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LIVRE DEUXIÈME

La stérilité est l'inaptitude à la procréation.

Gomme la procréation, il est bien entendu qu'il ne s'agit ici que de l'espèce humaine, comme la procréation exige la coopération de deux individus à organisation génitale difTérente, la nature n'a pas plus garanti à l'un l'immuable intégrité des conditions de son concours, qu'elle n'a réservé à l'autre toutes les altérations capables de s'opposer à l'accomplissement de cette importante fonction ; elle a tenu entre les deux sexes une balance impartiale, et les a condamnés, chacun dans les limites de ses attributions respectives, à des états morbides divers, dont l'étude fait le sujet de ce livre.

Nous aurons donc à examiner les états morbides susceptibles d'entraîner l'inaptitude à la procréation : 1" chez l'homme ; 2'^ chez la femme. '

Mais à côté de ces altérations organiques, qui, chez l'un comme chez l'autre sexe, nous rendront compte du trouble delà fonction, n'y a-t-il pas des conditions générales qui, sans f e rattacher aux circonstances de l'uge, de l'état de maladie, du climat, etc., etc., semblent exercer une influence fâcheuse sur l'acte de la génération ? En d'autres termes, faut-il admettre, à l'exemple de mes devanciers, que la nécessité du concours de deux individus à organisation différente ci-ée des

HOUBAUD. nj)

/i98 DE LA STÉIUIJTÉ.

conditions de synergie morale et physique, dont le dérangement constitue un autre ordre de causes d'agénésie et marque une nouvelle stérilité ? Peut-être ; mais dans tous les cas, la question est assez importante pour mériter d'ôtre examinée.

Je vais donc passer en revue les circonstances qui ont pu faire croire à une absence d'harmonie cVamow\ comme dit Virey, capable d'empôclier la fécondité entre deux individus présentant tous les attributs de la puissance procréatrice.

§ 1, — ji>(ci*ilitc relative.

Si l'on considère, d'une part, le mystère au milieu duquel s'accomplit la fusion des deux éléments générateurs, et, d'autre part, la retraite presque inaccessible à nos moyens d'investigation, où sont tenus la plupart des organes qui concourent à l'accomplissement de cet acte, on avouera qu'il e.4 facile de méconnaître, dans beaucoup de cas, la cause réelle d'une stérilité, et l'on trouvera moins extraordinaire que l'esprit humain, à qui, en définitive, il faut toujours une explication, bonne ou mauvaise, ait admis des hypothèses complètement imaginaires, et autour desquelles sont venus se grouper, ou de gré ou de force, tous les faits qui sortaient des lois les plus vulgaires de la pathologie.

Parmi ces hypothèses, il en est une qui a joui d'un grand crédit cl qui est encore aujourd'hui môme entourée de la faveur générale, c'est celle que l'on désigne communément sous le nom (['harmonie d'amour.

Cette harmonie a pour base des rapports soit de similitude, soit de dissemblance, et se tire tantôt de la nature physique et tantôt de la nature morale des doux conjoints. « Comment, s'écrie Virey, qui a consacré à la défense de cette opinion les phrases les plus redondantes de son style imagé, comment s'établit l'amour le plus pénétrant, le plus parfait entre les

sexes? C'est lorsque ]a femme est le plus femelle, et que riiomme est le plus viril ; c'est quand un mâle brun, velu, sec, chaud et impétueux, trouve l'autre sexe délicat, humide, lisse et blanc, timide et pudique. L'un doit donner, et l'autre est constituée pour recevoir ; le premier, par cette raison, doit avoir un principe de surabondance, de force, de générosité, de libéralité qui aspire à s'épancher; la seconde, au contraire, étant constituée en moins, doit, par sa timidité, tendre à recueillir, à absorber, avec une sorte de besoin et d'économie, le trop de l'autre, pour établir l'égalité, le niveau complet. Ainsi le résultat de l'uKion conjugale, ou but de la procréation d'un nouvel être, ne peut être rempli que par cette unité physique et morale dont parlent Pythagore et Platon, au moyen de laquelle les deux sexes s'égalent, se saturent pour ainsi dire réciproquement (i). »

Et, comme si ces paroles ne rendaient pas toute sa pensée, et qu'il craignît qu'on ne les appliquât qu'à la partie sensuelle ou attractive de la fonction de la génération, Virey revient plus loin sur son système d'harmonie et en montre toute l'influence sur la fécondité : « En effet, dit-il, si l'on unit deux tempéraments semblables, mâle et femelle, comme Voltaire et la marquise du Châtelet, qui ne pouvaient ni se quitter, ni se souffrir longtemps ensemble, cette similitude d'égalité produit une source de querelle, et devient une cause de stérilité trèsremarquable. Ainsi l'on a vu deux époux, ensemble stériles, et s'accusant môme d'impuissance et de froideur, devenir par leur divorce, féconds et ardents avec d'autres individus d'une constitution opposée, etc. (2). »

Cette théorie est si ingénieuse et plaît tant à l'imagination, que chaque auteur qui l'a adoptée semble, pour le dire en

rabl p!!^s' ' P'mologique, moral et liUé-

(2) Ibid., p. 207.

passant, s'en attribuer la paternité; cependant, elle appartient à Aristote, qui, en ce point, s'éloigne des idées hippocraliqnes : « Eveiiit sente, dit-il, midtis et mulieribus et viris, ut qui canjuncti inter se nequcantprocreare, uhi dissociati sejwixcre cum aliis, queant{i)- » Boerhaa\e va plus loin, et, après avoir avancé qu' Aristote rapportait des exemples en faveur de cette théorie, ce qui n'existe pas, cyr le passage que je viens de citer n'est accompagné d'aucune observation, il raconte lui-même le fait suivant : « hi GalUâ illustris casus contujit : princeps [S. G., nobilis) eratqui diùcum optimâ uxore in sterili conjugio vixerat. Ultimo ex judicio supremœ uiriie cunjwjium solutam est. Eodem. concilio capto, maritus in viduiwi thoriim aliam uxorem ducit, et vidiia nupsit alteri ; et ille fdios, hœc prolem pariter ex secundo conjugio tulit. » Et Boerhaave ajoute -.Apparet fecunditatem etiam a mutuâ quâdcnn ratione pendere passe, absque ullo absoluto vitio aut viri aut feminœ (2). »

Tous les auteurs qui ont écrit sur la matière sont aussi laconiques que Boerhaave; nulle part une indication même sommaire de l'état des organes génitaux : ces organes, qui jouent cependant le principal rôle, sont comme s'ils n'existaient pas. On comprend cette absence de détails de la part d'un historien, comme Tacite, par exemple, qui rapporte que Livie, nayant pas eu d'enfant avec César, quoiqu'elle eu fût tendrement aimée, donna le jour à Tibère et à Drusus dans un second mariage qu'elle contracta avec Tibère-Néron.

Sans doute, par cela même que deux individus sont nécessaires pour la formation d'un nouvel être, les conditions de ce concours sont soumises à des lois dont la violation, compro-

(l) Arislote, llidoria animalitm, t. 11, 1507, iib. Vi, p.

(-2) Boerhaave, Frœlcdiones acadmicœ , elc. Leydc , 1701, t. U,

Slf-RILTTÉ RELATIVK.

mettant l'intégrité de ces rapports, en doit nécessairement annihiler les résultats ordinaires on normanx.

Ouello est donc la loi de ces rapports? Repose-t-ellc sur la dissemblance ou sur la similitude des conjoints, et, dans l'un ou l'antre cas, cette harmonie naît-elle du contraste ou de l'homogénéité des habitudes générales de l'organisme, ou se contente-t-elle des mêmes conditions dans l'appareil génital seulement ? En d'autres termes, la fécondité obéit-elle à la loi des contrastes ou à celle des ressemblances, dans l'intelligence, dans les passions, dans le tempérament, dans la constitntion, dans l'ardeur des plaisirs vénériens, etc., etc., en un mot dans des circonstances éloignées de Tappareil génératenr?

Il ne faut pas une bien longue observation pour se convaincre qne, si la théorie des contraires ou celle des semblables pent-étre invoquée pour la manifestation des sympathies amoureuses, quoique les anciens, aussi bons observateurs que nous, aient mis un bandeau sur les yeux de l'Amour, il ne faut pas une longue observation, dis-je, pour se convaincre que Tune et l'autre de ces théories sont complètement erronées quand il s'agit de la fécondité ; il suffit de regarder autour de soi : dans ce tourbillon immense qui constitue le monde, on voit l'espèce se perpétuer au milieu des conditions les plus diverses, et chaque procréation, pour ainsi dire, donner un démenti aux rôves harmoniques des philosophes et des poëtes.

Cependant, il est des faits étranges qui semblent établir d'une manière irréfragable une loi quelconque de rapports ; ce sont ceux dans lesquels deux individus, homme et femme, voient leur union stérile, alors que chacun d'eux donne de son côté des preuves manifestes de fécondité.

Mais d'abord ces faits sont moins communs qu'on ne pourrait croire, et, loin d'être la règle, ils constituent une trèsgrande exception ; il n'est donc pas logique de fonder sur eux

une loi fondamentale et d'ériger une exception en axiome inexorable.

Cependant, quelques rares qu'ils fussent, ces faits, par cela même qu'ils se produisaient, ont vivement excité mon attention, et j'ai dû, pour me former une opinion sur leur compte, ne pas me contenter de simples apparences.

A cet effet, j'ai cherché, autant que me le permettait l'état de nos connaissances anatomiques et physiologiques, à me rendre compte des conditions normales de fécondité chez l'un et chez l'autre sexe, et je me suis assuré ensuite si, dans les cas exceptionnels dont il s'agit, ces conditions étaient intactes et s'accomplissaient d'après les principes acquis à la science.

Il est nécessaire de rappeler brièvement ces conditions et ces principes.

Du côté de l'homme :

Éjaculation dans la direction de Taxe de la verge et propriété spéciale (fécondante) d'un liquide appelé sperme.

De ces deux conditions, la dernière, c'est-à-dire la composition du sperme, est acceptée sans conteste. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer cette composition ; il suffit simplement d'en marquer l'absolue nécessité.

L'éjaculation, c'est-à-dire le lancement du sperme avec une certaine force, n'a rien perdu de son importance, quoi qu'on en veuille dire, par les expériences de Spallanzani ; je crois donc la fécondation, dans l'espèce humaine, très-difficile, sinon impossible en dehors de cette condition, à moins que les deux conjoints n'aient recours à un artifice qui supplée en quelque sorte à l'éjaculation, ou que la femme ne soit affectée d'un prolapsus de matrice.

La direction, suivant laquelle s'accompht l'éjaculation, ne me semble pas aussi une circonstance sans valeur; je sais bien que tous les hypospadesne sont pas stériles, et je tiens même de M. Rtcord que ce vice de conformation s'est montré à lui

d'une raanièrc héréditaire sur trois générations, preuve bien évidente qu'aucune d'elles ne fut inféconde; mais, en admettant l'explication que je donne plus loin (l) du mécanisme de l'éjaculation directe de l'iiypospadias balanique, il faut reconnaître que ces faits forment une exception, et que, dans l'immense majorité des cas, la fécondation n'a lieu qu'à la suite d'une éjaculation spermatiquc dans le sens de l'axe du canal uréthral.

Du côté de la femme, les conditions anatomiques ont, jusqu'à présent, paru seules nécessaires pour sa fécondation, et c'est à l'oubli dans lequel ont été laissées plusieurs autres circonstances, qu'il faut peut-être rapporter les incertitudes et l'ignorance qui planent encore aujourd'hui sur cette partie de a pathologie féminine.

Cependant quelques-unes de ces circonstances ne sont pas entièrement méconnues, et la discussion soulevée à l'Académie de médecine (2), à l'occasion du pessaire intra-utérin, a prouvé que les meilleurs esprits et les hommes les plus pratiques admettaient les déviations utérines parmi les causes de la stérilité delà femme.

Je m'expliquerai longuement ailleurs sur l'importance des déplacements utérins au point de vue qui nous occupe ; mais je dois étabhr ici, pour l'intelligence de ce qui va suivre, que, dans un très-grand nombre de cas, et principalement dans les cas de version, ces déplacements, ne faisant qu'altérer les rapports normaux de conjonction, déterminent une stérilité qui n'est ni relative ni maladive, mais simplement l'effet du défaut d'exacte opposition de l'organe mule et de l'organe femelle.

(1) Voyez les Causes delà stérilité chez V homme par vice de conformation.

Bulletin de VAcadémie de médecine. Paris, ISoi, t. XIX, p. Ti^R fit sTiiv.

50Z| DR LA STÉRILITK.

Pour moi, en effet, il est hors de doute que, dans les conditions normales de fécondation, le méat nrinaire du membre viril doit se trouver en face de l'ouverture inférieure de la matrice, afin que le sperme puisse pénétrer dans ce dernier organe, en sortant par saccades de la verge de l'homme; et que toutes les fois que, par un motif quelconque, cette mise en présence de l'orifice urôthral de l'homme et de l'orifice utérin est détruite, la fccondalion n'a pas lieu; c'est ce qui arrive, en effet, dans les cas de déviation antérieure, postérieure ou latérale de l'utérus, dans lesquels la verge, portée sur les côtés du col de la matrice, lance le sperme contre le culde-sac vaginal, que vient battre sans profit le fluide fécondant. Et cela est si vrai, que si les conjoints, par un artifice de position, ou l'art, par des moyens dont j'aurai à m'occuper ailleurs, parviennent à rétablir l'axe fictif des deux orifices dont il s'agit, la stérilité cesse aussitôt, en admettant, bien entendu, qu'il n'existe pas d'autres causes d'agénésie, et la femme, jusqu'alors inféconde, peut, comme on va le voir dans les deux faits suivants, donner le spectacle d'un de ces faits réputés étranges par les esprits superficiels.

Après cinq années d'un mariage stérile, madame X... a des rapports avec un jeune homme, et, à son grand étonnement, elle devient enceinte ; je dis à son grand étonnement, parce que le mari, ayant eu des enfant avec une de ses domestiques qu'il avait séduite, madame X... croyait porter en elle seule la cause de l'infécondité qui avait frappé la couche conjugale. En présence d'une grossesse aussi inattendue, il fut démontré aux deux amants que la stérilité dont la dame X... avait été affectée pendant cinq années, alors qu'elle n'avait eu de relations qu'avec son mari, était bien réellement produite par un défaut d'harmonie entre les deux époux.

Lié d'amitié avec l'amant, et par suite de circonstances qu'il est inutile de rapporter ici, je fus mis dans le secret de

l'aventure. Gomme le fait me paraissait bizarre et que je n'avais, d'antre part, aucun moyen de vérification, ne connaissant pas madame X..., j'en fus réduit aux explications bien superficielles que nio donnait le jonne homme; cependant une circonstance, à laquelle les deux ornants n'avaient prêté aucune attention, me frappa: c'est que dans leurs ébats amoureux, le coït avait été accompli plusieurs fois dans une position anormale, et surtout différente de celle que le mari avait l'habitude de prendre.

Je ne pouvais contrôler les suppositions que me suggéraient ces confidences; d'ailleurs, eussé-jepu soumettre madame X... à mes investigations, que cet examen n'aurait probablement pas amené une certitude, car si, comme je le supposais, la stérilité de madame X... tenait à une déviation utérine, ce déplacement devait avoir disparu, ainsi qu'il arrive par l'effet de la gestation.

Je ne pus donc retirer aucun enseignement positif de ce fait; mais il me donna l'éveil sur la possibiiïté de certaines circonstances trop négligées jusqu'alors, et de la valeur desquelles il était facile de s'assurer.

L'occasion s'en offrit bientôt à moi.

M. X..., habitant la rue des Vieux-Augustins, marié depuis six ans, sans enfants, vint me consulter sur la cause de l'infécondité de son mariage. Soumis h un examen sévère, tant sous le rapport de ses organes que de son sperme, et à un interrogatoire minutieux sur toutes les circonstances qui accompagnaient le coït, il me parut n'avoir en lui aucun motif de stérilité, et je le priai, en conséquence, de décider sa femme ù subir mes investigations.

Le désir que celle-ci éprouvait d'avoir des enlants leva tous ses scrupules; petite, mais bien conformée, d'un tempérament lymphatico-nerveux, madame X... avait été réglée de quinze à seize ans, et depuis cette époque (elle en avait alors vingt-

quatre) elle avait été régulièrement et assez abondamment menstruée. Quelques flueurs blanches existaient, mais en très-faible abondance; seulement elles augmentaient un peu, ainsi qu'il arrive chez beaucoup de femmes, aux époques menstruelles.

Les désirs vénériens étaient modérés, et le coït n'offrait rien d'anormal au point de vue des manifestations voluptueuses.

L'examen abdominal ne laissa rien soupçonner du côté de la matrice et de ses annexes; mais le toucher vaginal me fit constater une déviation antérieure du col de l'utérus, avec renversement en arrière du corps de cet organe.

Ce déplacement de l'organe gestateur me parut être la cause de la stérilité.

S'il en était ainsi, la fécondation devait s'opérer, si, par un artifice quelconque, le col de l'utérus était ramené dans son axe normal, ou plutôt dans l'axe du plan suivant lequel s'opérait l'éjaculation de l'homme.

Deux moyens s'offraient à l'esprit :

Ou changer la position du col de l'utérus et faire rentrer, ne fût-ce que momentanément pendant le coït, le museau de tanche dans la direction du jet spermatique ; ou, par un artifice de position pendant l'accouplement, modifier la direction de ce jet, de sorte qu'elle ne fût plus celle de l'axe du vagin, mais qu'elle fût portée en avant et en haut.

Je m'arrêtai au premier de ces moyens, qui était tout h. la fois le plus médical et le plus décent.

Un tampon, porté dans le rectum, aida, non à faire basculer l'utérus, ce qui me paraît fort difficile, mais à le porter et à le soutenir dans un plan moins incliné.

En même temps que je plaçai ce tampon, je ramenai, autant que je le pus, le col de la matrice en arrière, et je glissai entre lui et la paroi antérieure du vagin un cylindre préparé d'é-

ponge. Celte espfice de coin, dont le volume devait nécessairement augmenter par les mucosités dont sa présence rendait la sécrétion plus abondante, avait pour mission de maintenir le col dans l'axe du vagin, et d'exposer ainsi le museau de tanche au jet direct de la liqueur spermatique.

Le coït fut accompli au milieu de ces conditions, qui ne le gênaient d'ailleurs en rien; le mois suivant les règles, contre leur habitude, ne parurent pas ; madame X... était enceinte. Sa grossesse n'offrit rien de remarquable; elle est accouchée l'année dernière à Sens, son pays natal, et je ne puis dire, ne l'ayant pas revue depuis, si elle a eu une seconde fécondation.

Pour le fait que je viens de rapporter, je me suis demandé si la présence de Téponge, appliquée contre les surfaces antérieures du vagin et du col utérin, n'avait pas été la source d'une excitation absente du museau de tanche, et nécessaire, comme je l'ai dit plus haut, pour la fécondation de la femme.

Sans doute, on peut, jusqu'à un certain point, faire une part quelconque à cette influence ; mais cette part doit être bien minime, si on la compare à celle qui revient au changement de position éprouvé par le col utérin ; d'ailleurs, dans d'autres circonstances que je ne puis rapporter ici, cette excitation a complètement fait défaut, car il n'y avait de modifié que la direction du jet spermatique.

En résumé, les déviations du col de l'utérus, sur lesquelles ie m'expliquerai plus longuement ailleurs, constituent fréquemment une cause de stérilité chez la femme ; mais l'obstacle que ces déviations apportent à la fécondation n'étant pas autre chose qu'un défaut de rapports topographiques entre l'organe chargé de donner et l'organe appelé à recevoir, il advient que ces rapports, brisés dans certaines circonstances, peuvent se rétablir dans d'autres, et alors, on a le spectacle de gestations tardives ou de fécondations relatives, sans qu'il soit besoin de recourir

aux explications métaphysiques des harmouics ou des contrastes.

Cependant, il ne faudrait pas croire que toutes les grossesses tardives ou relatives se peuvent expliquer par une déviation utérine ; l'erreur que je combats eût été trop grossière et m'aurait donné trop facilement beau jeu.

En effet, à côté des conditions anatomiques, dont il est superflu de parler ici ; à côté des conditions de topographie, qu'on me passe le mot, dont il vient d'être question, il en existe une autre que j'appellerai condition physiologique ou vitale.

Qu'on me permette de légitimer ces expressions.

Chaque tissu, chaque oi gane, chaque appareil possèdent, en dehors de la sensibilité générale à laquelle sont soumis tous les corps organisés, une sensibilité spéciale qui les caractérise et qui leur est propre. Cette sensibilité se développe sous l'empire d'excitants spéciaux, dont l'influence est nulle sur les autres tissus, sur les autres organes, sur les autres appareils. C'est Yalpha de la physiologie.

A cette sensibilité succède la contractilité, d'une manière si fatale, que l'on a désigné par le seul mot irritabilité et la sensation excitée sur l'organe par l'impression du corps étranger et la contraction de l'organe réagissant sur ce corps.

Cette action et cette réaction ne sont pas nécessairement sous l'empire de la conscience ; ces deux opérations peuvent s'exécuter en dehors de notre volonté.

L'utérus et, plus particulièrement, son col ne font pas exception à cette loi physiologique. Ils ont une irritabilité spéciale dont le moteur est le fluide spermatique, sous l'influence duquel le col se ramasse sur lui-môme, pour ainsi dire, en présentant, béante, son ouverture inférieure.

Cette irritabilité n'est ni sous la dépendance de la volonté, ni sous l'empire de la conscience; si elle eût été soumise à la volonté, la femme aurait pu se soustraire à l'obligation de la

gestation, et la nature n'a pas voulu que la volonté, qui acceptait le plaisir, eût le pouvoir de repousser la fonction dont ce plaisir n'était que la récompense; elle est également indépendante de la conscience, car cette indépendance est pour la nature une garantie certaine de la bonne exécution de l'acte ; aussi faut-il ranger, parmi les illusions de l'imagination, les tressaillements et les spasmes particuliers que certaines femmes prétendent ressentir au moment d'un coït fécondant. — Il est manifeste qu'il ne s'agit point ici des tressaillements et des spasmes amoureux qui atteignent leur plus haut degré d'intensité pendant l'éjaculation de l'homme, par suite des mouvements spasmodiques auxquels la verge est alors en proie, et par suite aussi de l'élévation de température, déterminée, tout à la fois par l'action vitale de l'acte qui s'accomplit, et par la présence du sperme.

L'irritabilité utérine, celle qui nous occupe ici, est spéciale et ne s'exerce que sous l'influence du fluide spermatiqiie.

J'ai poussé, sur le museau de tanche de divers animaux, des liquides de différentes sortes, excitants, astringents, caustiques, etc., et jamais l'utérus, immédiatement ouvert, ne m'a fourni la moindre trace du liquide injecté.

On a rapporté aux tressaillements amoureux, à la sensation de volupté la source de cette irritabilité; mais alors comment expliquer la fécondation de ces femmes insensibles au plaisir, de ces jeunes filles violées et prises de force, et pour lesquelles la copulation est un sujet d'effroi et de douleur? Non, le plaisir n'est pas plus l'excitant de cette irritabilité, que les liquides dont je parlais tout à l'heure.

L'électricité, dont je dirai plus loin le rôle dans le traitement de certaines formes de stérilité, a-t-elle sur l'irritabilité de l'utérus une action marquée et manifeste?

Comme beaucoup de médecins, j'ai triomphé quelquefois de la stérilité au moyen de la laradisation ; et les cas précisément

OÙ cet agent m'a paru avoir l'indication la plus précise, et oii, en effet, le succès a couronné les tentatives, sont ceux oii l'irritabilité de l'utérus, ou plutôt du col de l'utérus, semblait affaiblie et ne pas suffisamment répondre à l'action de son excitant ordinaire, le sperme.

Cependant, à l'état physiologique, si l'on dirige sur cette partie un courant galvanique, il advient, dans la très-grande majorité des cas, que la sensibilité et la contractilité de l'organe ne semblent en aucune façon influencées; seulement, si l'action électrique est prolongée pendant quelque temps, le col de la matrice se phlogose avec les phénomènes de rougeur, de chaleur et de tuméfaction qui, dans les circonstances ordinaires, accompagnent ou caractérisent cet état pathologique.

Aussi il est constant pour moi que, dans les cas oîi le fluide électrique exerce une heureuse influence sur la stérilité, cette action est due, non à une modification spéciale apportée par Télectricité, mais au rappel, dans le col de l'utérus, des conditions normales de la vitalité générale.

Je ne puis donc admettre que l'électricité, malgré les services qu'elle rend dans l'affaiblissement de l'irritabilité utérine, soit un excitant spécial de cette irritabilité.

Ce rôle, je le répète, appartient exclusivement au sperme.

Mais, pour faire une juste part à toute chose, il faut reconnaître que les émotions amoureuses et que les sensations voluptueuses, en éveillant la sensibilité générale de l'appareil génital, sont le premier signal et comme le prélude de l'irritabilité spéciale de l'utérus; il peut donc arriver ou que cette irritabilité, n'étant point éveillée par les caresses de l'homme, reste inerte sous l'action du sperme ; ou que, trop surexcitée par le tempérament passionné de la femme, ehe dépasse le but au moment oii lui arrive la nouvelle excitation de la liqueur séminale. — Ces deux circonstances opposées, absence et excès d'ex-

citation du col utérin, amènent le môme résultat, c'est-à-dire la non-pénétration du sperme dans l'utérus.

Ces deux espèces de stérilité sont, comme on le voit, sous l'entière dépendance de la sensibilité; or, quand on sait les iiifluences multiples et diverses que subit la sensibilité, même organique, on comprend que cette sensibilité puisse se montrer en deçà ou en delà de l'excitabilité normale, selon le temps, l'âge, les habitudes, le milieu dans lequel on la place, etc., etc. ; et alors on aie spectacle onde ces fécondités tardives ou de ces fécondités relatives, pour l'explication desquelles on recourait, en désespoir de cause, au système de l'harmonie d'amour.

Une thérapeutique rationnelle vient souvent justifier ces données de la science, sans qu'il soit nécessaire de poursuivre une pondération, presque toujours impossible, entre les tempéraments et les facultés morales et intellectuelles des deux conjoints. La femme lymphatique, à fibres moUes, à la vitalité languissante, trouve dans les toniques, dans les reconstituants, dans l'Jiydrothérapie et dans certaines eaux minérales, une fécondité que l'on rend, à une autre, en éveillant l'irritabilité utérine au moyen de l'électricité, et que l'on donne à une troisième, en calmant cette même irritabilité avec des sédatifs ou des antispasmodiques.

Si, à ces causes multiples et si mal appréciées iusqu'à présent de stérilité, on ajoute les altérations accidentelles des spermatozoïdes, et les avortements précoces dont je m'occupe plus loin, on se convaincra que les cas de stérilité relative doivent être excessivement rares ou, pour dire toute ma pensée, que la stérilité relative n'existe pas.

Le système de l'harmonie d'amour ne sert qu'à couvrir notre ignorance des causes de certaines stérilités, et qu'à satisfaire ce besoin de notre intelligence, de donner à toute chose une explication, fùt-eUc imaginaire.

Eu résumé, et tehe e^i la conclusion que je tire des considé-

rations qui précèdent, il y a trois sortes de stérilité : une qui est le fait de l'homme, une qui appartient en propre à la femme, et une troisième qui résulte d'un vice dans les rapports des conjoints.

Dans celte dernière espèce de stérilité, la seule qui m'ait occupé ici, le vice qui l'entraîne est toujours local : tantôt il est le résultat d'un déplacement d'organe, tantôt d'une modification vitale des tissus, et tantôt d'une altération passagère d'un des deux cléments reproducteurs, et même de l'organe gestateur.

Il n'y a donc pas de stérilité relative dans le sens que l'on a donné iusqu'à présent à ces mots, c'est-à-dire une stérilité basée sur des analogies ou des dissemblances générales.

Pour moi, toute stérilité relative est locale et doit s'expliquer par une des circonstances que je viens d'indiquer, c'est-à-dire défaut de concordance de l'organe mâle et de l'organe femelle; absence ou exeès de la vitalité du col; altération momentanée des spermatozoïdes ou de l'ovule; enfin avortcment précoce.

Par conséquent, la stérilité relative n'étant pas autre chose qu'un accident local, son histoire ne saurait exister; elle se confond avec celle des accidents locaux qui, chez l'homme ou chez la femme, déterminent la stérilité.

§ II. • — Stcrilîlc consanguine.

Jusqu'à l'avènement du christianisme, il n'est pas rare de trouver des peuples chez lesquels étaient permis les m[iriage5 entre les parents les plus rapprochés. Les Perses épousaient leurs sœurs et leurs mères; aussi, saint Jean Ghrysostome s'écrie, après les avoir convertis : (( Nous admirons les Perses qui n'épousent plus leurs mères (1). »

(1) Saint Jean Chrysoslome, De virginUale, cap. VIII.

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