rapports sexuels n'est en aucune façon comparable à la satiété qu'engendrent les excès de coït : ceux-ci étouffent la voix des voluptés génésiaques, quelle que soit d'aiUeurs l'image sous laqueUe se présentent ces voluptés, tandis que les excès d'onanisme ne glacent que les désirs de la copulation, et laissent subsister, s'ils ne l'augmentent encore, l'ardeur pour les plaisirs solitaires.

Sans doute la frigidité que ces habitudes entrament n'est, à proprement parler, qu'une frigidité relative, puisqu'il reste à la sensibilité génitale un mode de manifestation. Cependant, en rentrant dans les lois de la physiologie, et en considérant que l'onanisme n'est pas l'excitation naturelle de la sensibilité génitale, on peut dire que l'aversion éprouvée par les masturbateurs ù l'endroit du rapprochement sexuel constitue un état

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