I.MPLISSANCE IDlOl'ATIIIorE
aux excès de tout genre, de l'impuissance amenée sympathiquement par un état particulier de l'estomac, des facultés morales, etc., etc., et toujours, pour masquer son ignorance, on accusait de ces désordres la force vitale ou le système nerveux.
Du chaos dans lequel était plongée i'étiologic de l'impuissance, ne pouvait sortir, on le comprend, une thérapeutique rationnelle : le hasard, entravé encore par une idée préconçue, fit tousjles frais delà médication. Comme l'innervation ou la force vitale étaient accusées d'inertie, on recourut, pour les relever de leur faiblesse, aux échauffants de toute sorte, aux excitants de toute espèce, et l'on classa, sous le titre d'aphrodisiaques, des agents dont la liste est inépuisable; les trois règnes de la nature furent mis à contribution ; on fouilla les entrailles des animaux, on confia à l'alambic les végétaux des deux mondes, et l'on soumit les minéraux aux réactions les plus aventureuses de Falchimie. L'esprit recule épouvanté devant tout ce qu'inventa l'imagination pour réveiller l'énergie abattue de l'innervation génitale.
On alla plus loin encore : on appela à son aide lapolypharmacie, et, grAce h son complaisant concours, on composa des préparations incroyables que l'on décora de titres pompeux, comme pour ajouter une vertu nouvelle à toutes celles qu'on leur prêtait avec complaisance. Le nombre des formules aphrodisiaques que nous ont laissées nos prédécesseurs est immense et toutes n'offrent aucun intérêt.
Les modernes, grâce aux progrès de la chimie et h i'in-
tluence qu'a exercée la doctrine de Broussais, ne tombent plus
dans les écarts d'une polypharmacie ridicule; mais, comme
rétiologie de l'impuissance ne leur est guère mieux connue,
et comme, suivant en cette voie les errements des anciens, ils
continuent à rapporter à l'affaiblissement de l'innervation la
très-grande majorité des cas d'impuissance, ils poursuivent la
pensée, à l'exemple de leurs prédécesseurs, d'activer l'énergie ROUBArn. 8
ll/i IMPUISSANCE CIIKZ i/hOIMME.
vitale et de relever les forces nerveuses du génésiqne. A cet effet, ils recourent indistinctement aux excitateurs et aux excitants généraux ou locaux, et prescrivent, comme au hasard, tantôt la noix vomique, le phosphore, l'électricité et tantôt la cantharide, la moutarde, les bains de mer et l'hydrothérapie (1).
Cette simplification dans la médication n'amène pas des résultats plus heur.eux que les préparations polypharmaceutiques des anciens; et il en doit être ainsi, puisque la même confusion régne dans l'étiologie, et par conséquent dans le choix du traitement.
Cependant, quelques rayons de lumière ont pénétré les ténèbres de cette nuit profonde; les travaux de Lallemand (2), de Civiale (3), etc., ont dépouillé du titre de névrose certaines impuissances, dont la cause manifeste est dans la lésion d'une partie de l'appareil génital; mais leurs ouvrages, limités par leur nature même h une seule face de la question dont je dois embrasser l'ensemble, n'ont pu l'arracher tout entière aux nuages oii l'ignorance et l'imagination l'avaient entraînée, et lui donner le caractère de positivisme qui distingue aujourd'hui à peu près toutes les parties de la science.
C'est le devoir que je me suis imposé en écrivant ce livre, c'est la route que je me suis tracée en étudiant l'impuissance et la stérilité.
En suivant cette voie tout opposée à celle de mes devanciers, je n'ai pas tardé à me convaincre que la névrose génitale, dégagée de toute lésion locale ou de toute sympathie, en d'autres termes que l'impuissance idiopathique était excessivement rare.
(1) Voy. Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques,
art. ÂPIIRODISIAOUF,.
(2) Lallemand, Des pertes séminales involontaires, 1S3G-I8i2.
(3) Civiale, Traité pratique des maladies des organes géniio-urinaircs, Paris. 18^8
IMPUISSANCE IDIOl'ATHKJUE. 115
Cependant je l'ai bien manifestement observée, comme je le dirai tout à l'heure, et je dois, par conséquent, lui donner ici une place.
Mais l'impuissance idiopathtque est loin de se présenter constamment avec les mômes caractères, et il est très-essentiel, à tous les points de vue, de déterminer d'une manièi e précise les formes diverses qu'elle peut revêtir.
Rappelons sommairement que la fonction génésiaque n'entre en activité qu'à la suite d'une excitabilité morale qui, ellemême, va réveiller l'excitabilité physique, laquelle détermine d'abord la congestion des corps caverneux, et ensuite la contraction des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs, et par suite la sortie de la liqueur séminale, et a\'ec elle le plaisir.
Il y a donc, pour la mise en activité de la fonction copulatrice, la nécessité de l'action de deux éléments : l'un moral, qui correspond à l'instinct chez les animaux, et l'autre complètement organique.
Cette action peut être diminuée ou suspendue dans chacun des deux éléments, ou séparément, ou dans tous les deux à la fois.
Quand l'excitabilité fait défaut à l'élément moral, l'impuissance est surtout caractérisée par l'absence des désirs vénériens.
Quand l'excitabilité morale ne peut éveiller la sensibilité génésiaque, l'impuissance est caractérisée par un trou])le de cette sensibilité dont le point de départ se trouve, tantôt dans les centres nerveux, et tantôt dans l'appareil nerveux du sens génital lui-même.
C'est ce qu'on a appelé la névrose ou syncope génitale.
Enfin quand l'absence des désirs vénériens s'accompagne de la non-érection de la verge par n'importe quel moyen (at- •louchements, rêves lascifs, chaleur du lit, coucher sur le dos
plénitude de la vessie, etc.), l'impuissance est complète et afîecte tout ù la fois les deux éléments du génésique.
Ce? trois formes d'impuissance ont un caractère commun : la diminution ou la suspension de l'excitabilité d'un des deux éléments, au moins, du sens génital, qui me les fait comprendre sous la même dénomination : impuissance idiopatldqm par défaut d'excitabilité.
Mais cette excitabilité, soit morale, soit organique, peut être déterminée et mise en jeu par des moyens artificiels qui l'éloignent de son but naturel, le coït, et par conséquent amènent l'impuissance.
J'appelle ce second genre d'anaphrodisie : impuissajice idiopathique par perversiori d'excitabilité.
Comme pour le défaut d'excitabilité, la perversion peut s'adresser ou à l'élément moral, ou à l'élément organique, ou simultanément aux deux éléments du ,sens génésiaquo.
Quand la perversion offocte l'élément moral, elle amène cette impuissance ou cette répulsion pour le coït physiologique qu'éprouvent le masturbateur, le sodomiste, le pédéraste et la tribade.
Quand la perversion affecte l'élément organique, l'impuissance est ordinairement constituée par l'absence d'cjaculation et par suite de plaisir, comme dans le priapismc et l'aspermatisme.
Enfin quand la perversion atteint les deux éléments du génésique, la sensibilité n'a plus de boussole et subit, par le fait même de cette espèce de folie, l'empire des excitants les plus ' étranges : c'est le satyriasis.
Toutes les formes de l'impuissance idiopathique sont comprises dans les divisions que je viens d'énuraérer; il me faut donc maintenant, pour légitimer la réalité de ces distinctions, ^aire l'histoire des diverses variétés d'impuissance, et dire
DÉFAUT d'excitabilité. 117
ensuite les ressources que nous possédons contre chacune d'elles.
C'est le sujet de ce chapitre.
§ I. — Impuissance idtopatliiquc par défaut d'exoitabilité.
Cette espèce d'impuissance peut être congénitale ou accidentelle.
Quand elle est congénitale, c'est-à-dire lorsque le malade Ji'a eu ni désirs, ni érection, elle est presque toujours liée à • un état déplorable de la constitution et à l'atropliie, ou tout au moins à un arrêt de développement de l'appareil génital, de telle sorte qu'il est trés-diffîcile de décider si, dans ce cas, l'impuissance est cause ou effet. Cependant Planque cite , d'après les éphémérides d'Allemagne, un fait d'impuissance congénitale au milieu des conditions les plus favorables au coït: (( On n'aurait pas si bien réussi, dit-il, avec ce stupide impuissant dont parle Hartmann (1). Il était fort et robuste et avait les testicules fort gros, la verge courte, petite et flasque, mais il ne connaissait ni érection , ni semence, et n'avait jamais eu de sentiments d'amour (2). »
Cette observation laconique ne peut, on le comprend, servir de base à une opinion ; d'autre part, il ne s'est jamais présenté à mon examen un impuissant de naissance, sans vices de conformation ou sans maladies, et offrant tous les caractères d'une parfaite vitalité; aussi suis-je porté à croire que cette impuissance idiopathique congénitale, si elle existe , est excessivement rare, et qu'il faut se mettre en garde contre les exemples qu'en pourraient citer des observateurs superficiels.
Cependant, une espèce d'inertie native de l'appareil génital se rencontre assez souvent au milieu des conditions les plus
(1) Ephcmo ides germanicœ, dec. 3, an. i, ob. 85, p. 181.
(2) Bibliothèque choisie de médecine, t. IV, p. 239, art. iMPiTSSANC.t,.
118 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMME.
favorables de l'économie; il est vrai que cette faiblesse n'implique pas l'impuissance absolue; mais elle est si près de l'anaphrodisie que la moindre circonstance peut l'anéantir et l'enrayer dans ses manifestations. Les malades connaissent parfaitement leur état et disent, en parlant de leur appareil génital : c'est ma partie faible.
Le plus ordinairement les désirs vénériens prennent part à l'inertie des organes génitaux et sont comme eux languissants et paresseux. Pourtant ils ne disparaissent jamais complètement, alors même que la faiblesse virile est: arrivée jusqu'à, l'impuissance.
Malgré leur peu d'énergie, les organes génitaux sont bien conformés et ne portent aucune trace d'atrophie : les testicules ont leur volume normal, la verge est suffisamment grosse ; seulement tout l'appareil est flasque et i)endant; les testicules tirent en bas un scrotum pâle, allongé et sans rides, que le froid ne recoquille pas et que les attouchements amoureux, émeuvent à peine; la verge, molle et froide, est comme exsangue; la circulation semble suspendue aussi bien dans le gland que dans les corps caverneux; enfin l'artère dorsale ne se docèle que par des battements filiformes et presque imperceptibles.
Pour ces hommes dont l'appareil génital est la partie faible, ainsi qu'ils disent, la copulation n'est ordinairement possible qu'à la suite d'une forte excitation génésiaque qui tantôt réveille l'irinerveation endormie, tantôt active la circulation paresseuse, quand elle ne doit pas s'adresser, à la fois, .à ces deux fonctions également languissantes.
Le pronostic de cette espèce d'impuissance n'est pas ordinairement grave : sans doute l'art est incapable de remédiée à certains vices de constitution, mais une thérapeutique rationnelle peut, comme je le dirai tout h l'heure, fortifier l'appareil génital en agissant, selon les circonstances, soit sur l'in-
DÉFAUT d'eXCITAUIUTÉ. H9
nervation, soit sur la circulation, et quelquefois sur les deuxfonctions en même temps.
Quand le défaut d'excitabilité frappe le sens génital dans le cours de son fonctionnement, l'impuissance qui en résulte revêt un caractère différent, comme je l'ai dit, selon que les désirs vénériens sont conservés ou sont éteints.
La physionomie de chacune de ces formes d'anaphrodisie porte un cachet bien distinct et bien marqué. Dans le i)remier cas, la douleur du malade est extrême et le désespoir peut le pousser au suicide; ce n'est point seulement un sentiment de lioute qui l'agile, mais un véritable supplice qui lui rend la vie à charge et impossible; pour se guérir, le malheureux est capable des médications les plus excentriques, comme de s'envelopper, toutes les nuits, pendant plus d'un mois, dans des feuilles de choux, ainsi que le fit un homme de trente aîis, d'une intelligence et d'une instruction au-dessus de la moyenne.
Quand les désirs vénériens, au contraire, se sont éteints avec l'érection, le malade n'éprouve qu'un sentiment de honte dont il est facilement distrait par les affaires ou les préoccupations de la vie ; il n'a recours à la médecine que lorsqu'il est marié ou lorsque, par des considérations de fortime, de position, de naissance, etc., il se décide à se marier. En dehors de ces deux circonstances, il est indifférent à son infirmité qu'il peut d'ailleurs facilement cacher à la malignité publique.
Cependant il importe de savoir, au point de vue du pronostic et de la thérapeutique, si l'érection peut être produite soit par la mastur])ation, soit par des rêves lascifs, soit par la chaleur du lit, soit par le coucher sur le dos, soit par la plénitude de la vessie; ces érections anormales, qui bien souvent font sortir le malade de son apathie, établissent des degrés dans l'impuissance avec perte des désirs, et modifient le pronostic dans un sens plus favorable.
120 IMPUISSAT^CE CHEZ l'iIOMME.
Dans tous les cas le défaut d'excitabilité morale, c'est-à-dire l'absence des désirs vénériens, est toujours une chose fdcheuse dans l'impuissance idiopathique ; elle rend le pronostic plus grave que lorsque les désirs sont conservés, et exige l'intervention d'une médication morale que le médecin ne peut indiquer qu'avec une réserve facile à comprendre.
Toutes ces différences légitiment la distinction capitale de l'impuissance idiopathique en deux formes, basées sur la persistance ou la disparition des désirs vénériens, et me forcent à faire séparément leur histoire.
1° ImpuissMice idiopatlt igue avec persistance des désirs. — Elle peut se produire ou primitivement ou secondairement.
Primitivement, l'impuissance survient sans cause connue, sans motif plausible, au miUeu de la santé la plus parfaite. Rarement la virilité s'éteint tout d'un coup; au contraire, elle s'affaiblit progressivement, et le malade suit avec terreur les progrès de cette atonie jusqu'au jour oii l'organe ne répond p.lus à l'incitation des désirs.
Secondairement, l'impuissance se montre à la suite d'un accident, physique ou moral, qui aurait pu entraîner et qui même a entraîné l'inertie de la verge, mais qui, disparu depuis plus ou moins longtemps, ne peut plus exercer son influence sur l'énergie virile : une indisgestion, un brusque changement de température, une vive émotion , etc. , peuvent en agissant violemmment sur l'innervation, laisser après eux une impuissance que le temps seul dissipe presque toujours, et qui n'exige pas une thérapeutique active.
Mais il n'en est pas de même de l'impuissance idiopathique primitive dont les causes sont obscures, et qu'il est impossible de rattacher soit à un trouble moral, soit à une lésion organique.
C'est la véritable syncope génitale des auteurs.
DÉFAUT d'excitabilité l'HYSIQUE.
Ce trouble dcrinnervation qui fait que l'excitabilitô physique ne répond plus à l'excitabilité morale, est tantôt direct et.
tantôt indirect.
Il est direct, quand son point de départ est dans le système
nerveux lui-même.
11 est indirect, quand le point de départ est dans le système circulatoire dont l'insuffisance prive l'innervation des éléments nécessaires à son activité.
Dans tous les cas, qu'elle soit directe ou indirecte, il y a une névrose génitale dont le caractère principal et presque toujours unique est un abaissement et môme une suspension de l'activité fonctionnelle de l'appareil.
Quand la névrose est directe, c'est-à-dire quand l'innervation seule est atteinte, la verge est flasque et pendante, il es vrai, mais ne rentre pas, pour ainsi dire, dans l'abdomen ; les corps caverneux sont résistants et élastiques ; on sent les battements de l'artère, et l'on voit de larges veines sillonner le pénis, tandis que le gland, rosé et tendu, offre une coloration pleine de vitalité.
Quand la circulation, au contraire, est le point de départ de la névrose, le sang ne parvenant plus dans les corps caverneux, la verge se réduit en des proportions microscopiques, disparaît presque entre la peau des bourses et celle du pubis, ne laisse saillir ni artère ni veines, et présente un gland ridé, pâle et décoloré.
Comme le diagnostic différentiel de ces deux états est delà plus haute importance pour l'institution du traitement, ainsi qu'on le verra plus loin, on ne saurait avoir trop de moyens de l'établir.
Dans les cas oii les caractères ci-dessus ne seraient pas assez saillants pour former la conviction, on n'a qu à recourir à l'électricité et à faire contracter les muscles ischio et bulbocaverneux.
122 IMPUISSANCE CHEZ l'hOJLAIE.
Si la syncope est purement nerveuse, il y aura une demiérection, ou tout au moins le gland deviendra plus rouge, et les corps caverneux plus turgescents.
Si, au contraire, la syncope tient au ralentissement de la circulation de l'appareil génital, la contraction des muscles bulbo et ischio-caverneux n'arrête pas assez de sang pour colorer le gland, gonfler les corps caverneux, et produire un commencement d'érection ; la verge sort tout au plus des profondeurs 011 elle se tient enfouie, et laisse apercevoir un gland toujours pâle et toujours ridé.
L'état général aide à peine à établir un diagnostic dont les principaux éléments, je le répète, se trouvent dans l'état des organes génitaux eux-mêmes.
Cependant, quoique la syncope génitale puisse se produire avec tous les tempéraments, avec toutes les constitutions et avec tous les états de santé, il est bon de tenir compte de toutes ces conditions générales, d'abord parce que le médecin, n'en doit jamais faire abstraction, et parce qu'en suite, il en, peut tirer des indications utiles.
En effet une exagération, par exemple, de la sensibilité générale peut amener un trouble dans l'innervation génitale, et par suite l'impuissance, comme je l'ai plusieurs fois observé.
Dans ce cas, l'état de la verge indique seulement que lepoint de départ de l'impuissance est dans un trouble de l'innervation; mais on ne découvre la nature de ce trouble que dans les conditions de l'état général.
Un diagnostic exact est encore ici de la plus haute utilité,, car, selon l'occurrence, il faudra recourir ou aux sédatifs ou aux excitateurs, dont l'usage intempestif aurait pour le moins> l'inconvénient de perpétuer la maladie.
Quoi qu'il en soit, le traitement de la syncope génitale s'adresse plus spécialement à l'innervation ou à la circulation de
DÉFAUT d'excitabilité PHYSlOLli. l^O-
l'appareil génésiaqiie, selon que le point de départ de la syncope a son siège dans le système nerveux ou dans le système circulatoire.
Mais, comme presque toujours les deux systèmes se trouvent atteints à la fois, l'un directement et l'autre indirectement, il faut agir sur tous les deux, en insistant seulement, je le répète, sur celui qui paraît tenir les accidents sous sa dépendance.
Pour bien faire comprendre l'origine obscure, la marche lente et insidieuse de l'impuissance idiopatliique avec conservation des désirs vénériens, je transcrirai l'histoire pathologique dont M. le docteur H. Max, médecin des hospices civils de Bruxelles, avait chargé un de ses malades qu'il envoyait prendre mon avis. Cette consultation, savamment et logiquement déduite, montre également une thérapeutique sage et excellemment ordonnée.
C'est une haute leçon de clinique que je suis heureux de mettre sous les yeux du lecteur.
« 11 y a douze ans, m'écrivait M. le docteur H. Max, M. K... a souffert d'une sciatique pour laquelle il a subi le traitement ordinaire : ventouses, vésicatoires, calmants, etc.
M. K... a été atteint d'une affection du foie pour laquelleil a suivi , pendant deux années successives, une cure à Vichy; son état de santé, très-précaire avant ce traitement, s'est raffermi au point que, de son propre aveu, son état général n'a jamais été meilleur qu'aujourd'hui (il est marié et père de deux enfants).
« Lorsque M. K... s'est présenté chez moi, à la fin de juillet 187A, il était atteint d'une impuissance complète dont le début remontait à 2 ans 1/2; l'état général était excellent, toutes les fonctions régulières, à l'exception de celles des organes génito-urinaires. L'examen physique des parties indiquait le manque de vitalité : la verge était atrophiée, le scrotum,.
124 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
pendant, les tissus décolorés, les veines peu gonflées; l'émission des urines était difficile, le jet faiblement lancé était en tire-bouchon, les érections manquaient absolument, même celle du matin déterminée par la plénitude de la vessie. Le méat urinaire laissait suinter un peu de liqueur prostatique, la prostate elle-même oflVait et offre encore un certain degré d'hypertrophie; jamais de pollution; aucun symptôme du côte de la moelle épinière.
u Mon diagnostic fut : impuissance essentielle, amenée par la marche progressive d'une sorte d'atrophie des organes génito-urinaires, caractérisée par la diminution de l'afflux sanguin, et la semi-paralysie des fibres musculaires.
« Le traitement établi fut le suivant : du 22 juillet lS7/i au 2li septembre, lotions froides plusieurs fois par jour, et administration successive et à dose progressive : 1° de la teinture alcoolique de noix vomique; 2" de l'extrait alcoolique de noix vomique associé à l'éthiops martial : 5 grammes d'éthiops, 10 grammes d'extrait pour 100 pilules, à prendre trois par jour.
« Le 24 septembre je joignis à ces premiers moyens l'électricité ; un mois après je portai la dose d'extrait de noix vomique à 15 grammes pour 100 pilules. Nous atteignîmes ainsi le milieu du mois de novembre.
<( L'état du malade s'était considérablement amélioré ; la verge était devenue plus forte, le scrotum se relevait, l'émission des urines était plus facile, le jet lancé plus loin et plus fort, enfin une érection franche précédait l'émission des urines du matin,
« En présence de l'impatience du malade je voulus essayer l'effet des cantharides, tout en continuant la noix vomique et l'électricité. Je donnai 5 grammes de teinture de cantharides dans 200 grammes de sirop ; une cuillerée à café le soir en se couchant, plus tard une cuillerée à dessert. Le traitement
DÉFAUT d'excitabilité IMIYSIQUi:. 'I 2d
suivi pendant un mois ne produisit aucun résultat appréciable ; nous marquions le pas.
« Le 19 décembre, je passai à la strychnine pure : 15 centigrammes pour 36 pilules, à prendre 3 par jour; le 27 décembre je portai la dose à 30 centigrammes, et le /i janvier 1 875 à 35 centigrammes, toujours pour 36 pilules, à prendre trois par jour.
«Nous arrivûmes ainsi au U) janvier; l'érection précédant l'émission des urines du matin était bien caractérisée, nous obtenions môme assez fréquemment une seconde érection presque complète, une heure ou deux après l'émission des urines.
{( Je conseillai alors l'hydrothérapie, douches sur la colonne et douches périnéales, concurremment avec la strychnine et l'éiectricité. Lerésulat en fut excellent, et sous l'influence de ces divers moyens, nous arrivâmes à avoir, plusieurs ibis, des érections nocturnes complètes.
^ « Le 7 février, je remplaçai la strichninepar la teinture éthérée de phosphore, li grammes dans 120 grammes de véhicule; mais le résultat de cette prescription fut désastreux; les érections que nous avions obtenues cessèrent complètement, et les fonctions digestives s'altérèrent. Au bout de 8 jours, je renonçai au phosphore, pour revenir à la strychnine.
« Nous nous retrouvons aujourd'hui au point oii nous étions avant l'administration duphosphore; nous avons desérections, l'état général est redevenu excellent, mais les fonctions génératrices n'obéissent pas encore à la volonté du malade.
«En résumé, partant d'une impuissance absolue, fin juillet 187/i, le traitement par la noix vomique, la strychnine, l'électricité et l'hydrothérapie combinées, nous a amenés, au bout de sept mois, à une amélioration considérable, mais pas encore à une guérison complète. »
12(i IMPUISSANCE CHEZ L HOMME.
La durée de cette impuissance remontant à plus de trois ans, et sa persistance, malgré le traitement le plus rationnel et le plus énergique, me firent penser à Thypertrophie de quelque ganglion comprimant les filets nerveux, ainsi qu'il arrive assez souvent pour le grand sympathique, et je conseillai l'iodure de potassium, tout en continuant les excitateurs et les excitants auxquels je fis ajouter l'application de sinapismes sur la verge.
Huit mois après, c'est-à-dire en novembre J875, M. le docteur H. Max me renvoya le malade avec la nouvelle lettre suivante.
« Monsieur et très-honoré confrère, j'ai l'honneur de renvoyer à votre observation l'un de mes malades pour lequel j'ai déjà eu recours à vos lumières, et qui, bien qu'ayant vu sa situation s'améliorer, n'est cependant pas complètement guéri.
« J'ai scrupuleusement suivi vos indications jusqu'au moment oii le malade est parti pour la campagne ; j'ai alors, mû par l'espoir de détourner le plus possible son imagination Ae son mal, conseillé la suppression de tout traitement, à l'exception toutefois du phosphore.
« J'avais essayé une fois déjà du phosphore sous forme de teinture éthérée dans une potion, mais il y avait eu très rapidement intolérance de l'estomac. La seconde fois j'ai eu recours aux granules d'acide phosphorique ; je n'ai eu aucun inconvénient de l'administration du phosphore sous cette forme, et le malade en prend encore aujourd'hui. Depuis unequinzaine de jours il s'est remis à l'électricité.
« Gomme résultat nous sommes arrivés à obtenir une érection régulière chaque matin avant l'émission des urines, fréquemment une seconde érection quelque temps après avoir urine. Une forte demi-érection le soir, très rarement érection dans la journée.
DÉFAUT d'excitabilité MORALE. 127
« Je serais très satisfait de cette situation, si elle s'accentuait •davantage ; niais depuis assez longtemps déjà nous ne gagnons rien; nous ne perdons rien, il est vrai, mais nous restons stationnaires.
« L'état général du malade est excellent, il n'a jamais été meilleur. »
On voit par cette observation combien la névrose génitale résiste parfois aux moyens les plus rationnels et les plus énergiques; comme dans le traitement des autres névroses, il faut une persistance à toute épreuve; ce n'est qu'à ce prix qu'on finit par triompher d'un mal qui, pendant un longtemps, fait le désespoir tout à la fois du malade et du médecin.
T Impuissance idiopalhique avec perte des désirs. — Gomme je l'ai dit plus haut, cette forme de l'impuissance idiopalhique n'est pour le malade ni un motif de désespoir ni un sujet de honte, à moins qu'il ne soit marié ou qu'il veuille le devenir; mais elle est pour la thérapeutique, la forme la plus ardue et la plus rebelle, parce qu'elle exige tout à la fois un traitement moral et une médication physique.
Dans maints endroits de cet ouvrage j'aurai à noter l'absence des désirs vénériens, la rapportant à des causes multiples et diverses : tantôt elle sera sous la dépendance d'un état morbide comme le diabète ; tantôt elle sera le signe d'une fatigue extrême ou d'un repos trop prolongé des organes génitaux; tantôt elle se montrera solidaire de quelque préoccupation intellectuelle et tantôt nous la rencontrerons au milieu de l'exaltation de quelque passion affective.
Mais ici 1 etiologie est plus obscure : bien que les désirs vénériens puissent disparaître subitement, tout d'un coup, cette absence arrive ordinairement d'une manière progressive comme une fonction qui faiblit, s\allanguit et disparait tout à fait.
128 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
Les constitutions faibles et les tempéraments lymphatiques, ainsi que l'inertie native de l'appareil génital dont j'ai parlé plus haut, sont des prédispositions à la perte de l'excitation vénérienne. Cependant on la rencontre avec les constitutions les meilleures et les tempéraments les plus robustes, comme chez les personnes qui font vœu de chasteté, et qui le tiennent.
Une continence absolue et sufflsarament prolongée est, en effet, une condition favorable à l'apaisement des désirs de la chair; au début, ces désirs s'irritent de ne point être satisfaits, mais plus tard la nature se lasse de la lutte et cède la victoire à la volonté persistante deThomme.
C'est l'histoire d'une foule de bons prêtres et de religieux qui parviennent ainsi à ne pas transgresser leur vœu de chasteté.
Dans le monde, on trouve, plus souvent qu'on ne pense, des hommes qui, par un motif ou par un autre, s'imposent une continence dont rien ne les fait départir.
Ce sont, pour la plupart, des victimes vouées d'avance à la perte des désirs vénériens; mais l'impuissance qui en résulte est alors consécutive à un excès de continence dont Thistoire a sa place marquée plus loin.
Ici l'anaphrodisie ne peut être rattachée ni à des excès, ni à un état maladif, ni à une aberration morale, ni à une lésion organique. C'est la névrose génitale complète à laquelle on ne peut attribuer que les causes prédisposantes que j'ai indiquées plus haut.
Dans cet état déplorable du sens génital il y a des nuances, selon que l'organe copulateur entre ou n'entre pas en érection sous l'influence d'excitants étrangers au génésique, tels que la chaleur du lit, le coucher sur le dos, la plénitude de la vessie, etc., ou bien si des éjaculations se produisent, ou non, pendant le sommeil, sous l'empire de rêves lascifs et avec sensation voluptueuse.
DÉFAUT d'excitabilité MORALE. 129
Quand des érections anormales se produisent, quand des pollutions nocturnes ont lieu avec érection et sensation de plaisir qui éveillent le malade, la névrose génitale n'a pas la gravité qu'elle présente, quand il y a absence absolue d'érection et d'éjaculation.
Dans ce dernier cas, la paralysie est complète et la sécrétion testiculaire est presque nulle.
Quelquefois cette sécrétion n'est qu'amoindrie et alors, de loin en loiu, les vésicules séminales se vident, et le sperme sort en bavant et sans déterminer de sensations voluptueuses.
Ces états sont graves au point de vue seulement de la fonction génératrice, car, je le répète, ils peuvent exister avec une bonne santé générale, avec l'intégrité de toutes les autres fonctions.
Aussi, comme les malades ne sont pas sollicités par les désirs, qu'ils sont, sous le rapport vénérien, dans une complète apathie morale qui ne trouble ni les autres facultés, ni les autres fonctions, ces malades, je le dis à nouveau, ne se préoccupent de leur position que lorsqu'ils sont mariés ou veulent le devenir.
En dehors de ces deux circonstances et de quelques rares accidents de la vie, les hommes atteints d'anaphrodisie morale et physique ne souffrent ni ne se plaignent de leur infirmité : ils n'y pensent pas; ils n'ont môme pas le sentiment de honte qui poursuit le malheureux dont les désirs sont conservés, et ne fuient môme la société ni des hommes ni des femmes. Dans leurs rapports avec ces dernières, ils apportent la plus complète indifférence et n'obéissent qu'aux conventions du monde.
Un long temps peut se passer ainsi pendant lequel l'impuissance peut devenir irrémédiable.
Mais avant de porter un pronostic aussi fâcheux et de déclarer la paralysie au-dessus des ressources de l'art, il faut tenter
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les ressources que la thérapeutique met à notre disposition et' s'armer surtout d'opiniâtreté et de constance.
Au début, le traitement doit \iser au sens intime et s'adresser à sa sensibilité par des moyens moraux et physiques tout à la fois.
Sous le premier rapport, il faut observer une gradation lente dans le choix des excitants, afin de prévenir le dégoût qu'inspirent toujours aux esprits froids des conversations trop libres, des lectures trop licencieuses, des peintures trop nueset des spectacles trop décolletés. La conduite à tenir varie avec chaque malade; elle doit s'inspirer de ses mœurs, de ses croyances, de ses habitudes, de ses affections, de ses travaux,, de la tournure de son esprit, etc., etc. C'est en cette occurrence que le médecin a besoin de tout son tact, de toute sa prudence et aussi de toute sa fermeté. 11 doit ne jamais se hâter, marcher lentement dans une voie pleine de périls, et toujours s'assurer du terrain avant d'y aventurer ses pas ; comme pour une éducation à faire, il doit employer la méthode progressive, et ne rien précipiter ; — le succès est à ce prix.
Quant aiix moyens physiques, ils doivent, au début,, seconder l'action du traitement moral, plutôt que réveiller l'organe de la copulation. Par un régime essentiellement analeptique, par l'électricité appliquée aux testicules, par des fumigations aromatiques sur le scrotum, on se proposera d'activer la sécrétion testiculairc dont l'énergie est un excitant des désirs vénériens.
Quand ceux-ci, après un long temps, je le répète, de persévérance et de soins moraux et physiques, commenceront à renaître, on abordera, avec plus de chances de succès, la medicaiion aphrodisiaque
Nous allons voir, dans un article qui leur est exclusivement consacré, quels sont les éléments de cette médication; mais
TIIKUAPEUTIQUE DE l'iMPUISSANCE IDIOPATIIIQUE. 131
je tiens d'ores et déjà à protester contre l'existence d'agents spécifiques de la syncope génitale. S'il n'y a pas de remèdes aphrodisiaques, proprement dits, contrairement à ce qu'affirment les charlatans et les jongleurs, il est loisible à la médecine d'instituer des médications capables de réveiller l'innervation ou d'activer la circulation de l'appareil génital. Tous les agents de la matière médicale peuvent y concourir, depuis les excitants les plus forts jusqu'aux émollients les plus bénins, depuis les excitateurs les plus puissants jusqu'aux sédatifs les plus énergiques.
Mais cette importante question de thérapeutique va m'occuper, et l'on trouvera dans le paragraphe qui suit les éléments et les indications de toutes les médications aphrodisiaques.
THÉRAPEUTIQUE DE l'iMPUISSANCE IDIOPATHIQUE.
Les ressources dont la médecine dispose pour combattre la syncope génitale n'ont rien de spécifique; la matière médicale ne possède aucun aphrodisiaque^ et cette dénomination ne convient ni à aucun des médicaments, ni à aucun des agents physiques, ni à aucun des moyens mécaniques dont je parlerai tout à l'heure.
Mais, parce qu'elle manque d'un spécifique, la thérapeutique de Tappareil génital n'est pas plus désarmée que celle des autres sens; elle trouve dans la matière médicale des éléments d'action qu'elle mêle et qu'elle combine et dont l'ensemble constitue une médication.
Quand la médication a pour but de réveiller et d'augmenter la vitalité du génésique, elle peut, sans forcer le sens des mots, être appelée aphrodisiaque.
La médication aphrodisiaque est, comme toutes les médications, variable selon les combinaisons multiples que le praticien lui impose. Cependant nous essayerons, à la fin de
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ce chapitre, d'en établir les bases et d'en formuler les indications les plus importantes.
Mais avant ce travail d'ensemble, il est nécessaire de faire connaître les éléments dont se compose la médication aphrodisiaque, et qui se recrutent tout à la ibis parmi les médicaments, parmi les agents physiques et parmi les agents mécaniques.
Ces nombreuses ressources s'adressent les unes à la circulation et les autres à l'innervation de l'appareil génital.
J'appelle les premières des excitants.
Je nomme les secondes des excitateurs.
Les unes et les autres exercent leur action ou d'une manière directe, quand ils sont appliqués immédiatement sur les organes copulateurs, ou d'une manière indirecte, quand ils s'adressent à l'économie toute entière, dont les modifications =e font sentir sur l'appareil génital , comme sur toutes les autres parties de l'organisme.
De l'énumération que je vais faire dans l'ordre que je viens d'indiquer, de tous les éléments de la médication aphrodisiaque, je détacherai l'hydrothérapie, les eaux minérales et les bains de mer, auxquels je consacrerai un paragraphe séparé à cause de l'importance particulière que ces moyens d'action ont pris de nos jours.
Entre temps, et dans le cours de ce travail, je présenterai quelques considérations sur le traitement moral dont l'influence est prépondérante dans la thérapeutique de l'anaphrodisie avec perte des désirs vénériens.
Quand de cette manière, nous connaîtrons toutes les ressources dont le praticien peut disposer (1), j'essayerai, comme
(1) Pour la liste des aphrodisiaques qu'admettaient les anciens, on peut consulter : Venelle, Tableau de l'amour conjugal, t. I, p. 272, édition d'Amsterdam, 1732; de Lignac, De lliomme et de la femme, t. I, p. 147, édit. de 1774; et Bulletin de pharmacie, t. V, p. 193.
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je l'ai dit plus haut, de montrer les indications principales do la médication aphrodisiaque.