ACTE OVARIBN
face» mais ne s'isolent et ne se pédiculeot jamuis, comme chez l'oiseau. Toute la portion de la vésicule qui s'élève au-dessus de l'ovaire devient mince et transparente» tandis que les vaisseaux , comprimés par suite de la dilatation, s'atrophient, s'oblitèrent même dans le point le plus saillant.
Parvenus ainsi au terme de leur accroissement, les vésicules semblent rester stationnaires jusqu'au moment où une surexcitation provoquée, soit par In maturité de l'œuf, soit par le rapprochement des sexes, vient en déterminer la rupture. Sous l'influence de cette stimulation , le liquide qui les remplit est sécrété en plus grande abondance et distend la cavité outre mesure; aussi ses parois se déchirent dans le point le plus culminant, et, en se rétractant, expriment avec violence le liquide qu'elles contenaient. On a comparé cette rupture h celle d'un abcès qui s'ouvre spontanément pour la pression du liquide et pour la résorption des parois.
Le liquide exprimé pnr le retrait du follicule, rencontrant sur son passage le disque proligère et l'œuf qu'il renferme, détache et entraîne celui-ci, pendant que de son c6té le pavillon de la trompe vient le saisir et le diriger vers son intérieur, par l'action contractile dont IS trompe est douée, et par celle des cils vibratiles développés sur le pavillon et dans son intérieur et dont l'action s'exerce de dedans en dehors, selon les observateurs qui en ont constaté l'existence.
La rupture de la vésicule ne se fuit pas sans une inflammation assez intense, laquelle se traduit par une sorte d'hypertrophie et de tuméfaction de la membrane interne, et par la dilatation des vaisseaux qui se trouvent dans son épaisseur. Le feuillet externe, au contraire, fibreux, élas- |i'{ue, en ropport avec le stroma do l'ovaire, ne participe
6d PÉGONDATION.
pas 0 rinflamrontion , et commence h se rétracter. La rétraction de ce second feuillet, coïnciilant avec la tuméfaction du premitT, qui est lié avec lui dans certains points par des brides fibreuses, détermine dans le feuillet interne la formation de plis qui, croissant de plus en plus, arrivent bientôt au contact et donnent à l'intérieur de la vésicule ovarique l'aspect des circonvolutions cérébrales. « Ce n'est qu'en dernier lieu et assez tard, dit M. Pouchet,queles circonvolutions, après s'être avancées lentement vers la partie centrale de la vésicule, parviennent k s'y rencontrer et h se (confondre, et alors la cavité de cet organe se trouve désor* mais totalement remplie par l'extension di> la membrane propre ; alors celle-ci constitue un corps plus ou moins globuleux ou ovdide, dont Tintéricur présente une couleur d'un rougr grisâtre ou jaunâtre pâle, et une consistance pulpeuse qui semble tout ù fait analogue à la substance grise du cerveau : c'est là le corps jaune ^ corpus luteiim(l). »
Les corps jaunes ont été, depuis leur découverte, le sujet de plusieurs controverses. Huschke, adoptant dans son entier la théorie de la ponte périodique, veut que l'on distingue les corps jaunes en vrais et en faux^ les premiers succédant è la fécoAdation, et les seconds survenant après les règles. Mais cette distinction est inadmissible dans l'état actuel de la science, car il est impossible d'alTirmcr aujourd'hui que la menstruation implique toujours et fatalement la rupture d'une vésicule de de Graaf.
Ku égard aux relations qui existent entre l'utérus et l'ovaire, on peut dire que la durée des corps jaunes est très longue. Le corpus luteum a atteint son apogée vers la fin
( I ) Thème paitite de Vovulatwn sponianée. Paris, 4 847, 4 vol. in-8.
étHÉKAtioif. 6S
flo premier mois de la gestation. Au quarantième jour, il y a adhérence des plis de la membrane interne et la tumé- Taction est la plus grande possible. Il reste dans cet état jusqu'au troisième mois; au quatrième, il diminue de volume, mais lentement ; vers le huitième mois, il a encore le tiers de son volume. Au moment de l'accouchement, il a le volume d'une cerise ; un mois après, il ressemble à un tubercule lardacé et est gros comme un pois.
Les ténèbres qui enveloppent les débuts de la vie sont aussi éfiaisses que celles qui en masquent le terme. Des théories sans nombre, des hypothèses diverses, ont été émises pour percer ces ténèbres, et l'histoire de ces théories, dont la connaissance importe plus qu'on ne croit, mérite de trouver ici une place.
Quels que soient le nombre et la diversité des systèmes produits, on peut tous les ramener è deux principes seulement : l'un admettant que l'individu nouveau se forme de toutes pièces par le mélange de ce que fournit l'un et l'autre sexe^ et l'autre soutenant que l'un des sexes fournit le germe qui, à la suite de divers développements, constituera l'individu nouveau.
Le premier de ces principes est dit théorie de l*épi* genèse;
Et le second est connu sous le nom de théorie de l'évo^ ItUion.
J'aurai pu prendre chacune de ces théories comme un centre autour duquel se seraient groupés les systèmes qui reconnaissent son principe, mais j'ai craint la confusion.
L'ordre chronologique m'a paru préférable, parce que
de nos jouri), grâce aux progrès de Tanatomie, la question de la préexislencc des germes a perdu presque à peu près sou importance, et que de tous les problèmes anciennement débattus il n'en reste réellement plus que deux, par Texamen desquels je terminerai ces considérations physiologiques.
k, 1jp9 séminiêtfH.
llippocratc et Âristote ont fourni, chacun séparément, les points de départ des variétés d'opinions qui ont la semence pour base : l'un , en attribuant un rôle h peu près égal aux deux sexes dans l'acte de la génération, et l'autre en réservant au mftie seul la faculté réellement active et réellement productive.
llippocrate (1) admettait chez l'homme et chez la femme deux sortes de semencos : la semence forte, qui produisait le mftie, et la semence faible, qui produisait la femelle. Selon la prédominance de l'une ou de l'autre de ces semences, naissait un homme ou une femme : <« Si la semence plus forte vient des deux cdtés, dit-il, le produit est mftie; si la semence est plus faible, le produit est femelle. Celle des deux qui remporte en quantité prédomine aussi dans le produit : si, en efTet, la semence faible est beaucoup plus abondante que la forte, la forte est vaincue, et, mêlée à la faible, se transformf* en femelle ; si la forte est plus abondante que la faible, la faible est vaincue et se transforme en mftie. De même si , mêlant ensemble de la cire et de la graisse, et mettant plus de graisse, on fait fondre le mélange au feu, tant qu'il sera liquide , on ne distinguera pas quelle est la
(1) OEuvres iT llippocrate, trad. parE. Littré; liv. De la Généba- Tio!» Parib, l«5«. t. VII, p. 47î».
GÉNÉBATION. 65
sobslancc qui l'emporte; mais après coagulation, on recon» nait que la graisse est plus abondante que In cire. Il en est ainsi pour la semence mule et pour la semence femelle (1).»
Comme on le voit, Hippocrate est très explicite, quand il s'agil de la prédominance simultanée chez les deux sexes de Tune ou de l'autre semence; mais il se tait sur les résuU tats qu'amènerait le mélange égal de la semence mâle d'un c6ié, et de l'autre de la semence femelle. Dans ce système, et le cas échéant, ne pourrait-on pas considérer cette circonstance comme une cause de stérilité relative?
Mais ne nous arrêtons pas à de semblables hypothèses, et poursuivons.
Cette double semence venait de toutes les parties du corps, et en constituait la portion la plus active, la véritable essence. L'une, celle de l'homme, avait pour réservoirs les testicules, et celle de la femme était tenue enfermée dans la matrice. Pendant l'acte de la copulation, la semence de l'homme se mêlait à celle de la femme dans l'utérus, et de ce mélange, rendu écumeux par la chaleur de la matrice, résultait le nouvel individu, comme par l'effet d'une cristallisation animale.
Hippocrate, qui rapportait ordinairement les causes des actes biologiques et pathologiques à une force inconnue qu'il nommait evoppv, a recours cette fois aux lois d'une physique grossière dont je demande la permission de citer un échan* tiJIon : «Si la semence venue des deux parents, dit-il, demeure dans les matrices de la femme, d'abord elle se mêle, attendu que la femme n'est pas immobile; elle se condense et s'épaissit en s'échauiïant ; puis elle a du souille, et parce
(4) Œuvres complètes d'Hippocrate^ traduites par M. Liltré, t. VII, p. 479.
66 FtCONDATION.
qu'elle est en lieu chaud et parce que la mère respire. Quand elle est remplie de souflle, le soufDc se fait à luimfime une voie vers Texlérieur, au milieu de la semencei par où il sort. Quand une voie vers Textérieur a été faite au souffle qui est chaud, un autre souffle froid vient de la mère par inspiration. El celte alternative dure tout le temps La semence ainsi soufflée, s*enloure d'une membrane; autour d'elle s*clend la partie extérieure qui est continue» a cause de sa viscosité. C*esl ainsi que sur le pain cuit s'étend une mince supcrflcie membraneuse ^ car le pain échauffé et rempli de souffle , se soulève , et là où il est soufflé se forme la substance membraneuse (1). o
Roussel (2), en adoptant les idées du père de la médecine, les a débarrassées de cet arsenal inutile, et lésa ramenées dans le véritable giron hippocratique, c'est-à-dire sous le pouvoir de l'evopaov.
GrAce à la présence de la semence chez la femme, et gr&ce à l'hypothèse de la semence forte et de la semence faible, on expliquait facilement la ressemblance entre les enfantH et les parents, l'hérédité de certaines maladies, le sexe du produit, etc. IVIalheureuscment, si la théorie était attrayante, les bases qui lui servaient de fondement ne pouvaient souffrir un examen un peu sérieux. U'abord, Uippocrate n^appuie sur aucune preu>e l'existence de la double semence; il établit comme article de foi, comme un axiome qu'il n'est pas nécessaire de démontrer, la présence chez rhomme et chez la femme de la semence mêle et de la semence femelle.
Pour établir que la femme possède, comme l'homme,
{!) OEuvrcs compU'ti'S d'HipiKtcmU'^ traduites par M. Liliré, l. VII, p. 487 el 4S9.
.'t) Systèmi.' lihysitjuc et moral de la femme, édition Cerise, p. 201.
GiNÉRATIOR. 67
anc liqueur indispensable h la génération, il se fonde sur les quatre propositions suivantes :
1° La femme rend de la semence comme Thomme ;
2* Elle ressent la môme volupté;
3*" La tendresse pour les enfants est égale deux cAtés;
&® Les enfants ressemblent aux deux époux.
La première de ces propositions pouvait élrc acceptée comme vraie du temps d'IIippocrate, mais les progrès de la science ne permettent plus aujourd'hui de comparer nu sperme In sérosité que sécrètent la plupart des femmes pendant l'acte du coït.
La volupté, d'après Hippocrnte, étant duc chez Thommc a l'émission du sperme, il était raisonnable d'admettre que chez la femme les mêmes effets étaient produits par la même cause. Je prouverai ailleurs que l'émission du sperme, loin d'être le promoteur de la volupté, est, au contraire, le signal de sa terminaison.
La tendresse pour les enfants est rarement égale des deux côtés : dans la grande majorité des cas, l'amour ma-* ternel laisse bien loin derrière lui l'affection du père, et l'on ne peut recourir, pour l'explication de faits purement physiques, à des considérations morales, essentiellement variables selon les circonstances au milieu desquelles elles se produisent.
Enlin^ la ressemblance entre les enfants et le» parents n'est pas une preute tellement exclusive de Tcxistence de la semence chez la femme, qu'elle n*ait été également et tour à tour invoquée par les ovaristes et les animalcul istes.
Conume on le voit, les raisons sur lesquelles se fonde Hippocratc pour admettre une liqueur séminale dans les deux sexes n'ont pas plus de fondement que la proposition
08 FÉCONDATIOS.
iiar la<iucllu il soulienl que la semence mâle est sûitl-Uo
du côté droit, et In semence remelle du cillé {•niitlie (1).
Aristote ('2) s'éloigne de ro|iinion d'Ilippocrnle eu n'admettant pas une semence chei la femme. C'est au s menstrues qu'il attribue le râle que In femme joue dans Tucle de In génération, et r.'cst à ce sang qui constitue la base de l'individu nouveau, que le sperme de l'homme vient donner la vie et la forme qu'il doit rovMir; en d'autres termes, et pour nous servir des e»|ires5ions métaplioriqucs d'Aristole lui-métne, le sang des règles est le mnrbre, le sperme le sculpteur, et te fœtus In statue.
Avicenne adoptn, sans la modifier, la tiiéorie d'Aristote, et la répandit ainsi dans tonte l'érole arabique.
Malgré d'incontestables progrès accomplis diins cvttu partie de la science, malgré les cupifriences de llaney, et les di^couverlcs dn Sténon, de de Granf, de Snammcrdam, JeHam,deLeeuwenliuekel llorlsœker.quclques modernes ont repris les idées d'Hippocralc et d'Aristote, en leur imprimant seulement le caractère du systime scientifique dominant h leur époque. Ucscartes, que l'on s'étonne de trouver ici en compagnie des péripotéticiens, veut que l'individu nouveau se forme par suite d'un mouvement du
(I) C'est i colle opinion d'Hippocrato qui! faut faire remonter l'itaege que daa matrones c^uscrvem mËmo encore aujourd'hui dans certains pays, du faire couclior par terre uno fenime grosse el de lui ordonuer ensuiio do se lever. Si elle prend son point d'appui à droite, l'enfant A DalLru sera un gardon, ut vkt versa. De nombreuses observations BoaUimo-iialhologiques proteste raient facilement contre l'opinion d'UippocrelL', si tout te monito no savait pas qu'un homme privé d'an testicule engendre indi^iincteuieiil des dites el des garçons.
(S) Util, animât., lib. Vil, cap. xtii, et Genrrat. animai. ,liix. II,
OÉlfiRATION. G9
fermentation qui s'établit dans les semences des deux sexes. PascholiSf fidèle aux principesdeTécoleiatro chimique, voit dans la semence de l'homme une substance acide, et dans celle de la femme une substance alcaline , et considère le fœtus comme le résultat de la combinaison de ces deux corps hétérogènes. Roussel , cAtoyant la philosophie de Rousseau, prête à la matrice un admirable instinct : «Dans notre supposition, dit-il, la semence, au lieu d'être un amas d*organes ébauchés, ne sera qu'une matière animalisée, dont chaque partie sera capable de devenir un centre d'activité, comme chacun d'un morceau d'un polype peut devenir un polype. Cette matière, lancée dans la matrice, s'y attachera en totalité ou en partie; cet organe, frappé par la sensation qu'il désirait, et que la présence de cette matière lui procure, s'en emparera aussitôt, y ajoutera ce qui lui manque pour former un fœtus, la couvrira des enveloppes qui doivent la mettre à Tabri des accidents, et concourir avec les autres moyens à lui donner le degré de perfection qu'elle y doit recevoir (1). » Maupertuis(*2), dominé par les idées matérialistes de son école, reconnaît que les semences des deux sexes contiennent toutes les parties de l'individu nouveau, et que dans leur mélange, pendant le coït, chacune de ces parties s'attire et s'agrège par une sorte de cristallisation.
Malgré son immense génie et son talent d'observation, Buffon (â) n'a brodé qu'un roman sur les idées d*Hippocrate, et ses molécules organiques et sa force vitale qu'il ne faut
(1) Système physique et moral de la femme^ chap. III, p. 300, édition Cerise.
(2) Vénus phymque.
(3) Histoire naturelle, t. III, chap. ii, m, iv, vi, vu cl vin, t. IV, chap. X el XI.
70 FkCONDATION.
pM «wfiMiilrc a\ne celle île Gardiez, t-oul les fruit» d'uno iMH;wilinn brillaiile et amoureuse ilii merveillcui,
D'ipr^ cet illuïitro iialurolisk% il exiMe ilans la nnlurc émit oulièref, t'uitc vivante, et l'autre morte, i|iii, pur leurs ditvrwt combinaisons, donnent naissance à tous les êtres ot^iiniitûii. La matière vivante est formée par une iniinilé ilo petites particules incorruptibles, iiiijiérisitables, passant tour t tour (les végétaui aux nnimuiiv, cl des animaux nut v^étaut, pur lu nutrition et la mort, et dont, par consi^quvnt, le nombre est à jainai.4 délcrmini^ dans l'univers; cet particules sont ce que BulTuii appelle tes niolécules organiques. Ces molécules, doiit la forme est indécise, sa moulent d'uliuril Kur les végétoux et les animiiui, et corn courent ensuite à leur nutrition et à leur dételoppement. Lorsque co développement est complut, les aniinaui et les végétaux renvoient dans des réservoirs spéciaux les molécules superflues, après toutefois <|ue ces molécules ont rovAtu la forme de» organes où elles étaient contenues, de telle sorte qu'elles sont des extraits de toutes les parties du corps.
Tel est le mode de formation des semences de l'un cl l'autre sexe.
Pour accomplir la génération, ces semences se mêlent pendant te coil, ctlaméme forrequi tantôt assimilaitlcs molécules organiques aux parties du corps pour nourrir cl faire croître celles-ci, les rapprochi? alors et les fuit s'agréger, La prédominance des molécules du mâle, ou des molécules de la femelle, rend compte du sexe du proJutt ; la formation de la semence, qui est lu réunion des muléculei organiques Hiipcfflues, fuit comprendre la nécessité de certains phénomènes, tels que l'impossibilité de reproduire son semb'able avant l'époque du développement, la maigreur qui suit les ibns vénériens, cl l'embonpoint, au contraire, qui earac-
GÉlVÉRATIOll. 71
tërise les eunuques et les animaux mutilés, etc. La ressemblance entre les enfants et le père ou la mère tient à une plus grande quantité de molécules organiques fournies par le mAle ou par la femelle, et la supériorité numérique des garçons sur les filles dans l'espèce humaine aurait pour cause la faiblesse plus grande des femmes, qui fournissent une semence plus faible que celle de Pbomme , ou qui en émettent moins que lui.
Je le répète, malgré le génie de Buffon, cette tbéorie est insoutenable» parce qu'elle ne repose sur aucune obser-* vation rigoureuse. Il n'est pas vrai qu'il existe deux ma* tières, Tune vivante, l'autre morte : la matière organisée n'est que la matière générale modifiée par un principe inconnu qu'on appelle la vie et qui tend sans cesse à se dér Iruire pendant que la matière générale tend à s'organiser. De plus, d'où viennent ces moules constitués par les ani* maux et les végétaux 7 et puis, si les molécules organiques tenues en dépdt dans les testicules de l'homme et dans les ovaires de la femme, ne sont que la reproduction de certaines parties du corps^ de quelle manière comprendre que des enfants bien conformés naissent de parents mutilés, et comment expliquer l'existence des parties annexes du fœtus?
Si de pareilles difficultés naissent des conclusions de la théorie, que sera-ce si nous abordions les bases mêmes du svslème? De quel droit Buffon donne-t-il aux animalcules spermatiqucs les propriétés qu'il reconnaît aux molécules organiques? et par quelle expérience a-t-il reconnu que le liquide contenu dans l'ovaire était identique avec la liqueur séminale de l'homme?
Non, cette théorie^ quelque brillanle qu'elle soit, quelque autorité, quelque garantie qu'elle puise dans le nom
72 FtCONDATION.
de son auteur, ne peut pas plus être admise que les idées d'Hippocrote, d'Aristolc et de tous les séminisles (1).
B. Le$ ovariêiei.
Jusqu'à la renaissance des lettres, c'est-à-dire jusque fers la fin du xV" siècle, les physiciens, comme on appelait alors les physiologistes, se contentaient du système d'Hip* pocrate ou d'Aristote, et ne concevaient pas autrement la génération que par le mélange de la liqueur prolifique de l'homme, avec un liquide également prolifique fourni par la femme, que ce liquide fût de la semence, comme le voulait Hippocrate, ou qu'il fût constitué par les menstrues, ainsi que le prétendait Aristote.
Mais, lorsque les sciences prirent un nouvel essor sous l'inspiration des savants chasses de Constonlinople, l'anatomie et la physiologie secouèrent les langes dans lesquels les avait tenues enfermées le moyen âge , à ce point que Harvey, rompant avec les anciennes traditions, proclama son aiiome célèbre : Omnevivum abovo.
A peu près à la même époque, Sténon, de Graaf et Swammerdam se disputèrent l'honneur d'avoir découvert, dans les testicules de la femme, autre chose que ce que les anciens s'étaient obstinés à y voir, et proclamèrent que ces organes, loin de sécréter une semence, comme l'avait pensé l'école hippocralique, étaient des réservoirs dans lesquels la nature déposait les œufs que devait féconder le
(I) Le système do Buflbn a trouvé beaucoup do contradicteurs, mais les plus im|>ortanls sont Hallcr (//ixfotr/* mi/uri'/M, Ch. Bonnet ( CoMideralions sur les corits organises), et l'auteur anonyme de VArl de faire des ynrçons, que l'on fcait être Procopc Coutreau.
sperme de rhonime;en conséquence, ces organes cessèrent de s'appeler testicules et prirent le nom d^ovaires.
Le mystère de la génération parnt, dès lors, h jamais dévoilé, et à la femme seule fut dévolu tout le mérite de la propagation de l'espèce.
Les partisans de Técole qui se forma à la suite de la découverte des œufs sont connus dans riiisloire sous la dénomination d'ovarisles.
Harvey avait été amené h dire que tout animal vient d'uQ œuf, par l'observation de ce qui se passe chez les ovipares, et à attribuer, dans l'acte de la génération, le rôle prin-» cipal à la femme, par analogie avec celui de certaines femelles qui pondent leurs œufs avant même d'avoir été fécondées. Plus tard, lesovaristes trouvèrent d'autres points de comparaison, non-seulement dans la série animale, mais encore parmi les végétaux, et ces études comparatives les amenèrent a admettre également pour l'homme la préexistence des germes. En effet, il était didicile de nier que dans les plantes, la graine existe en rudiments dans la fleur, bien avant que le pollen lui-même soit arrivé à maturité; que dans la classe des oiseaux, l'ovulation ait lieu chez les femelles vierges; que chez les poissons, les reptiles batraciens, la fécondation ne s'opère qu'après la sortie des œufs, etc., etc. En même temps, Spallanzani constata la présence de têtards dans des œufs de grenouille non fécondés, et ïlaller fit la même remarque à l'égard de l'œuf de poule, à l'occasion du vitellus qu'il regarde comme une dépendance de l'intestin du fœtus.
Les ovaristes, auxquels étaient faites des objections que je rapporterai tout h l'heure, étayaient leur système sur diverses autres considérations. Ils citaient, comme prouvant la préexistence du germe chez la femelle, ce qui se passe
7& P^GORDATIOIV.
chez certaines espèces animales, où une seule ropiilalion suffit pour féconder plusieurs générations successives : cette particularité esl, en eflety incontestable chez les pucerons, où neuf générations sont produites par une seule fécondation, et chez les monocles, où cet efTet s'étend jusqu'à la quinzième génération.
Enfin les expériences, lentées d'obord par Swammcrdam, puis par Roësel, et en dernier lieu par Spallanzoni, et ayant pour but des fécondotions artificielles, parurent aux ovaristes ne loisser aucun doute sur la préexistence du germe dans l'œuf de la femelle.
Mais, objectait-on aux ovaristes, en admettant cette préexistence, comment expliquer la ressemblance de l'enfant et du père? comment se rendre compte de certaines monstruosités, et comment concevoir l'influence du mAle dans la production des hybrides chez les végétaux, des métis chez les animaux, et des mul&tres chez Thomme? Evidemment, répondairnt les ovorisles, le mAle joue un rdie queN conque dans l'acle de la génération; sans lui, la reproduction est impossible, et les œufs, condamnés i\ subir son influence, ne roroivent l'impulsion que de lui.
Mais, cette influence, il leur était impossible de la spécifier et de lu limiter; ils la reconnaissaient comme indispensable, et lui ropportaient les difficultés qu'ils rencontraient dans leur marche. D'ailleurs, ajoutaient-ils, Taccouplement irrégulier d'où résultent les hybrides et les métis n'a guère lieu qu'entre des espèces et des variétés fort rapprochées, et n'a jamais été ol)«4cr\é entre des espèces un peu distantes; on doute nu>me de la possibilité du jumart, qui résulterait du ra|iprocliement du taureau et de la cavale; de plus, ces produits, s'ils ne sont pas stériles, ne peuvent donner naissance à un nou>el être que jus(|u'à un certain nombre de
GÉKiRATIONk 75
générations, et reviennent promptement au type maternel, s'ils sont abandonnés à eux-mêmes. Par conséquent, tout en admettant Tinfluence du mâle dans l'acte de la reproduction, il faut reconnaître que le rôle principal est dévolu à la femelle, qui est le dépositaire des germes que le sperme vient aviver.
Mais ce germe préexistant h toute fécondation, quand et comment se forme t- il? Est-ce une partie inhérente et essentielle n l'organisme de la femelle, comme la matrice, la glande mammaire, etc.? où est-ce le produit d'une sécrétion plus ou moins lente? En un mot, par quelle mystérieuse opération le germe se trouve-t-il logé dans le corps de la femme?
A ce point de vue, les ovaristcs offrirent entre eux trois principales dissidences que je vais ropidemcnt passer en re\ue.
1® Panspermie, ou dissémination des germes. — Dans ce système, les germes de tous les êtres vivants, tant végétaux qu'animaux, auraient été créés dès le commencement du monde et répandus dans l'espace, attendant, pour se dévelop|)er, des corps capables de les retenir et de les faire croître, c'est-à-dire des corps semblables à eux. La faculté dont jouissent tous les êtres vivants de reproduire plus ou moins exactement les parties dont ils sont accidentellement privés était le motif principal sur lequel reposait cette étrange opinion. Il est incontestable, en effet, que cette faculté est réelle, et d'autant plus appréciable que les animaux sur lesquels on l'observe sont moins élevés dans l'échelle zoologique. Mais, en acceptant cette hypothèse, il faut nécessairement admettre un terme à toutes les espèces vivantes connues, cnr, quelque considérable que l'on suppose le nombre des germes créés, ce nombre va graduelle-
mcnl s'aiïiiiblissanl
on instant où noiro f-lolie mnnquern tout il In Tois de vi^g^-
loux et (l'onimauK. Mois il c$t inutile do nous nrrrter plus
tunglem}>$ sur un syslùnie dont l'ubsurditiJ Tait tout (c
mérite.
2° EmboUemenl lies germes. — Ccsyslf-mc, inicnlépar Vallisnicri ou Swanimerdiini, et Hf^fendu nvee nrdenr pnr Bonnet, veut qui- ùnws l'ovnire de In premitTc fentinu se soient trouvés les gprines de toute In race humaine. Cette opinion bitarre, (]uc Mnlcbninclic n'u pas craint il'udopter, étonne l'esprit sur la divisibilité de la matière. Le privilège de rinlîni dont on n doit!' notre première mère doit Cire égiitement allribui^ à toutes les femmes, de telle sorte (]n*il Taut admettre non-scnleniont un iuRnî créé, mats encore une inKnilé d'infinis créés ocluellcnient existants, et une infinité d'înlinis a \cnir: Oîi s'arrêter sur relie pente incoinmensuroble? D'ailleurs, l'iiifini est-il bien de ce monde, et esl-il donné à t'homme de jouir d'une chose sons Un? Pour échapper ù cette objection, les partisans de rcmbottemenl des germes ont odmis que cet emboîtement avait un terme, et qu'à un moment donné tes oeufs n'en contiendraient plus d'autres. Cette concession failc aui dogmes religieux est loin de lever toutes les dtflicultés; il reste h savoir comment Kve a été instituée la première dépositaire du genre humutn, et combien cliuijue femme revoit pour su part du germes emlioités, (^luelque faible que soit celle part, et en considérant le pi-tit nombre d'individus qui voient te jour en comparaison des germes créés, on se prend n douter de la sagesse de la nature, qui sncrilie li un seul inditidu des millions et peul-étre de* milliards d'êtres sur lesquels su puissance créatrice s'était étendue
Malgré l'outorité et le talent de ses défenseurs, cette
cause, trop rortcmciit compromise par les élans d'une imagination amoureuse d'hypothèses, n*a pas trouvé grâce devant la postérité, qui, cette fois, s'est rangée à l'avis de Buiïon contre Bonnet.
â' Génération gemmipare^ ou unovisles. — Harvey , qui, le preroier,'avait formulé Taiiome : Omne vivum ab ovo^ et qui, selon l'heureuse expression de Maupertuis (1), fit un massacre savant d<!S biches et des daines des parcs de Chafles I", désespérant de pénétrer jamais expérimentalement le secret de la génération, eut recours h une hypothèse étrange: comme il n'avait jamais rencontré, contrairement à Verheyen, des traces de sperme dans la matrice et les ovaires, il avança que la femelle est fécondée par le mâle, comme le fer, après qu'il a été touché par l'aimant, acquiert la vertu magnétique. En terminant cette dissertation obscure, Harvey finit par comparer la matrice au cerveau, et veut que l'une conçoive le foetus comme Vautre les idées qui s'y forment.
L'opinion de Harvey a trouvé des partisans dans les temps modernes ; seulement l'action sécrétoire a été enlevée à la matrice et dévolue à l'ovaire. MM. Grimaud de Caux et Martin Saint-Ange sont on ne peut plus explicites sur ce point : « Ce n'est pas ici le lieu, disent-ils, de prouver que le produit fourni par l'ovaire est le fait d'une véritable sécrétion ; c'est , pour nous, une vérité que nous essaierons peut-être un jour d'établir sur des fondements irrécusables. Nous dirons seulement aujourd'hui que les grains que l'on remarque h la grappe des gallinacés ne sont pas des œufs; que la poule, par exemple, ne perd pas un grain de sa grappe toutes les fois qu'elle pond un œuf; que chaque
(1) Vénui pAysigutf, chap. vu, p. 54, édition de 4777.
gruin, nu contrnirc, doil être considiSré comme un conduit excréteur de l'orgnne de sécrëtion qui est pro|)remont l'oviiirc. Or, si l'ovaire est un orgunc sécrétoirc, il est évident qu*il rentre dans la condition de tous les autres organes analogues de Téconomic animale, qui, avec des matériaux semblables apportés par le sang artériel, fournissent chacun des produits nouveaux et diiïérenls en tout point des éléments qui ont concouru h les former (1). »
l)*après les faits récents acquis k la science, il faudrait supposer, en admettant l'opinion de MM. Grimaud deCaux et Marlin*Suint-Ange, que la sécrétion ovarique précède de beaucoup toutes les autres fonctions de ce genre , car Mi\l. iNégrier, Bischofi', Courty, et (loste en particulier, ont fait des observations confirmatives de celles de Carus qui avait rencontré des œufs dans li*s o> aires des fictns, de telle sorte que la femme enceinte porte avec elle trois générations.
Ces faits, <|ui nous nunèneiil h la théorie de l'évolution dont nous éloignaient les idées de llarvey et celles de MM. (irimaud de (]au\ et Mnrtin-Saint-Ânge, établissent que Tiruf e^t un élément anatomique, et, comme tel, se formant de toutes pièces.
Dans les divers systèmes auxquels donna naissance la découverte des œufs, et que je viens d'e\poser, on accordait le nMe principal , dans l'acte de la génération , à ces nouveaux organes de la femme, et l'on n'attribuait au sperme qu'une faculté pénétrante, active, capable de féconder Tœuf en donnant la vie h l'embryon qui y est con-
Ij /*/»t/«io/«j/iV (/f /Vs/H'iv ^ histoire tic lu ijnirnilion ilc i homme , I vol. gr. in-4, p. 446.
tenu. Mais le problème n'était pas eotièremenl résolu, et il restait à savoir comment le sperme arrivait à l'œuf, dans quelle partie des organes de la femme cette rencontre avait lieu, et de quelle manière la fécondation s'opérait.
Sous le premier rapport, les expériences de Harvey je^ tèrenl les physiologistes dans un grand embarras. Comme l'illustre expérimentateur n'avait jamais trouvé de traces de sperme dans la matrice des biches et des daines, dont il avait fait on savant massacre^ quelques instants après l'approche du mÂle, les uns admirent un aura «emma/ii qui, sous forme de vapeur, arrivait jusqu'à l'ovaire en traversant la matrice et les trompes; et les autres prétendirent que le sperme était absorbé par les vaisseaux de la matrice, porté dans la masse du sang, et ramené ainsi, par les secondes voies, jusqu'à Tovaire. Ces derniers donnaient pour prouve) de leur manière de voir, les changements qui s'opèrent chex les femelles fécondées : les accidents que la femme éprouve au début d*une grossesse étaient dus à la présence du sperme dans le sang, et Todeur dont la chair et le lait de certaines femelles s'imprègnent après la fécondation , comme, par exemple, la chair de la chèvre qui sent le boue, devait être rapportée à la même cause.
Cependant Verheyen avait été plus heureux que Harvey, et avait découvert une fois du sperme dans la matrice d'une vache. Les uns nièrent le fait, et les autres n'y attachèrent auconc importance, disant avec l'auteur de Y Art de faire des garçons (i) : «Si cela est arrivé une fois, c'est par un accident qui ne tire point à conséquence; c'était le coup d'essai d^one jeune vache, dont la matrice, novice encore, ne savait apparemment pas bien son métier, et retint mal à
(I) On sait que Taoteur est Procope Coutreau, édition de Montpellier, 1782, p. 4 08.
propos pour elle ce qui lui a\Qil clé confié, pour le faire passer ailleurs. »
Faites donc de la science avec de semblables raisonnemenls ! ! !
La détermination du point de rencontre du sperme et do l'œuf di\isa moins profondément les savants que les autres parties du problème. Les expériences de Ilarvcy s'opposaient a admettre cette rencontre dans la matrice^ contrairement à Ilippocrate, qui l'avait supposée pour les liqueurs séminales de Thomme et de la femme; et rexistcnce bien constatée de certaines grossesses tubaires lit penser a quelques-uns que la fécondation ou l'imprégnation de Tœuf pouvait avoir lieu dans les trompes de Fallope. Cependant cette opinion eut |jcu de partisans, et le plus grand nombre considéra l'ovaire comme un petit ermitaye oit le germe recevait la visite du sperme^ soit indirectement, soit sous forme de vapeur, soit mêlé avec le sang. C'était pendant cette visite que le sperme mettait en action sa faculté active, pénétrante et fécondante ; après quoi l'œuf fécondé se détachait de l'ovaire, pénétrait dans In trompe, et arrivait enfin dans la matrice.
Quelques savants, plus physiciens que phjsiologistes, se révoltèrent contre la faculté attribuée au sperme, et la repoussèrent comme une hypothèse gratuite et inintelligible à régale de la faculté génératrice des anciens et du nisus formativns des modernes. Ils se replièrent sur la chimie, eurent recours à une espèce de fermentation qu'ils décorèrent du nom harhfkvcd'intussuiceptiony et, comme il leur fallait deux liquides pour obtenir cette opération chimique, ils établirent un svstèmc mixte entre les séministes et les ovaristcs, et aux partisans duquel je donnerai le nom de semenr ovaristes.