SYMPATHIES MORALES. A/^S
particulière Non, sans doute, on n'est pas froid dans ces premiers instants du délire de la volupté; on s'y seni, au contraire , comme englouti et submergé , on se cherche et l'on ne se trouve pas. Interdit de ce phénomène, et sentant néanmoins sa vigueur et la plénitude de sa force, l'homme se croit lié et comme enchahié dans le cours de sa victoire (1). •>
Les exemples de ce phénomène étrange ne sont pas rares, et on les rencontre surtout chez les personnes nerveuses, mélancoliques, et dont l'esprit se plaît dans les rè\eries. Un des acteurs les plus distingués de Paris éprouva cet accident la première nuit de ses noces, bien qu'il eût eu antérieurement des rapports avec la femme qu'il épousait; seulement ces rapports ne s'étaient produits qu'au milieu de la gène et de la contrainte imposées par la surveillance des parents de la jeune lille, et le bonheur dans lequel le plongea la libre possession de ces charmes qu'il n'avait fait qu'cflleurer, ne valut pas pour lui la contrainte à laquelle il était auparavant condamné.
Dans les Essais de médecine d'Edimbourg, on trouve rapporté, par le docteur Curkburn, un exemple d'autant plus remarquable de TelTet ana}ihrodisiaque de l'excès d'à* raour, que l'impuissance qui en fut la suite se traduisit, non par le défaut d'érection de la verge, ce qui pst le cas le plus commun, mais par l'impossibilité de l'éjaculation , par ce que j'ai appelé l'aspermatisme.
Qu'on me permette de rappeler une partie de ce fait curieux dont j'ai précédemment donné la narration entière (2) : « Un noble Vénitien, dit-il, épousa à l'âge où
(t) De la femme, notes, p. 390.
(2) Voir la page 1246.
Ii6 IMPOniAIICB tffWATflIQn.
r«fnoiir foforiM un homme avec romploisanco. one jMM demoisello Irèt aimnble, a^ec laquelle il ise comporta aaiei vigoureusement ; rouis Tessenticl manquait à son bonheur ; tout annonçai! dans ses rapports le moment d'eilase» et le plaisir qu*il crojaii goâter s'échappait. L'illusion lui était plus Taiorable que la réalité, puisque les songes qui auceé* daient à ses elTorls impuissants le réveillaient par des aen* salions délicieuses^ dont les suites n'étaient pas équivoques sur sa r^ipacilé. Cet époui malbeureus, rassuré sur son état, voulait-il prouver efliracement sa puissance et réaliser ses plaisirs, il en procurait sans pouvoir les partager; en un mot» rérection la plus forte n'était pas arcompagnéo de ce jai lissement précieui qui bit connaître toute l*élen* due de la volupté, a
Il est probable, comme je l'ai dit précédemment, que l'aspermatismc tenait a un état ^pn«modique dos conduits éjaculateurMy lequel rcronnalMsait lui-même pour cause un eicès d*amour, puii^que cette diflirullé d'éjaculntion ne parail |>as «i\oir existé a%Anl le mariage du malade qui ne serait pus à coup itûr entré dans lo couche nuptiole avec une semblable intirmilé.
L'aspermolismc^ dans le sens rigoureux que j'ai donné à ce mot, est lo forme la plus rore de Timpuissancc par excès d'amour : en dehors des cas exceptionnels comme celui cité par Cockburn, cette variété d'anaphrodisie se traduit ou por le manque d*ércction ou par une énergie au contraire qui n'e.st autre cho^e que le [iriapiiime ; mais quel que «oit le c*aractère qu'elle répète, sa durée est ordinairement assex courte, et, sous ce rapport, Montaigne a pu dire avec raison aux époux tro|) coûteux Tun de l'autre : <• Les mariez, le temps estant tout leur, ne doibvent uy presser ny taster leur entrcprinse, s'ils ne sont pas
SYMPATHIES MORALES. tlHl
prests. Et vault micult faillir indécemment à estreiner la couche nuptiale, [ileinc (l*agi(a(ion et de Hebyre, attendant une et une aultre commodité plus privée et moins allurmée, que de tomber en une perpétuelle misère , pour s'ostre estonné etdé>espéré du premier rrfus. A\ant la posses^nion prinse, le patient $e doibt l saillies et divers temps, Icgierement essayer et oiïrir, sans se piquer et opiniastrcr à se convaincre définitivement soy-môme (1). »
L'impuissance par excès d'amour mériterait h peine de nous arrêter, si elle n*avait pas secondairement une influence fârlieuse sur Timoglnation : elle est souvent, en effet, le point de départ d'appréhensions qui, bien que chiméri(]ues, jouent, ainsi que nous l'avons vu, un rôle très important dans l'acte copulalcur en paralysant toute énergie virile. Par conséquent, il est utile, surtout chez les esprits facilement impressionnables, de prévenir un premier échec ; et, si la morale et les devoirs du mariage ne réprouvaient formellement un semblable expédient, je dirais avec Montaigne, qu*on ne peut trop se lasser de citer en pareille matière : « J'en sçay à qui il a servy d'y apporter le corps mesme, demy rassasié d'ailleurs, pour endormir l'ardeur de cette fureur : et (|ui, par l'aago, se trouve moins impuissant de ce qu'il est moins puissant (2). »
Les bains prolongés, la diète, le régime lacté, l'habitalion à la campagne, le calme de l'esprit et les distractions, suffisent d'ordinaire pour ramener l'équilibre dans Texercice de toutes 1l*s fonctions; chez les individus pléthoriques, on pourra aller jusqu'h la saignée générale, ou se contenter de l'application de quelques sangsues à la nuque ou de fo-
(1] Essais, 1. 1, eh. xx, p. 4 07, édit. de 4743. (2}Loe. ete., p. 4 04.
menUlioni froides sur la partie du crâne corre^Ddaiit. W| cerielet. Chei let penonnei nerveuiet, «q coolraire, HhI opiacés, ou les anlispasniodiqaet, ou les uns et les aulret combinés ensemble, rendront de très grands services ; mais tous ces mo)ens devront céder le pas au raisonneiMiilt, et avant de recourir à une thérapeutique quelconque, le M* decin Fera toujours un appel pressant à la raison de son pp-i lade.
8* Influence dei affectioiu antipathiques. - - Planque rapporte d'après Blegny {Journal de médecine^ t. I, p. ft89}, qu'une Femme éprouvait pour son mari un tel sentiment de répulsion, qu'elle était prise de mouvements spasmodiques» et tombait même en syncope è la vue seule de rhomme qu'on lui avait lait épouser.
Si rnntipatbie est capable de produire chez la femme de ^emblnbles ciïels, on comprend sans peine l'aclioii débilitoiilc quVIle doit exercer sur les organes de Tbomme si direclemont soumis i Tempirc de TAroe.
Corles, les exemples de celte iiillueiire néfaste ne manquent pas , et ils expliquent , sans les légitimer pourtant, les d(*maiides si nombreuses de nullité de mariage par répreuve du congrès.
E^t-il besoin d'insister sur cette cause si manifeste d'impuissance, quand on connaît l'essonce de Tamour et les lois qui président au rapprochement des srxes ? Me suffil-il pas d'énoncer cette proposition comme un axiome, à savoir : que toutes les nuances, si nombreuses et si variées qu elles soient, du sentiment répulsif, depuis la simple froideur jusnu h la haine la plus profonde, sont les ennemis les plus implacables des voluptés génésiques.
Si dans ces conditions fâcheuses le coït doit être exercé, et il est malheureusement des circonstances sociales qui
SYMPATHIBS MORALES. &&9
eiigent on pareil sacrifice, la médecine ne (leut intervenir, car elle n'a dans son arsenal thérapeutique une arme ni assez fortement ni assez finement fourbie pour éteindre ou même calmer la haine dans un cœur qui s'en enivre. C'est è Tamitié qu'il faut confier le soin de la médication pour le succès de laquelle le temps et les distraclions sont aussi de poissants aniiliaires.
FIN DU TOm PRIMIIR.
TAfiLli DES HATIËRES
DD lOliB fREHIBII.