AGES
d'accord ici avec la sagesse, lui prescrira de régler l'exercice de la fonclion copulalrice d'après les forces qui lui restent et les désirs qui Tamment.
Jeunes et vieux imprudents, qui voulez courir après des voluptés qui vous fuient, ne demandez ni au libertinage, ni k la médecine une énergie factice et toujours funeste; chaque âge a ses plaisirs, le vdtre ne doit point connaître ceux de Tamour; vous que sollicitent les charmes d'un monde en^ core inconnu, résistez à ces tentations étranges et nouvelles, et sachez être enfants; la vie s'offrira à vous avec tous ses sourires, et les organes que vous aurez ménagés vous procureront plus tard des voluptés complètes et sons amertume; et vous dont l'imagination a dû se réfugier dans la mémoire, éloignez de votre esprit les souvenirs trop doux et les regrets trop amers; sachez être vieux (1); La Rochefoucauit avance que la maxime est difficile à suivre; mais pour adoucir et faciliter votre obéissance à cette loi fatale de notre être, songez que la récompense de votre sacrifice est la conservation et la prolongation de la vie, ce bien suprême, ce don magnifique de Dieu.
On a prétendu, en s'appuyant sur l'exemple du roi David, qu'il était possible de redonner au vieillard les forces perdues en le faisant coucher avec des adultes sains et bien portants de l'un ou de l'autre sexo, et surtout du sexe féminin. A cet effet, Boerhaave raconte qu'un vieux bourgmestre d'Amsterdam, étant tombé dans un épuisement profond, coucha, d'après ses conseils, entre deux jeunes iilles, belles et d'une bonne santé, et en retira un si grand avantage que, après quelque temps de ce traitement, la grossesse d'une des deux femmes l'avertit de suspendre la médication, afin de ne pas voir le remède devenir à son (I) Réveillé Parise, Trailé de la vieiUeMB, Paris» 4863.
2t56 m PUISSANCE symptomatioub.
tour cause de la maladie. Le roi David, pour avoir élé moins prudent, paya de sa vie Tusage trop répété du remède, quoique son historien ne l'accuse pas d'être sorti des bornes de la bienséance avec la belle Abisag.
Est-il besoin de rappeler les arguments avec lesquels les anciens auteurs soutenaient une pareille médication? La vie exhalée d'un côté et absorbée de l'autre ! Quelle étrange fontaine de Jouvence ! C'est la fable du vampire élevée h la hauteur de la science. N'est-il pas plus rationnel d'admettre que rhistoricn du roi Uavid, voulant cacher les désordres de la vieillesse de celui que l'on appelait grand et saint entre tous, inventa cette explication physiologique que l'ignorance accepta d'abord et que la tradition consacra ensuite , sans que le servum pecus qui In recevait en héritage ait pris la peine d'en pénétrer le sens véritable. Abisag n'était pas autre chose pour le roi Uavid qu'un médicament aphrodisiaque; les deux jeunes filles dont jmrle Boerhaave répondaient à la même indication auprès du vieux bourgmestre d'Amsterdam.
Vieillards, fuyez cet aphrodisiaque comme les autres; son action est peut-être plus terrible encore que celle du phosphore ou du geng-seng; n'étreignez pas dans vos bras, sous prétexte d'une absorption imaginaire, déjeunes filles saines et belles, car, plus actif que la robe de Déjanire, leur feu consumerait bientôt vos chairs et tarirait les sources de la vie.
Je n'entends parler ici ni des constitutions pathologiques^ si je puis ainsi dire, ni des accidents inoffensifs qu^entruinent parfois certains tempéromenls, comme l'obésité par exemple, qui survient h la suite du tempérament lymphatique ; —
GonsTiTOTioN, TB11P611AMENT. 257
les unes et les autres trouveront ailleurs leur place; — j« ne dors, pour le momenl, considérer ()ue les constitutions et les tempéraments compatibles avec l'état de santé.
Qu'on me permette, en passant, de m'inscrire en faux contre les physiologistes qui ont fait de la santé un étot type, auquel ils ont assigné des attributs immuables et des caractères imaginaires. Non, la santé n'est pas un état absolu ; on la trouve sous les formes les plus diverses, et c'est i Bon occasion que l'on peut sâretnent dire que les apparences sont trompeuses. Un de mes amis, que sa constitution fréle et délicate avait tenu éloigné du régime des collèges, et que ses parents entouraient de soins incessants et constamment dirigés par la meilleure hygiène, quitte enfin ii dix-huit ans la maison paternelle pour aller faire ses études de droit dans une ville voisine. Les recommandations, comme on le pense bien, ne lui manquèrent pas, et la sollicitude maternelle épuisa les conseils que lui suggérèrent l'amour, ta raison et la science, pour conserver une existence que le moindre soufQe semblait devoir briser. Le jeune homme, qui voyait luire pour la première fois, comme il me récrivait, une étoile de liberté au ciel de son /tt, en fut si ébloui, que sa mémoire perdit le souienîr des craintes et des recommandations de sa mère. Il se jeta, avec, toute l'ardeur d'un néophyte, dans une vie de débauche et d'orgie. Ses nuits, quand elles n'étaient pas consacrées au jeu, se passaient dans des excès de femmes; les bouillons, les potages, le chocolat, la cAtelelle, tout le régime si ponctuellement suivi pendant de longues années dans la maison paternelle, furent abondonnés et remplacés par des repas digues de Sardanapale ou de Gamache , et que les vins de toutes sortes arrosaient de leurs Dots écumanls.
Pendant trois ans, ces excès dejeu, de femmes et de table
â58 IMPUISSANCE SVMPTOMATIQOB.
auxquels eût peut-être succombé riiomme doué de Tétat type de santé, n'eurent aucune fâcheuse influence sur celui dont Pexistence semblait être un prodige de l'art médical et de l'amour d'une mère; depuis quinze ans, au milieu des agitations, des tourments et des plaisirs de la vie, la santé du jeune homme n'a subi aucune atteinte, malgré les apparences toujours trompeuses de sa constitution.
Reconnaissons donc que la santé est un état essentiellement variable, autant dans ses manifestations que dans ses conditions d'existence. Parce qu'un homme aura une moindre vitalité et présentera un développement moins considérable des instruments de la vie que le type ordinaire de ses semblables, devra-t-on en conclure que là n'existe pas la santé? Évidemment non. La santé, je le répèle, n'est point un être abstrait, absolu; c'est un rés^ullat, c'est le fruit du jeu normal et régulier des organes; que cette action se produise avec une activité plus ou moins grande, la conséquence n'en sera pas modifiée. Quand un convoi de chemin de fer, qu'on me permette cette comparaison, est lancé sur une voie, quo la \itcsse soit grande ou petite, le convoi n'en suit pas moins la même direction; il peut y avoir une diiïérence de vitesse, mnis la marche est toujours normale. Il en est de mêm<' de la santé : que la force vitale soit énergique ou languissante, pourvu qur les organes ne soient point altérés, le résultat sera analogue, il n'y aura qu'une dilTérence de plus ou de moins.
Ces considérations purement physiologiques ne sont pas aussi étrangères à mon sujet qu'elles semblent lo paraître; car si la santé est compatible avec toutes les nuances do l'organisation harmonique, l'impuissance, état essentiillement |>atbologique, ne peut coexister avec aucune constitution
CONSTITUTION, TEMPÉRAMBNT. 25tt
et aucoD tempérament tels que j'ai déclaré les devoir considérer dans ce paragraphe.
C'est ce que l'expérience prouve en eiïet. Aussi je ne crains pas de poser en principe que, en dehors de tout état maladif, il n'existe aucune constitution et aucun tempérament capables do produire l'impuissance chei rbomme.
Qu'on n'accuse pas cette proposition d'être trop absolue , elle est l'expression exacte de la vérité ^ si elle est contraire a ce que l'on trouve généralement dans les auteurs, je suis convaincu que ceux-ci sont tombés dans l'erreur pour n'avoir pas auflisamment séparé ce qui était santé et ce qui était maladie. Ne serait-ce pas tomber dans une confusion étrange que de prétendre, par exemple, que l'hystérie, Tépilepsîe, etc., sont des attributs d'une constitution délicate ou d'un tempérament nerveux ? Sans doute une constitution semblable et un tempérament pareil peuvent être des causes prédisposantes de ces affections, mais à coup sûr l'hystérie et Tépilepsie sont des états pathologiques parfaitement distincts et indépendants de toute constitution et de tout tempérament.
L'impuissance est dans le même cas : c'est une maladie et non un attribut ; et en cette qualité, elle reconnaît des causes déterminantes, occasionnelles et prédisposantes.
Parmi ces dernières, une constitution faible et un tempé*rament lymphatique occupent le premier rang, et l'on conçoit qu'il n'en peut être différemment, si l'on considère que c'est au milieu de ces conditions organiques que la vitalité est la moins grande et les forces plastiques les moins énergiques.
De plus, et comme conséquence forcée de ces prémisses, sous l'empire de pareilles circonstances, les désirs
!260 IMPUISSANCE 8YlirrOlfATIQt;i.
vénériens sont [>aresseux et la puissance virile languissante. De tous les faits nombreux de ce genre que j'ai vus, je ne citerai que l'observation d'un avoué de première instance du tribunal de la Seine, qui Jouissant d'une santé parfaite, malgré un tempérament lymphatique type^ ne s'abandonne aux rapprochements sexuels que tous les deux ou trois mois, avec une érection lente et difficile à se produire. Loin de se plaindre de cette apathie du sens génital, il s'en réjouit, au contraire, et se loue de ne pas subir le joug de passions qui l'entraveraient dans ses aiïaires et ses plaisirs de prédilection.
Évidemment cet homme, malgré la faiblesse de ses désirs et la difficulté de ses érections, n'est pas impuissant; seulement la fonction génitale participe de la langueur qui frappe toutes les autres fonctions, et cette liormonic qui, sans nul doute, est le polladium dosa sonté, serait h coup sur rompue par des désirs vénériens plus vifs et une énergie génitale plus forte.
Pour conserver cette harmonie, si nécessaire au maintien de la sonté, il faut bien se garder d'activer une fonction au détriment des autres; aussi, dans les cas de cette nature, le médecin prudent et sage ne doit point céder aux sollicitations du malade qui, no se préoccupant que de la faiblesse des organes génitaux, demande une médication excitante et purement locale.
Répondre à ce vœu imprudent serait non-seulement faire de la médecine pitoyable, mais encore s'exposer à jeter le trouble dans un organisme sain.
La modification à produire doit porter sur l'économie tout eiitiète, et tenez pour assuré que Taclivité génitale croîtra en proportion directe de Ténergie de la force plastique.
C'est ici que l'on obtiendra un véritable triomphe avec
CONSTITUTION, TBMPÉRAMBNT. 261
une hygiène bien ordonnée et secondée par les ferrugineiii comme médicament. Un régime alimentaire fortifiant et tonique jouera nécessairement un grand rôle à côté des ciercices corporels en plein air et au soleil.
Les organes génitaux n'exigent pas ordinairement des soins spéciaux ; ils participent, comme les autres organes, au surcroît de vitalité que le traitement amène, et ce n'est que dans des cas assez rares qu'il est nécessaire d'agir directement sur eux. Dans les circonstances où il est utile d'éveiller et de surexciter le génésique endormi, en dehors da régime et du traitement fortifiants, il faut se garder de recourir è des excitants internes, afin de ne pas déterminer dans les premières voies une inflammation ou même un état d'irritation qui, en annihilant Taction digestive de l'estomac et des intestins, rendrait illusoires et impossibles les principales bases de la médication.
Ce sont les moyens externes et les moyens moraux que le praticien sage appellera h son aide.
Parmi les premiers, il aura à choisir entre les onctions, les fomentations et les frictions pratiquées sur le périnée, les lombes et la base de la verge, avec les substances aromatiques, ou avec les agents dont l'action est excitante. La flagellation, exercée avec modération et comme je l'ai indiqué ailleurs, oiïrira une ressource précieuse, en appelant vers les régions du bassin un afflux plus considérable de sang. L'électricité, le magnétisme et l'acupuncture, sans être formellement contre-indiqués, seront d'un bien faible secours, car leur action, ainsi que je l'ai dit autre part, est essentiellement excitatrice.
Les moyens moraux doivent, dans cette médication directe, occuper une place importante* Les romans, les bals, les spectacles, les tableaux lascifs, tout ce qui parle à l'ima-
262 IMPinSSARCB SYMnOMATlQUI.
gination, tout ce qui éveille les désirs, tout ce qui s'adresse au sens vénérien, devra être mis h contribution ; la société des femmes, de celles surtout dont les mœurs permettent certaines privautés et certaines libertés de langage, sera conseillée, dans les limites, bien entendu, de la décence et de l'honneur. Cette dernière condition est tout autant une maxime de morale qu'un précepte de médecine, car l'excès dans l'emploi de ces moyens moraui, loin de produire la salutaire excitation que Ton recherche, amène souvent, surtout chez les malades de cette espèce, le dégoût et l'aversion pour les pratiques amoureuses. Le médecin ne saurait donc être trop circonspect dans cette partie de la médication, et, avant de l'ordonner, il devra mesurer, en quelque sorte, l'énergie et In tendance des facultés intellectuelles de son malade.
2'* IMPCISSANCE SYMPTOMATIQUE D*DN ÉTAT PATflOLOGlQDE.
S I. — De la ■■trIUoB.
Comme en beaucoup de circonstances, dans la nutrition, au point de vue spécial qui nous occupe, les extrêmes so touchent. L'obésité et le marasme, en prenant ces mots comme expressions de la difTérence en plus ou en moins de Tasèimilation sur la déperdition, quoique présentant des caractères fort opposés, peuvent cependant tous les deux amener l'impuissance.
En raison de ce point de contact de leur histoire, ces deux afTections trouvent à côté l'une de l'autre une place dans ce chapitre ; mais, eu égard à la dissemblance de leur physionomie, elles demandent à être séparées et è être étudiées isolément.
C'est ce que je vais faire en conservant, pour bien préciser na pensée» les mots obésité et marasme.
ObAsité. — Quand on songe au tissu graisseux dont les eunuques sont chargés, et à Tembonpoint qu'acquièrent les individus dont le génésique est paresseux ou s'est éteint avant TAge, on se demande s*il ne conviendrait pas mieux de considérer l'obésité comme un signe de l'impuissance, au lieu d'en faire un état pathologique dont Tanaphrodisie est un symptôme.
Sans doute, cotte manière de voir est tout aussi vraie que celle que j'ai adoptée, et toutes les deux s'expliquent par les lois qui régissent les sympathies. Qu'on me permette d'éclairer ma pensée |)ar un exemple commun, et par cela même connu de tous.
A la suite d'une indigestion ou d'une mauvaise disposition de l'estomac, il n'est pas rare de voir survenir un violent mal de tétc, une migraine intense 3 de même un violent mal de tète, une migraine intense déterminent souvent des nausées, des vomissements, une véritable indigestion. N'eslil pas évident que, conséquemment aux relations intimes qui unissent le cerveau et l'estomac, les maladies de Tud sont tour h tour causes et effets des maladies de l'autre ?
Ces sortes de sympathies, dont la physiologie tient grand compte, et que j'aurai moi-même a examiner dans ane autre partie de cet ouvrage, ne sont pas limitées aux organes et aux fonctions normales de l'économie; elles s'étendent à divers états pathologiques, et ce qui se passe entre l'obésité et l'impuissance en est une preuve certaine.
Ces deux affections, en effet, peuvent être tour à tour cause et elfet l'une de l'autre; et il n'est pas plus rare de voir un obèse impuissant qu'un impuissant pourvu d'un embonpoint considérable.
Ici je ne dois m'occuper de l'obésité qu'en tant qu'elle produit l'anaphrodisie.
26& IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB.
L'obésité, il Tautbien le reconnatire, n'est pas toujours le résultat d'une nutrition vicieuse; elle est quelquefois due a une prédisposition particulière, h une idiosjncrasie spéciale : dans ce cas, elle est presque constamment accompagnée d'une impuissance, sinon complète, au moins d'une indilTérence pour les plaisirs vénériens et d'une paresse des organes génitaux qui touchent de bien près à l'impuissance. Chez les individus atteints de polysarcie naturelle, la verge et les testicules contrastent étrangement, par leur petitesse, avec les formes énormes de toutes les autres parties du corps; ils sont cachés et perdus dans un monceau de graisse, et leur présence est à peine signalée par quelques poils rares et clair-semés.
Dans l'obésité accidentelle, c'est-h-dire dans celle qui apparaît h rtge moyen, h la suite d'une alimentation copieuse et succulente, d'une vie molle, sans fatigues physiques et sans préoccupations morales, les organes génitaux conservent ordinairement le volume qu'ils présentaient avant l'embonpoint, mais le développement énorme des parties voisines , avec lesquelles on les compare naturellement, les fait paraître plus petits ; quelquefois, il est vrai, les testicules, obéissant à la loi ph}siologique qui proportionne le volume d'un organe à l'exercice de sa fonction, s'atrophient et rendent alors réelle la diminution des parties génitales externes.
Mais que cette atrophie soit vraie ou fausse, le coït est assez souvent rendu impraticable par le développement considérable de l'abdomen; c'est un obstacle mécanique dont l'homme triomphe quelquefois par la position qu'il prend et qu'il donne à la femme, mais qu'il lui est, quelquefois aussi, impossible de surmonter.
La morale et les bienséances semblent se révolter contre
de pareilles prescriplions médicales, et il me faut, pour les justifier, m'appuyer sur l'autorité de de Lignac : o On peut, dit-il, pour faciliter les époux, permettre la situation qui leur est la plus commode. La religion ne s'y oppose pas, lorsque le but où tendent ces eflbrts est la multiplication de l'espèce. Il est plus contraire à la sainteté des dogmes de la religion de jouir des plaisirs stériles que de chercher è les rendre féconds par les moyens qu'indiquent la nature et rinstinct à tous les animaux. Je n'entends pas conseiller aux époux ces postures inventées par la débauche et le liber-* tinage le plus effréné, capables de causer la stérilité, bien
loin d*y remédier Que ces attitudes trompeuses, qui
semblent oflrir l'image de la volupté aux cœurs corrompus et flétris, restent dans les lieux où l'amour n'a jamais pénétré sans horreur, dans ces lieux où le plaisir ftt un monstre auquel on sacrifie avec les transports de la fureur ! L'hymen, plus attentif à donner de l'énergie à la volupté qu'à multiplier les sacrifices qui l'appellent, bannit de ses mptères tout ce qui peut effaroucher la pudeur et la décence ; car il en est une, quoi que en disent les cyniques. Toute posture qui tend à écarter de la jouissance les fruits qu'on a lieu d'en espérer, est contraire aux lois naturelles; et toutes celles qui aplanissent les obstacles qui s'opposent h la conception doivent être admises dans les cas qui les exigent (1).»
Cependant, pour que l'obésité constitue un empêchement absolu au coït, il faut qu'elle ait atteint des proportions considérables, car l'esprit, poussé par le démon de la voluptéj a des ressources infinies, et, sous ce rapport, l'homme n'est
(4) De l'homme et de la femme considérés physiquement dans l'état de moHage, 4777, 1. 1, p. 292 et 293.
266 IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB.
pas inférieur aux autres êtres de la création, dont le poète a dit :
El dans les doux instants de leurs folles ardeors, Les bétes ne sont pas si bètes que l*on pense.
Malheureusement Tobstacle mécanique n*est pas la plus grande difficulté à vaincre ; Tobésité détermine une débilité génitole plus ou moins prononcée, et qui peut même aller jusqu'à l'impuissance complète. Les organes copulateurs ne sont pas seuls à subir cette influence : Tenthousiasme vénérien s'aiïaiblit, les désirs s'éteignent, et l'homme paryenu è cet état n'a plus d'autres passions que celles de la table, et ne rêve d'autre bonheur que celui d'une vie sans agitation, dans la plus parfaite quiétude de l'âme et du corps.
Quelquefois, et ce sont les cas les moins communs, l'aiguillon intérieur ne s'est émoussé qu'incomplétemen(, et alors l'organe, devenu paresseux, ré|)ond faiblement et même ne répond pas du tout h lu voix de Timagination. C'est le cas de ces sybarites qui , voulant avoir toutes les délices à la fois, appellent h leur table somptueuse des femmes sémilliintes d'esjirit et de beauté, et dont les demitoilettes, les poses lascives et les propos badins, évoquent une ombre, un \Me fantAme de volupté d'amour.
La durée et la gravité de Tespcce d'impuissance que j'examine ici sont entièrement sous la dépendance de l'obésité qui la produit : si l'obt^sité tient à une idiosyncrasie, à une prédisposition native, l'impuissance sera à peu près, comme cette sorte d'obésité, incurable. Seulement, si l'anaphrodisie n'est qu'incomplète , c'est-à-dire si les désirs vénériens ne sont que paresseux et Térection de la verge et l'éjaculation do sperme lents à se produire, on s'adressera avec avantage à la médication excitante tant interne qu*ex-
terne, tant générale que locale. L'exercice, la fatigue corporelle même, rinsolation, les bains de mer, ceux d'eaui minérales contenant en dissolution le fer ou ses composés, lutteront tout à la fois contre Tobésité et l'impuissance j les excitants généraux, dont la liste est fort longue, mais parmi lesquels je citerai la cannelle, le fenouil, le galanga, le ginseng, la maniguette, la vanille, etc., se partageront, avec les excitants spéciaux des organes génitaux, tels que Tacide formique, le phosphore, etc., les bases du traitement. On ne négligera point les toniques qui, administrés à propos, rendront des services signalés : les lotions et les ablutions d'eau froide, soit seule, soit chargée de principes aromatiques, seront pratiquées sur le périnée et les organes copulateurs; j'ai quelquefois retiré des avantages d'une décoction de garance prise à la dose d'un petit verre deux fois par jour. Quand l'obésité est accidentelle, le traitement de l'impuissance se confond avec le traitement de l'obésité elle-même. Celui-ci est aussi variable que les causes qui peuvent donner naissance è la maladie principale; mais on peut dire d'une manière générale, que Ton doit surtout s'attacher à faci« liter et h augmenter les excrétions; pour atteindre ce but, la manière de vivre et le régime diététique joueront un grand rôle. On raconte qu'un Hollandais, séduit par la nouvelle de la guérison radicale d'un obèse, obtenue au moyen d'une opération par le chirurgien Rothonet, qui, pour le dire en passant, avait fait ce miracle en enlevant huit livres d'épiploon dans le débridement d'une hernie ventrale, ce Hollandais, dis-je, se rendit a Paris pour se soumettre à la même opération ; heureusement pour lui , un seigneur de sa connaissance se chargea de sa cure et le fit enfermer à la Bastille, d'où, après deux mois passés au régime du pain et de l'eau, le Hollandais sortit trop
268 IMPUIStUNGI SYMFTOlUTIQni.
complètement guéri, à ce qu'il parait, car il loi fallot suivre on nouTcao régime poor réparer la maigreur citrème à laquelle il était réduit.
Quoique la durée et la persistance de Tanaphrodisie soient réglées sur celles de Tobésité, et que dans la plupart des cas, il ne soit pas nécessaire de diriger contre l'impuissance un traitement spécial, il est utile néanmoins de ne pas entièrement abandonner à la nature le soin de réTeiller les désirs vénériens et de rappeler la vigueur perdue dans les organes copulateurs; il la faut seconder dans ce but louable, et pour cela Taire, on se conformera aui conseils que j'ai donnés plus haut h l'occasion de Timpuissance amenée par Tobésité native, et on recourra aux excitants moraux dont j'ai parlés dans le paragraphe relatif aux tempéraments.
Amaigiissemekt. — Les causes de Pamaigrissemcnl sont encore plus nombreuses que celles de l'obésité; mais quelle que soit la nature de ces causes , l'amaigrissement qui en résulte est toujours caractérisé par une perturbation dans les facultés assimilatrices et réparatrices, perturbation qui amène progressivement, mais continuellement, une déperdition de substance.
C'est à ce titre que l'amaigrissement trouve ici sa place : mais, par cela même que je ne l'accueille qu'en vertu d'un de ses caractères les plus généraux, je ne dois présenter sur lui que des considérations générales, car j'aurai h l'examiner plus d'uno fois et d'une maniiTe plus spéciale sous les noms de marasme^ consomption ^ etc., quand il se trouvera lié à certains étals pathologiques, tels que le diabète, la spermatorrhée, etc, qui solliciteront particulièrement mon attention.
Le marasme, qui est le dernier degré de l'amaigrissement, n'exerce pas toujours , abstraction faite de la cause qui le
produit, la même influence sur les organes génitaux : tandis que le marasme du tabès dorsalis s'accompagne d*une impuissance h peu près complète, la consomption de la phthiaie pulmonaire, au contraire, se montre communément avec des désirs vénériens intenses et la faculté de les satisfaire.
On cherche vainement l'explication de ces faits étranges, et le système nerveux, que la science aux abois a l'habitude d'appeler à son aide , est incapable , quelque théorie que l'on adopte, de nous rendre suffisamment raison de ce phénomène.
Cependant, ne donnons pas à ce fait un caractère de généralité, et sachons renfermer dans les limites de l'exception l'influence excitatrice exercée sur le sens génital par la consomption tuberculeuse : la règle, acceptée par la théorie et reconnue par l'expérience, veut que le marasme, par cela même qu'il attaque les sources de la vie dans les fonctions plastiques de l'économie, frappe de débilité et de mort toutes les parties de l'organisme, sans même en excepter les facultés les plus nobles de notre être, les facultés de r&me et celles de l'esprit.
En dehors d'une de ces exceptions étranges dont la nature garde le secret comme pour nous rappeler sans cesse l'infériorité de notre intelligence et la vanité de notre ambition, on comprendrait difficilement comment, au milieu du trouble profond, de la désorganisation générale dont toute l'économie est frappée par le marasme, on comprendrait difBcilement, dis-je, comment une seule fonction, la plus délicate , la plus capricieuse de toutes , resterait intacte et complète. Ce problème heureusement n'a point été posé h l'investigation de la science, et les faits, en tenant toujours compte de l'exception, nous avertissent que le 9enfl génital et l'appareil copulateur participeut au dépé-
270 IUPDISSjIKCB symptomatiqde.
risscmeiit général, et suivent dans leur marche deKODdaiile
toutes les autres Tonctions de l'organisme.
Avec la (It'trissure de la verge et l'atropliie des testicules, les désirs vénériens s'étrigncnt et l'imagination s'alTaiblit. Vainement vous tenterci le malade par les images les plus lascives, par les discours tes plus badins; comme ceui dont parle l'Écriture, il ii des ycut pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pu entendre } si l'Age lui permet des souvenirs, sa mémoire oublieuse ne lui retrace plus le tableau des voluptés passées, et son tmagioation décolorée ne rêve plus de ce mondo si plein d'eitases et de délices. A moitié descendu dans la tombe, peut-il donner A autrui la vie qui lui échappe? les Torces qui lui restent, ne Ici doit-il pas consacrer h sa conservation propre? La nature, plus prévoyante que nous, l'a tuulu ainsi, et le marasme, en glu^'ant notre imagination, nous montre sa sollit-itude même au milieu des niiiux dont elle nous accable.
Le marasme est ordinairement incurable, et la médecine n'est pas appelée à combattre l'impuissance qui raccompagne.
Mais l'amaigrissement n'arrivera pas toujours à cette limite eitlréme , et alors l'art peut intervcuir aveu des cliances de succès.
Avant toute chose, il faut rechercher la cause de l'amaigrissemcnt et la combiitlre. Le nombre des causes qui peuvent umeiier cet élut est, je le répèle, fort considérable; je n'ai pas ici à en faire l'énumérotiun, que l'on Irouver.i dans les ouuogt<!> généraux de pathologie; mui<, je le redis encore, le traitement de rinipuissutico ne devra venir i|ii'a|ir*.'S l'éloignemenl de la cause, et se confondra lmi beauc()ii[i de points avec relui de l'iimaigrissemenl. Ces rapports se rencontreront dans le régime qui, aprè» la mé-
Jicalion spécialement relative à la cause première du mal, est un des points les plus importants dans la thérapeutique de cette sorte d'impuissance.
Les substances que les anciens appelaient analeptiqxAes joueront ici un grand rôle : parmi celles-ci, les unes sont nourrissantes et les autres toniques et stimulantes; c'est par les premières qu'il faut ordinairement commencer. On prescrira les bouillons de coq, de vieille perdrix, de chapon, de poule, légèrement aromatisés avec la cannelle; le chocolat, le riz, le salep, le sagou, préparés au jus de bœuf; le mouton et la volaille rôtis; quelquefois, selon Télat ou les dispositions de Testomac, on se trouvera bien de Tusage du lait pur ou coupt^ avec le lichen d'Islande, car le meilleur analeptique n'est pas celui qui contient le plus de parties nutritives, mais bien celui qui est le plus facilement assimilable.
Il est nécessaire que ce régime diététique soit secondé par Phabitation l\ la campagne^ la quiétude complète de Tème, un exercice modéré, les promenades à cheval^ et par un sommeil long et tranquille.
Lorsque, sous l'empire d'une semblable hygiène, les chairs auront repris tout à la fois plus de volume et plus de ton, lorsque les forces générales auront retrouvé quelque énergie, il conviendra de passer aux toniques et aux stimulants généraux et locaux.
Le régime alimentaire sera à peu près le même que celui que je viens d'indiquer; seulement, on donnera la préférence aux viandes noires et rôties , comme bœuf, gibier, etc. ; les Irufles et les légumes frais en feront également partie, ainsi que les vins généreux, surtout ceux du Midi.
Quant à la médication proprement dite, les agents que l'on peut appeler à son aide sont très nombreux , depuis
27*2 IMPUISSANCE SYMPTOMATIQUB.
Télixir de Garus jusqu'au fer et au phosphore. Mais il faut se garder de précipiter sa marche et d'arriver trop tdt aux agents les plus énergiques. Il importe, avant tout, de ménager les voies digestives dont l'inflammation ramènerait tout h la fois l'abattement général et l'atonie des organes génitaux ; le médecin réglera donc sa conduite d'après l'état des premières voies, et agira avec toute la circonspection que la science lui impose en pareil cas.
Quant à Timpuissance, elle n'exige pas un traitement spécial. La débilité des organes de la génération étant liée intimement h la débilité générale, ou pluldt la première n'étant pas autre chose qu'une manifestation de la seconde» disparaîtra avec celle-ci.
Cependant il est quelquefois utile d'agir simultanément sur les organes génitaux, afm de hâter leur retour sous les lois de la vitalité normale. On donnera la préférence aux agents dont l'application est externe, puisque j'ai déjà dit que dans la médication générale et interne pouvaient entrer tous les stimulants tant généraux que spéciaux. Les frictions sèches ou toniques et aromatiques; pratiquées sur les lombes, les lotions froides avec les décoctions de quinquina ou de cascarille sur le périnée et les organes copulateurs^ les embrocations sur les mêmes parties avec l'huile cantharidée ou réther phosphore, sont, avec les bains de mer, les bains de rivière et ceux d'eaux minérales tenant en dissolution le soufre ou le fer, les moyens dont on retirera le plus d'avantages.
S n. •— De la drcvlatlon.
C'est ici le cadre de ces maladies diverses , connues sous le nom générique de fièvres^ et dont les dénominations spéciales ont varié avec chaque nosologiste; mais qu'on les appelle, avec les anciens, fièvre muqueuse, fièvre bilieuse,