STÉRILITÉ CONSANGUINE
Les Mèdes, les Éthiopiens, les Indiens et tous les peuples soumis à la loi de Zoroastre, comme les Perses, suivaient la môme pratique.
En Phénicie, en Carie et en Egypte, les frères et les sœurs contractaient mariage, ainsi que le prouve l'histoire de la reine Artémise, qui fit élever un monument somptueux à Mausole, son époux, dont elle était en même temps la sœur.
Tandis qu'à Athènes un frère pouvait épouser sa sœur consanguine, à l'exclusion de sa sœur utérine, à Sparte le contraire avait lieu, et un frère épousait sa sœur utérine, à l'exclusion de sa sœur consanguine ; la loi faisait même un devoir d'épouser son parent le plus rapproché, dans l'intérêt de la succession.
Jusqu'à Mahomet, qui frappa ces mariages d'interdiction, les Arabes épousaient leurs mères, comme les peuples obéissant à la religipn de Zoroastre,
Sans pousser plus loin une énumération que l'on pourrait grossir, en feuilletant l'histoire des anciens Germains, des Danois, des Péruviens, etc., etc., il faut reconnaître que chez ces nations, dont la population était immense et la vitahté trèsgrande, ces unions entre parents très-rapprochés étaient loin d'être frappées de stérilité.
Le christianisme, comme je l'ai dit, insista, plus que toute autre religion, sur la défense des mariages entre parents et l'Église établit les degrés jusqu'auxquels devaient s'étendre ces prohibitions.
La loi civile, imitant la loi canonique, repoussa de son côté les mariages entre parents d'un certain degré.
Beaucoup de bons esprits n'ont vu dans ces défenses que des raisons morales ou sociales, tandis que, de tout temps, les médecins les ont considérées comme d'excellents préceptes d'hygiène.
Jusqu'à ces dernières années, on croyait à certains dan-ers
des unions consanguines, sans admettre pourtant tous les dommages dont, depuis quelque temps, on a voulu les rendre responsables.
Ces dommages ont été divisés en deux catégories, selon qu'ils sont relatifs aux parents, ou qu'ils sont relatifs aux produits.
Je n'ai pas à m'occuper de ces derniers, car mon rôle finit dès que la gestation commence.
Au point de vue des parents, la consanguinité a été accusée de déterminer :
1" La stérilité ;
2° Le retard de la conception ;
3° La conception imparfaite (fausses couches) .
Devay (de Lyon), qui le premier souleva l'orage qui a si longtemps grondé à la société d'anthropologie, a dressé une statistique où, sur 121 mariages consanguins, les dommages relatifs aux parents se répartissent de la • manière^ suivante (1) :
Stérilités absolues 16
Avortements précoces 6
Fausses couches 1^
Mais dans l'énumération des dommages relatifs aux enfants, Devay énumère un bien plus grand nombre de mariages consanguins contre lesquels il ne peut invoquer ni la stérilité, ni les fausses couches.
Boudin, qui n'est pas moins convaincu que Devay de la nocuité des mariages consanguins, n'apporte aucun fait à l'appui de sa thèse, et se contente de l'opinion de l'évêque de Viviers (2), et de celle de quelques agronomes.
Mais, à côté de ces assertions, au contraire, les preuves
(1) Francis Devay, Traité spécial d'hygiène des familles. Paris 1846, S" édit., 1858.
(2) Boudin, Dangers des unions consanguines et nécessité des croisements dans l'espèce humaine et parmi les animaux {Annales d'hygiène publiq. et deméd. légale, juillet, 1862).