IV. — Médication aphrodisiaque
La médication aphrodisiaque n'a à sa disposition , je ne saurai trop le répéter, aucun médicament spécifique; comme les autres sens, la vue, l'ouïe, le goût, etc., le sens génital puise sa thérapeutique dans les éléments de la thérapeutique générale, malgré l'intervention de l'élément psychique dont je parlerai tout à l'heure.
Mais si aucun médicament ne peut agir sur l'ensemble du sens génital, c'est-à-dire s'adresser tout à la fois aux conditions morales et physiques qui président à l'érection, il est des agents qui, d'une manière générale ou locale, répondent chacun plus ou moins particulièrement à une de ces conditions, si bien qu'en les combinant entre eux, selon les besoins, il est possible d'atteindre le sens génital, soit dans son ensemble, soit seulement dans celles de ses parties qui font défaut.
Ce sont ces combinaisons qui constituent ce que j'appelle la médication aphrodisiaque.
^ Ces combinaisons, comme on le prévoit d'après ce que je viens de dire, se rangent sous trois chefs, selon qu'elles ont
170 IMPUISSANCE CIIF.Z LIIOMME.
pour uhjeclif le consensus érotique, l'innervation ou la circulation; la médication aphrodisiaque comprend donc trois sortes
de traitements :
1° Le traitement moral, qui s'adresse au consensus érotique; 2^ Le traitement excitateur, dont l'action est dirigée sur le
système ncrvcnx ;
3° Enfui le traitement excitant, dont l'influence se fait
sentir sur le système vasculaire.
Il est rare que la thérapeutique de l'impuissance idiopathique <e réduise à un seul de ces traitements; presque toujours il faut agir sur toutes les conditions physiologiques de l'érection, car il y a entre elles une telle connexito, que l'influence exercée sur l'une se fait sentir sur les deux autres.
Ce traitement est hii-même susceptible de combinaisons multiples dont les cléments se trouvent, d'un côté dans les moyens capables d'agir sur l'imagination, et de l'autre dans les agents de la matière médicale que j'ai examinés plus haut.
Tandis que la combinaison des traitements entre eux se tu-e du caractère môme de l'impuissance, la combinaison des éléments de chaque traitement a pour guide l'âge du malade, son tempérament, sa consiitution, son état de santé ou de maladie, etc., etc.
3'explique ma pensée :
Si l'impuissance est seulement caractérisée par l'impos.-ibilité de l'érection avec conservation des désirs vénériens, il ne sera pas besoin de faire entrer dans la médication aphrodisiaque le traitement moral.
Lorsque au contraire les désirs Yénériens feront défaut; lorsque la verge sera flasque et molle, que le gland sera pâle, décoloré et ridé, ainsi que le fourreau du pénis ; lorsque l'artère dorsale aura des battements faibles, facilement compressibles, et que les veines dorsales et superficielles seront affaissées et peu saillantes; lorsque enfin le scrotum distendu ne se con-
MKDICATION APHRODISIAOUE. 17 î
tractera sous l'inflaence ni du froid, ni des attoucliements anioureux , il faudra évidemment coml)iner le traitement moral avec celui qui activera la circulation languissante, c'està-dire le traitement excitant.
Lorsque la verge présentera des caractères opposés à ceux que je viens de signaler, c'est-à-dire lorsqu'elle sera dure, tendue quoique pendante, lorsque le gland aura sa coloration normale et que les veines bleuiront sous les téguments, le traitement excitateur devra avoir la préférence, car tout indique que l'innervation afîaiblie ne peut plus retenir le sang aj)porté dans le tissu vasculaire.
Mais, je le répète, on s'exposerait à de nombreux mécomptes si l'on n'agissait exclusivement que sur la fonction qui semble faire défaut; car, d'un côté, l'innervation influence la circulation et parles nerfs-musculaires et par les vaso-moteurs, et d'autre part, le sang a sur le système nerveux une action reconnue de toute antiquité, ainsi que l'atteste l'aphorisme d'Hippocrate : sangids moderator nervornm.
Gomme on le voit, dans celte combinaison des traitements entre eux, la médication aphrodisiaque n'a tenu compte que du caractère de l'impuissance, et, selon ce caractère, tout en faisant une part à chacun, n plus particulièrement insisté, tantôt sur le traitement moral, tantôt sur le traitement excitant, tantôt sur le traitement excitateur.
Elle ne s'est inspirée ni de l'Age du malade, ni de sa constitution, ni de son tempérament, ni de sa santé, ni de ses habitudes, ni de ses croyances, ni de son éducation, ni de ses occupations, etc. Elle n'a pris pour guide, je le répète, que le caractère de l'impuissance qu'elle avait à combattre.
II n'en est plus de m'éme dans le choix et la combinaison des éléments du traitement; ainsi, lorsque le malade aura une constitution apoplectique, ou sera>Efecté d'une maladie du cœur, on repoussera les excitants généraux, tels que l'hydro-
172 IMPUISSANCE CHEZ LIIOMME.
thérapie et les bains de mer, par exemple, et on se contentera des excitants locaux ou de ceux dont l'action est nulle sur 'organe central de la circulation.
De nième, si l'impuissance s'accompagne d'une plilegmasie aiguë ou chronique de l'appareil urinaire, l'emploi des cantharides est formellement contre-indiquée, car, pour rétablir une fonction de relation, il ne faut point compromettre la vie du malade.
Le traitement moral exige peut-être plus que le traitement physique, du tact et de la prudence dans le choix et la combinaison de ses moyens d'action. Pour respecter toutes les croyances et ne froisser aucun préjuge, conditions nécessaires au succès du traitement, il faut tenir compte de l'éducation première dont l'empreinte peut être modifiée par les accidents de la vie, mais qui ne s'efface jamais; il iant tenir compte aussi des habitudes, du genre de travaux et du milieu où se trouve le malade, et ne se décider dans son choix qu'après avoir soigneusement étudié toutes ces circonstances inhérentes à l'individu.
De plus, l'emploi du moyen choisi, doit être fait avec prudence, car trop de hâte amène souvent le dégoût au lieu de l'excitation ; les désirs perdus n'obéissent pas à l'appel inatf tendu et grossier d'une gravure obscène ou d'une femme nue ;
ils exigent plus de ménagements et ne veulent être éveillés que d'une manière lente et progressive. Il y a dans les livres, dans les gravures, dans les musées, dans les spectacles, des gradations qu'un médecin prudent et sage sait mettre à profit, avant de recourir à des moyens plus énergiques que lui offrent les bals publics et la fréquentation des femmes libres.
Mais à côté de ces ressources purement psychiques, le traitement moral de l'impuissance trouve un adjuvant utile dans les agents des deux autres traitements; je veux parler de ceux qui peuvent augmenter la sécrétion testiculaire ou activer
MÉDICATION' .Al'ilHOlilMAt^tlU:. » ^
les foiiclions du cervelet ; ici encore, l'état du malade, bien l'itis que le caractère de l'impuissance, décidera de l'emploi de ces moyens, ciu- il serait dangereux, par exemple, de porter une excitation quelconque sur des testicules menacés ou alteints de sarcocèle ou de tuberculisation.
Gomme ou le voit, la médication ai)hrodisiaque se renferme rarement dans l'emploi d'un seul traitement; presque toujours elle evige l'intervenlion ^imidlanée des moyens (pii s'adressenf au consensus érotique, à l'innervation et à la circulation de l'appareil génital.
Ces moyens dont le choix est déterminé par des considérations relatives à l'indiviflu et que j'ai énumérées plus haut, ont une action générale, locale ou de voisinage, selon leur mode d'emploi.
I/action est générale, lorsque l'influence de l'agent ne se fait sentir sur rajjpareil génital qu'après s'être exercée sur Téconomie tout entière ; de ce nombre sont à peu près tous le. médicaments confiés aux premières voies, ou les moyens généraux externes comme l'hydrothérapie et le massage.
L'action est locale, lorsque l'agent s'adresse directement à riijjpareil génital, sans enqjrunter l'intermédiaire des autres parties de l'organisme ; dans ce cadre se trouvent les irritants (frictions, embrocations, fumigations, etc.), les tluxionnaires, (ventouses, synapismes etc.), enlin l'électricité, le magnétisme et l'acupuncture.
L'action est de voisinage, lorsque l'agent ou le moyen n'influencent l'appareil génital que consécutivement ù une modification exercée sur l'appareil voisin. Ainsi, les cantharides n^ déterminent hi congestion des corps caverneux qu'après avoir produitune plilegmasie vésicale, c'est-à-dire que la cystilecantharidienne se communique de proche en proche à. l'appareil génital et devient un véritable pénitis.
Mais quelle que soit l'action, générale-, locale ou de voisinage
17/l IMPUISSANCE CHEZ l,'lI0M31E.
que l'on mette en œuvre, la médication aphrodisiaque, comme d'ailleurs toutes les médications, veut être soutenue et secondée par une hygiène, physique et morale, appropriée ; l'abandon de ce précepte peut compromettre le succès de l'entreprise la mieux conduite, ou tout au moins prolonger une situation pénible pour tout le monde.
En résumé, car il faut clore ce long chapitre, la médication aphrodisiaque comprend : 1° le traitement moral; 2" le traitement excitant; 3" le traitement excitateur.
L'emploi exclusif d'un de ces traitements, ou les diverses combinaisons entre eux sont exclusivement déduits de la forme qu'affecte l'impuissance.
Les cléments de ces divers traitements se recrutent parmi les ressources qui agissent sur l'imagination, parmi les substances de la matière médicale, parmi les fluides impondérables, parmi les emplois de l'eau soit simple, soit minéralisée, et parmi des moyens mécaniques.
Le choix entre toutes ces ressources n'est plus déterminé par le caractère de l'impuissance, comme le choix du traitement, mais par des considérations relatives aux conditions morales et physiques du malade.
Enfin une hygiène, conforme au traitement institué, est le complément nécessaire et indispensable de toute médication aphrodisiaque.
§ II. — Impuissance îdîopathîque par perversion <l'exci<al»îlilé.
Dans l'état physiologique, la fonction cénitale ne s'accomplit qu'à la condition de la mise en jeu de l'excitabilité morale qui d'abord éveille les désirs vénériens, produit ensuite l'érection de la verge, première manifestation de l'excitabilité physique, la soutient, l'accroît, et concourt pour une bonne part à amener l'éjaculalion. Il se passe donc un mouvement réflexe entre
IMl'L ISSANCE IDIOl'A llIIOUE l'AU rEIlVEllSlON h'eXCITABILITK, 175
l'excitabilité morale et l'excitabilité physique, dont le point de départ est, dans la première, sollicitée normalement par des impressions ou des pensées relatives à l'autre sexe.
Telles sont les conditions d'excitabilité pour l'exercice du coït physiologique.
Mais ces conditions peuvent être altérées, non par l'absence de l'excitabilité ou morale ou physique, ce qui constitue la forme d'impuissance que j'ai déjà examinée, mais par la vicieuse direction de cette môme excitabilité ; en d'autres termes, le consensus ou le sens génital peuvent simultanément, ou chacun de son côté, se montrer rebelles à leurs excitants naturels et ne répondre qu'à des sollicitations anormales.
C'est ce que j'appelle l'impuissancs par perversion.
Cette perversion atrccte, comme je viens de le dire, tantôt le consensus intime, tantôt l'appareil seul de la copulation, et tantôt l'un et l'autre à la fois.
Dans le premier cas la perversion morale amène l'impuissance,c'est- à-dire, je ne puis trop le répéter, l'impossibilité du coït 'physiolorjique^ comme chez le masturbateur, le pédéraste, le sodomiste et la tribade.
Dans le second cas la perversion physique amène l'impuissance, parce qu'une des conditions du coït physiologique fait défaut, comme dans le priapisme où manque l'excitabilité morale, et comme dans l'aspermatisme ou l'éjaculation et par suite le plaisir ne se produisent pas.
Enfin la perversion morale et physique, dont le type est le satyriasis, entraîne de tels désordres que, non-seulement l'impuissance, mais encore la mort peuvent en être la conséquence.
Il importe d'examiner chacune de ces trois formes de perversion.
1" Perversion morale. — Grâce à l'intelligence dont il est doué, et contrairement aux animaux qui n'ont que Tins-
17() IMPUISSANCE CHEZ l'homme.
tinct, l'homme a cherché le plaisir en dehors de la loi nafiirelie, et malheureusement il ne l'a que trop souvent trouvé: l'onanisme, la sodomie, la pédérastie, la trihadie chez les femmes, sont des infamies qui se perpétuent à travers les civilisations, et qui soustraient celui qui s'y abandonne à l'excitabililé normale du coït. Tout le monde connaît la répugnance du masturbateur pour tout ce qui n'est pas son plaisir solitaire, la répulsion du pédéraste pour la femme et de la tribade pour l'homme, et les préférences antinaturelles du vice honteux dontla mémoire poursuit et Gomorrhe et Sodome.
Je ne veux point insister sur ces tableaux qu'un voile épais doit toujours cacher: mais je dois signaler ces vices comme les causes les plus ordinaires de l'impuissance par perversion morale.
Piumi les exemples qu'il me serait facile de trouver soit dans mes notes, soit dans les annales de la corruption de tous les peuples, je me contenterai de rapporter le suivant, parce que d'un côté il ne contient aucun détail odieux, et que de l'autre il renferme un enseignement thérapeutique qu'il est bon de placer sous les yeux du lecteur.
((Un jeune homme, dit Alibert, élevé dans une pension, contracta dans son enfance l'habitude de l'onanisme. Le livre que Tissot a écrit sur ce sujet ayant été mis entre ses mains l'effraya sans le corriger entièrement. Cette lecture le porta néanmoins à plus de modération, et il ne se livra à la triste volupté de la masturbation qu'à de longs intervalles et lorsqu'il y était excité par des désirs très- violents. Cette attention fit que son tempérament n'en fut point du tout altéré ; il demeura robuste, et ses facultés morales conservèrent toute leur énergie. Mais l'affreuse habitude qu'il avait contractée empêcha de se développer en lui le moindre germe du penchant qui attire un sexe vers l'autre. Il était parvenu à trente ans, et ses sens n'avaient jamais été émus par la vue
PERVERSION DE l' EXCITABILITÉ MORALE. 177
d'une femme ; ils n'étaient vivement provoqués que par de vaines images ou des fantômes que lui créait son imagination déréglée. 11 avait de bonne heure étudié le dessin, et il s'en était toujours occupé avec ardeur. La beauté des formes de l'homme, dans ce beau idéal des peintres, que la nature n'a jamais réalisé, le frappa et finit par lui inspirer une émotion extraordinaire, une passion vague et bizarre, dont il disait lui-même ne pouvoir se rendre compte et sur laquelle il répugnait à s'appesantir : il est nécessaire, néanmoins, d'avertir que cette passion n'avait aucun rapport avec les goûts des sodomistes, et qu'elle ne pouvait être provoquée par l'aspect d'aucun homme vivant. Telle était la situation aussi étrange qu'accablante dans laquehe se trouvait cet individu, lorsqu'il réclama mes conseils. Il n'offrait alors, je le répète, à l'extérieur aucun symptôme physique d'impuissance. Il était sain et bien constitué, et n'avait point été, à cet égard, maltraité par la nature; mais il avait tellement interverti l'usage de ses dons, qu'il ne connaissait plus les moyens de les ramener à leur véritable but. Le malade, d'ailleurs, connaissait et sentait vivement son état : « 11 n'est aucun effort, m'écrivait-il, » que je ne fusse prêt à faire pour sortir de mon ignominieuse » situation, pour arracher de ma pensée les infâmes images » qui viennent l'assaillir malgré moi; elles m'ont privé jus- » qu'ici des jouissances légitimes que procure l'union des )) deux sexes, et de la faculté dont jouissent les plus vils ani- » maux, de reproduire leur espèce. Je me meurs de chagrin » et de honte, d
« Pour ce qui me concerne, poursuit Alibert, je ne vis dans cette maladie qu'une perversion de l'appétit vénérien, et je pensai que l'indication la plus urgente était de replacer dans son vrai type la nature dérayée. En effet, l'individu était trèsrobuste à l'époque où il me consultait. Depuis longtemps il ne s'était livré qu'avec une extrême réserve aux plaisirs solitaires,
178 IMPUISSANCE CHEZ l'hOJIME.
surtout depuis la lecture de VOnanisme de ïissot; d'ailleurs, comme je l'ai dit, la beauté des formes idéales de l'homme excitait en lui des sensations voluptueuses à l'approche desquelles les organes delà génération s'érigeaient et éjaculaient, ce qui devait faire présumer un état réel d'énergie dans les forces radicales de son économie. 11 n'y avait donc ni destruction, ni altération essentielle dans la sensibilité physique, mais plutôt fausse direction de cette faculté de l'organisme : voici en conséquence le traitement que je proposai. J'ai déjà dit que l'individu dont il s'agit aimait passionnément le dessin, et qu'il s'appliquait à ce genre d'occupation avec cette ardeur dévorante qui distingue les grands peintres et qui est le plus sûr garantdu succès ; j'exigeai de lui qu'il fît une étude approfondie des formes du sexe féminin pour les reproduire par son talent. Il lui en coûta sans doute pour rompre la chaîne de ses habitudes, et de renoncer à l'Apollon du Belvéder pour la Vénus de Médicis. Mais peu à peu la nature, plus forte que tous les penchants factices, reprit ses droits. Dès qu'il fut parvenu à préférer des bras faibles, mais gracieux, à des bras musculeux et redoutables, dès qu'il se plut à contempler l'élégance des formes et la mollesse des contours, alors sa guérison commença à s'opérer. Après s'être fait un modèle imaginaire, il le chercha dans le monde physique. Il fallut du temps, de la persévérance; mais il se rétablit entièrement (1). »
L'exemple que je viens de rapporter, d'après Alibert, est sans contredit un des plus remarquables que je connaisse en ce genre ; il me dispense de tout développement et prouve que le traitement de l'impuissance par perversion du concessus intime doit être surtout un traitement moral, car, je le répète,
(.1) Alibert, Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale, 2= édit., t. II, p. 556 et suiv.
PERVERSION DE l'eXCITARILITÊ MOHALE. 179
l'excitabilité physique n'est jamais malade dans ce cas, ou du moins elle n'est pervertie que secondairement à la perversion de l'excitabilité morale.
En dehors des aberrations sensuelles qu'amène la perversion de cette excitabilité chez le masturbateur, Je sodomiste, le pédéraste, etc., il est d'autres circonstances qui peuvent détourner momentanément et incomplètement \e co?îsens us du but qu'il doit poursuivre; ici l'érection n'est pas entièrement rebelle à ses excitants natiu'els : mais tantôt, après s'être produite plus ou moins parlaitement, elle tombe à la porte même du sanctuaire féminin, après quelques instants à peine de durée ; tantôt au contraire, elle se soutient assez longtemps dans le vagin même, et disparaît, comme chez ces présomptueux qui veulent montrer coup sur coup une valeur qu'ils n'ont pas, au moment même oii ils croient toucher au but ; dans tous les cas l'éjaculation n'a pas lieu et l'homme est frustré du plaisir qu'il se promettait. Un malade à qui j'ai donné des soins, pour ne pas perdre le fruit de son érection et peut-être plus encore pour sauver son honneur, m'a avoué que, sous prétexte d'attouchements préparatoires au coït, il se faisait masturber par sa maîtresse, et obtenait ainsi une éjaculation impossible pendant l'accouplement, et qui le dispensait honorablement d'un acte jqu'il se sentait inhabile à accomplir.
D'autres fois un coït commencé dans toutes les conditions physiologiques ne peut se terminer que par un effort de l'imagination qui, se détournant de son but, va chercher un supplément d'excitation dans le spectacle de formes imaginaires ou dans le souvenir de pratiques honteuses.
Presque toujours la cause de cette perversion incomplète se trouve dans l'usage plus ou moins répété de certains moyens préparatoires au coït et inventés par un raffinement de débauche. Tandis que les manœuvres du masturbateur, du pédéraste
4 80 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
et du sodomiste amènent une perversion complète, parce que le but est en dehors des lois de la nature, les circonstances auxquelles je ne puis faire qu'allusion n'entraînent qu'une perversion incomplète, parce qu'elles ne sont, pour ainsi dire, que l'exagération des excitants natin-els, et que le but définitif est toujours le coït, malgré cette exagération, malgré le raffinement et quelquefois même malgré la folie des moyens que suggèrent la lubricité et la débauche.
Mais pour n'être qu'incomplète, la perversion sensuelle du débauché n'en est pas moins difficile à surmonter que la perversion complète du masturbateur, du pédéraste et du sodomiste. — Il faut avant toutes choses et presque exclusivement arracher les uns et les autres à leurs vices odieux et les faire rentrer dans la règle commune, car, dans toutes ces circonstances, l'impuissance, c'est-à-dire Y impossibilité du coït physiologique, a sa source, non dans une incapacité physique, mais dans une aberration de l'excitabilité morale.
Les éléments de la thérapeutique se trouveront donc dans les considérations de l'ordre le plus élevé; et le médecin sera bien souvent obligé de faire appel, selon l'occurrence, aux croyances religieuses, aux idées de morale, aux sentiments d'honneur et de famille, en un mot aux facultés morales, intellectuelles et affectives de son malade.
Quelquefois, comme chez le masturbateur et le débauché, il faut recourir à l'intimidation et étaler les maux et la honte qui sûrement attendent ceux qui transgressent les lois de la nature.
Enfin il est quelquefois nécessaire de faire quitter au malade le milieu dans lequel il trouve les excitants de sa sensualité pervertie, et dans ce cas il faut ordonner des voyages, le séjour à la campagne, et en même temps des occupations qui fatiguent le corps et distraient l'imagination.
Mais, je le répète, un bon résultat n'est obtenu qu'au prix
PEllVERSION DE l'eXCITABILI'JÉ PHYSIQUË. 181
de beaucoup de tact, de ménagements et surtout d'une persévérance à toute épreuve.
2" Perversion physique. — Depuis que l'auteur do l'article Satyriasis du Dictionnaire des sciences médicales a établi les signes dilTérentiels du priapisme, du satyriasis et de l'érotomanie, on est généralement d'accord pour classer et nommer de la manière suivante les déviations de la fonction génésiaque : priapisme, érection sans désirs vénériens; érotomaîiie, désirs amoureux sans érection ; enfin satt/riasis, érections continuelles, désirs immodérés du coït et délire érotique.
Cependant ce cadre n'est pas complet, et l'on est étonné de ne pas y voir figurer une maladie que j'ai observée plusieurs fois, et dont l'existence, empêchant le coït tel que je l'ai caractérisé pour riiomme, c'est-à-dire érection de la verge, copulation, plaisir et éjaculation, constitue une espèce d'impuissance qui doit, de toute nécessité, trouver ici sa place.
Cette maladie se traduit surtout par l'impossibilité de l'éjaculation séminale, non comme dans le priapisme, mais avec des érections normales et des désirs vénériens ordinaires.
Je donne le nom QVasper?7iatisme à cette sorte d'anaphrodisie (1).
Au premier abord, on s'étonnera de voir entrer cette infirmité dans le cadre de l'impuissance, alors que sa place paraît être naturellement marquée dans celui de la stérilité.
Sans doute, si je ne m'étais appuyé que sur des déductions théoriques, j'aurais suivi cette voie et je n'aurais pas reculé les limites déjà si étendues de l'anaphrodisie ; mais les faits que j'ai soigneusement interrogés et étudiés m'ont imposé la marche que j'adopte, et j'espère prouver tout à l'heure que
(1) Je suis heureux de constaler .,ae l'affection que j'avais le premier Uecrite a été, depuis la pr.Muièro édition de ce livre, observé.^ plusieurs fois tant en France qu'à l'étranger et que la science a adopté la dénomination que je lui avais imposée.
cette marche est, [en effet, la seule vraie et la seule scientifique.
Mais d'abord il me faut examiner cette forme d'impuissance par perversion physique, dans laquelle manquent tout à la fois Texcitation morale, l'éjaculation et le plaisir.
1" Priapisme. — L'érection de la verge, dans le priapisme, peut être comparée aux mouvements qu'exécutent les membres de la grenouille dans l'expérience de Galvani; c'est un corps sans âme, que l'on me passe l'expression, obéissant à des causes anormales et étrangères.
Ces causes sont fort diverses : tantôt on les trouve dans l'emploi de certains agents, comme les cantharides; tantôt on les explique par l'existence de certains états pathologiques dont le priapisme est alors un symptôme ou une complication, comme la blennorrhagie, le calcul vésical, les maladies herpétiques, l'iiypochondrie, l'épilepsie, le tétanos, etc.; tantôt elles se rencontrent dans l'usage d'aliments irritants, de boissons alcooliques ; tantôt elles découlent de certaines habitudes, comme le coucher sur le dos et dans un lit trop chaud ; ou enfin de certains accidents, comme une chute sur le coccyx, etc., sans parler, comme étranger à mon sujet, du priapisme si
connu des pendus.
Quelquefois le priapisme ne reconnaît aucune de ces causes et constitue alors une maladie essentielle ; dans ce cas, des conditions le favorisent, et parmi elles je citerai : le tempérament sanguin, avec prédominance du système hépatique ; râge adulte et même la vieillesse; les saisons et les cliniats chauds, quoique Zacutus Lusitanus rapporte l'exemple d'un priapisme occasionné par un froid extrême; les excitants génésiaques de toutes sortes, tels que spectacles licencieux, lectures obscènes, danses voluptueuses, tableaux lascifs, etc., alors que l'excitation produite n'est pas satisfaite.
Mais de toutes les causes déterminantes ou occasionnelles du priapisme, nulle n'est aussi fréquente et aussi active que
PERVERSION DE l'eXCITARILITÉ PHYSIQUE. — PRIAPISME. 185
l'usage des cantharides à rintérieur et môme leur emploi à l'extérieur.
Et il en doit être ainsi, car le priapisme est constitué par la congestion des corps caverneux, amenée par une cause entièrement physique, en dehors des excitants génésiaques, et entretenue par la contraction spasmodique des muscles ischio- et bulbo-caverneux. Le mécanisme de la congestion dans le priapisme est le même que celui de l'érection normale; seulement le premier est sous la dépendance d'une cause physique, tandis que le second n'obéit qu'à l'excitabilité morale.
A son début, et quand il n'a pas encore atteint un certain degré d'acuilé, le priapisme n'est ordinairement pas douloureux ; il fatigue -tout au plus le malade et cède le plus souvent à l'action de quelques lotions froides.
Mais lorsque l'affection devient plus intense, soit que cette intensité arrive par degrés, soit qu'elle se montre tout à coup, des symptômes d'excitation générale et d'excitation locale se manifestent; une sorte de mouvement fébrile se fait sentir; la soif s'allume, la tête devient douloureuse et le délire même peut surgir; une anxiété pénible fatigue le malade qui cherche en vain le repos et le sommeil.
Du côté des organes génitaux, la tension de la verge se communique au pubis et au périnée, qui participent souvent à la gangrène qui attaque le membre viril. Quelquefois une éjaculation spermatique se produit, mais cette déplétion, loin de calmer le priapisme, irrite davantage encore la muqueuse de l'urèthre dont la sensibilité est extrême ; il n'est pas rare alors d'observer une hémorrhagie uréthrale. Tout le monde connaît le fait, rapporté par Cabanis, de cet étudiant en médecine qui, dans un violent accès de jalousie, fut pris, durant plusieurs heures, d'un priapisme très-douloureux, pendant lequel se produisaient tour à tour des émissions de semence et des pertes de sang presque pur.
18/l IMPUISSANCE CHEZ L HOMME.
Un état aussi grave ne peut se prolonger longtemps sans danger, surtout si la cause du priapisme se trouve dans l'usage des cantharides ; presque toujours alors la maladie se complique d'une cystite ou d'une entérite très-souvent mortelles ; même en l'absence de pareilles circonstances, le priapisme peut se terminer par la mort.
Quelquefois la perte de l'organe génital seul est la conséquence de cet état pathologique, et, dans ce cas, le priapisme est le point de départ d'une impuissance absolue et contre laquelle la médecine est entièrement désarmée.
Il est donc de la plus haute importance de prévenir de semblables résultats et de s'opposer par tous les moyens possibles, soit à la mort du malade, soit à la perte de son organe copulateur.
Quand le priapisme arrive graduellement, c'est-à-dire quand les érections deviennent peu à peu plus fréquentes, et cèdent, soit à un changement de température, soit à des lotions froides, on n'a le plus souvent besoin que d'un régime alimentaire approprié, dont les aliments doux, les légumes herbacées et le lait font la base, ainsi que les boissons rafraîchissantes ou acidulés, prises à une basse température. Le lit du malade ne sera ni trop mou ni trop chaud, et le patient aura soin de ne pas coucher sur le dos.
Les bains généraux ou les bains de siège à une température de 16, 18 et 20 degrés, l'air pur de la campagne, les distractions en plein air, l'éloignement des excitants vénériens seront prescrits comme hygiène.
La thérapeutique, dans ces cas peu graves, se réduit à quelques émulsioiis ou juleps camphrés et à des lavements froids ou émoUients, ou dans la composition desquels entre une faible dose de camphre dissous dans un jaune d'œuf. On retire des avantages marqués de l'usage des bromures alcalins (de potassium, delithium, de sodium, etc.), de 1 à 5 gram.
PERVERSION DE l/ EXCITABILITÉ PHYSIQUE. ASPERMATISME. iOO
par jour, et de celui du lupulin {imrtie active du houblon)h\d. dose progressive de 1 à 10 grammes en nature, en teinture et surtout en saccliarure. Les opiacés et la ciguë peuvent être essayés, mais avec modération dans leur emploi et leur dose, dans la crainte d'augmenter les accideiits qu'il s'agit de combattre.
Quand le priapisme se présente avec des caractères plus graves, c'est-à-dire lorsque les érections sont persistantes, douloureuses, et qu'il y a menace de gangrène, il ne faut pas hésiter à pratiquer une saignée, si la constitution du malade le permet, ou à appliquer des sangsues aux lombes. Le malade sera tenu longtemps dans un bain, et l'on placera sur les organes génitaux des cataplasmes émollients arrosés de laudanum. Dans un cas gvave de priapisme, où les accidents les plus terribles étaient ti craindre, après avoir vainement employé les saignées, les bains, les préparations camphrées et narcotiques, les lavements émoUients et antispasmodiques, je me décidai à pratiquer des mouchetures sur les corps caverneux de la verge; la déplétion sanguine qui en résulta amena un ramoUissement de l'organe et prévint ainsi la gangrène, qui, sans cette circonstance heureuse, eût peut-être élé hâtée par les mouchetures mômes. Je suis loin d'ériger cette opération eu principe, mais je crois qu'on en doit user comme ressource extrême, lorsque tous les autres moyens ont échoué et lorsqu'il n'existe encore aucun symptôme de sphacèle.
D'ailleurs le traitement du priapisme est toujours subordonné à la cause qui l'a produit. S'il tient à une affection dartreuse, s'il reconnaît pour cause un calcul dans la vessie, l'usage des cantharides, etc., on s'attache à détruire cette cause par les moyens que la médecine et la chirurgie mettent à la disposition du praticien, et dont je n'ai pas à m 'occuper
2° AspERMATisME. — L'aspermatlsme est caractérisé par
'^^^ IMPUISSANCE CHEZ l'h03IME.
l'impossibilité deréjaculation avecune érection normale, contrairement au priapisme, et sans perversion ni exaltation des facultés morales, contrairement à l'érotomanie.
Je dois, ainsi que je m'y suis engagé plus haut, légitimer la place que je donne ici à ce nouveau genre d'impuissance, car si l'émission de la semence n'est pas la source de la volupté amoureuse, l'aspermatisme doit être mis parmi les causes de la stérilité et non de l'impuissance.
Je vais d'abord rapporter l'ojservation qui, la première, éveilla dans mon esprit les considérations physiologiques qui me font rattacher la jouissance vénérienne à l'éjaculation de la liqueur séminale.
Un jeune homme de vingt ans, d'une santé parfaite et d'un tempérament sanguin, se présente un jour à ma consultation et me raconte les faits suivants : « J'entre facilement en érection, me dit-il ; mes désirs vénériens sont d'autant plus vifs que je n al jamais éprouvé les jouissances de V amour; l'intromission de la verge dans les organes de la femme se fait sans difficulté et sans douleur; mais cette intromission obtenue, je ne puis, quelque effort que je fasse, ressentir la volupté dont mes amis m'ont parlé ; après un temps plus ou moins long de tentatives infructueuses, pendant lesquelles j'appelle à mon aide toutes les ressources de mon imagination et toute mon énergie amoureuse, je ploie sous la fatigue, et ma verge, participant à cet abattement de tout mon être, s'affaisse et devient molle, sans qu'il m'ait été possible d'obtenir l'éjaculation. » (1)
Dans l'interrogatoire que je fis subir au malade d'après
(I) Depuis la publication de ce fait, dans la prcmièi-c édition de ce livre, un certain nombre d'observations semblables a été recueilli ; je pourrais en reproduire quelques-unes; mais je préfère ne rien cbanf>er à l'article qui a introduit dans la scienc;^ la description et le nom d'une aflection jusqu'alors passée inaperçue.
PERVERSION DE l'excitabilité PHYSIQUE. — ASPERMATISME. 187
cette première donnée, je recueillis les renseignements suivants : l'éjaculation ne s'était jamais produite à l'état de veille, soit par la masturbation, soit par le coït ; mais elle avait lieu quelquefois pendant le sommeil, tantôt sous l'influence de rêves lascifs, tantôt sans cause connue ; et, ce que ces circonstances étranges présentent de remarquable, c'est que si le malade venait, par un motif ou par un autre, à s'éveiller pendant l'éjaculation, celle-ci s'interrompait instantanément, de telle sorte que le malheureux n'avait pas même une idée confuse du plaisir vénérien.
Ce qu'il éprouvait aux approches de la femme était un sentiment de bien-être, une excitation générale qui n'était pas sans charmes, il est vrai, mais qui n'était pas la jouissance génésique ; tous les hommes aussi éprouvent ce bien-être et cette excitation générale, et s'ils les considèrent comme les doux préludes du plaisir, ils ne les estimenfpas comme le plaisir lui-même, cl nul ne croirait avoir goûté les voluptés de l'amour, si ces voluptés se réduisaient à ce bien-être et à cette excitation préparatoire.
Cependant, quelques physiologistes, abusant de la langue et de la logique, ont avancé que l'éjaculation séminale n'était pas le plaisir, mais le signal de la fin du plaisir; et à cet effet ils citent l'exemple des enfants masturbateurs qui éprouvent du plaisir sans éjaculation. La définition et l'exemple qui l'appuie sont aussi mauvais l'un que l'autre : la définition est aussi irréprochable que si l'on disait de la vie qu'elle est le signal de la mort ; quant à l'exemple, il est fort douteux que l'enfant, dans l'onanisme, éprouve le même plaisir que l'homme pendant l'éjaculation, et il est probable que la volupté du premier se réduit à une simple excitation générale et locale.
Non, l'éjaculation spermatique n'est pas plus le signal de la fin du plaisir que la vie n'est le signal de la mort. Sans doute, en n'ayant égard qu'aux destinées de ce monde, toute
IMPUISSANCE CHEZ l'iI03JME.
chose, par cela même qu'elle est, doit avoir un terme, de telle sorte que son existence est la preuve même et le signal de sa destruction. Mais ce caractère, inhérent à toute réalité, ne peut servir de signe distinctif à aucune, pas plus à l'éjaculaciilation qu'à l'érection qui, à ce point de vue, pourrait être définie le signal de la fin de l'orgasme vénérien ; ce qui serait absurde.
L'éjaculation, lorsqu'elle s'accomplit dans les conditions normales, dans les conditions voulues par la nature, c'est-à dire par saccades, pendant l'érection de la verge, et après uneexcitation amoureuse suffisante, n'est peut-être pas le plaisir unique de la copulation, mais elle en constitue, du moins, l'expression la plus haute et la plus vive. Par conséquent, le défaut de l'émission spermatique, en rendant le coït incomplet, crée un genre d'impuissance dont on n'avait jusqu'ici tenu aucun compte, et pour la désignation duquel je me suis vu forcé d'employer le mot nouveau ^'aspermatisme.
Cependant, des faits à peu près analogues à celui que j'ai mentionné plus haut sont consignés dans la science. Une observation fort curieuse de ce genre est rapportée par Cockburn (i) : « Un noble Vénitien, dit ce dernier auteur, épousa à l'âge 011 l'amour favorise un homme avec complaisance, une jeune demoiselle très-aimable, avec laquelle il se comporta assez vigoureusement; mais l'essentiel manquait à son bonheur : tout annonçait dans ses transports le moment de l'extase, et le plaisir qu'il croyait goûter s'échappait. L'illusion lui était plus favorable que la réalité, puisque les songes qui succédaient à ses efforts impuissants le réveillaient par des sensations déUcieuses, dont les suites n'étaient pas équivoques sur sa capacité. Cet époux malheureux, rassuré sur son
(1) E^um et observations de médecine d^Édimboiirg. Paris, J740, t. I, p. 394. — De Lignac, De lliommc et de la femme, t. I, p. 282 et suiv. Lille, Henry, 177i.
PF.UVERSION DE l'eXCITABILITÉ PHYSIQUE. ASPERMATISME. 189
état, voulait-il prouver efficacement sa puissance et réaliser ses plaisirs? il en procurait sans pouvoir les partager; en un mot, l'érection la plus forte n'était pas accompagnée de ce jaillissement précieux qui fait connaître toute l'étendue de la volupté. On fit inutilement plusieurs remèdes pour procurer des plaisirs à un homme qui méritait de les connaître et que son amour consumait depuis assez longtemps. On pria enfin les ambassadeurs, que la république de Venise entretient dans les différentes cours de l'Europe, de vouloir bien consulter les plus fameux médecins des lieux oii ils faisaient leur résidence, * sur la cause de cette incommodité, aussi bien que sur les moyens dont il fallait se servir pour y remédier. J'attribuai cette impuissance, dit le docteur Cockburn, à la trop grande vigueur de l'érection, qui bouchait le conduit de l'urèthre avec tant de force (1) qu'elle ne pouvait être surmontée par les moyens qui obligent la semence à sortir des vésicules sémiiwles ; au lieu que cette pression étant moins forte dans les songes, l'évacuation se fait avec plus de liberté. »
La Gazette de santé, dans son n" 52, rapporte une observation à peu près semblable, d'après Schevetel ; enfin Planque fait mention d'un homme de trente-huit ans, qui se plaignait d'être impuissant, parce que la semence ne pouvait point sortir, quoiqu'il fût souvent en érection. Il passa ainsi une année à se tourmenter, et la nature se fit un chemin à la région épigastrique du côté droit. La semence passait par trois petits trous, quand cet homme exprimait cette partie ; mais il mourut peu après de consomption (2). »
Je ne m'arrête pas, on le comprend, à cette prétendue fis-
(1) C-iUo explication n'est plus iidniissihlo, car on sait au contraire aujourd'hui que l'érection dilate le canal de l'urèthre. il serait ))lus rationnel d'altrihuer cette inipossihililé d'éjaculution aux contractions spasinodiques des conduits éjaculaleurs.
(-2) Bibliothèque choisie de médecine, t. VF, art. Impuissance.
190 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
tulc séminale; l'erreur est trop grossière pour mériter d'être discutée.
Gomme on le voit, les faits semblables à celui qui s'est offert à mon observation et que j'ai rapporté, sans être trèscommuns dans les annales de la science, étaient suffisants cependant pour attirer l'attention des praticiens, et l'on s'étonne que l'on ait jusqu'ici confondu ce genre d'impuissance avec celui que justifie le priapisme ou que caractérise la non-érection de la verge.
Presque toujours, l'aspermatisme tient à un état spasmodique des conduits éjaculateurs ou de l'urèthre; et cette cause doit être acceptée comme la seule vraie dans les cas où, comme chez mon malade et chez le Vénitien dont parle Cockburn, des pollutions ont lieu pendant le sommeil; cette circonstance, qui jeta une si vive lumière dans l'esprit du médecin écossais, ne doit jamais être perdue de vue par le praticien.
L'absence de l'éjaculation peut également tenir à l'oblitération des conduits éjaculateurs, que cette obhtération soit native ou le résultat d'un état morbide. Dans ce cas, aucune émission de sperme n'a lieu, ni pendant le sommeil ni pendant la veille, ainsi que je le dirai plus loin, quand je parlerai de cette cause de stérilité.
L'obUtération des conduits éjaculateurs est une affection rare ; elle est ordinairement produite par la matière tuberculeuse ou cancéreuse dont le dépôt peut être limité à ces conduits, mais qui, le plus souvent, se rencontre aussi dans les vésicules séminales et les canaux déférents. Comme on doit le comprendre, ces altérations constituent des infirmités presque toujours au-dessus des ressources de l'art.
Mais il n'en est pas de même de l'état spasmodique des conduits éjaculateurs et de l'urèthre ; abandonnée à elle-même, cette névrose pourrait disparaître avec l'âge, c'est-à-dire avec la diminution des désirs et de l'orgasme vénérien; mais il est
PERVERSION DE l'eXCTTABILITÉ PIIYSIOUE. ASPERMATISME. 491
peu de malades qui consentent à attendre une pareille terminaison, et tous, on le comprend sans peine, réclament impérieusement le secours de la médecine.
Quand le sujet est jeune et vigoureux et qu'il n'existe pas chez lui de contre-indications, il faut commencer le traitement par une émission sanguine avec la lancette, ou tout au moins par des sangsues au périnée. La saignée, quand elle est possible, doit être préférée, comme agissant mieux sur l'ensemble de l'innervation, et parce qu'elle laisse libre une place sur laquelle on a à agir, soit par des frictions ou des onctions, soit par des vésicatoires volants, ainsi que je vais le dire.
Après cette émission sanguine, on essaye tour à tour, au commencement, les narcotiques et les antispasmodiques, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
A l'intérieur, j'ai retiré, dans le cas que j'ai cité, des avantages réels des pilules suivantes :
Asa fœtida
Castoréum
Extrait gomineux d'opium
Extrait de ciguë
Conserve de roses
On fait avec cette préparation de 15 à 20 pilules, et le malade en prend quatre par jour.
A l'extérieur, des frictions sur le périnée et les lombes avec les opiacés, la ciguë, la belladone, sont prescrites avec succès.
Les mêmes agents et les antispasmodiques, l'asa fœtidci surtout, peuvent être ordonnés en lavement.
Les bains généraux et les bains de siège doivent jouer un grand rôle dans la thérapeutique de l'aspermatisme ; leur température varie selon les indications spéciales, depuis 1 degré jusqu'à 30.
jaa 1 gram.
aa 50 centigr
192 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
Chez les sujets lymphatiques, les bains de mer offrent des ressources inespérées, et dans bien des cas ils sont le seul remède au mal.
Ces moyens, secondés par un régime convenable et approprié au tempérament et à la constitution du malade, suffisent d'ordinaire pour triompher de la maladie ; il faut quelquefois en prolonger assez longtemps l'usage, et les associer à quelques précautions hygiéniques relatives au coucher, comme, par exemple, la proscription d'un lit trop chaud et trop mou, et d'un sommeil ou d'une paresse trop prolongés.
Enfin, dans les cas où les progrès vers la guérison ne sont ni assez rapides ni assez sensibles, on peut les hâter en employant les opiacés, par la méthode endermique. C'est ce que je fis, avec un plein succès, sur le malade dont j'ai parlé au début de cet article; j'appliquai sur le périnée un vésicatoire non cantharidé, que je saupoudrai pendant trois jours, matin et soir, avec U milligrammes de chlorhydrate de morphine.
Depuis la publication de cet article que j'ai conservé tel qu'il a paru dans la première édition de ce livre, la thérapeutique de l'aspermatisme s'est enrichie de ressources que je dois faire connaître ici.
En premier lieu la méthode endermique pour l'usage de la morphine, est heureusement remplacée par l'injection souscutanée avec la seringue de Pravaz; et en second lieu les stupéfiants sont avec avantage suppléés par les sédatifs, tels que les bromures et quelquefois l'hydrate de chloral. Le bromure de potassium et surtout le sirop Collas au bromure double de potassium et de lithium m'ont rendu des services dans beaucoup de circonstances.
Perversion morale et physique: satyriasis. — Je me dois contenter en cette place de mentionner le satyriasis, car ce serait étrangement abuser des ressources de la classification,
IMPUISSANCE SYMPTOMATIQIE. 193
si dans un livre consacré à l'impuissance, je décrivais le type de la luxure et Tidéal de la lubricité.
Sans doute, on conçoit que le satyriasis puisse devenir une cause d'impuissance, et que les exploits amoureux qu'il suscite soient suivis de tristes revers ; mais alors sa place est marquée dans un autre cadre, dans celui oii il sera question de l'impuissance consécutive. D'ailleurs, le satyriasis, excessivement rare, surtout dans les pays froids et les régions tempérées, est moins une cause d'impuissance que de mort, ainsi que le prouvent les quelques observations que la science possède. Je suis donc autorisé à ne pas faire entrer dans les limites de cet ouvrage une affection que tant de motifs en éloignent.