IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. — AGES
Il est impossible de déterminer d'une manière généi'ale les âges précis auxquels la puissance génitale apparaît et s'éteint; il est, sous ce rapport, des prédispositions tenant aux causes les plus diverses, telles que le climat, le tempérament, l'état de maladie ou de santé, l'éducation, les habitudes, etc., etc., prédispositions qui donnent à chaque individu sa physionomie et son caractère, et par l'influence desquelles les organes génitaux ont en quelque sorte leurs lois propres d'évolution et de dépérissement.
Si la fonction génératrice n'était dominée que pardes causes générales, indépendantes de nous, comme le climat, la constitution ç^i jusqu'à un certain point le tempérament, etc., on pourrait préciser d'une manière assez exacte les époques diverses du cercle qu'elle parcourt ; malheureusement il n'en est point ainsi, et les modifications les plus profondes que subit son action lui vienneni de circonstances changeantes et variables comme chaque individu.
On a dit depuis longtemps qu'il n'existait pas deux êtres humains parfaitement semblables; cette proposition, dont je n'ai pas à discuter la vérité d'une manière générale, est inattaquable, appliquée au sujet qui nous occupe. Sous ce rapport, chacun est son modèle, chacun reste lui, et, plus qu'en toute autre circonstance, on doit recommander ici le comiais-toi toimême du philosophe grec.
Aussi, adolescents et vieillards, vous que poussent vers de. voluptés défendues et par conséquent pleines de dangers et d'amertume, soit de vagues aspirations vers des délices encore inconnues, soit le souvenir ou le regret de la perte d'un bien pour toujours irréparable, ne regardez jamais autour de vous, ne mettez pas votre ambition à suivre les traces de votre voisin : la mesure de vos forces est en vous et non ailleurs.
Certes les exemples de précocité et de longévité amoureuses ne manquent pas : sous ce rapport, et pour ne parler ici que
196 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
de notre sexe, saint Jérôme assure qu'un enfant de dix ans fit goûter les plaisirs amoureux à une nourrice avec laquelle il couchait, et qu'il finit par la rendre enceinte; Planque rapporte l'histoire de deux enfanls qui, à l'âge de quatre ans, avaient les organes génitaux si développés qu'ils pouvaient accomplir l'acte vénérien L'ancien Journal de médecine renferme plusieurs observations de ce genre, et entre autres celle qui fut communiquée par Fagès de Gazelles, et dans laquelle il est dit qu'au mois de juillet 1753, il naquit à Gahors un enfant que l'on put croire en pleine puberté dès l'âge de quatre ans. Les organes de la génération avaient le volume et exactement la forme extérieure qu'ils présentent chez un homme de trente ans bien conformé ; il montrait en même temps un penchant bien décidé pour le sexe, et il aimait, selon les expressions de l'auteur, à se trouver avec les filles nubiles, auprès desquelles ilmanifestait les désirs les plus passionnés. M. le docteur Ruelle (de Cambrai) a observé un fait de puberté non moins précoce sur un petit garçon de trois ans et quatre mois (2).
Les exemples de vieillards dont les forces génitales se conservèrent jusque dans un âge avancé sont encore plus nombreux que ceux d'enfants à virilité précoce. Massinissa, roi de Numidie, engendra Melhynnate, au dire de Valère Maxime, après 86 ans; Wadislas, roi de Pologne, eut deux garçons à l'âge de 90 ans; enfin tout le monde connaît l'histoire du célèbre Anglais Thomas Parr, qui, à l'âge de cent ans, faisait partager à sa femme, qui en fit l'aveu, toutes les voluptés de la couche conjugale.
Sans doute, les exemples que je viens de rapporter et dont
(1) Bibliothèque choisie de médecine, t I, art. Accroissement.
(2) Ruelle, Bulletin de l Académie de médecine. Paris, 1843, t VIII, p. 02:2.
IMPUISSANCE SYMPTOMATIOUE. — AGES. i\>/
j'aurais pu sans peine augmenter le nombre, constituent des exceptions qu'il est bien rarement permis d'imiter, et prouvent qu'en cette matière il n'y a qu'une différence de plus ou de moins.
Et cela est si vrai que l'on rencontre tous les jours des hommes dans toute la force de l'âge, de 30 à 35 ans, par exemple, plus vieux, plus décrépits, au point de vue de la fouction copulatrice, que certains hommes de 65 à 70 ans ; et, parce que celui-ci montrera encore quelque valeur conjugale, le premier devra-t-il tourmenter ses organes fatigués ou usés avant l'âge? Non, bien évidemment non, et la science, d'accord ici avec la sagesse, lui prescrira de régler l'exercice de la fonction copulatrice d'après les forces qui lui restent et les désirs qui l'animent.
Jeunes et vieux imprudents qui voulez courir après des voluptés qui vous fuient, ne demandez ni au libertinage, ni h la médecine une énergie factice et toujours funeste ; chaque âge a ses plaisirs, le vôtre ne doit point connaître ceux de l'amour ; vous que sollicitent les charmes d'un monde encore inconnu, résistez à ces tentations étranges et nouvelles, et sachez être enfants ; la vie s'offrira à vous avec tous ses sourires, et les organes que vous aurez ménagés vous procureront plus tard des voluptés complètes et sans amertume ; et vous dont l'imagination a dû se réfugier dans la mémoire, éloignez de votre esprit les souvenirs trop doux et les regrets trop amers ; sachez être vieux (1); La Rochefoucault avance que la maxime est difficile à suivre; mais pour adoucir et faciliter votre obéissance à cette loi fatale de notre être, songez que la récompense de votre sacrifice est la conservation et la prolongation delà vie, ce bien suprême, ce don magnifique de Dieu.
On a prétendu, en s'appuyant sur l'exemple du roi David,
(1) Réveillé Parise, Traité de la vieillesse. Paris, 1853
198 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMBIE.
qu'il était possible de redonner au vieillard les forces perdues, en le faisant coucher avec des adultes sains et bien portants de l'un ou de l'autre sexe, et surtout du sexe féminin. A cet effet, Boerhaave raconte qu'un vieux bourgmestre d'Amsterdam^ étant tombé dans un épuisement profond, coucha, d'après ses conseils, entre deux jeunes fiUes, belles et d'une bonne santé, et en retira un si grand avantage que, après quelque temps de ce traitement, la grossesse d'une des deux femmes l'avertit de suspendre la médication, afin de ne pas voir le remède devenir à son tour cause de la maladie. Le roi David, pour avoir été moins prudent, paya de sa vie l'usage trop répété du remède, quoique son historien ne l'accuse pas d'être sorti des bornes de la bienséance avec la belle Abisag.
Est-il besoin de rappeler les arguments avec lesquels les anciens auteurs soutenaient une pareille médication ? La vie exhalée d'un côté et absorbée de l'autre ! Quelle étrange fontaine de Jouvence I C'est la fable du vampire élevée à la hauteur de la science. N'est-il pas plus rationnel d'admettre que l'historien du roi David, voulant cacher les désordres de la vieillesse de celui que l'on appelait grand et saint entre tous, inventa cette explication physiologique que l'ignorance accepta d'abord et que la tradition consacra ensuite, sans que le se)'vum pecus qui la recevait en héritage ait pris la peine d'en pénétrer le sens véritable. Abisag n'était pas autre chose pour le roi David qu'un médicament aphrodisiaque ; les deux jeunes filles dont parle Boerhaave répondaient à la même indication auprès du vieux bourgmestre d'Amsterdam.
Vieillards, fuyez cet aphrodisiaque comme les autres ; son action est peut-être plus terrible encore que celle du phosphore ou du geng-seng ; n'étreignez pas dans vos bras, sous prétexte d'une absorption imaginaire, de jeunes filles saines et belles, car, plus actif que la robe de Déjanire, leur feu consumerait bientôt vos chairs et tarirait les sources delà vie.
IMPUISSANCE SÏMPTOMATIOUK. CONSTITUTION.
§ II. — Constitution, tempérament.
Je n'entends parler ici ni des constitutions pathologiques c'est-à-dire diathésiques, ni des accidents inoffensifs qu'entraînent parfois certains tempéraments, comme l'obésité par exemple ; les unes et les autres trouveront ailleurs leur place ; — je ne dois, pour le moment, considérer que les constitutions et les tempéraments compatibles avec l'état de santé.
Qu'on me permette, en passant, de m 'inscrire en faux contre les physiologistes qui ont fait de la santé un état type, auquel ils ont assigné des attributs immuables et des caractères imaginaires. Non, la santé n'est pas un 'état absolu; c'est au contraire un état essentiellement variable, autant dans ses manifestations que dans ses conditions d'existence. Parce qu'un homme aura une moindre vitalité et présentera un développement moins considérable des instruments de la vie que le type ordinaire de ses semblables, devra-t-on en conclure que là n'existe pas la santé ? Évidemment non. La santé, je le répète, n'est point un être abstrait, absolu ; c'est un résultat, c'est le fruit du jeu normal et régulier des organes ; que cette action se produise avec une activité plus ou moins grande, la conséquence n'en sera pas modifiée. Quand un convoi de chemin de fer, qu'on me permette cette comparaison, est lancé sur une voie, que la vitesse soit grande ou petite, le -îonvoi n'en suit pas moins la môme direction ; il peut y avoir une différence de vitesse, mais la marche est toujours normale. Il en est de même de la santé : que la force vitale soit énergique ou languissante, pourvu que les organes ne soient point altérés, le résultat sera analogue, il n'y aura qu'une différence de plus ou de moins.
Ces considérations purement physiologiques ne sont pas aussi étrangères à mon sujet qu'elles semblent le paraître ;
200 IMPUISSANCE CHEZ l'hOMME.
car si la santé est compatible avec toutes les nuances de l'organisation harmonique, l'impuissance, état essentiellement pathologique, ne peut coexister avec aucune constitution et aucun tempérament tels que j'ai déclaré les devoir considérer dans ce paragraphe.
C'est ce que l'expérience prouve en effet.
Aussi je ne crains pas de poser en principe que, en dehors de tout état maladif, il n'existe aucune constitution et aucun tempérament capables de produire l'impuissance chez l'homme.
Qu'on n^accuse pas cette proposition d'être trop absolue, elle est l'expression exacte de la vérité ; si elle est contraire à ce que l'on trouve généralement dans les auteurs, je suis convaincu que ceux-ci sont tombés dans l'erreur pour n'avoir pas suffisamment séparé ce qui était santé et ce qui était maladie. Ne serait-ce pas s'exposer à une confusion étrange que de prétendre, par exemple, que l'hystérie, l'épilepsie, etc., sont des attributs d'une constitution délicate ou d'un tempérament nerveux? Sans doute une constitution semblable et un tempérament pareil peuvent être des causes prédisposantes de ces affections, mais à coup sûr l'hystérie et Tépilepsie sont des états pathologiques parfaitement distincts et indépendants de toute constitution et de tout tempérament.
L'impuissance est dans le même cas : c'est une maladie et non un attribut ; et en cette qualité, elle reconnaît des causes déterminantes, occasionnelles et prédisposantes.
Parmi ces dernières, une constitution faible et un tempérament lymphatique occupent le premier rang, comme je l'ai dit plus haut (1), et l'on conçoit qu'il n'en peut être différemment, si l'on considère que c'est au milieu de ces conditions organiques que la vitalité est la moins grande et les forces plastiques les moins énergiques.
(1) Voyez page H8.
IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUE. TEMPÉRAMENT. tlOl
De plus, et comme conséquence forcée de ces prémisses, SOUS l'empire de pareilles circoustuuces, les désirs vénériens sont paresseux et la puissance virile languissante.
De tous les faits nombreux de ce genre que j'ai vus, je ne citerai que l'observation d'un avoué de première instance du tribunal de la Seine, qui, jouissant d'une santé parfaite malgré un tempérament lymphatique type, ne s'abandonne aux rapprochements sexuels que tous les deux ou trois mois, avec une érection lente et difficile à se produire. Loin de se plaindre de cette apathie du sens génital, il s'en réjouit, au contraire, et se loue de ne pas subir le joug de passions qui l'entraveraient dans ses affaires et ses plaisirs de prédilection.
Evidemment cet homme, malgré la faiblesse de ses désirs et la difficulté de ses érections, n'est pas impuissant ; seulement la fonction génitale participe de la langueur qui frappe toutes les autres fonctions, et cette harmonie qui, sans nul doute, est le palladium de sa santé, serait à coup sûr rompue par des plaisirs vénériens plus vifs et une énergie génitale plus forte.
Pour conserver cette harmonie, si nécessaire au maintien de la santé, il faut bien se garder d'activer une fonction au détriment des autres ; aussi, dans les cas de cette nature, le médecin prudent et sage ne doit point céder aux sollicitations du malade qui, ne se préoccupant que de la faiblesse des organes génitaux, demande une médication excitante et purement locale.
Répondre à ce vœu imprudent serait non-seulement faire de la médecine pitoyable, mais encore s'exposer à jeter le trouble dans un organisme sain.
La modification à produire doit porter sur l'économie tout entière, et tenez pour assuré que l'activité génitale croîtra en proportion directe de l'énergie de la force plastique.
C'est ici que l'on obtiendra un véritable triomphe avec une
20*2 IMPUISSANCE CHEZ l'homme.
hygiène bien ordonnée et secondée, comme médicaments, par le quinquina, les ferrugineux, l'hydrothérapie, le massage, les eaux minérales, etc. Un régime alimentaire fortifiant et tonique jouera nécessairement un grand rôle, à côté des exercices corporels en plein air et au soleil.
Les organes génitaux n'exigent pas ordinairement des soins spéciaux ; ils participent, comme les autres organes, au surcroît de vitalité que le traitement amène, et ce n'est que dans des cas assez rares qu'il est nécessaire d'agir directement sur eux. Dans les circonstances oii il est utile d'éveiller et de surexciter le génésique endormi, en dehors du régime et du traitement fortifiants, il faut se garder de recourir à des excitants internes, afin de ne pas déterminer dans les premières voies une inflammation ou même un état d'irritation qui, en annihilant l'action digestive de l'estomac et des intestins, rendrait illusoires et impossibles les principales bases de la médication.
Ce sont les moyens externes et les moyens moraux que le praticien sage appellera à son aide.
Parmi les premiers, il aura à choisir entre les onctions, les fomentations et les frictions pratiquées sur le périnée, les lombes et la base de la verge, avec les substances aromatiques, ou avec les agents dont l'action est excitante. Les frictions et les douches sur la fin de la colonne vertébrale offriront une ressource précieuse, en appelant vers les régions du bassin un afflux plus considérable de sang. L'électricité , le magnétisme et l'acupuncture, sans être formellement contreindiqués, seront d'un bien faible secours, car leur action, ainsi que je l'ai dit autre part, est essentiellement excitatrice.
Les moyens mornux doivent, dans cette médication directe, occuper une place importante. Les romans, les bals, les spectacles, tout ce qui parle à l'imagination, tout ce qui éveille les désirs, tout ce qui s'adresse au sens vénérien, devra être mis