‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 129 sur 164 · ÉTAT PATHOLOGIQUE DU SPERME · texte numérisé non relu

ÉTAT PATHOLOGIQUE DU SPERME

La diathèse est une véritable constitution morbide ; elle imprime donc son caractère spécial à toutes les parties de l'organisme et communique aux produits des sécrétions le principe toxique qui la constitue; c'est ainsi que s'expliquent certaines transmissions pathologiques : celle des nourrices h leurs nourrissons par le lait; celle de l'un des époux malade, au moyen des sueurs que l'autre époux absorbe. — C'est la contagion de la phthisie admise par les anciens.

Lesproduitsdelasécrétiontesticulaire et ceux de la sécrétion ovarienne subissent aussi l'influence des diathèses : tantôt ils sont taris dans leur source, comme dans la période avancée

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delà tuberculose; tantôt ils n'ont plus une vitalité suffisante pour que le germe fécondé vive et se développe, comme dans rintoxication syphilitique; tantôt enfin ils communiquent au nouvel être assez d'énergie pour que la gestation s'accomplisse, mais ils lui impriment le cachet diathésique dont euxmêmes sont marqués.

D'autres circonstances, telles que l'alimentation, les habitudes de la vie, la mollesse, les vices, etc., portent également atteinte, comme les diathèses, aux produits des sécrétions testiculaire et ovarienne.

L'influence des unes et des autres, quelquefois méconnue chez les individus, est manifeste chez les peuples : Rome, tant qu'elle honora et pratiqua la pauvreté, put suffire à elle seule, sans admettre les peuples conquis dans son armée, à une reproduction inouïe d'hommes qu'elle perdait dans des guerres continuelles ; mais quand le luxe, et avec lui des vices de toutes sortes, eut pénétré dans les mœurs, une décroissance notable se manifesta dans le recensement des citoyens. Tite-Live se plaint de cette dégradation dans le chiffre de la population ; Auguste ordonne aux chevaliers romains de se marier: vaine précaution! les mariages des chevaliers romains sont stériles; le sénat s'emplit d'étrangers qui convoitent le trône devenu vacant ; et bientôt l'empire, clans lequel le luxe fait la solitude, tombe aux mains des nations du Nord, pauvres mais fécondes.

En Asie, sous un climat fortuné et avec la faculté de prendre plusieurs femmes, les Orientaux manquent de bras pour défricher les terres.

En] Europe, les villes les plus riches seraient bientôt désertes, si les contrées pauvres ne comblaient annuellement, par des envois d'hommes, le déficit qu'y occasionne la richesse. La Suisse, la Savoie, l'Auvergne et la Galice sont les grandes ruches de l'Europe moderne.

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Dans nos cités même une différence notable dans le nombre des naissances se remarque entre les quartiers pauvres et les quartiers riches.

Nous-mêmes n'observons-nous pas les avantages que certains individus retirent de leur absence des villes et de leur séjour à la campagne, surtout quand ils se livrent à la chasse ou à des travaux champêtres? Tel qui part stérile revient quelquefois avec des enfants. La thérapeutique des établissements thermaux n'a souvent pas d'autre secret; cetle influence peut marcher parallèlement avec celle qu'exerce sur les esprits préoccupés, les plaisirs et les distractions dont on a soin de fournir les établissements de ce genre.

Mais pour en revenir aux causes des altérations spermatiques — et je n'entends parler que de celles des zoospermes — je signalerai les diatliôses, dont quelques-unes seulement, la syphilis, la scrofule, la tuberculose,, etc., peuvent suspendre la sécrétion testiculaire ou détruire, en tout ou en partie, la vitalité des spermatozoïdes; puis la spermatorrhée qui amène l'un et l'autre de ces deux résultats; ensuite la débilité de la constitution, les anémies profondes, les altérations de la vie plasli([ue, comme dans le diabète, la vieillesse, en un mot tous ces états misérables de l'organisme, dans lesquels les zoospermes ne sauraient trouver une vitalité qui n'existe pas; enfin, une vie molle et luxueuse, des habitudes de paresse, les excès prolongés d'une nourriture succulente et recherchée, agissent sur les individus comme sur les peuples, en empâtant, pour ainsi dire, les animalcules spermatiques, et eu étouffant leur énergie dans un noyau adipeux.

Il n'est pas toujours facile de reconnaître ces altérations, surtout celles qui dépendent d'un état diathésique. Lorsque la diathèse doit entraîner la mort et qu'elle est assez avancée, les zoospermes sont peu nombreux et n'exécutent presque aucun mouvement; on voit que la vie leur manque; souvent même

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la sécrétion testiculaire est tarie, et, comme dans les nécropsies rapportées par Curling et Rayer, dont j'ai parlé pKis haut (1), on ne rencontre plus d'animalcules spermatiques. Lorsque, au contraire, les spermatozoïdes ont assez de force pour que la gestation ait lieu, tout en imprimant au nouvel être le cachet de la diathèse, l'altération du zoosperme, dans l'état actuel de la science, est impossible à reconnaître. J'ai examiné et étudié dos spermatozoïdes de syphilitiques, de tuberculeux, de cancéreux, de rhumatisants, etc., dont les enfants étaient atteints de ces diathèses, et j'avoue qu'il m'a été impossible, non-seulement de les distinguer entre eux, mais encore de les différencier des spermatozoïdes d'hommes n'offrant aucune diathèse.

Dans la spermatorrhoe, dans les anémies prononcées, dans les cachexies pures ou diathésiques, dans la convalescence des maladies graves, en un mot dans tous les états de profonde débilitation de l'organisme , la sécrétion testiculaire peut se suspendre ; mais, le plus ordinairement, elle se continue et donne naissance à quelques rares spermatozoïdes, sans force et sans énergie. Quelquefois les zoospermes sont assez nombreux sous le champ du microscope, mais les uns ont la tête plus petite et les autres la queue plus courte que les spermatozoaires bien conformés; d'autres fois enfin, à côté de quelques zoospermes à l'étnt normal, on trouve des cellules épithéliales, plus ou moins nombreuses, et contenant des granules; on dirait que la cellule épithéliale, en voie de formation, s'est détachée avant terme, ce que Wagner et Pouchet nomment la chute ou plutôt le renversement de l'épithéhum.

Cet arrêt de développement se rencontre surtout, et à différents degrés, dans le sperme des vieillards et dans celui des

(1) Voyez la page 5(37.

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personnes atteintes d'atrophie tesliculaire. Tantôt, comme dans les cas précédents, la cellule s'est détachée avant que les granules n'aient, par leur réunion, formé la tête du zoosperme ; tantôt la tôte est formée, mais la queue manque; tantôt celleci existe, mais est enroulée sur elle-même et rappelle assez la forme du cor de chasse; tantôt enfin le développement du zoosperme est complet, mais le mouvement fait défaut.

Dans tous ces états, marqués par la débilité soit de l'économie tout entière, soit seulement de l'organe sécréteur du sperme, les spermatozoïdes subissent un arrêt de développement plus ou moins avancé, ou ne sont animés que d'une vitalité insuffisante.

Dans le premier cas, la fécondation n'a pas lieu; dans le second, la fécondation peut s'opérer, mais le nouvel être, privé de vitalité, se fixe à peine à la muqueuse utérine, s'en détache et meurt au premier travail congestif de l'appareil génital, ou après un effort ou nue fatigue de la femme.

C'est une des causes, comme je l'ai déjà dit, des avortements précoces (1).

L'absence ou les altérations des zoospermes dont je viens de parler, ne se rencontrent pas toujours chez les hommes stériles. Quelquefois — et malheureusement ces cas sont trop nombreux pour notre présomption — il est impossible de constater le moindre trouble soit dans la forme, soit dans la vitalité des spermatozoïdes ; il en est ainsi chez les hommes dont la stérilité ne peut être rattachée qu'à la vie molle qu'ils mènent, qu'aux excès de table qu'ils font. Dans ce cas, les spermatozoaires sont suffisamment nombreux, vivants, bien conformés, en un mot, dans les meilleures conditions apparentes pour donner la vie qu'ils ne peuvent cependant communiquer à l'ovule.

(i ) Voyez les pages 519 et suiv.

63(5 siÉiiiLiTÉ CHEZ l'hommk.

11 y a là une inconnue que la science n'a pas encore dégagée, pas plus que la physionomie du zoospermo, porteur d'une marque diatliésique.

La pathologie du spermatozoïde est encore à faire, ou pour mieux dire, l'école histologique nous doit l'histoire des arrêts de développement et des altérations de la cellule épithéliale, et celle des arrêts de développement et des altérations des granules qui, par leur réunion, constituent le spermatozoaire.

Quoique cette histoire ne soit môme pas ébauchée, la médecine n'est pas désarmée, dans tous les cas, en face d'une sécrétion testiculaire incomplète ou anormale. Les causes que j'ai assignées aux troubles de cette sécrétion indiquent la thérapeutique spéciale qu'il faut opposer à chacun d'eux.

Je n'ai point à passer en revue ces diverses médications, faciles à comprendre ; mais je puis assurer que, dans les cas où l'organe sécréteur n'est pas frappé de mort, comme dans l'atrophie et certaines diathèses, une thérapeuthique rationnelle et bien conduite peut ramener la sécrétion spermat.ique dans ses conditions normales, et rendre à l'homme toutes ses facultés fécondantes.

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