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TUMEURS DE L'APPAREIL COPULATEUR

Il est ici indispensable, tant sous le rapport du diagnostic que sous celui du traitement, de séparer les tumeurs dont la vulve est le siège de celles qui affectent plus spécialement le \agin .

§ I. — Tumeurs de la vulve*

Je les diviserai en deux classes : k. celles qui sont le produit d'une lésion organique de la vulve; B. celles qui sont for-

Î)ÉFAUT d'intromission. — TUMEURS DE LA VULVE. /|3l

mées par la présence anormale et accidentelle d'un organe voisin.

A. — Tumeurs de la vulve par lésions organiques.

Parmi les tumeurs de la vulve par lésions organiques, les unes affectent une marche aiguë et rapide, et les autres une marche lente et chronique.

Au nombre des premières se placent les abcès et les tumeurs sanguines ou thrombus de la vulve.

Parmi les secondes se rangent l'élophantiasis, les kystes, les loupes, les corps fibreux et le cancer de la vulve.

Je passerai rapidement sur chacune de ces affections, car si leur histoire offre une face qui regarde notre sujet, elles appartiennent bien plus à la pathologie générale des organes génitaux de la femme qu'à un traité sur l'impuissance. De plus, les tumeurs à marche aiguë ont une existence si fugitive qu'elles méritent à peine ici une mention; d'ailleurs l'une d'elles, le thrombus, se produit généralement au milieu de circonstances peu favorables au coït, car tous les auteurs qui s'en sont occupés le signalent, soit comme un accident des derniers temps de la grossesse, soit comme un épipliénomène de l'accouchement.

Sans doute les abcès et les thrombus de la vulve peuvent par leur volume empêcher l'intromission de la verge dans le vagin et constituer un obstacle matériel au congrès ; mais c'est surtout par les douleurs qu'ils occasionnent qu'ils doivent être considérés comme s'opposant à la copulation.

De plus leur répétition fréquente est souvent la cause d'indurations aux grandes ou aux petites lèvres, qui rétrécissent l'ouverture de la vulve au point de rendre le coït impossible ou tout au moins très-douloureux. J'ai soigné une jeune femme qui, pendant plusieurs années eut un abcès vulvaire à chaque

IxZI IMPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

époque menstruelle; les petites lèvres, sièges alternatifs de ces abcès, étaient devenues énormes et obstruaient complètement l'ouverture vaginale; il fallait les plus grandes précautions pour introduire la verge, et encore cette intromission n'était jamais sans douleur.

Il n'en est pas de même des tumeurs à marche chronique, presque toujours indolentes et ne gênant le rapprochement sexuel que par l'obstacle que leur volume oppose à l'accomplissement de l'acte. Assez rares et ne se montrant pour la plupart qu'à un âge avancé de la vie, elles exigent toutes l'intervention de la médecine opératoire, et rentrent, par cela même, dans le domaine de la chirurgie générale.

B. — Tumeurs de la vulve dues à la présence d'un organe voisin.

Les organes qui peuvent venir faire tumeur à la vulve sont le vagin, la matrice et l'intestin.

Le vagin et la matrice n'apparaissent à l'orifice vulvaire et par conséquent ne s'opposent à la copulation que par suite de déplacements qui m'occuperont ailleurs.

La présence de l'intestin dans les grandes lèvres m'arrêtera ici un instant, parce que ce genre de hernie est peu connu, et que, d'après les rares exemples que nous en avons, il paraît affectionner l'âge le plus propre à la géndration.

Cette hernie, signalée, je crois, pour la première fois par A. Gooper, qui en a donné deux observations et qu'il appelait pudendal hernia, est ainsi décrite d'après lui dans la Bibliothèque du médecin praticien : ce La tumeur formée par cette hernie paraît, à l'extérieur, un peu au-dessus d'une ligne qui, partant de l'orifice extérieur du vagin, se dirigerait de dedans en dehors. Cette hernie débute conune la hernie périnéale et la hernie vaginale latérale. Elle pousse d'abord en bas le péritoine, qui va du vagin au rectum, et puis, au heu de se dé-

DÉFAUT d'intromission. TUMEURS DE LA VULVE.

velopper dans le premier de ces canaux comme la hernie vaginale, au lieu de proéminer sur un point très-voisin de l'anus, comme la hernie périnéale, la hernie vulvairese développe surtout dans l'épaisseur de la grande lèvre, sur le point indiqué par A. Gooper; pour y parvenir, les organes déplacés passent d'abord derrière un ligament large de l'utérus, poussent devant eux le péritoine dans le sillon rempli de tissu cellulaire qui sépare le vagin du rectum; puis ces organes écartent les fibres des aponévroses périnéales, celles du muscle releveur de l'anus au moment oii il va s'insérer sur les côtés du vagin. D'après cette marche de la hernie, et le siège que son fond va occuper, on peut prévoir que l'artère vaginale sera placée en dedans du sac, l'artère honteuse interne en dehors. La position de ces deux vaisseaux fait entrevoir la nécessité d'un débridement méthodique dans les cas d'étranglement (1) . »

J'ai dit tout à l'heure que celte hernie était peu connue, et qu'on l'avait toujours observée à l'âge le plus favorable à la copulation; la science, en effet, n'en possède que trois exemples bien authentiques; deux qui appartiennent à A. Gooper, et le troisième communiqué par M. J. Gloquet, à Murât, l'auteur de l'article Vulve du Dictionnaire des sciences médicales. Les malades du chirurgien anglais n'avaient que vingt-deux ans, et celle de M. Cloquet vingt-quatre ans.

Qu'on me permette de rapporter en entier cette dernière observation, qui me dispensera de plus longs développements sur ce sujet. « La domestique du garde-magasin de l'hôpital Saint-Louis, jeune fille âgée de vingt-quatre ans, d'une constitution sèche et nerveuse, vient me consulter, dit M. J. Gloquet, au mois de février de la présente année, sur une maladie qui lui était survenue depuis peu de temps aux organes extérieurs de la génération. L'ayant examinée, je trouvai,

(i) Bibliothèque du médecin praticien. Paris, t. i, p. 13,

/,3/i IMPUISSANCE CHEZ J-A EEMME.

dans la partie postérieure de la grande lèvre droite une tumeur arrondie, rénitente, du volume d'un gros marron, qui soulevait la peau et faisait saillie en dedans de la Yulve. Cette tumeur, un peu douloureuse au toucher, se prolongeait à la partie latérale droite du vagin, sous la forme d'une saillie longitudinale, longue de deux pouces environ, dure et résistante; la pression exercée avec le doigt sur cette dernière portion n'y occasionnait que des douleurs sourdes. La tumeur augmentait sensiblement de volume, devenait plus dure et plus tendue lorsqu'on faisait tousser la malade. La jeune fille y ressentait de temps à autre des engourdissements, et éprouvait de légères coliques dans toute la partie inférieure de la cavité abdominale ; du reste, les autres fonctions s'exerçaient librement, à l'exception de la marche qui était pénible, à raison de la gêne que produisait la tumeur par son volume, et des douleurs qui s'y manifestaient lorsque la malade s'était fatiguée par quelque exercice forcé. Cette tumeur avait paru peu à peu, sans douleur, depuis environ quinze jours; elle n'avait jamais causé de vives douleurs, de nausées, ni de vomissements. La malade attribuait son effort à des mouvements considérables qu'eUe avait faits pour lever des paquets de linge et des baquets remplis d'eau. Comme elle était habituellement constipée, je pense que les efforts nécessités pour la défécation ont dû 'contribuer aussi très-puissamment à la production de sa maladie. Ayant fait coucher la malade sur lé dos^ dans la posisition ordinaire pour l'opération du taxis, je parvins^ à l'aide d'une pression assez forte, exercée méthodiquement selon la direction de la tumeur, à diminuer d'abord son volume et à en obtenir ensuite l'entière réduction, laquelle se fit subitement par l'ascension brusque des parties déplacées, qui glissèrent tout à coup sous mes doigts en faisant entendre ce bruit particulier qu'on a désigné sous le nom de ijarrjomlk' ment,,. Je pratiquai ensuite le toucher dans la position verti-

DÉFAUT d'intromission. — TLMEURS DU VAGIN. li'àb

cale du corps ; les viscères déplaces ne reparurent pas, et la jeune fille put marcher librement comme avant l'accident. Je voulus lui appliquer un pessaire en bondoii, aûn de comprimer et de retenir la portion relâchée du vagin qui avait livré passage à l'intestin, mais la malade ne voulut pas s'assujetlir à le porter ; et, bien qu elle ait repris ses occupations habituelles depuis cette époque, sa tumeur ne s'est point reproduite, et elle jouit actuellement d'une parfaite santé (1), »

Quoique M. J. Cloquet ne parle pas de la copulation et qu'il dise que toutes les fonctions, hors celle de la marche, se faisaient avec facilité et comme à l'état normal, il ne peut être douteux que le coït, s'il eût été tenté, aurait été sinon entièrement impossible, du moins très-douloureux. La réserve de l'écrivain était commandée par la position de la malade, bien qu'il ait pratiqué sur elle le toucher vaginal.

Quoi qu'il en soit, par le fait que je viens de rapporter et par les exemples analogues de A. Gooper relatés dans ses Œuvres chirurgicales et consignés dans le Traité des Iiernies de iM. Lawrence, la hernie vulvaire n'offre aucun danger, n'expose pas à la récidive et cède facilement à la réduction. C'est donc, par conséquent, une cause essentiellement passagère d'impuissance, et sans la rareté qui la caractérise je n'aurais pas donné à son histoire une place aussi étendue dans ce livre.

§ U. — Taïucurs du vagin.

Comme pour les tumeurs de la vulve j'admettrai pour celles du vagin deux classes : A. les tumeurs produites par une lésion organique; B. les tumeurs constituées par la présence anormale et accidentelle d'un organe voisin.

(1) iMurat, Dictionnaire des sciences médicales, art. Vulve t Î.VHî p. ils ,.11,

A. — Tumeurs du vagin produites par une lésion organique.

Conformément à ce que j'ai dit des tumeurs de la vulve, les tumeurs du vagia par lésion organique peuvent offrir, les unes un caractère aigu, les autres un3 marche chmnique.

Mais les unes et les autres ne me doivent point arrêter longtemps, parce que, je le répète, elles rentrent bien plutôt dans le cadre des ouvrages généraux de chirurgie et d'obstétrique qu'elles ne ressortent de mon domaine.

En effet, les tumeurs sanguines du vagin, si bien décrites par Legouais et Deneux, sont presque toujours des accidents de la parturition; et les abcès du vagin, ou pour parler plus exactement, les abcès faisant saillie dans cet organe, et dont la fréquence s'expUque par la présence du tissu cellulaire qui soutient les parois de ce canal, n'offrent rien de remarquable à notre point de vue, si ce n'est qu'ils obstruent le libre passage du vagin et éloignent la femme de toute copulation par les" douleurs atroces qu'ils déterminent pendant cet acte.

Les tumeurs à marche chronique, les kystes et les polypes ne présentent réellement dans leur histoire qu'un point intéressant à étudier : c'est leur diagnostic. Gomme on va le voir, alors que je vais parler des hernies vaginales, il est de la plus haute importance de distinguer les kystes et les polypes de ces hernies, car si l'instrument tranchant doit être porté sur les premiers, il faut soigneusement se garder d'ouvrir la vessie et l'intestin. Mais toutes ces considérations appartiennent à la pathologie chirurgicale, qui fournit les éléments du diaguostic différentiel et les bases du traitement.

B. — Tumeurs du vagin produit es par la présence d'un organe voisin.

Eu égard aux organes qui avoisinent le vagin, il ne peut y avoir que l'utérus, la vessie et le rectum qui viennent faire hernie dans ce canal.

DÉFAUT d'intromission. — TUMEURS DU VAGIN. /

La hernie déterminée par la matrice, c'est-à-dire par les déplacements de cet organe, par l'nllongement hypertrophique de son col, etc., m'occuperont longuement dans une autre partie de cet ouvrage, où je me réserve de faire ressortir leur influence fâcheuse tout à la fois sur la copulation et sur la fécondité de la femme.

La hernie produite par la présence de la vessie m'occupei-a un instant sous le nom de cystocèle.

Enfin la hernie déterminée par la procidence de l'intestin m'arrêtera aussi un moment sous les noms de hernie vaginale proprement dite et sous celui de rectocèle, quand c'est le rectum qui fait saillie dans le vagin et sort par la vulve.

Il ne faut pas croire que chacune de ces hernies se présente dans la pratique isolément, dégagée de toute comphcation ; dans la très-grande majorité des cas, la cystocèle s'accompagne d'un prolapsus plus ou moins prononcé de l'utérus, et la hernie vaginale et surtout la rectocèle se compliquent de cystocèle et quelquefois aussi d'abaissement de la matrice.

Je ne les sépare ici que pour la clarté du discours, sachant bien que la nature ne se prête ni aux méthodes de l'art, ni aux commodités de l'écrivain.

Cystocèlevaginale. — l;'après les expériences de Bognetta (1 ) sur le cadavre, et d'après les observations cliniques de Johert (de Lambolle) (2), la cystocèle vaginale est produite, soit par la laxilé de la paroi antérieure du vagin, soit par le relâchement des moyens d'union qui existent entre cet organe elles parties environnantes, comme, par exemple, l'aponévrose qui se prolonge du col de la vessie et de la paroi postérieure du pubis sur les côtés du vagin.

(1) Rognetta, Mémoire sur les prolapsus. 1833.

(2) Jol)ert (dfi Lamballe), Mémoires de l' Académie de médecine, t. VIK,

/i'38 IMPUISSANCK CHEZ LA FEMME.

Il en doit être réellement ainsi, car la cystocèle se rencontre bien rarement chez les jeunes filles, tandis qu'on l'observe presque toujours chez les femmes qui ont eu beaucoup d'enfants ; la lenteur et les difficultés de l'accouchement ne paraissent pas avoir la môme influence que le nombre des parturitions; aussi est-elle plus ordinairement l'apanage de l'âge mûr que de la jeuitesse, bien qu'elle se produise, comme je l'ai dit, à une époque oîi les fonctions génératrices de la femme n'ont pas encore cessé.

Quoique la tumeur formée par le prolapsus de la vessie soit réductible à la suite de l'évacuation de l'urine, elle n'en constitue pas moins un obstacle, je ne dirai pas insurmontable, mais du moins fort gênant pour la copulation. Située à l'entrée du vagin, entre les petites lèvres, elle en obstrue le passage, soit par son volume propre, soit par les moyens contentifs qu'on lui oppose, tels que pessaire, éponge, etc. Aussi, en nous plaçant à notre point de vue exclusif, devons-nous accorder la préférence au traitement curatif sur les moyens palliatifs ordinairement mis en usage.

Ce traitement tout chirurgical porte , selon la cause qui a donné naissance à la hernie vaginale, tantôt sur le périnée, tantôt sur la vulve, tantôt sur le vagin, tantôt sur les deux premiers et tantôt sur tous à la fois.

Les opérations pratiquées sur le périnée et la vulve sont toujours des anaplasties par synthèse, tandis que celles qui intéressent le vagin, sont des anaplasties par exérèse.

Ces dernières se pratiquent de trois manières :

1° Par les caustiques ;

2° Par étranglement et compression mécanique des tissus ; 3° Par instrument tranchant.

Il n'entre pas dans mon plan de décrire toutes ces opérations; il me suffit ici de les indiquer 'et de renvoyer le lecteur, pour de plus amples détails, aux ouvrages de médecine

PKFAir |)'l\'IROMISSION. — TUMELRS DU VAGI.X. aôJ

opératoire et an travail si remarquable de M. Emmanuel Bourdon sur les anaplasties périnéo-vaginales (1).

Cependant l'exérôse par instrument tranchant étant l'opération la plus ordinaire, depuis les travaux de Jobert (de Lamballe) et de Marion Sims, je crois devoir reproduire la partie du mémoire oii Jobert expose sa méthode.

Le chirurgien se proposait de diminuer le volume de la tu-^ meur et de donner plus de résistance à la cloison vésico-va^ ginale. a Je dessinai sur la tumeur, dit Jobert, au moyen du nitrate d'argent, les deux lignes transversales dont j'ai parlé, et, les-attaquant à diiïerentes reprises et à plusieursjours d'intervalle, avec le môme caustique, j'arrivai à détruire graduellement etsans aucun accident inflammatoire toute l'épaisseur correspondante du vagin. Je ne reviendi ai pas sur la longueur, la largeur de ces lignes : elles avaient six lignes environ. Cela fait, il me fut facile de reconnaître la situation et l'état des parties, de raviver sans crainte avec le bistouri les bords de la surface entamée par le caustique et de laisser le fond intact. Je pus très-facilement remettre en rapport les deux plaies saignantes et les maintenir en contact au moyen de la suture entortillée ('). »

Jobert dit avoir pratiqué plusieurs fois avec succès l'opération dont je viens de faire connaître le but ; sa méthode a été plus ou moins modifiée par MM. Marion Sims, Panas, Verneuil, etc., mais le principe est toujours le môme, c'est le rétrécissement du vagin. Quoique des faits assez nombreux et assez authentiques n'en démontrent ni la parfaite innocuité,

(1) Enimaiiuel Bourdon, Des anaplasties périnéo-vaginales dans le traitement des prolapsus de l'utérus, des ct/stocèles et des rcctorèles. Paris, J.-B. Baillièro el fils, 1875.

(2) Jobert ((h; Lamballe), De la ci/stocèle var/inale opérée par un procédé nouveau. {Mémoires de l- Académie de médecine. Paris, I8i0, t. VlII.)

Zi/|0 I^IPUISSANCE CHEZ LA FEMME.

ni la réussite constante, on la doit tenter, quand aucune circonstance ne la contrc-indique et quand surtout la cystocèle est un obstacle insurmontable h la copulation.

Hernie vaginale. — Rectocèle. — Quand la tumeur vaginale est constituée par le paquet intestinal, on a la hernie vaginale des auteurs, qui n'est, en réalité, que la hernie incomplète de la vulve; la rectocèle vaginale, au contraire, est formée, comme dit Sabatier, par rintestin rectum, qui pousse en avaîit la paroi du vagin sur laquelle il pose et avec lequel il a des connexions (1).

Comme on doit le comprendre déjà, le diagnostic de ces deux espèces de hernies est très-important à établir, non pas tant peut-être au point de vue de l'impuissance de la femme, que sous le rapport de la pathologie chirurgicale ; car si un bon diagnostic est la source d'où découle un bon traitement, l'art n'a, jusqu'à présent, sauf quelques tentatives d'opérations que j'exposerai plus loin, à opposer à l'une et à l'autre de ces infirmités que des moyens palliatifs qui, de leur nature, constituent eux-mêmes des obstacles à la copulation.

« La hernie vaginale, dit A. Gooper, se forme dans l'espace compris entre l'utérus et le rectum, lieu dans lequel s'engagent les intestins. Cet espace est fermé en bas par le péritoine, qui forme un cul-de-sac en se réfléchissant de la partie postérieure du vagin sur la partie antérieure du rectum. Entre ce cul-de-sac péritonéal et le périnée se trouve un tissu cellulaire lâche. La pression de l'intestin sur cette partie du péritoine la déprime en bas vers le périnée ; mais plus tard, étant arrêtée dans sa marche ultérieure en ce sens, elle passe contre le vagin et pousse en avant la paroi postérieure de ce conduit (2).»

(1) Sabatier, Mémoires de r Académie de chirurgie, t. III.

(2) Ast. Cooper, Œuvres complètes, p. 359.

DÉFAUT d'intromission. — TUMEURS DU VAGIN. AAl

Il est incontestable que de nombreux accouchements sont une prédisposition à ce genre de hernie; mais ce n'est là qu'une prédisposition, car on a rencontré la hernie de l'intestin sur des femmes qui n'avaient jamais eu d'enfants. Les chutes sur le siège et les efforts pour soulever un fardeau sont les causes les plus ordinaires de sa formation.

La hernie vaginale présente quelquefois un volume extraordinaire, est facilement réductible, arrondie et à large base, et peut, par la pression qu'elle exerce sur la rectum et le canal de l'urèthre, amener la constipation et la difficulté d'uriner.

La rectocèle vaginale est la tumeur que l'on a le plus confondue avec les procidences de la matrice, et principalement avec celles du vagin; il n'est pas d'une exactitude scrupuleuse de lui donner le nom de hernie, car elle ne renferme pas une anse du rectum, à l'exemple des hernies ordinaires, qui contiennent une anse du petit ou du gros intestin. Dans la rectocèle, la paroi postérieure du rectum n'est pas déplacée; elle est toujours adhérente au sacrum par l'aponévrose pelvienne; ce n'est que h paroi antérieure, et encore une portion de cette paroi, qui subit des modifications qui la constituiMit à l'état de hernie.

D'après Malgaigne(l), qui a vérifié toutes les assertions de Clarke et de Monteggio, il est assez difficile d'assigner à la rectocèle une cause à peu près certaine. Les chutes, lesetforts, les grossesses répétées, etc., neparaissent pas expliquer, dans tous les cas, le prolapsus du rectum, et l'on est forcé d'admettre que l'affection arrive bien souvent, comme les hernies abdominales, sans cause connue.

Le volume de la tumeur est essentiellement variable; il

(1) Malgaigne, Mémoire sur un prolapma particulier du rectum dam le vagin et à travers la vulve. (Mémoires de r Académie royale de médecine. Paris, 1838, t. VII.)

/l/|'2 IMPUISSANCE C. iEZ LA Fl-MME.

peut n'être représenté que par un pli de la muqueuse vaginale et aller jusqu'à la grosseur du poing.

Les accidents que la rectocèle vaginale détermine sont surtout remarquables du côté des voies digeslives ; il faut que la hernie ait atteint un certain volume pour empêcher la copulation.

Le toucher anal et les troubles de la digestion font toujours distinguer le prolapsus du rectum de la cystocèle et de la procidence de la matrice et du vagin.

Ainsi que je le disais plus haut, la médecine n'a guère eu pendant longtemps à opposer à la hernie vaginale et à la rectocèle que des palliatifs, c'est-à-dire des moyens de contention dont les pessaires faisaient ordinairement la base. Mais des tentatives avaient été faites plus d'une fois pour amener la cure radicale de l'une et de l'autre de ces infirmités : ainsi, on parle (1) d'unè opération pratiquée par Petrunti contre la hernie vaginale ; mais ce fait est révoqué en doute, et surtout par Velpeau, qui dit très-explicitement que la prétendue hernie vaginale opérée par le chirurgien italien pourrait bien n'avoir été qu'un abcès recto-vaginal (2). De môme encore Malgaigne rappelle, dans le Mémoire que j'ai déjà cité, qu'il a reproduit (3) une opération tentée par Bellini (de Florence) pour une rectocèle du volume d'un gros œuf de poule ; mais il ajoute que, pour lui, cette rectocèle n'était autre chose qu'un prolapsus vaginal.

Dans ces derniers temps, la chirurgie a été plus hardie, et en Ahemagne et en France on a tenté, non sans quelques succès, •la cure radicale de cette infirmité.

Les procédés opératoires sont exactement les mêmes que

(1) Gazette médicale de Paris, I8i6, p. A-Si.

(2) Velpeau, Médecine opératoire, '2.' édit. Paris, -1839, t. IV, p. '21

(3) Gazette médicale, 1836, p. "200.

DÉFAUT d'intromission. — TUMEURS DU VAGIN.

ceux que j'ai indiqués pour le traitement de la cystocèle : ce sont des anaplasties par synthèse quand elles portent sur le périnée ou la vulve, et des'anaplasties par exérèse quand elles s'adressent au vagin. Ces dernières, lorsqu'elles sont possibles, ont la préférence des opérateurs; M. Molliôrc, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Lyon, est d'avis que l'anaplastie contre la rectocèle vaginale est praticable, qu'elle n'offre aucune gravité et que toujours elle doit être tentée.

A l'appui de son opinion, M. Mollière rapporte une opération qu'il a pratiquée, avec plein succès, sur une femme âgée de cinquante-quatre ans et qui portait, faisant saillie h la vulve, une tumeur du volume d'une orange mandarine.

Le fait nous intéresse assez pour que nous reproduisions au moins le mode opératoire dont a fait usage M. le docteur Mollière.

« La malade, dit-il, étant anesthésiée avec l'éther et couchée sur le dos, les jambes écartées et confiées à des aides, j'introduisis dans le rectum un pessairei Gariel qui fut gonflé de manière à distendre la poche morbide et à la faire saillir hors de la vulve, comme pendant les efforts de défécation. Cela fait, je disséquai au bistouri sur la partie saillante de cette tumeur un lambeau ovalaire de 5 à 6 centimètres de longueur sur 3 à Zi de largeur. Ce lambeau fut excisé; il comprenait toute l'épaisseur de la muqueuse vaginale et en grande partie celle du tissu cellulaire qui la double. Grâce au pessaire introduit dans le rectum et qui me servait de guide, je pus laisser parfaitement intacte la muqueuse de ce viscère.

» Tout ce premier temps de l'opération a pu être accompli sans hémorrhagie sérieuse ; je n'ai eu à arrêter qu'une seule petite artériole, qu'il m'a suffi de tordre.-

» Les "bords de cette large perte de substance furent ensuite réunis longitudinalement à l'aide de trois points de suture enchevillée et trois points de suture métallique plus superfi-

ciels (c'est également à l'aide de fils métalliques que la suture encheviilée avait été pratiquée).

5 De larges doses d'opium furent administrées, de manière à suspendre absolument le cours des matières pendant les premiers jours. Il n'y eut pour ainsi dire pas de réaction générale, et si, pendant les cinq ou six premiers jours, la malade accusa de la céphalalgie, de l'inappétence, c'est bien plus aux doses d'opium administrées qu'à la fièvre traumatique qu'il le faut attribuer, car jamais la température ne s'est élevée à un degré réellement pyrétique.

)) J'abandonnai absolument aux soins de la nature l'élimination des fils qui avaient réuni la plaie, me bornant à faire pratiquer quelques injections vaginales avec de l'eau- tiède.

» Le dixième jour, tous les fils étaient tombés et l'on pouvait voir sur la face postérieure du vagin une cicatrice linéaire. J'avais obtenu la réunion de la plaie sans suppuration, la réunion par première intention.

) A partir de ce moment, la guérison a été complète. J'ai néanmoins fait administrer des injections rectales avec l'extrait de ratanhia pendant plusieurs jours, et quand la malade a quitté l'hôpital, je lui ai recommandé l'usage de fréquentes injections froides dans le rectum (1). »

Le succès de cette opération, rapproché des faits heureux que rapporte M. Bourdon dans sa thèse inaugurale (2), doit engager les chirurgiens à persévérer dans une voie où jusqu'à présent ils avaient rencontré de nombreux revers. Ce serait une véritable conquête, car jusqu'à ce jour nous n'avions à opposer à cette infirmité que des paUiatifs, qui augmentaient encore les obstacles à la copulation.

(1) Daniel Mollière, Lyon médical, 1875, n" 19.

(2) Emmanuel Bourdon, Des anaplasUes périnéo-vaginales dans le traitement des prolapsus de l'utérus, des rectoceles et des cystoceles. Pans.

DÉFAUT l/lMUOMlSSlON. CORPS ÉTRANGERS. àll^

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