C. — Appareil cérébral
Il n'en est pas de même de l'encéphale, et surtout de sa partie postérieure et inférieure, dont les relations avec l'appareil génital sont si manifestes, que les phrénologistes placent dans le cervelet le siège de la faculté procréatrice.
Il est bien évident que je n'entends point parler ici des affections cérébrales qui, agissant sur la masse encéphalique, attaquent dans sa source l'innervation générale, dans laquelle
(1) Uecke], Abhandlimgen ans der menschlichen und vergleichenden Anatomie, p. tU4.
(2) Traité de phyt^iologie, trad par Jourdan. Paris, 1. V, p. 15.
350 IMPUISSANCE CHEZ l'iIOMME.
est nécessairement comprise l'innervation sexuelle. J'ai ailleurs abordé ces causes d'impuissance, je n'y reviendrai pas
Mais il est des accidents, ou, ï^i l'on aime mieux, des lésions du cerveau qui, tout en respectant les fonctions du système nerveux, retentissent sur le sens génital^ sans qu'il soit possible d'expliquer cette action autrement que par les sympathies qui unissent l'organe cérébral et l'organe sexuel.
Planque cite quelques faits de ce genre qu'il n'est pas inutile de rappeler ici : « Paul de Sorbait, dit-il, rapporte dans le Journal d Allemagne (déc. 1, an ii, ohs. JOA, p. 177), qu'un seigneur, ayant été blessé à l'occiput, était resté impuissant après sa guérison, n'ayant ni érection, ni éjaculation. Il n'est donc pas vrai, répond-il, que la tête ne contribue en rien au coït et à la semence. Ainsi, ce n'était point sans raison que Platon assurait qu'elle venait du cerveau et de la moelle allongée : aussi avouons-nous que la semence est un excrément du dernier aliment qui vient de toutes les parties, mais surtout de la tête. Au reste, nous avons plusieurs exemples d'une pareille cause d'impuissance. Nicolaus dit avoir connu un juif qui devint impuissant par une plaie de tête. Hildanus (cent. 6, obs. 59) assure avoir vu la même chose chez un homme qui, huit ans auparavant, avait reçu un coup de bâton sur le bregma droit; il n'entendait point de ce côté là. Hildanus croit qu'après ce coup de tête, il s'était écoulé contre nature une matière qui a obstrué les nerfs et même les artères qui servent à l'érection de la verge. Un autre homme a éprouvé le même sort, après une chute sur le dos ; il sentait du plaisir, mais il ne pouvait point parvenir à l'érection. Il y a des auteurs qui prétendent que la semence vient du cerveau. De ce nombre est Donatus {}Ied. mirab. lib. IV, c. 18) ; mais Raies [Camp, elys., quœst. med. 58, § '20) combat ce sentiment, et demandant, au sujet de cette question, si la saignée
l.MPl ISSANCK SYMFATHIOUE. — APl^UŒIL Cl'RÉlfKAL. OOl
qu'on fait derrière les oreilles aux Scythes les rend stériles, il conclut (§§ 27 et 28) que cette saignée qu'on fait fréquemment, et dans laquelle on tire beaucoup de sang, affaiblit, et que le froid qu'elle produit à la tête est cause de la stérilité, sans nier cependant une sympathie occulte entre les oreilles et les parties de la génération. C'est pour cela qu'un jurisconsulte, au rapport de Dulaurens {Aiiat., lib. VIll, qusBst. li), a écrit qu'il fallait couper les oreiUes à ceux qui volaient, pour les empêcher d'engendrer de petits voleurs. Un soldat robuste, et père de trois enfants, eut les oreilles coupées pour diff'érents crimes, et fut chassé hors de la ville {Ibid,^ déc. 2. an vn, append., obs. 10, p. 161) ; depuis ce temps-là, il ne sentit plus aucun désir charnel et ne put avoir aucune érection (1). »
Malgré les bizarres explications que nos pères acceptaient sur la foi d'Hippocrate, et qu'une observation plus saine et les progrès de la science ne permettent plus d'admettre aujourd'hui, il est constant que des plaies de tête, des coups sur le cervelet, déterminent une impuissance qui persiste, malgré l'absence de toute lésion appréciable et plusieurs années après la guérison des accidents encéphahques. Bien évidemment, une corrélation inexplicable, un lien occulte, en un mot, une sympathie existe entre l'organe renfermé dans le crâne et celui qui sert à la propagation de l'espèce.
Cette sympathie va recevoir une nouveUe et éclatante démonstration par ce que j'ai à dire de l'influence exercée sur le sens génital par les affections du moral, dont les facultés constituent, comme on le sait, la fonction la plus haute et la plus noble de Torgane encéphaUque.
(3) Planque, Bihliolhl'que de médecine, iwi. Impuissance, l VI, p. 240 et 241.
IMPL'ISSATSCE CHEZ L IIOMME.
§ II. — Sympathies morales.
Me voici arrivé aux sources les plus fécondes d'impuissance, et, par conséquent, en face de difficultés également ardues pour l'écrivain et pour le praticien. C'est que l'élément moral de notre nature, qui exerce sur les organes génitaux un empire à peu près absolu, subit des influences si diverses et si mystérieuses, qu'il est presque impossible de pénétrer tous les motifs de ses déterminaiions et tous les mobiles de ses passions.
Soumis aux exigences si nombreuses de l'organisme, l'élément moral en reflète les nuances multiples, qu'elles découlent, soit du tempérament, soit de la constitution, soit de l'âge, soit du sexe, soit de l'état de santé ou de maladie, soit des impressions du monde extérieur, etc. Livré, sous le contrôle seul de la conscience, à toutes les inspirations du libre arbitre, il se modifie et change à tout instant par l'éducation, par l'instruction, par l'expérience de la vie, par le spectacle des vices et des vertus dont la lutte est l'essence même des sociétés humaines; dételle sorte que, méandre insaisissable, l'élément moral échappe, pour ainsi dire, à toute analyse, et se joue des efforts tentés pour le saisir.
Cependant, sans vouloir faire de la psychologie, mais seulement pour nous guider dans notre marche, quelle que soit notre croyance en la source à laquelle s'alimentent les idées et les passions, il faut reconnaître que l'âme, dans l'acception la plus large du mot, manifeste deux sortes de phénomènes, unis sans doute par un lien commun, mais parfaitement distingués par une physionomie propre et par des caractères spéciaux ; ces phénomènes sont ceux que l'on désigne, les uns sous le nom de phénomènes intellectuels, et les autres sous le nom de phénomènes affectifs; cette distinction conduit à partager les facultés de l'âme en deux grandes classes :