‹ Traité de l'impuissance et de la stérilitéChapitre 82 sur 164 · IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — APPAREIL DIGESTIF, ÔUO · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE SYMPATHIQUE. — APPAREIL DIGESTIF, ÔUO

M. X..., garçon au café de la Rotonde, vint me consulter pour un affaiblissement des organes génitaux qui, me dit-il, lui était survenu depuis un mois sans cause connue; les désirs vénériens n'étaient point éteints; l'érection, et, par suite, l'éjaciilation, étaient seules impossibles.

Le malade était âgé de vingt-trois 'ans, d'un tempérament lymphatique, mais bien conformé et ayant toujours joui d'une santé générale bonne. Il ne s'était point livré à la masturbation ; il avait eu des chancres et une blennorrhagie traités tous deux à l'hôpital du Midi, dans le service de Vidal (de Cassis), et avait été antérieurement opéré d'un varicocèle par Roux ; cette opération n'avait laissé aucune trace, et, sans les aveux du malade, il eût été difficile de soupçonner une ancienne dilatation variqueuse des veines du cordon spermatique.

Les organes génitaux, parfaitement conformés, ne présentaient rien d'anormal, et leur examen le plus attentif ne put me rendre raison du mal que j'avais à combattre.

J'étais fort embarrassé du diagnostic à porter, et je pesais dans mon esprit les motifs d'une conduite à suivre, quand, machinalement, et bien plus, je l'avoue, pour occuper les loisirs du malade que pour éclairer ma religion, je demandai à voir la langue de mon visiteur, sur laquelle je portai instinctivement les veux. A cette vue, un horizon nouveau s'ouvrit devant moi, car la langue, rouge et piquetée, ne pouvait me laisser des doutes sur l'existence d'une gastrite.

Dès ce moment, mon diagnostic fut éclairé d'une vive lumière, et, lorsque je sus que les premiers symptômes de l'impuissance coïncidaient avec l'apparition d'une douleur épigastrique, de certains troubles dans les digestions, etc., j'eus la certitude (certitude médicale, bien entendu) que l'affaiblissement de l'organe copulateur était sous la dépendance sympathique de l'affection de restomac.

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Le traitement fut conforme à cette manière de voir, et le malade, qui espérait s'en retourner avec quelque formule aphrodisiaque (dans le sens ordinaire de ce mot), se montra fort mécontent delà tisane de mauve et du régime émoUient que je lui prescrivis.

Cependant il ne dédaigna pas entièrement les conseils que je lui donnais, et comme la santé générale s'améliorait sous l'empire de cette médication, il crut devoir la continuer, sinon pour remédier à son impuissance, du moins pour se débarrasser des malaises et des troubles digestifs qui le tourmentaient.

Néanmoins, à mesure que la langue devenait moins rouge, l'épigastre moins douloureux, et les digestions pins faciles, les forces copulatrices reparaissaient, à ce point que l'érection d'abord, et le coït ensuite, furent possibles. . Mais, et c'est ici que se montre un caractère bizarre, la copulation n'était réalisable, ni pendant les digestions, c'est-àdire pendant les deux ou trois heures qui suivaient les repas, ni dans la position horizontale qui déterminait une pression sur l'épigastre. L'érection de la verge se produisait comme dans les conditions normales, mais si l'une des deux circonstances que je viens de signaler, digestion ou pression épi- .gastrique, existait, l'érection ne se soutenait pas et tombait dans le vagin même, après quelques courtes tentatives et avant l'éjaculation du spermCx Le matin, à jeun, était le moment de la journée le plus favorabl-e à l'accomplissement de l'acte, pourvu toutefois que le malade évitât avec soin toute pression sur l'épigastre par une posture dont je dois m'abstenir de parler ici.

Cet état se prolongea assez longtemps, parce qu'il était impossible au malade, eu égard à sa position sociale, garçon de café, de suivre exactement la médication et surtout le régime alimentaire que réclamait sa gastrite. Gomme il était venu

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réclamer mes soins parce qu'il avait l'intention de s'établir marchand de vin et de prendre femme, je lui ronsoillai vivement de se marier, en lui faisant sentir combien serait plus rapide, sous l'empire des soins domestiques, la guérison de sa maladie d'estomac, et combien serait aussi plus facile le coït, alors qu'il serait exercé au milieu de toutes les commodités de la couche conjugale.

Fendant assez longtemps le malade, reculant devant la honte d'un échec marital, n'osa suivre mes conseils, et commença par acheter un fonds de marchand de vin, qui, de serviteur le transformant en maître, lui permit de soigner et de guérir sa gastrite.

Après quelques mois de sa nouveUe position, il vint m'annoncer son mariage, en réclamant de nouveau et plus consciencieusement encore que précédemment, l'assurance qu'il était propre à remplir ses devoirs conjugaux. Un examen attentif et minutieux ne modifia en rien ma manière de voir, et cet homme, aujourd'hui marié, se loue tout à la fois du traitement que je lui ai fait suivre, et des conseils quejeluiai donnés.

Un de mes amis, dont l'irritabilité intestinale est extrême, est incapable d'entrer en érection et d'exercer le coït toutes les fois que cette irritabilité est mise enjeu; cette impuissance se prolonge deux ou trois jours, et même plus longtemps, selon que les coliques et la diarrhrée par lesquelles se manifeste l'affection ont été plus ou moins longues et violentes.

Je pourrais multiplier les exemples de cette nature ; mais ceux que je viens de rapporter et la connaissance que nous avons de l'empire exercé, à l'état physiologique, par la digestion sur l'énergie virile, suffisent, ce me semble, pour légitimer les sympathies morbides de l'appareil génital et de l'appareil digestif, sans recourir à des troubles de nutrition qui réagissent sur l'énergie virile, comme sur toutes les autres forces de l'économie animale.

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Il est rare que dans l'impuissance sympathique que j'examine les désirs vénériens soient éteints ; dans quelques circonstances, au contraire, dans celles oh l'activité digestive est augmentée, les désirs présentent une intensité plus grande, à laquelle ne répond pas l'organe copulateur. C'est une disposition analogue à celle que l'on ressent après un bon repas, alors que l'imagination, surexcitée parle vin et le café, s'égare en des rêves étranges, dont elle demande en vain la réalisation à un organe rebelle et sourd à ses provocations.

La durée de cette impuissance est évidemment subordonnée à celle de la maladie qui la tient sous son empire ; elle gravite dans les limites, non-seulement de son pronostic, mais encore de son traitement.

La disparition de l'état morbide de l'appareil digestif, en rompant les liens occultes qui lui enchaînaient le sens génital, rend ce dernier à la vie qui lui est propre, sans qu'il soit nécessaire d'intervenir pour faciliter ce retour.

B. — Appareil vocal.

Les relations qui, dans l'état physiologique, unissent l'appareil vocal et l'appareil génital, sont connues de tout le monde : les changements qui, à l'époque de la puberté, s'opèrent simultanément dans chacun de ces appareils, le timbre enfantin que conserve la voix chez les individus mutilés et chez ceux dont les organes génitaux sont atrophiés, ne laissent aucun doute sur les rapports intimes, quoique inexplicables, des fonctions de la phonation et de celles de la génération.

Mais en est-il de même entre l'impuissance virile et certaines affections de l'appareil vocal? En dautres termes,existe-t-il entre les appareils que j'examine des sympathies morbides, comme il existe entre eux des sympathies physiologiques?

IMPUISSANCE SYMPATIIKJUE. — APPAREIL CÉRÉlillAL. ôllJ

Je ne puis ici apporter mon propre témoignage; je n'ai jamais observé une impuissance sympathique d'une alîection du larynx ; mais Burdach rapporte, d'après Meckel : (1) « Qu'aux altérations du larynx se joignent parfois l'endolorissement et l'atrophie des testicules, accidents qui augmentent à mesure que la maladie primitive fait des progrès (2) . »

L'asthme est, à son tour, noté par quelques auteurs comme une cause sympathique d'impuissance ; mais il m'est difficile d'admettre une semblable corrélation; au contraire je me demande, en l'absence de tout détail clinique, et en me rappelant que la masturbation est souvent le point de départ de cette maladie, si l'impuissance qui coexiste avec l'asthme n'est pas plutôt le résultat de l'onanisme que l'effet sympathique de l'affection des organes de la respiration? Des faits précis peuvent seuls éclaircir le doute que j'émets ici, car, en cette occurrence, l'observation clinique est la seule sur laquelle il soit possible de se guider.

Mais, je le répète, rien de semblable n'est àma connaissance, et de tous les confrères quej'ai interrogés, je n'en ai pas trouvé de plus heureux que moi.

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