‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 117 sur 164 · DÉGÉNÉRESCENCE SYPIIILITIOUE DES TESTICULES · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE SYPIIILITIOUE DES TESTICULES

Testicules syphilitiques. — Curlînp^ décrit, comme étant anciennement assez commune et plus rare à notre époque, une orchite chronique simple que M. Gosselin n'hésite pas à ranger parmi les orchites syphilitiques. Je crois que M. Gosselin a raison ; si la prétendue orchite simple est aujourd'hui m.oins fréquente qu'anciennement, c'est que le traitement de la syphilis s'est sensiblement amélioré, surtout celui des tumeurs syphilitiques, grûce àl'iodure de potassium. Je confondrai donc, comme on le fait généralement en France, l'orchite chronique de Curling avec l'orchite syphilitique.

Le testicule peut devenir syphilitique pendant la période secondaire ou tertiaire de la syphilis. Dans le premier cas qui est le moins intéressant pour nous, une seule glande se prend, tandis que dans la période tertiaire les deux testicules se prennent ordinairement, soit en même temps, soit l'un après l'autre.

Le sarcocèle syphilitique est constitué par deux produits morbides dont l'un, fibrineux, est en dehors des tubes séminifères, et l'autre, tuberculeux, dans l'intérieur de ces mêmes tubes. La sécrétion spermatique est donc complètement supprimée par cet épanchement plastique, et le malade est stérile ; Godard va môme jusqu'à dire qu'il devient presque complètement impuissant ; je ne puis être aussi pessimiste que lui, car j'ai vu des hommes qui, avec une double orchite syphilitique, avaient des désirs vénériens et exerçaient facilement le coït.

Quand la constitution du malade n'est pas trop altérée, quand la médication antisyphilitique se fait dans de bonnes conditions hygiéniques, et quand on suit le précepte de M. Ricord de donner l'iodure de potassium à haute dose, la guérison est presque certaine, et la faculté fécondante revient après la résorption de l'épanchement plastique. (1)

(i) Voyez un mémoire de Vidal (de Cassis) dans le t. Il des Mémoires

566 STÉIULITÉ CHEZ l'hOMME.

Cependant Curling signale une circonstance oîi la sterilKc persiste, malgré la disparition du sarcocèlc : « Quand la matière exsudée, dit-il, a disparu sous l'influence du traitement, l'organe subit quelquefois une transformation fibreuse complète. M. Hamilton a rapporté l'observation d'un homme de trente-six ans dont les deux testicules, atteints de cette forme d'orchite, subirent la transff^rmation fibreuse, ce qui entraîna une impuisssance absolue (I). n

Testecules tuberculeux. — Selon Godard, l'affection tuberculeuse du testicule non-seulement amène toujours la stérilité, mais encore détruit la faculté fécondante dans deux circonstances 011 nous ne sommes pas habitué à la voir disparaître : « Ceux, dit-il, qui n'ont qu'un seul testicule tuberculeux sont puissants mais inféconds ; leur sperme est privé de spermatozoaires, ainsi que nous l'avons constaté et montre bien des fois depuis 185/i, et par l'examen du sperme éjaculé, et par l'examen du liquide contenu dans les vésicules séminales et les canaux déférents; de plus, ceux que j'ai observés et qui étaient mariés n'avaient pas eu d'enfants depuis qu'ils avaient un testicule tuberculeux.

T> Ce fait peut sembler extraordinaire, car un des testicules est absolument sain ; mais ce qui paraîtra plus étonnant encore, c'est que nous avons constaté plusieurs fois que chez eux la stérilité avait précédé d'un à deux ans le développement apparent des turbercules testiculaires (2). »

Les deux faits signalés par Godard sont peut-être moins extraordinaires qu'ils ne paraissent au premier abord; examinons-les de près, car ils ont pour nous une grande importance.

de la Société de chirurgie, et une note de M. Gosselin, à la traduction de l'ouvrage de Curling, p. 3G5.

(1) Curling, Trait ' pratique des maladies du testicule, p. 360.

(2) Godard, Étîide sur la monorckidie et la cryptorchidie, p. \ ii.

Pl'T.KNKRFSCENCE TURKRCITLE USE Dïï.S TKSTiri LES. •)'>/

.l'ivi dit ailleurs (1) que, contrairomont à certaines idées reçue-^, les plithisiques voyaient faiblir, avec les progrès de la maladie, leur puissance copulatrice ; leur faculté fécondante suit la même décadence ; Rayer a remarqué (2) que les vcsicule? dos pluhisiques ne contenaient pas d'animalcules; Curling, sur douze cadavres de plitliisiques, n'a découvert des spermatozoïdes ni dans l'épididyme, ni dans la substance tubuleuse (3).

La diathé:re tuberculeuse, arrivée à un certain degré, suffit donc ù elle seule pour faire disparaître les /oospermes ; par conséquent nous avons l'explication du premier fait signalé par Godard, de la perte de la fécondité dans les cas d'orchitc tuberculeuse unilatérale. La sécrétion du testicule resté sain a été modifiée, non par une influence de voisinage, mais par une action délétère de la diatlièse.

Cette action délétère qui s'exerce sur toute l'économie, ne se traduirait-elle pas, du côté de l'appareil génital, par l'anémie te-ticulaire, signalée pour la première fois par M. Gosselin, et dans laquelle les zoospermes font toujours défaut? On sait en effet que les maladies débilitantes amènent cette anémie et que, par conséquent, la tuberculose doit presque à coup sûr produire ce résultat.

Godard, je le sais, n'a pas établi la seconde proposition d'une manière aussi large que je le fais ici ; il dit, et c'est bien là réellement sa pensée, que la tuberculisation testiculaire se fait pressentir un ou deux ans avant son éclosion, par un trouble de la fonction, c'est-à-dire que, pendant un ou deux ans, la tuberculisation testiculaire impose à i'oi'gane un travail morbide qui suspend le travail de sécrétion ou qui en altère le produit.

(1) Voyez la page 209.

(2) Rayer, Archives de médecine, août 1812, p. /Î87.

(3) Curling, loc. cit., p. 178.

568 STÉRILITÉ CHEZ l'hOMME.

Pour qu'il en fût ainsi, c'est-à-dire pour que la stérilité précédant de deux années la tuberculisation des testicules fût l'effet d'une cause locale et non le résultat de l'action générale de la diatlièse, il faudrait prouver que les phthisiques dont les testicules ne se prennent pas conservent jusqu'au bout leur puissance fécondante.

Si les nécropsies de Rayer et de Curling dont j'ai parlé plus haut ne donnent pas la date à laquelle a commencé la stérilité des phthisiques, elles prêtent à l'opinion que je soutiens un caractère de probabilité qui se rapproche beaucoup de la certitude.

Quoi qu'il en soit, et ici tout le monde est d'accord, le testicule tuberculeux est radicalement impropre à la fécondation, parce que la matière tuberculeuse se montre d'abord dans les tubes séminaux eux-mêmes dont elle tarit la sécrétion, en attendant qu'elle les crève pour se répandre dans les tissus ambiants.

De plus la tuberculisation des testicules s'accompagne presque toujours, pour ne pas dire toujours, d'altérations plus ou moins graves du côté de la prostate et des vésicules séminales, altérations qui, à elles seules, suffiraient la plupart du temps pour amener la stérilité.

Notre rôle d'historien devrait s'arrêter ici.

Cependant, sans aborder la thérapeutique si controversée de la diathèse tuberculeuse, je dirai un mot sur une question qui entre plus particulièrement dans mon sujet et sur laquelle les chirurgiens les plus autorisés sont loin d'être d'accord.

Je veux parler de la castration ou ablation du testicule tuberculeux.

La Société de chii urgie la considère comme inopportune ;

L'Académie de médecine est aussi de cet avis; mais elle pense qu'on doit énucléer la partie malade, sans enlever la totalité de la glande.

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