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LÉSIONS VITALES DU COL UTÉRIN

H est point ici, est-on autorisé à préjuger do la fécondité i '^

d'une femme d'après la somme de plaisir qu'elle prend à la copulation? Je n'hésite pas à répondre par la négative.

Tous les jours, des femmes sont fécondées en apportant au coït l'indifTérence, le dégoût et môme la haine; tous les jours des femmes sont fécondées au milieu des souffrances qu'entraîne souvent la perte de la virginité, ou au milieu des douleurs morales et physiques du viol; évidemment, dans toutes I ' ces circonstances la volupté, ou même la plus simple émotion \ amoureuse n'a point été nécessaire pour l'excitabilité du col ' utérin; celle-ci a obéi à son excitant naturel, le sperme, et le col de la matrice, pour se contracter et se dilater, n'a pas eu besoin d'un signal parti du consensus intime ou du clitoris. La fécondation s'est faite en dehors des relations que l'utérus ' entretient avec l'économie, par l'action seule de la vitahté propre de la matrice.

Mais si l'excitabihté utérine est indépendante, dans de certaines limites, de l'existence du plaisir vénérien, il n'en i est plus de même, dans beaucoup de cas, quand ce plaisir atteint une puissance trop forte; la matrice retombe alors |. sous l'empire des lois générales de l'organisme et prend sa P part de l'exaltation que le coït communique à l'économie k tout entière. m

C'est ce qui arrive en effet.

Les mariages d'amour à leur début et les femmes trop passionnées sont également stériles. Dans les ardeurs et les tressaillements d'un coït épileptiforme, l'utérus, spasmodiquement contracté, resserre et bouche Touverlure du museau de tanche et force ainsi le sperme à se perdre sans profit dans la cavité vaguiale; de plus, dans les coiivulsfons de la volupté, les rapports d'opposition de l'organe mâle et de l'organe femelle sont i altères, et cette cause, toute mécanique, bien connue des i"' femmes habiles dans l'art d'éviter les grossesses, joue un rôle '

plus important qu'on ne pense dans la stérilité des personnes à tempérament de feu.

Cependant, toutes les femmes qui trouvent dans la copulation des voluptés convulsives ne sont pas fatalement condamnées il l'infécondité ; je pourrais citer de nombreux exemples de fécondation accomplie au milieu du délire erotique le plus prononcé. Dans ces cas, l'utérus ne participe pas à l'excitation générale, et tout l'éréthisme se concentre dans l'appareil copulateur; je suis convaincu que si l'on pouvait examiner la matrice dans ces rapides instants de délire cynique, on serait étonné de sa régularité fonctionnelle, au milieu du désordre d'action qui caractérise toutes les autres fonctions de l'organisme. Ici encore, le plaisir vénérien ne peut être pris comme thermomètre de l'excitabilité utérine, et c'est ailleurs qu'il faut cherclier les sigues de la diminution ou de l'augmentation de son énergie.

C'est ce que je vais essayer de faire dans les deux paragraphes suivants :

Insuffisance de l'excitabilité du col de l'utérus . - Les causes qui peuvent amener cet état sont nombreuses et variées ; elles sont générales ou locales.

Les causes générales sont toutes celles qui agissent sur la vie plastique ou sur l'innervation, et dont l'étude m'a trop occupé dans maints endroits de ce livre, pour qu'il soit utile de m'y arrêter davantage ici.

. Quelquefois, les troubles de la nutrition ou de l'innervation sont purement locaux, et la diminution de l'excitabilité du col est indépendante de toute affection anémique ou de toute affection nerveuse.

- Il est quelquefois difficile de saisir le point de départ de ces états morbides, en dehors des causes dont je vais parler tout à l'heure; mais il m'est impossible de ne pas admettre leur existence, car, au moment même où j'écris ces lignes, j'en ai un

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nouvel exemple chez une femme devenue grosse après huit années de mariage stérile, et dont l'infécondité n'a été combattue qu'au moyen des excitateurs capables de réveiller l'excitabilité du col de l'utérus.

Mais en dehors de la dépression générale des forces plastiques et des forces nerveuses, et en dehors aussi des états idiosyncrasiques du col utérin, les causes qui affaiblissent l'excitabilité de ce dernier sont : 1" la continuité des coïts incomplets ; 2° les excès vénériens.

Coït incomplet. — J'appelle coït incomplet, au point de vue de la femme, l'excitation voluptueuse sans réception de la liqueur spermatique dans ses organes.

Voyons les résultats que cette pratique entraîne.

Le (iésir et la volupté copulatrice éveillent, comme je l'ai dit plusieurs fois, la sensibilité de la matrice, et la préparent à recevoir l'excitation normale du sperme.

Si celle-ci fait défaut, alors que la femme prend une part active à la copulation, la sensibilité utérine, éveillée par la sensibilité érotique, réagit sur la mobilité d'une manière confuse, et sollicite des contractions sans suite et sans règle, contrairement à ce qui se passe sous l'influence des saccades spermatiques.

Si ces manœuvres se renouvellent et durent un certain temps, la sensibilité utérine finit par ne plus répondre qu'à l'excitation copulatrice, et à devenir étrangère à l'influence de l'excitation séminale.

L'habitude s'impose aux organes comme aux facultés de l'esprit.

L'affaiblissement de l'excitabilité du col n'est pas le seul dommage qu'entraîne le coït incomplet : les ulcérations si nombreuses aujourd'hui ne reconnaissent souvent pas d'autre cause; on dirait une terre brûlée par le soleil qui, en l'absence d'une pluie bienfaisante, se fendille et se crevasse.

Mais revenons à notre sujet.

Si la femme n'apporte à la copulation que rindifférence, l'excitabilité du col se perd comme toutes les fonctions qui ne sont point exercées; c'est ainsi que s'explique l'infécondité des femmes qui se marient après trente-cinq ans.

Mais, froides ou passionnées, on rencontre tous les jours des femmes qui, par une suite non interrompue de coïts incomplets, ont perdu l'aptitude à la fécondation.

Un de nos confrères avait borné à un enfant son ambition paternelle; pendant dix-huit ans, les relations maritales furent incomplètes, c'est-à-dire, que dans la crainte d'une nouvelle paternité, le mari éjaculait hors des organes de sa femme.

A dix-huit ans l'enfant mourut.

Le père voulut alors réparer cette perte ; mais la nature le punit de l'avoir pendant si longtemps frustrée : ses efforts furent inutiles.

Les exemples de ce genre abondent.

Quelquefois l'utérus reprend sa sensibilité normale, soit par le fait seul de l'exercice de la fonction, soit à la suite d'un traitement sédatif ou excitateur, selon qu'il faut calmer l'excitabilité erotique de l'utérus ou réveiller son excitabilité séminale.

Excès vénériens. — Les abus des organes sexuels par la copulation peuvent avoir lieu de deux manières : ou le consensus intime reste étranger au rapprochement des sexes et le coït se réduit alors, selon l'expression de Champfort, au contact de deux épidermes : c'est la copulation des filles publiques ; ou le consensus intime intervient par le désir, et la volupté est alors la conséquence, j'allais presque dire la récompense de cette intervention. Dans le premier cas, il n'y a abus que de l'organe copulateur, c'est-à-dire il n'y a abus que d'un tissu organique, dont les altérations sont celles de tout autre tissu analogue soumis aux mêmes influences ; dans le second cas, au contraire, il y a abus du sens générateur, abus de

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tous SCS altrihuts : désirs, tressaillements amoureux, volupté, etc., etc.

Pour les distinguer les uns des autres, je nommerai volontiers les résultats des premiers excès copulateurs ; et ceux des seconds, excès voluptueux.

La distinction que j'établis ici est très-importante, comme on va le voir par ce que je vais dire de l'influence de chacun de ces excès.

Je parlerai d'abord des excès copulateurs.

Avant les recherches de Parent-Duchâtelet, il était d'opinion courante que les prostituées étaient généralement stériles; on ne se rendait pas un compte exact des motifs de cette infécondité, et, sans plus ample informé, on en faisait un attribut fatal de ce misérable métier.

Parent-Duchâtelet ne se contenta pas de raisons aussi légères, et il entreprit de donner une base solide à Topinion, (luelle qu'elle fût, que l'on de^ait se faire de l'aptitude des prostituées à la fécondation.

Ses recherches l'amenèrent à des résultats bieu différents <le ceux sur lesquels reposait la croyance commune ; s'il reconnut, en effet, qu'un petit nombre de prostituées parvient jusqu'au terme ordinaire de la gestation, il constata qu'en général ces malheureuses n'avaient point perdu l'aptitude à la fécondation, boit qu'elles le provoquent par des moyens criminels, soit que les circonstances anormales de leur vie de débauche et de désordres le favorisent, un avortement plus ou moins précoce est le résultat ordinaire de leur conception. Sans nous arrêter à l'avortement provoqué par des manœuvres coupables et dont personne ne met en doute la fréquence, je rappellerai, comme confirmant les idées que j'ai déjà émises sur les avortements précoces et dont j'aurai plus loin à étudieil'étiolo-ie, je rappellerai le passage suivant du livre de Parent- Duchalelet, qui contient en môme temps l'opinion d'un des

hommes les plus compétents en embryologie, de Serres : « J'ai parlé plus haut, dit Parent-Duchâtelet, de l'irrégularité de la menstruation chez quelques prostituées et des interruptions que présentait chez elles cette évacuation dans une foule de circonstances ; ne pourrait-on pas les attribuer à une conception et à une véritable grossesse? Cette opinion, qui a été émise devant moi par plusieurs médecins et physiologistes distingués, acquiert une grande probabilité par les observations faites par M. Serres, lorsque les prostituées étaient soignées dans une des divisions de la Pitié. Je transcris ici les réponses que cet académicien fit à mes questions : « Les )) pertes abondantes sont rares chez ces femmes, mais les plus » jeunes ont souvent des retards dans leurs règles, qui se ter- » minent par l'expulsion de ce qu'elles appellent un bondon. .1 Pendant deux années je ne fis pas attention à cette expres- » sion; mais, ayant dirigé mes recherches sur l'embryologie, » j'examinai avec soin ces productions, et il me fut facile d'y » reconnaître tous les caractères de l'œuf humain. J'ai pu, » dans un court espace de temps, en recueillir un grand nom- » bre, qui tous étaient sortis à une époque qui indiquait une » conception de quatre à cinq semaines; c'est toujours sur des )) filles de dix-huit ans que j'ai pu faire ces observations (1). »

Cette dernière phrase semblerait indiquer que l'exercice prolongé du métier de prostituée fait même perdre le triste privilège de favortement précoce par l'absence complète de toute conception ; cependant, il est d'une notoriété incontestable que, lorsqu'une de ces malheureuses dit adieu au lupanar, se marie ou rentre dans les conditions d'une vie régulière, non-seulement elle montre, comme toute autre femme, l'aptitude à la fécondation, mais encore elle retrouve la fa-

(i) Parent-Ducliûtelet, De la prosiituUon dans la ville de Paris, 2» édit., t. I, p. 235 et 23G.

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ciilté de porter à terme le fruit de sa conception, et de lui communiquer une vitalité qui n'est pas inférieure à celle des autres enfants.

Gomme on le voit, les excès copulateurs ne déshéritent la femme, ni dans le présent ni dans l'avenir, de ses droits à la maternité; seulement ces excès, se produisant au milieu de circonstances générales ou spéciales qui prédisposent à l'avortement d'une manière étrange, font classer les malheureuses qui les commettent, dans une partie du cadre nosologique oii elles n'ont que faire, alors qu'elles devraient trouver place dans une division adjacente.

En est-il de môme pour les excès amoureux? Je ne le pense pas, et c'est cette différence dans les résultats amenés d'un côté par les excès copulateurs, et de l'autre par les excès voluptueux, qui m'a fait considérer comme très-importante la distinction que j'ai établie entre eux.

Les quelques considérations qui vont suivre se rapportent à tous les excès voluptueux, qu'ils soient produits par le coït ou par la masturbation.

Sous le rapport des excès voluptueux par le coït, Paris est, sans contredit, la ville d'Europe qui offre le plus vaste champ à l'observation. Par l'état de ses mœurs, par la tournure de son esprit, par son amour du luxe, par les appâts sans nombre dont elle entoure les plaisirs, et par l'hospitalité qu'elle offre aux étrangers et que ceux-ci payent généreusement, Paris possède une classe de femmes, intermédiaires entre la prostituée et la femme honnête, qui, tout en prenant des amants par intérêt et par espoir de lucre, se réservent le droit de les choisir, et se sauvegardent ainsi un excitant à la copulation autre que le gain. On prévoit que je veux parler de ces femmes entretenues et de ces femmes de théâtre que l'on ne rencontre que défigurées dans les autres capitales, et dont Paris possède des types aussi nombreux que variés.

Ces femmes, quel que soit le nom pompeux sous lequel elles cachent leur métier, ne font pas autre chose que de la prostitution clandestine, et, comme les prostituées soumises à la surveillance de la police, elles commettent des excès copulateurs ; mais, se séparant ici de leurs rivales des rues, elles apportent dans ces excès un élément de plus, le plaisir. A leur début dans la carrière elles ont fréquemment des conceptions, et il n'est pas rare, quand elles consentent à cesser leurs orgies, leurs veilles remplies par la débauche, et à se mettre en garde contre les chutes et les coups très-fréquents dans leur position, il n'est pas rare, dis-je, de les voir arriver au terme ordinaire de la grossesse. Mais, après un temps plus ou moins court de cette vie exubérante de plaisirs et de voluptés, elles perdent toute aptitude à la fécondation, et ne rendent même plus le bondon des filles publiques.

Contrairement à ce qui arrive chez les prostituées, elles ne recouvrent pas, en général, la faculté procréatrice lorsqu'elles rentrent dans le calme de la vie conjugale, de telle sorte qu'on peut dire que les excès voluptueux compromettent, chez la femme, les droits à la maternité, non-seulement dans le présent, mais encore dans l'avenir.

J'ai acquis la conviction que je viens d'exprimer en interrogeant plus de 200 de ces femmes, dont les unes étaient dans leurs débordements, et dont les autres s'étaient mariées ou vivaient maritalement avec un seul homme.

Sur les 200 femmes dont j'ai recueilii les aveux, qu'elles n'avaient aucun intérêt à fausser, il m'a été permis d'examiner les organes génitaux d'au moins 150 d'entre elles, et, chez la majorité, il m'a été impossible de rattacher leur stérilité à une lésion organique quelconque. Chez presque toutes, la menstruation était régulière et éloignait la pensée d'une affection même légère du côté des ovaires et des trompes; l'utérus n'accusait d'états morbides par aucun des signes qui, d'ordinaire,

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les décèlent; enfin, le col de la matrice, examiné au spéculum, n'offrait dans sa forme, dans sa couleur et dans sa position, aucune altération capable de me rendre raison de la stérilité.

C'est alors que je pensais à la possibilité d'une lésion vitale, et que je songeais que peut-être la sensibilité, et par suite l'excitabilité utérines s'étaientémoussées et usées dans les excès mômes auxquels l'une et l'autre avaient été soumises.

Le toucher et l'examen au spéculum ne pouvant rien me révéler, je n'eus d'autre ressource que de recourir à la thérapeutique, et de lever ainsi, parles résultats qu'elle me donnerait, les difficultés du diagnostic. L'électricité fut évidemment l'agent qui sollicita le premier mes préférences; ce fut h lui, en effet, que je demandai d'abord la confirmation de mes soupçons.

J'expérimentai pour la première fois sur une jeune femme de vingt-trois ans, petite, nerveuse et douée d'un penchant très-prononcé pour les plaisirs de l'amour. Élevée à la pension des légionnaires de Saint-Denis, elle avait une culture d'esprit qui contribuait à entretenir et à surexciter ses instincts vénériens. Dès sa sortie de la maison d'éducation, c'est-à-dire à dix-huit ans, elle était devenue femme entretenue et avait parcouru tous les échelons de débauche et d'orgies dont est fatalement accidentée la viede ces malheureuses. Je la connus alors qu'elle était la maîtresse d'un de mes amis, qu'elle quitta bientôt pour s'attacher à un acteur en renom de Paris, avec lequel il lui vint l'étrange pensée do se marier. Elle crut que pour décider son amant h accomplir cet acte, il lui fallait l'excuse d'un enfant, et que, semblable à Tamour du poëte, son titre de mère lui ferait aux yeux de son mari une nouvelle virginité. Que ce motif fût légitime ou chimérique, la jeune femme ne rêva plus, dès ce moment, que grossesse; dans son désir de réaliser un vœu toujours déçu, elle se rappela qu'cà une époque oii la gestation lui eût été une charge, je

Tuvais interrogée et examinée au point de vue de if^a stérilité, et elle pensa qu'ayant dirigé mes études de ce côté, je pourrais lui rendre une faculté qui était alors le but unique de toute son ambition. Elle vint me voir. Aucun trouble général, aucune lésion locale de l'appareil générateur, ne pouvant me rendre compte de cette inaptitude h la fécondation, je m'arrêtai, comme je l'ai dit plus haut, à la pensée d'une altération vitale de l'utérus qu'expliquaient suffisamment d'ailleurs les excès vénériens précédemment commis. En conséquence, m'appuyant sur les succès obtenus par quelques praticiens au moyen de l'électricité (1), j'entrepris mon expérience dans le double but de contrôler un diagnostic difticile, et de tracer les limites d'action d'une ressource thérapeutique préconisée jusqu'alors sans indication précise.

Je me servis d'une pile à aimant de l'invention de MM. Bréton frères ; l'un des pôles était appliqué sur l'abdomen de la jeune femme, tandis que l'autre, armé du pinceau métallique, fut immédiatement porté sur le col de l'utérus, à travers un spéculum de verre, pour isoler la vulve et les parois vaginales.

Pendant un mois et plusieurs fois par semaine, je soumis la jeune femme, ainsi qu'il vient d'être dit, à l'action du courant électrique; les séances duraient de dix à vingt minutes. Pendant tout le temps du traitement, le coït avait été suspendu, et la malade soumise à une très-grande régularité dans le régime et dans les mœurs„ Au bout d'un mois de cette médication, que j'exigeais très-rigoureuse, je permis le rapprochement sexuel qui, cette fois, amena une conception. La femme arriva au terme ordinaire de la grossesse ; l'accouchement n'offrit rien d'anormal, et l'enfant, qui a aujourd'hui vingt ans, jouit de la santé la plus parfaite.

(1) Voyez Dnchennc, De l'élecirisation localisée et de ses applications à la patholof/ie et à la thérapeutique, éilil., Paris, 1872, in-8.

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Cette observation se complète par quelques détails qui viennent encore à l'appui de ma manière de voir.

L'amant, comme aurait dû le prévoir la malheureuse femme, si l'illusion n'était Tessence même de la nature humaine, et la légèreté d'esprit celle de ces infortunées qu'AlphonseEsquiros appelle si poétiquement les Vierges folies, l'amant ne voulut pas légitimer l'enfant par le mariage, et ce refus l'ompit naturellement les liens qui l'unissaient à sa maîtresse. Celle-ci reprit la vie de femme entretenue, et la stérilité marqua de nouveau le retour à cette existence d'excès de toutes sortes.

Sans doute ce fait n'a peut-être pas toute la valeur qu'on est en droit d'attendre, et il faut probablement faire une part à la régularité du régime et au repos de l'organe sexuel, circonstances éminemment favorables, comme je l'ai dit plus haut, au retour de la faculté génératrice après des excès copulateurs. Certainement, je suis le premier à reconnaître l'influence qu'ont pu et môme qu'ont exercée réellement ces compagnes ordinaires de l'aptitude à la fécondation ; mais quand je me rappelle les faits assez nombreux de femmes qui, après des excès voluptueux prolongés plus ou moins longtemps, n'ont pu retrouver leur fécondité dans le calme d'une vie régulière; quand je pense à la stérilité qui, pendant de longues années, succède à des excès de masturbation, alors que la malheureuse victime les rachète par un ardent désir de maternité constamment déçu au milieu des conditions les plus heureuses du mariage, je me demande si le repos des organes sexuels, si la régularité des rapprochements amoureux, en un mot, si de meilleures conditions sociales ont bien réellement, après des excès voluptueux, l'influence heureuse qu'il n'est pas possible de leur contester après les excès copulateurs. Ainsi que je viens de le dire, des exemples nombreux m'autorisent à ne pas leur accorder une importance trop considérable, et je pense que l'art doit bien plutôt compter sur les moyens thé-

rapeutiques qu'il met directement en usage, que sur des prescriptions hygiéniques qui peuvent seconder le traitement, mais non en constituer la base.

Celle-ci doit être, à mon sens, puisée dans l'éleclricité.

Depuis l'observation que j'ai longuement rapportée plus haut, j'ai employé cette médication un nombre assez considérable de fois, avec des chances diverses de succès. Sans doute, ce moyen n'est pas infaillible, mais il réussit six fois sur dix ; et même, dans beaucoup de cas oii je l'ai vu échouer, la lésion vitale du col de l'utérus s'accompagnait d'une constitution misérable, d'un affaiblissement des forces de l'organisme, qui n'étaient probablement pas sans influence sur l'inertie utérine, et qui, de leur côté, réclamaient une médication générale fortifiante et tonique. D'ailleurs, une médication qui réussit dans plus de la moitié des cas oii elle est employée mérite une place honorable dans la thérapeutique; je n'hésite donc pas à la réclamer pour l'électricité dans les circonstances qui nous occupent.

La lésion vitale qui fait le sujet de ce paragraphe, c'est-àdire l'affaiblissement de l'excitabilité utérine, n'est pas toujours amenée par des excès voluptueux, soit de coït, soit de masturbation ; toutes les causes qui président aux névroses peuvent lui donner naissance, et ces causes sont quelquefois si obscures que le diagnostic direct de l'inertie du col est presque impossible. Ni au toucher, ni à l'examen au spéculum, rien ne révèle l'existence d'une lésion vitale ; une leucorrhée n'est pas un signe auquel il faille attacher quelque importance, car il est de bien réelles inerties utérines sans fiueurs blanches, et des flueurs blanches très-abondantes sans inertie utérine.

Comme je l'ai déjà dit, on n'a que le critérium de la thérapeutique; aussi, dans tous les cas oii la stérilité d'une femme ne trouve son explication ni dans une altération appréciable

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d'une partie quelconque de l'appareil génital, ni dans les conditions générales de l'organisme nécessaires au libre exercice de la faculté procréatrice, on doit diriger- un courant électrique du côté du col de l'utérus, d'autant mieux que cemoyeu, alors même qu'il échoue, ne compromet ni la santé générale de la malade, ni les fonctions génitales elles-mêmes. Si des excès de coït ou de masturbation entrent dans riiistoire des antécédents de la femme, la lésion dont je parle peut être légitimement admise, et alors l'électricité doit être employée avec pkis de confiance que dans les cas où le diagnostic est pour ainsi dire négatif.

Il est évident que si l'inertie utérine est liée à quelque trouble des fonctions générales, ainsi que je le signalais plus haut à l'occasion de certains faits observés par moi, il est évident, dis-je, qu a l'emploi de l'électricité il faut ajouter la médication nécessaire pour combattre ces troubles, et remplir toutes les indications que des états spéciaux peuvent réclamer .

Mais ces préceptes sont trop élémentaires pour m'arrôter davantage, et j'ai hâte d'arriver à la seconde forme que présentent les lésions vitales du col de l'utérus, c'est-à-dire à l'angmentation de son excitabilité.

Augmentation de t excitabilité du col de l'utérus. J'ai

dit précédemment qu'aucun lien direct n'unissait l'oi'gane récepteur du sperme et l'appareil copulatcur, et que, par conséquent, on ne pouvait pas mesurer le degré de la \italité utérine sur l'énergie des jouissances érotiques ; j'ai cependanl fait observer que la matrice et l'appareil sensuel avaient nécessairement entre eux des rapports de voisinage, et étaient l'uii et l'autre soumis aux lois de la sensibilité générale ; que, par conséquent, sans établir une échelle de gradation commu'ne'à tous deux, on pouvait jusqu'à un certain point préjuger l'activité de l'une par [la puissance de l'autre.

720 SrÉUlIJTÉ CHEZ LA FEMME.

Ces rapports entre les spasmes cyniques et ceux du col utérin, qui découlent, je le répèle encore, non d'une sympathie directe, mais des lois générales de l'économie, ont été de tous temps notés, non-seulement par les médecins, mais encore par les poètes. Mercurialis, à l'occasion de deux vers de Lucrèce, se range à l'avis de l'auteur de la nature des choses^ et reconnaît que, par l'artifice de certains mouvements, la femme obtient l'infécondité qu'amènent les spasmes voluptueux : Est et aliudquodpeto, dit-il, aiidiatissinerisu^ scilicet forma et ratio concubitus ; quia si muiieres in concubitii retractent clunes et fréquenter agitent, non concipiimt, Rationem adfert Lucretius philosophus (iv De naturâ) his duobus versibus :

Elcii enim sulci recta l'ef/ione viaquc Vomerem, atque locis avertit scminis ictuni.

Hac ratione, dicebat Lucretius, doctas meretrices fréquenter clunes agitare, non ut delectentur, sed ut non fiant gravid.se.

Bisclioff n'est pas moins explicite que Mercurialis : « Gomme les deux actes, dit-il, l'éjaculation et les mouvements de la matrice n'ont probablement lieu qu'au moment de la plus vive excitation, l'une des causes les plus fréquentes de la stérilité d'un si grand nombre d'accouplements pourrait bien être le défaut de coïncidence entre eux, qui s'oppose à ce que le sperme entre dans la matrice (1). »

Gomme on le voit, non-seulement l'existence des spasmes utérins, mais encore leur coïncidence avec les spasmes cyniques ont été depuis longtemps reconnues, et l'on s'étonne que, devant une explication si naturelle de la stérilité de certaines

(1) Bisclioff, Traité du développement de r homme, U-aduil deî rallemanJ par A -J.-L. Jourdan. Paris, 18i3, p. 2i.

EXCÈS d'excitabilité du col utérin. 721 femmes, des écrivains se soient égarés à la poursuite d'une harmonie d'amour, et n'y aient vu qu'une union mal assortie de tempéraments, dépassions, d'inclinations, que sais-je?

Mais ne revenons plus sur une théorie imaginaire qui s'évanouit au flambeau du réahsme qui éclaire aujourd'hui la science, et reconnaissons qu'en s'appuyant sur les données générales de la physiologie on peut prévoir, sinon prédire à coup sûr, les cas oij la matrice sera, pendant le coït, agitée de mouvements spasmodiques.

Ces prévisions, on le comprend, se tirent des circonstances mêmes qui augmentent l'excitation érotique ; les unes morales, comme l'amour comprimé, la lecture des romans, les concerts, les spectacles, etc.; les autres physiques, telles que le tempérament, les habitudes de mohesse, la répétition fréquente du congrès, etc.

Mais, je le répète encore, parce qu'on ne saurait trop le redire, les spasmes cyniques n'impliquent pas fatalement les spasmes utérins ; de même que les premiers peuvent atteindre une activité considérable sans la manifestation des seconds, de même ceux-ci peuvent se produire au milieu du calme d'un coït indifférent, et même au miUeu des émotions déprimantes d'un coït forcé.

Cependant, quelle que soit la froideur que la femme apporte à la copulation, comme il se produit dans ses organes sexuels, par la seule présence de la verge, une action, toute locale si l'on veut, mais qui, prolongée, finit quelquefois par se changer en excitation voluptueuse, on peut admettre que la môme influence se fait aussi sentir sur l'utérus, et que le coït devient ainsi la cause occasionnelle de mouvements spasmodiques.

Mais, sans nous arrêter davantage à une influence locale ou de voisinage dont il importe de ne pas exagérer l'importance, il faut reconnaître que l'utérus est soumis, comme tous les autres organes, aux lois de l'innervation générale, et qu'à ce

ROUBAUD. ,f.

titre il peut être affecté d'un excès d'irritabilité qui, sous l'action de son excitant naturel, le sperme, montera jusqu'à l'état spasmodique.

Ce phénomène, appréciable dans les organes de la vie de relation, est inaccessible à nos sens dans les organes delà vie organique : mais son existence ne peut être mise en doute ; c'est donc dans les causes multiples qui agissent sur l'innervation générale qu'il faut aller chercher les motifs de l'irritabilité et, par suite, de l'excès d'excitabilité du col utérin sous l'action excitatrice du jet spermatique.

Je n'ai point à énumérer ici toutes les circonstances qui agissent sur l'innervation générale ou sur quelque point isolé de cette innervation ; il me suffit d'en indiquer l'influence, et je renvoie, pour leur étude, aux traités généraux ou particuliers de pathologie.

Cette surexcitabilité du col de l'utérus n'a pas, sur la fécondation, une influence aussi fâcheuse que l'absence de sa vitalité. Si, en effet, les spasmes utérins semblent obéir à la loi qui règle l'exaltation des vokiptés vénériennes, l'âge, les habitudes, la satiété, les distractions, les préoccupations d'esprit, la fatigue corporelle, etc., en modérant celle-ci, calment aussi les premiers.

Si, au contraire, — et il en est le plus souvent ainsi — les spasmes utérins sont des phénomènes morbides de l'innervation, soit générale, soit locale, on leur oppose avec avantage tantôt les stupéfiants : opium et tous ses alcaloïdes, belladone, jusquiame, etc.; tantôt les sédatifs : les bromures et le chloral; tantôt les antispasmodiques, parmi lesquels on donne la préférence à l'asa fœtida, au castorum et à la valériane, comme ayant une action en quelque sorte spéciale sur l'organe gestateur.

Les uns et les autres peuvent également être administrés en lavement ou portés directement sur le col de l'utérus au moyen d'un tampon d'ouate.

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