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C. Lez semen-ovisleB

Les prorootears de cette théorie n'ont abandonné Tidëe bippocratique que parce que les lois de la physique ne leur permettaient pas de conaprendre comment la liqueur séminale de la femme restait dans la matrice, alors que par son propre poids elle eât dû s*écouler au dehors. Quant aut œufs dont ils ne pouvaient plus nier l'existence depuis les démonstrations de deGraar,deSténon,de Swammerdam et d'ipeu près tous les anatomistes, ils en firent les réservoirs de la semence fémiriine, et conservèrent aux ovaires les attributs que les anciens avaient reconnus aux testicules.

Pour eux la semence du m&le et celle de la femelle découlent du même principe de formation : a La matière, dit l'auteur de VArt de faire des garçons^ est une et la même partout. Ses parties, c'est-i-dire les corps ne diffèrent entre eux que par la quantité de mouvement présent ou passé; par la configuration des molécules et par la diversité d'autres modifications contingentes dont ils sont affectés. De I& le dangereux espoir de convertir en or tous les autres métaux. Le plus ou moins de mouvements dépend de la figure plus ou moins propre 5 le recevoir, à le conserver. La figure elle-même vient des cribles, des filières, des matrices par on passent les parties de la matière. Les cribles, les filières, les matrices sont des espèces de moules formés par le rapport, la connexion des parties voisines et par la pression générale des corps environnants. C'est la source commune de tous les fossiles, des métaux, des pierres précieuses, des camaïeux, des végétaux, des animaux, en un mot de l'homme même(l). n

(I) Loe. ctl., p. 474.

Ces principes plus ou moins obscurs de cosmogonie une fois admis, la formation des corps est la chose la plus élémentaire. Les uns se constituent par la simple juxtaposition , et n'exigent rien de plus; ce sont les fossiles, les métaux, les pierres précieuses, etc. Les autres commencent aussi par la juxtaposition, mais ont besoin, pour se compléter, de l'espèce de fermentation qu'ils appellent Vintussusception^ tels sont les végétaux et les animaux. « La petite portion de matière, dit l'auteur de VArl de faire des garçons^ l'esproe de levain contenu dans la graine des plantes fermente avec les sucs convenables de la terre, et la semence des animaux mfties avec celle de leurs femelles (1). »

Le mélange ou plutôt la fermentation de deux semences se fait dans l'œuf. Le sperme de l'homme est dardé directement dans la matrice qui, sous l'impression que lui fait éprouver ce fluide, entre dans une contraction générale qui la referme exactement ; de celte façon, le sperme de l'homme, quel que soit son poids spécifique, est obligé de rester dans l'utérus; mais celui-ci se contractant de plus en plus, ses deux faces se collent l'une contre l'outre, cl obligent la semence qu'elle a reçue a d'enfiler rapidement les trompes de Fallope, semblables au jus d'une cerise pressée entre deux doigts, qui s'échappe de cdté et d'autre. Les trompes de Fallope n'ont pu se dispenser d'essuyer les secousses de la matrice, » et vont, en conformité de ces secousses, se porter sur les ovaires où elles charrient la semence de l'homme. « Là, car il me faut encore citer textuellement, elle pénètre la première membrane d'un ou de plusieurs œufs, qui s'en imbibe par des pores garnis de valvules propres à permettre aisément l'entrée de la liqueur

(<) Loc. cit., p. 475.

et i s'opposer à sa sortie. Le mélange de ce fluide avec celui qui est contenu entre la première et la seconde membrane de l'œuf» le chorion et l'amnios, cause une fermentatioo. L'œuf s'enfle, et cette enflure sufBt pour le détacher de l'ovaire, d'où il tombe dans la trompe de Fallope. Elle le descend tout doucement dans la matrice, a laquelle il se colle; il s'attache yraisemblablement par l'endroit par lequel il tenait à l'ovaire. Pendant ce temps, la fermentation continue, augmente. Les parties les plus grossières de la semence du mêle restent entre les deux membranes de l'œuf. La portion la plus subtile traverse Tamnios, et se mêle dedans, y fermente avec la partie la plus épurée de la semence qui y est contenue; et c'est de ce dernier mélange que se forme le fœtus (2). »

Et de la Metlrie, à qui Tidée de cette théorie est attribuée, s'écrie, avant d'en commencer l'exposition : aJ 'admire toujours qu'on ne m'ait pas prévenu dans cette découverte si simple, car je ne m'en fais pas accroire, il y avait déjà longtemps que toutes les parties de cet édifice étaient connues, il ne s'agissait plus que de les arranger, p

Lb découverte était, en eflet, facile à faire; on n'avait qu'à ouvrir l'ouvrage du père de la médecine et il sufBsait, pour frapper la théorie hippocratique au coin de la nouveauté, de changer le lieu où les semences du mâle et de la femelle se rencontrent. Hippocrate les faisait fermenter dans la matrice , les semen-ovistes les font intussusceptimner dans l'ovaire. On pourrait se rencontrer de plus loin; aussi les critiques, adressées au système du médecin de Cos, reviennent-elles de droit aux semen-ovistes. Je ne les renomellerai pas ici et je renverrai le lecteur à la partie de cette introduction qui les renferme.

(4) Loc. c<«.,p. 477.

D. Lci anitnaleuliBles.

Le sperme de Thomme qui, dans les systèmes des ancienSi marchait Tégal de la semence ou des menstrues de la femme; qui, dans la théorie des ovaristes, était réduit à un râle en quelque sorte secondaire, et qui avait recouvré quelque importance dans l'opinion des semen-ovistes , acquit vers le milieu du xvii* siècle une telle valeur qu'il fut considéré comme l'élément constitutif de l'embryon.

Cette révolution était due à la découverte, faite en 167& par Ilamm et Leeuwenhoeck d'une part, et par Hartsœker de l'autre, de petits corps animés et se mouvant dans le sperme, auxquels on donna le nom d'animalcules spermaiiques ou zoospermes. Ces animalcules furent aussitôt regardés, soit comme le germe, soit comme l'embrjon lui-même.

Dos observations faites par les partisans de ce nouveau système, il résulta : 1* que le sperme seul contient de semblables animaux, et que tous les autres liquides de l'éco* nomie en sont dépourvus ; 2* que ces animalcules diiïèreni d'espèces à espèces, et qu'ils sont, au contraire, identiques dans le sperme d'un même animal, et dans celui des individus d'une même espèce ; â* que le sperme de tout animal ne contient des animalcules qu'à l'âge où l'acte de la génération est possible, et qu'il en est dépourvu pendant la première et la dernière époque de la vie ; h? que le nombre de ces animalcules est excessivement considérable, puisqu'il est de 50,000 dans une goutte de sperme de coq, égalante peine en volume un grain de sable, et que cette multiplicité, en rendant compte des expériences de Spallanzani, rentrait dans les lois de la nature qui déploie une prodigalité remar** quable pour la reproduction de toutes les espèces vivantes.

GéNÉRATlON. 85

CependaDt quelques objections fureut faites à Tcxistence des aDimalcules dans le sperme de Thomme : Spallanzani les considéra comme des animaux infusoires ordinaires, et rappela qu'il avait elTectué des fécondations artificielles avec de si faibles guttules de sperme, qu'il n'était pas possible d'admettre qu*el les continssent des zoospermes ; Buffon prélendit que ces animalcules n'étaient autre chose que ses molécules organiques (1) ; Needham (2) assura avoir découvert dans la semence du calmar « de petits corps à ressort, qui paraissent être analogues aui vers spermatiques, et qui pourraient faire douter que ces vers soient de véritables animaux ; » les uns prétendirent n'avoir pu découvrir les animalcules dans la semence de quelques animaux ; d'autres, au contraire, assurèrent en avoir aperçu dans la semence de quelques femelles de quadrupèdes; Vallisnieri, Heisler, et d'autres observateurs avancèrent que presque toutes les liqueurs contiennent des animaux semblables aux zoo* spermes; Bono (â) soutint que les animalcules étaient très visibles dans le sperme, mais lorsque celui-ci est corrompu, ce qui arrive en très peu de temps; enfin, un médecin de Montpellier, de la Plantade, sous le pseudonyme deDalempazius, annonça les découvertes les plus absurdes et essaya de tuer par le ridicule l'opinion de ses adversaires ; cependant cette plaisanterie fut prise au sérieux par quelques grands esprits : Buffon descendit jusqu'à réfuter les observations de Dalempazius et Boerhaave, s'appuyant sur elles, battit un système dont je dirai quelques mots plus loin.

(f ] Voyez plus haut le système de Baffoo, p. 70.

(2) N&uvellei découvertes faites avec U microscope, Leyde, 1747,

cbap. V.

(3) Article GiiiiiATioN, du Dictionnaire d^anatomie et de physiologie.

Paris, 1765.

86 FÉGONDATIOH.

Pourtant, malgré ces objections, la découverte de Leeu*wcnhoeck fut accueillie avec un engouement presque général; on crut enfin avoir pénétré le secret de la génération, et le zoosperme fut définitivement regardé comme le rudiment même du nouvel être.

Mais d'où venait cet animalcule? Par quelle voie mystérieuse étnit-il arrivé dans le sperme ? Les uns appliquèrent aux zoospcrmos le système de la dissémination avec lequel on avait voulu expliquer la présence du germe dans i*œuf; les nutros, adoptant les idées de Bonnet sur l'emboitemenl des gcrmrs, dépouillèrent Eve on faveur d'Adam de llieureux privilège d'avoir porté en lui toute la race humaine; « il fnut bien qno chacun ait son tour, dit l'auteur del'^W rfe faire fies garçons ; et je sais bon gré a Leeuwenhoeck d'avoir fait venir celui des mâles; mais si j'avais été à sa place, je ne m'en serais pas tenu In. Au défaut du mérite de l'invention, j'aurais voulu enchérir sur l'extravagance de mon antagoniste, la doubler, la tripler. Les infinitovistes n'avaient attribué qu'aux femelles la faculté tie renfermer en elles tous les individus do leurs races : les animovistes se sont contentés de la transporter aux mâles; pour ne point faire do jaloux, j'aurais libéralement accordé aux deux sexes cette contenance infinie. L'un aurait contenu les logements bAlis les uns dans les autres à l'infini (les œufs); l'autre auri>it renfermé tous leurs petits hôtes futurs (les animaux spormati(|ues) ; et je n'en aurais point fait à deux fois, je leur aurais tout de suite donné la vie dès le commencement du monde, avec le pouvoir de sauter, de cabrioler et de faire la culbute les uns dans les autres à l'infini, pour les amuser, les pauvres jietits, en attendant qu'ils devinssent grands; avec tout cela j'aurais encore délié les infinitovistes et les animovistes de trouver mon opinion plus ridicule que

fiÉNÉBATION. 87

ne le 8001 les leors. La divisibilité de la matière les rend toutes également possibles ; et plus elles sont difficiles a compren-» dre, plus elles semblent admirables à certains yeox (1).»

Le Camus se rappelant sans doute que Pythagore avait dit que le sperme était la fleur du sang le plus pur; Platon, une effusion de la moelle spinale; Epicurc, unepar^ celle de l'âme et du corps, et plus particulièrement Alcméon, une portion du cerveau (2) ^ Le Camus, dis-je, a voulu que le sperme fût l'assemblage d'une infinité de petits cerveaux (â). Quoique Tauteur ne s'en explique pas catégoriquement, il est probable que, dans sa pensée, les animalcules spermatiques représentent les petits cerveaux. Ceux-ci, primitivement produits par le grand cerveau, se rendent aux testicules par le moyen des nerfs ; celui de ces petits cerveaux qui doit produire le nouvel être, une ibis porté dans la matrice, s*y gonOeet ne présente d*abord qu'un petit cerveau qui donne successivement naissance aux extrémités, absolument comme les lobes d'une lève qui se gonflent d'abord et poussent ensuite la tige et les racines.

Le Camus ne fut pas le seul à ne tenir aucun compte des découvertes de de Graaf, de Sténon, et de Swammerdam. Les plus enthousiastes des animalculistes, répudiant toute solidarité avec les ovaristes et accordant à peine aux ovaires les fonctions que les anciens leur avaient attribuées, voulurent que l'animalcule, appelé à se métamorphoser, s'attachât à quelque point particulier de la matrice d'où il tirait la nourriture destinée à le faire croître. Cette opinion, en tenant comme non avenues des découvertes très légitimes

(4) Loc.eiC.p. 4 57 et 458.

(i) Plotarqoe, Det optnUms des philoiophei, liv. V, cbap. III.

(3) Mémoire iur diverê niieU de médecine, 4760, premier mémoire.

acquises à la science, s'enfermait ainsi dans un tel isolement que le nom de son promoteur n'est même pas arrivé jusqu'à nous (1). Les animalcuiistes plus sages accordèrent à la femme un râle plus actif, et, les uns restant fidèles au système d'Hippocrate, et les autres acceptant les données de la science sur l'existence des œufs, se porlogèrent en deux grandes écoles que je vais examiner sous les noms de semen* animalcuiistes et de avo-animalculistes.

E. Lf$ semen'aninMÎculiMteê,

Maupertuis est le promoteur de ce système (2) : admettant que la semence de Thomme et celle de la femme s'unissent dans l'utérus par une espèce d'attraction, il veut que les animalcules sperroatiques, sans être les rudiments de l'embryon, « servent à meltre ces liqueurs proli- Gques en mouvement; è rapprocher par là des parties trop éloignées, et à faciliter l'union de celles qui doivent se joindre, en les faisant se présenter diversement les unes aux autres. » Maupertuis avoue qu'après beaucoup de tentatives il n'a jamais pu rencontrer des animalcules dans la liqueur prolifique de la femme, et, sans croire formellement à leur absence, il n'est pas éloigné de penser qu'ils peuvent bien rester dans l'utérus. Dans tous les cas les zoospermes de l'homme suffisent pour remplir les fonctions qu'il leur attribue, et en terminant l'exposition de ses idées, Maupertuis s'écrie : <c Que cet usage auquel nous nous imaginons que les animaux spermatiques pourraient être destinés, ne vous étonne point : la nature, outre ses agents

(4) Bonnet, Connidéralion$ sur les corpn organitén, i. I, p, 4 f. (2) Vénui phyBiquf, 1'« partie, chap. XYII et XVIII.

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principaux pour la production de ses ouvrages, emploie qoelqueibis des mlDislres suballernes. Dans les isles do Tarchipel ou élève avec grand soin une espèce de mouche* ron qui travaille à la fécondation des figues. »

Ce syslème est un petit roman, qui ne repose sur aucune observation : sans m'arrèter à la semence de la femme dont l'existence n'est plus admissible aujourd'hui, sur quel fait expérimental Maupertuis s'appuie-t-il pour investir les animalcules spermatiques des fonctions de ministres subalternes de la nature? D'ailleurs, rendons justice à l'auteur qui a reconnu lui-même que sa théorie était un enfant de son imagination, et comme telle ne loi réservons que la place d'un simple souvenir.

F. Les oDoanimalculistei,

Quoique appuyé sur deux faits aussi importants que ceux de la présence d'animalcules dans le sperme de l'homme et de l'existence d'œufs dans les ovaires de la femme, le problème de la génération semble n'avoir pas fait un pas de plus, et sa solution , bonne ou mauvaise , que l'on devait croire la même pour tous, donne naissance, dans les nouvelles limites que lui imposait la connaissance des zoospcrmcs et des œufs, à presque autant de systèmes qu'en avaient produit les solutions par les deux semences , par les œufs, par les animalcules ou par la combinaison de ces éléments.

Les dissidences se montrèrent surtout & l'occasion du lieu où se faisait la rencontre de l'œuf et du zoosperme, et de la manière dont cette rencontre s'opérait. Aussi, pour mettre quelque ordre dans l'historique de ces opinions divergentes, convient- il de partager en deux ordres les ovoanimalculistes, selon que le lieu de rencontre de l'œuf et du

90 FitCONDATIOM.

loosperme sera la matrice oa i'ofaire, tout en rattachant à chaque nystème l'explication qu'il donne relatifement à Ja manière dont se fait cette rencontre ; nous aurons ainsi les ovo-animalculistes-utériiu et les ovo-animalculisteS'' ovariens.

Ovfy-animalculisteS'-utérins. — Deux opinions se sont produites sur ce terrain, selon que leurs auteurs plaçaient le germe, soit dans Tanimalcule spermatique, soit dans l'œuf. Leeuwenhoeck, qui prétendait à l'honneur de la découverte des zoospermes, attribuait à ceux-ci le rôle le plus actif dans la génération, et voulait en conséquence que les animalcules projetés dans l'utérus y attirassent les œufs et les y convertissent en de véritables embryons. On s'étonne qu'un esprit aussi émiiient que Leetiwenhoeck ait émis des idées qu'aucune observation ne justifie et que la raison repousse non moins sûrement que la science.

D'autres, appelant à leur aide cet aura setninalis dont le bon sens a fait depuis longtemps justice, à défaut des expériences de Spallanzani, veulent que cet aura^ porté jusqu'aux ovaires, « procure dans l'œuf ou dans les œufs mûrs de l'un ou de tous les deux ovaires, ce changement appelé fécondation qui met l'œuf en état de croître» de rompre su cellule, de tomber dans la trompe et de descendre dans la matrice (1). » Là, l'œuf ainsi fécondé rencontre les animaux spermatiques dont l'un parvient à s'enfermer dans son intérieur qui lui sert de lit et de logement. L'animalcule s'attache è la matrice par son /)/ac6n(a, et, protégé par l'œuf d'où il se garde bien de sortir, il se développe et attend l'époque du part.

La théorie des ovo-animalculistes-utérins, dégagée des

(I) Astruc, Maladiei dff femmeê. Paris, 4765, t. V, p. ft9.

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ténèbres dont les premiers partisans l'araient entourée, i été reprise de nos jours par M. Poucbet et par les physiologistes éminents dont je ferai tout à Thenre connaître les opinions, qui, jusqu'à preuve du contraire et malgré le fait des grossesses extra-utérines (i), me paraissent être les plus conformes i la vérité.

Ovo-animalculisteS'Ovariens. — Sur ce terrain encore, deux sentiments partagent les physiologistes relativement h la manière dont les spermatozoïdes arrivent à l'ovaire : les uns en rapportent tout le mérite aux animalcules, tandis que les autres trouvent les motifs de cette progression dans les contractions utérines.

Parmi les premiers nous trouvons Boerhaave ; et i la tète des seconds nous rencontrons Astruc.

Boerhaave qui, ainsi que je Tai dit plus haut, prit au sérieux les observations imaginaires de Dalempazius, veut que les zoospermes se livrent dans la matrice à une véritable course au clocher dont la trompe de Fallope est le but; là, dans cet espace réservé , éclate alors une lutte sans trêve ni merci ; les animalcules, avec toute la rage du désespoir, se livrent entre eux à un combat dont l'œuf est le prix; le plus fort ou le plus rusé, après avoir jonché le champ de bataille des cadavres de ses ennemis , va triomphalement \ers l'ovaire, en détache l'œuf qui lui appartient désormais par le droit de conquête, et le ramène dans l'utérus avec toute la pompe et tout l'orgueil de la victoire. — Ne vous semble-t-il pas assister à un de ces carrousels du moyen

(1) Beaacoap de travaux odI été faiu sur les grossesses extra-utérines et il n'est pas un seul traité d'accouchement qui ne leur consacre un ou deux chapitres. On aura une idée de tous ces travaux en consultant la thèse de concours pour l'agrégation de M. Alexis Moreau : Des groiiesses extra-utérinês, Paris, 4853.

92 FiCONDATION.

âge où le chevalier victorieux s'avance vers la tribune des darooiselles, relève enfin la visière de son casque, et reçoit avec récliarpe aux couleurs favorites, la main et le cœur de la dame de ses pensées? A Boerliaave ! quel immense tribut ton génie a-t-il payé, en cette circonslance, à la fragilité de la nature humaine, et combien tu nous rappellerais, si nous pouvions l'oublier, que les plus belles intelligences ne se peuvent jamais et complètement affranchir de Terreur !!!

Aslruc, ainsi que je le disais tout a l'heure, trouve dans les contractions utérines l'explication de la marche ascendante du sperme vera les trompes d'abord, et vers l'ovaire ensuite. « L'orifice de la matrice, dit-il (1), se ferme par la contraction des fibres circulaires qui l'entourent, et la .semence une fois reçue, ne peut plus s'écouler par là. Les fibres radieuses qui sont autour des ouvertures des trompes dans la matrice, se contractent, et par leur contraction tonique, l'ouverture des trompes se trouve dilatée; par une suite de la même impression, les trompes se raccourcissent et se redressent par la contraction de leurs fibres longitudinales; leurs pavillons conctractés s'attachent à la partie inférieure des ovaires que leurs bords frangés, qui sont de véritables muscles, embrassent étroitement. » Au milieu de ces contractions diverses, les libres musculaires de la ma* trice ne restent pas inertes, elles se contractent également et diminuent ainsi la capacité de l'utérus; «dans cet état, poursuit Astruc, la semence pressée par la matrice qui se resserre, et n'ayant point d'issue par l'orifice de la matrice qui est fermée, est obligée d'enfiler l'ouverture des trompes qui sont alors béantes; et par ce moyen elle est portée jusqu'aux ovaires qui en sont baignés. » Un animalcule, plus

(4) Maladiei df$ femmeê, L Y, p. 61 et soiv.

GÉNilATIO?!. 9â

agUe ou jdus heureux peut-êire^ s'insinue dans l'œuf par la fente de la tunique des ovaires, s'y niche, et vatlà^ s'écrie Aslruc , un œuf fécondé.

Les idées d'Astruc, à l'époque où il les émettait, durent jouir d'un certain crédit; elles ne choquaient ni la raison, ni la plupart des faits admis alors par la science ; mais aujourd'hui, quelques-unes de ces idées, celles surtout qui se rapportent à l'introduction du spermatozoïde dans l'œuf, ne sont plus acceptables, en raison des connaissances nouvelles acquises à la science, et que je vais exposer dans le paragraphe suivant.

État actuel de la science.

Malgré les connaissances plus positives que nous possé-* dons aujourd'hui sur le sperme et les œufs, et que j'ai précédemment exposées, le problème de la fécondation est loin d'être résolu; il est réduit, il est vrai, en deux points seu-* lement, mais ce sont les points les plus ardus et les plus difGciles h pénétrer; à peu près toute la question* est au* jourd'hui de savoir : l"* dans quel organe, ovaire, trompe ou utérus, se fait la rencontre du sperme et de l'œuf; 2' quelle est la nature de leur contact, l'essence de leur union.

!• Lieu où se fait la fécondation. — Les ovaires, les trompes et l'utérus ont été tour à tour regardés comme la scène sur laquelle se rencontrent le produit mâle et le produit femelle. Des expériences nombreuses et contradictoires ont jeté la confusion sur cette partie du problème, et l'on hésite à accorder sa con6ance ou aux physiologistes qui assurent avoir trouvé du sperme jusque dans l'ovaire, ou à ceux qui nient positivement la réalité de ces observations. Cependant, en lisant sans esprit de parti et dans le but unique d'arriver à la vérité, la relation de toutes les expé-

9& PiCORiATIOII.

riences et les argnroeots de chaque ad? enaire, on ne peut se défendre d'un sentiment de préférence pour la théorie de M. Pouchet qui place dans Tutérus ou dans la partie des trompes la plus voisine de cet organe, la rencontre de l'œuf et du sperme. « La structure des trompes, dit-il , leur vitalité, et la nature des xoospermes empêchent de supposer que ce fluide {le sperme) puisse remonter plus haut, et d'ailleurs le mucus infranchissable, qui remplit ces conduits, oppose aui spermatoioaires un obstacle invincible (1). »

L'ouvrage de M. Pourhet est trop connu pour que j'analyse seulement les arguments et les expériences qu'il cite è l'appui de son opinion, et, malgré une récente communication de M. Coste (2) & Tlnstitut, parlaquclle l'auteur répudie sa première manière de voir pour placer le siège de la fécondation dans l'ovaire, je crois, d'après quelques cipériences personnelles dont il est inutile de surcharger cette introduction, je crois, dis-je, que la rencontre de l'œuf et du fluide séminal se fait normalement dans Tutérus ou dans la première portion des trompes.

Les grossesses extra-utérines ne peuvent plus être considérées aujourd'hui comme un argument en faveur des fécondations ovariennes contre les fécondations utérines. Âstruc, Marc, Lallemand, Velpeau, etc., ont suflisamment montré que ces grossesses anormales étaient produites par quelque sensation ou quelque émotion extraordinaires au moment du coit ; cette explication me parait encore plus plausible et surtout mieux démontrée par des observations scrupuleuses que cette assertion, émise par des physiologistes recommandables d'ailleurs, tels que MM. Pouchet et Courty,

(4) Théftrie poêitive de l* ovulation spontanée et de la fécondation. 4 vol. în-S. 4847, p. S98.

{%) Académêê dm miencm, séanoeda S9 mai 4a50.

GftiltlIATION. -96

par eiemple, et par laquelle on voudrait que l'œuf, tombé dans l'abdomen au moment de refiroî, y fât fécondé plus tard par le sperme. Si le sperme ne peut, par les raisons que M. Poucbet lui-même énumère, parcourir les trompes, il est impossible qu'il arrive jusque dans l'abdomen pour y féconder l'œuf qui serait tombé dans sa cavité. Il est plus rationnel d'admettre que l'œuf a déjà reçu l'imprégnation de la liqueur séminale, lorsque par suite des sensations et des émotions extraordinaires dont je parlais plus haut, il quitte le lieu normal de sa résidence, soit pour se fixer dans les trompes, soit pour tomber dans l'abdomen.

2® Union de Vœuf avec le sperme. — La nature de l'union du principe générateur mAle avec le principe générateur femelle échappe complètement i l'observation dans l'état actuel de la science. Prévost et Dumas, trompés par les apparences , pensaient qu'au niveau de la matricule dans l'œuf des oiseaux, il existe un pertuis dans lequel ils croyaient avoir vu des spermatozoïdes s'introduire dans le vitellus. Barry prétend avoir observé la même disposition sur la lapine, et avoir vu aussi un zoosperme s'enfoncer dans la zone transparente qui circonscrit l'ovule. M.Pouchet assure que ses recherches sur les mollusques semblent parfaitement constater l'existence d'une solution de continuité à la surface de la membrane vitelliiie.

Mais toutes ces observations n'ont pas tellement un caractère d'authenticité qu'on les doive accepter comme l'ex* pression fidèle de la réalité. Je préfère admettre que l'union du principe générateur mâle avec le principe générateur femelle se fait par endosmose, et que, lorsque le sperme se trouve en contact avec l'œuf^il s'établit à travers celui-ci, de dehors en dedans, des courants spermatiques qui entraînent avec eux les spermatozoïdes.

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