DÉGÉNÉRESCENCE CANCÉREUSE DES TESTICULES. OOJ
Enfin d'autres chirurgiens n'admettent aucune règle tracée d'avance et subordonnent aux circonstances la conduite à tenir.
Cependant les malades, dans beaucoup de cas, réclament une intervention active et s'imaginent que la castration est une ressource nécessaire.
Dupuytren ne cédait pas h ces sollicitations, mais amoindrissait et retardait la marche du mal avec des applications de potasse caustique. Bonnet (de Lyon) et son école donnent la préférence au chlorure de zinc; à Paris, M. Verneuil a remplacé les caustiques potentiels par le fer rouge, et assure s'en trouver à merveille; le malade est ravi de conserver son testicule qui, selon la pittoresque expression de M. Verneuil, n'est qu'un testicule moral, il est vrai, mais enfin qui est un testicule.
Testicule cancéreux. — Dans l'histoire de la faculté fécondante du testicule tuberculeux, Godard a signalé deux circonstances étranges dont je me suis occupé plus haut ; le cancer du testicule ofTre également dans son histoire, envisagée à notre point de vue, une particularité curieuse qui m'autoriserait à ne pas m'en occuper ici.
Cependant je tiens à rappeler cette particularité, bien connue de tous les chirurgiens et qui sera mon excuse pour la brièveté de cet article.
Dans l'afFection cancéreuse il est si rare que les deux testicules se prennent à la fois, que Vidal (de Cassis) a émis l'opinion que lorsqu'un testicule présentait, pendant quelques années, un engorgement chronique, sans que l'autre se prît, on pouvait assurer que l'affection était maligne; tandis que si les deux glandes étaient prises, on devait être certain que l'affection était bénigne et susceptible de guérison.
En faisant la part de l'exagération, on doit reconnaître cependant que dans la très-grande majorité des cas, le cancer n'envahit pas simultanément les deux testicules ; de plus, et je
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m'abrite ici derrière l'autorité d'un maître : « Non-seulement, en effet, dit M. Gosselin, nous no voyons guère les deux testicules malades en môme temps, mais encore nous avons tous remarqué que, quand la récidive avait lieu après une ablation, elle occupait bien plutôt les ganglions et les autres viscères que le testicule opposé (J ). »
Le testicule cancéreux (squirrhe, malanose ou encéplialoïde) est aussi stérile que les testicules syphilitique et tuberculeux ; la sécrétion des zoospermes est tarie; mais, contrairement à ce qui se passe dans la tuberculisation testiculuire, cette sécrétion persiste dans le testicule resté sain, à côté de son congénère frappé de cancer.
Donc, en dehors de quelques rares exceptions, le malade n'est jamais stérile, puisqu'il a toujours un testicule qui fonctionne normalement, et que même l'ablation du mauvais testicule n'est pas un danger pour celui qui reste sans altérations.
J'ai dû parler, au point de vue de la stérilité, des affections les plus communes des testicules ; mais ces orgaiics peuvent encore être le siège d'autres tumeurs qui en suspendent la fonction ; telles sont : la maladie kystique du teslicule, et les tumeurs fibreuse et cartilagineuse de la glande séminale ; leur rareté me donne le droit de ménager la place dont je puis disposer, et de renvoyer pour plus de détails aux traités généraux de pathologie.
lx° Maladies des enveloppes des testicules.
J'ai déjà indique plus haut (2), alors que je parlais de l'atrophie des testicules, l'action morbide, due à la compression,
(J) Gosselin, Note de la traduction du Traité des maladies du testicule, p. 390.
(2) Voyez la page 554.
MALADIES DES Efy VICLOPPES DES TESTICULES. 0/1
exercée sur ces organes par des tumeurs dont le siège se trouve sur leurs enveloppes ; ces tumeurs se rencontrent, soit dans les tuniques testiculaires, comme l'iiydrocèle; soit dans le cordon spermatique, comme le varicocèle ; soit autour de ce cordon, comme la hernie scrotale ; soit dans les tissus du scrotum, comme l'iiématocèle, lelopliantiasis ; soit enfin dans plusieurs de ces cléments, comme certains corps éti'angers, des débris de fœtus, etc.
Je n'aurai donc pas à m'étendre longuement sur ces affections.
Cependant, je ferai de nouveau remarquer que l'atrophie testiculaire n'est pas toujours et fatalement un résultat de leur existence, et que, dans un très-grand nombre de cas, la fonction spermatique n'est altérée ni par une hydrocôle, ni par un varicocèle, ni par une hématocèle, ni par toute autre tumeur, quelque volumineuse qu'on la suppose. Il n'est pas un praticien qui n'ait constaté la vérité de cette assertion.
De plus, dans les cas oii, par suite d'une compression exercée sur le testicule, la faculté procréatrice se suspend, on ne doit pas fatalement conclure à l'atrophie de la glande, car, ainsi qu'on va le voir, la stérilité, ou si l'on veut, l'absence des spermatozoïdes dans le liquide éjaculé, peut être le résultat d'une simple action mécanique, et non celui d'une altération de la glande ou de sa sécrétion.
Voici le fait assez curieux sur lequel je m'appuie :
Un homme de vingt-six ans à peu près, employé dans un des manèges de Paris, portait une double hydrocèle, qui finit par prendre un volume assez considérable pour engager le malade à me consulter, malgré l'effroi que lui inspirait la pensée d'une opération quelconque. Marié et père déjà de deux enfants, il m'avoua que depuis quelque temps il paraissait avoir perdu ses facultés fécondantes ; je constatai, en effet, que le liquide éjaculé ne contenait prs de spermatozoïdes. Je
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crus à une atrophie testiculairc déterminée par l'hydrocèle, et, dans la pensée d'arrêter, s'il en était temps encore, la désorganisation complète de l'organe, je proposai la ponction de la double tumeur.
Le malade, ainsi que je l'ai dit, était très-pusillanime ; il consentit à la ponction, mais ne voulut à aucun prix permettre l'injection d'une liqueur irritante, préférant, disait-il, se faire reponctionner si la tumeur se reproduiï^ait.
Je dus céder devant une volonté si fermement arrêtée, et je ne pratiquai que la double ponction à vingt-quatre heures d'intervalle.
Comme on devait s'y attendre, surtout chez cet homme qui montait tous les jours à cheval, l'hydrocèle reparut; mais, dans l'intervalle qui s'écoula entre la ponction de la tumeur et le retour de celle-ci au volume considérable qui avait amené chez moi le malade, ce dernier avait recouvré ses facultés fécondantes, car, outre la grossesse de sa femme, je constatai la présence des spermatozoïdes dans sa liqueur séminale.
Quand l'hydrocèle présenta de nouveau l'énorme volume de la première fois, les animalcules spermatiques disparurent encore du liquide éjaculé, et reparurent après une seconde ponction de la tumeur.
Enfin, le malade se décida à supporter l'injection iodée, qui le débarrassa tout à la fois de son hydropisie de la tunique vaginale et de sa stérilité temporaire.
Les testicules n'étaient nullement atrophiés, et il est impossible d'expliquer l'infécondité passagère de cet homme autrement que par la pression exercée par l'hydrocèle sur l'épididyme dont les parois, mises en contact, interceptaient l'intérieur de ce conduit. La présence des spermatozoïdes dans la liqueur séminale, après l'éloignement de l'obstacle à la libre circulation du sperme, produit par la pression de l'hydrocèle, con-