DUR&E DE LA FONCTION GÉNÉRATEICB
On peut élablir comme une loi des corps organisés que la fonction procréatrice « étant le point culminant du développement, dit Burdach, elle apparaît d'aulant plus tôt que la marche de la vie est plus simple, l'individualité moins prononcée, l'organisation plus simple , le corps plus petit et la vie, en général, plus pauvre (1). » L'homme, qui doit seul m'occupcr ici, est de tous les êtres vivanls celui qui acquiert le plus tard cette faculté, non pas seulement d'une manière absolue, mais même encore eu égard è la durée de sa viC) car chez lui le rapport entre cette dernière et le temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu'à la puberté est de 1 : & ou 5, tandis qu'il est de i : 18 chez le lapin ; de 1 : 8 ou 9 chez le loup, le renard et le blaireau; de 1 : 5 ou 6 chez le cerf, etc.
L'époque è laquelle apparaît la faculté de procréer n*a rien de fiie ; elle peut être avancée ou retardée par une foule de circonstances dont j'aurai à examiner les princi*
(I) Manuel de phymlogie^ par M. Béraud. Paris, 4853, p. 44t« (S) Traité de pAyatofogie, Irad. par Joardao, t. V, p. 36.
DUttC DB LA FONCTION GÉlfÉRATlUGB. 97
pales ; mais on peut dire d'une manière générale que dans nos climats tempérés la puberté se montre de quinze h dixhuit ans, et un peu plus tôt chez la femme que chez l'homme.
Des causes qui peuvent avancer ou retarder l'apparition de la faculté génératrice, les unes sont inhérentes à l'individu, et les autres lui sont extérieures; parmi les premières se rangent le développement de l'organisme, l'état de santé ou de maladie, la constitution, le tempérament, les habitudes, la manière de vivre, l'éducation, la moralité, etc.; et parmi les secondes se classent la latitude géographique, les climats^ les races, l'état de la civilisation, la religion, etc.
Toutes ces circonstances, tant individuelles que générales, n'agissent pas seulement sur le développement de l'âge pubère; elles ont encore une influence marquée sur l'énergie de la fonction génératrice. Or, comme pour compléter ces études physiologiques j'ai dû réserver un chapitre h l'examen des circonstances qui exercent une action salutaire ou funeste sur la faculté génitale, j'estime que leur exposition doit se trouver en une seule et même place, pour ne pas faire double emploi, et que cette place doit clore cette introduction, parce que pour être bien compris, l'examen de ces circonstances exige la connaissance des rapports delà faculté génitale avec toutes les autres fonctions des vies organique et animale, rapports qui feront le sujet du chapitre suivant.
Cependant je dois placer ici TétuJe d'une fonction dont l'apparition marque toujours l'éveil de la faculté procréatrice chez la femme, mais qui n'a avec l'exaltation vénérienne aucune espèce de corrélation. Je veux parler de la menstruation.
D'ailleurs les travaux des physiologistes modernes ^ en faisant de la menstruation le symptôme le plus apparent de la ponte périodique de la femme, rattachent cette fonction
BB UURAk lu la FUKCTION G&ri&BATmCK.
k l'ovologie, et m'imposent en quelque surle le devoir de ne pBS trop éloigner son examen des notions générales sur l'œuf que j'ai données dans le chapitre précédent.
Tous CL>a motifs me sont une excuse sufTisante pour ni'occuper exclusivement ici de la femme, et l'importance de II menstruation légitime l'étendue (jue je vais coiisutrer i l'étude de cette fonction.
UENSTRCATION.
<j ■•'. — ClrcmiaUweeB qal IbUbcbI aar Ellr.
La menstruation est toujours un indite certain de l'apiilude de la femme à l'acte de la procréation ; avant son apparition cette aptitude o'eiiste pas, et elle disparaît avtc les règles à un Age plus ou moins avancé. Cependant on a cité des exemples de femmes qui oui été férondées malgré l'absence complète des menstrues, en même temps que l'un voit Iréquemmcnt des femmes parfaitement réglées être toujours stériles- Je dirai tout à l'heure les motifs qu'allègue la [)bysiologie pour expliquer la première de ces anomalies, et, dans une autre purtie de cet ouvrage , je m'étendrai sur l'état pathologique ; pour le moment, il nous doit sufitre de savoir qu'en ihèïe générale l'aptitude à la fécondation ne se décèle réellemt^ut que par la présence des menstruts, et <jue l'apparition de celles-ci est tout i la fois pour la femme le signal de sa nubilité et de sa vie propre.
Cette apparition n'a pas lieu h une époque Gie et la même pour toutes les femmes; elle subit l'ioDuencedecirconstancea nombreuses, dont je ne puis indiquer ici que les principales.
A. CUmat, — Latiltuh giographiqw. — Raeet.
l.'tmfite que la température exerce sur la première
ClâCONSTANCBS QCl UltLUKNT MH liLB. 99
éruptîoD des règles a été noté de tout temps ; les relations des voyageurs n'ont laissé aucun doute sur ce point, et il est admis comme aiiome que la première menstruation est d'autant plus hâtive que le climat est plus chaud. François Picard et Prideaux assurent qu'en Perse et dans tous les pays de rinde, de l'Arabie et en Chine, les femmes deviennent mères à huit ou neuf ans, tandis qu'en Laponie, au dire de M. Wretholm , les femmes ne sëraie.nt réglées qu'à dixhuit ans lorsqu'elles restent dans les montagnes.
GrAceaux progrès de la science, les différences dans l'époque de la première menstruation selon les climats et la lati* tude géographique , acceptées jusqu'à présent en règle générale, ont été notées d'une manière plus précise , et , comme résumé de toutes les observations recueillies dans diiïérents pays , je donnerai le tableau suivant que j'emprunte il l'ouvrage de M. Raciborski (1).
■OM Dl LA VILLI.
Toulon
Marseille ....
Lyon
Paris
GcBttiDgoe. . . . Varsovie . . . .
Manchester. . .
Skeen
Stockholm . . .
Lapooie suédoise
liatiiade gëof rapbiqae.
Age
deUp?e»ière Tempéralore
éruption des règles.
OMjeniia d« l'année.
Du tableau qui précède on est en droit de tirer les deux conséquences suivantes : 1* l'époque de la puberté se trouve toujours en raison inverse de la latitude géographique , en
(4) De la pub^té §t de l'âff ùtiUfiÊê ûh$» la fmme^ p. 47.
100 DURfiR t»l LA PONCrroN GfcutHATRin.
d'aulrcs termes, plus te degré de In latituile se trouve 6\eyé, moins In puberté oiïre de lendanre à ilevonir précoce ; 2" la latitude géogruptiique n'inlluc sur l'époque de l.i puberté c|u'aulnnt qi/ellu marcIic d'accord avec lu température, et (jue, en a'écartonl de In température d'un pays, clic perd !ïon inllueiice sur l'époque de la puberté qui n'obi^it plui alors qu'b l'impulsion donnée par In tempérniurc.
I/iiiRuence du climat et de In latitude géographique sur la premii'rc apparition des rf.-gles est si manifeste, qu'on b vu des jeunes lilles de neuf ù dix ans réglées dans les Indes orientales, qui, transportées en Europe et surtout en Angleterre, éprouvaient une suspension dans leur menstruation jusqu'à quatumc on quinze ans, sans que dans l'intervalle leur santé parût en souiïrir (t).
Cependant M. Raciborski rappelle que Icsnégrosses nées en Europe lonserveiit l'aptitude ù être réglées de bonne heure, comme si elles étaient nées sous le ric\ brûlant de l'Afrique ou de l'Amérique du Sud, de même que les femmes créoles héritent généralement des dispositions organiques de leur m're. lorsque celle-ci est née dans les pajs tempérés.
A rcttc occasion, l'auleur que je cile se demande si les races n'auraient pas quelque itil1uenci3 sur l'époque de In puberté chez lu femme. Kiaminant la race juive en Pologne où les i^ruélites fuiment encore jusqu'à présent une vérîloblc colonie ayant conservé leurs mœurs, une partie de leur rostume et leur religion, M. Ilaciborski conclut que ta menstruation est proportionnellement plus litlive diez les juives que chez les femmes de la race slave. Ainsi, ajoute l'auteur, tandis que sur cent femmes de celle dernière race
(t) Tht{fcloptiiao(fri)cUcùimeaiei»e,\o\.Ut,f. HO.
GIRCOHSTiNCES QCl INFLUENT SUR ELLE. iOi
00 peut k peine en troQver une qui soit réglée à treize ans, 00 eo trouve déjà douze parmi les juives (1).
B. SoeiabilUé, — Habitude». — Régime.
S'il est un fait généralement admis et constaté par toutes les statistiques, c'est celui de l'apparition hâtive des règles chez les femmes des villes et surtout des capitales. En présence d'un semblable phénomène et de la diversité des éléments qui entrent dans la composition des grands centres de population, il faut reconnaître que le système nerveui joue un très grand rôle dans la fonction que j'eiamine, et que M. Brierre de Boismont a raison de dire, en parlant du développement rapide de ce système dans les grandes villes : a II semble que cette précocité du système nerveux soit une véritable serre qui fasse éclore les règles et qui remplace ainsi, jusqu'à un certain point, la chaleur des contrées équatoriales (2). »
Est-il besoin de faire ressortir les (JifTérences qui existent entre les mœurs, la manière de vivre, les habitudes, les plaisirs, le régime, etc., des femmes des grandes villes, et les mœurs, la manière de vivre, les habitudes, les travaux et le régime des femmes de la campagne ? Ne sait-on pas l'inOuence qu'exercent sur l'imagination, sur les passions, sur les sens, sur la circulation, sur l'organisme tout entier, et plus particulièrement sur le système nerveux, les bals, les spectacles, les arts, et surtout la musique à laquelle ne purent rester insensibles les éléphanls du Jardin des plantes dont les désirs amoureux s'éveillèrent pendant un concert
(4) Loe.ciL, p. 32.
()] De la menstruation eomidérée dam êes rajtporU phyiiologiquei et patholoçiqueê^ p. 4 5.
102 Dimfte DE LA POHCTtON GÈRÉIIATIICE.
qu'on leor donna (i)? Chez les femmes de la campagne au contraire tout contribue è hftter d'abord le développement du système musculaire, et Ton trouve rarement parmi elles ces organisations chétives et avortées dont toute la vie semble se concentrer dans la tète, et dont les salons des capitales n'offrent, hélas ! que de trop nombreux eiemplea. Tandis qu'il n'est pas rare Je rencontrer dans les hautes classes de la société, parmi celles dont Teiistence s'écoule dans le luie, les boudoirs, les théètres, les bals et les concerts, de jeunes personnes réglées à sept, huit, neuf et dii ans , il est très peu de filles de la campagne dont la première menstruation apparaisse avant la onzième année.
En thèse générale, on peut dire, d'après les statistiques dressées sur ce sujet, que l'âge moyen auquel la première menstruation apparaît est, pour les femmes de la campagne, la seizième année; pour celles des villes, la quinzième ; et pour celles de Paris, sans distinction de position et de fortune, la quatorzième.