DU LIEU GÉOGRAPHIQUE DES ŒUVRES D'ART
Deux forces contraires immobilisent les œuvres d'art. C'en est toujours la beauté qu'elles soient un équilibre entre deux énergies.
Elles ressemblent aux liserons de notre plaine. Une sève vitale, dévidant et projetant leur tige, les pousse furieusement vers l'aérienne aventure. Mais le sol pesant les appelle, et ils retournent vers lui leur visage. Une flexibilité palpitante consacre les fleurs.
Une sonate, un tableau, un poème prétendent à la vie ; ils aspirent à la gloire de l'univers; vers toute expression ils se tendent. Ils manifestent premièrement une curiosité du monde, — une volée de lumière de Monet ou bien une histoire naturelle de Jules Renard...
Mais en même temps, ils récitent l'homme inévitable et il y met son signe qui est sa raison. Des rvthmes, des ordonnances, en s'ac-
disant, répriment cet essor. Une harmonie y contredit la fureur de vivre. Ceci tient cela en respect, si délicatement qu'on en souffre, si purement qu'on en pleure, si irréparablement qu'on y salue la beauté.
11 faut dégager un peu clairement ces deux forces, l'expressive qui soulève passionnément les œuvres vers le monde, l'harmonieuse qui les contient dans le dessin des formes. 11 faut définir les conditions de cet équilibre dans le cas occidental.
Oui, nous avons faim et soif du monde, et nous éprouvons d'abord de la satisfaction à en noter les aspects, à en exprimer simplement les heures changeantes.
Cette aspiration a toujours poussé les artistes de tous les pays à faire leurs œuvres avec les choses de leur pays. Ils enfermèrent toujours un lieu du monde dans leur ouvrage. Vainement arriva-t-il parfois qu'on les vit s'éprendre d'une Ame étrangère : ce sont là des amours de tête qui les troublent dans une curiosité et qui leur procurent une occasion de se renouveler l'esprit et de s'affranchir les