‹ Traité de l'OccidentChapitre 11 sur 22 · DU LIEU GÉOGRAPHIQUE DES ŒUVRES 1) ART · texte numérisé non relu

DU LIEU GÉOGRAPHIQUE DES ŒUVRES 1) ART

mains. Mais La lecture des Espagnols n'alla en fin de compte qu'à développer jusqu'à l'héroïsme

chez Pierre Corneille des qualités normandes et les Japonais n'ont appris à l'impressionniste qu'à mieux regarder son pays de la Seine.

Il se rencontre en particulier qu'en notre endroit cette passion expressive nous mène à aimer singulièrement notre ciel et notre sol, la vie qui nous est faite. Nous-mêmes, nous en doutons-nous? Les étrangers pourtant ne s'y méprennent pas, puisque parfois ils disent que nous sommes enfermés dans notre mur de Chine.

Certes, nous ne connaissons guère le repos. Notre histoire fut toujours un peu épique. Ici le ciel est souvent âpre et le vent rude. Nous avons l'été, mais il n'est pas éternel, grâce à Dieu : l'automne est notre merveille nationale. Des heures plus délicates, une vie lumineuse plus mesurée nous attachent d'une amitié plus farouche à nos crépuscules...

Les savants, qui montent quelquefois en ballon, ont observé que les globules rouges se multiplient dans nos poumons à mesure que l'air se raréfie. Il en va ainsi de toute notre nature et nous nous passionnons si la lumière nous échappe. La splendeur des vitraux s'exalte dans nos yeux quand le jour baisse, et dès

qu'on approche de la mer occidentale, on conçoit plutôt la vie comme une activité.

Moins de clarté clans les cieux nous provoque donc à des peintures plus ardentes, moins de repos dans nos après-midi suscite une sculpture plus violente et plus irritée. La vie est plus intime et plus brûlante qui s'écoule dans l'ombre de nos maisons fermées. Les frimas font jaillir de terre une architecture mieux armée, et il nous reste ainsi, des temps où l'on savait construire, des villes hérissées de flèches et dentelées de toits aigus.

Mais cette surabondance vitale n'est venue à nos arts que parce qu'ils se nouaient à notre sol par des racines plus profondes. Et tout cela, lumières qui se courroucent, flèches qui s'élancent, passions qui grondent et paroles qui pleurent, ce sont bien les caractères de cet art expressif qui s'efforce d'atteindre le plus de réalité possible pour la subordonner à quelque notion de la beauté.

Si vous vous tournez vers la Grèce, l'art y est à coup sûr moins localisé, mais en Norvège il l'est davantage.

Et, en un mot, plus est expressif notre art, qui est très-expressif, plus il est national.

Page 1