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échappé si long-temps à l'esprit d'observation des savants qui en ont tiré un si grand parti pour le reste de la pathologie? Mais les modifications de l'inflammation produites par la différence du siège sont-elles les seules à considérer dans le diagnostic ? Est ce à leur étude que doit se borner l'observation ? Toutes les fois que la même membrane est malade, les mêmes phénomènes se reproduisent-ils? La conjonctivite , la kératite , la sclérotite , ont-elles des symptômes , une marche , une durée , des terminaisons toujours identiques et invariables, toujours tels que nous les avons décrits jusqu'ici? Tous les phénomènes qui se manifestent dans ces diverses espèces d'ophthalmies s'expliquent-ils suffisamment par la différence seule du siège de l'inflammation dans la conjonctive , dans la cornée , dans la sclérotique , etc. ? C'est dans les chapitres suivants que nous chercherons à démontrer que le contraire a lieu , et à compléter la réponse à la question qui nous occupe. Nous aurons occasion de voir que la phlegmasie, quoique siégeant dansle même tissu, dans la conjonctive, par exemple, peut présenter une énorme différence clans les caractères anatomiques et physiologiques, dans l'ordre de succession des symptômes, dans les rapports de leur intensité, dans leur durée , dans leurs terminaisons et même dans le traitement qui en amène la guérison. Ces dissemblances sont tellement remarquables qu'elles frappent l'observateur le moins attentif, et qu'un eeil peu exercé ou un examen superficiel pourraient douter de l'identité du siège de la maladie dans les divers cas En recherchant, comme il est naturel et rationnel de le faire , les circonstances qui peuvent expliquer des différences si marquées, on trouve que les causes productrices de ces phlegmasies et les états pathologiques particuliers avec lesquels elles se combinent ( v. p. 14 à 16, proposition 29 à 33) peuvent seuls rendre raison des modifications morbides que constate l'observation. Or, toutes les fois que ces agents morbifiques et
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ces combinaisons sont les mêmes , on voit la phlegmasie s'accompagner des mêmes phénomènes ; quand ils varient , les caractères de la maladie subissent des changements notables. C'est donc à ces deux points de la pathologie générale, c'est-àdire à Yétiologie et aux combinaisons , qu'il convient d'avoir égard pour classer les faits et imposer des noms aux affections phlegmasiques du même groupe ou de la même famille ; de là résulte pour nous la nécessité d'admettre et d'opposer aux ophthalmies simples des ophthalmies modifiées par des causes spéciales qui les produisent, ou combinées avec certains états ou travaux morbides , phlegmasies que par cette raison nous appelons ophthalmies spéciales ou combinées. Avant nous on les avait appelées spécifiques ; mais nous réservons cette dénomination exclusivement à celles de ces inflammations qui sont dues à un véritable virus susceptible d'inoculation, telles que les ophthalmies varioleuse et syphilitique. Nous choisissons de préférence le nom & ophthalmies spéciales, comme exprimant notre idée de la manière la plus générale , bien qu'il laisse quelque chose à désirer; peut-être trouverons-nous plus tard une expression plus appropriée. La dénomination tf ophthalmies combinées ne s'applique avec justesse qu'à une fraction des ophthalmies spéciales, telles que l'ophthalmie scrofuleuse, l'ophthalmie arthritique, etc.; cette qualification ne saurait être donnée à quelques autres ophthalmies, l'ophthalmie catarrhale, par exemple, qui ne résulte pas de la combinaison d'une phlegmasie oculaire avec un état pathologique imprimant un cachet particulier aux phénomènes morbides , mais qui n'est qu'une inflammation modifiée par les circonstances particulières qui lui ont donné naissance.
Depuis le moment où nous nous sommes livré à l'étude clinique des maladies des yeux, nous avons abordé ces questions franchement , consciencieusement et sans opinion préconçue. C'est avec le vif désir de trouver la vérité crue nous nous sommes
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mis à recueillir les faits tels qu'ils se sont présentés à nous, et dans toute leur simplicité. Pour nous maintenir indépendant de toute espèce d'opinions d'école, de croyances routinières et de préjugés traditionnels , nous avons préféré observer la nature pendant près de huit années, sans chercher l'érudition et sans étudier la littérature ophthalmologique. Pendant tout ce temps nous nous bornâmes à la lecture de quelques ouvrages importants et presque élémentaires. Ce n'est que depuis quelques années que nous avons commencé à faire des recherches et des collections littéraires et bibliographiques sur les maladies des yeux ; nous avons donc formé nos opinions en interrogeant la nature, et on ne saurait nous reprocher d'avoir avancé un fait, d'avoir établi une théorie dont nous aurions hérité de nos prédécesseurs, ou que nous aurions trouvée dans les fastes de telle ou telle école. Aussi, les doctrines que nous professons s'écartent-elles souvent de celles de nos maîtres et de celles des meilleurs auteurs. On nous pardonnera, nous l'espérons, d'avoir parlé de nous; nous étions forcé de le faire pour aller au-devant de certains reproches qu'on n'adresse que trop volontiers à ceux qui tentent de s'écarter du sentier battu, et se mettent par là en contradiction avec des idées généralement reçues.
Quant aux ophthalmies en particulier, comme nous sommes à même, depuis longues années, d'en observer un nombre peu ordinaire, il nous a été facile de les généraliser, d'en trouver des formes se manifestant avec des groupes de symptômes toujours constants et presque invariables. En rapprochant ces formes de certaines causes et de certains états pathologiques de l'économie , nous avons été frappé des rapports de connexion que nous venons de signaler. Les descriptions détaillées que nous allons donner sont puisées dans la nature et résultent d'une observation assidue et consciencieuse ; elles confir-
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nieront les axiomes suivants , qui servent eux-mêmes à expliquer la nature et la formation des ophthalmies spéciales :
1° L'inflammation de la même membrane ne se présente pas toujours sous le même aspect et avec les mêmes caractères.
2° La différence de ces caractères est en rapport intime avec la différence des causes qui ont provoqué la phlegmasie ou avec certains états pathologiques qui se sont combinés avec cette dernière, et cette différence est principalement due à ces circonstances.
3° Souvent plusieurs membranes de l'œil peuvent s'enflammer simultanément sous l'influence de certaines causes spéciales, et donner lieu aune combinaison particulière de symptômes organiques et fonctionnels , d'où résultent un aspect et des caractères anatomiques et physiologiques nouveaux.
4° Dans quelques cas exceptionnels et extrêmement rares, les mêmes membranes peuvent s'enflammer simultanément sans qu'on puisse constater l'action des mêmes causes spéciales. Les caractères anatomiques et physiologiques et le traitement curatif sont alors les mêmes que dans le cas où ces phlegmasies ont été amenées par ces causes. On peut conclure de là , ou que ces dernières ont agi et que leur action a passé inaperçue, ou que d'autres causes ont fortuitement et exceptionnellement, en exerçant leur influence sur ces mêmes parties , produit une inflammation semblable dans ses phénomènes à ceux des ophtbalmies spéciales. On a rarement besoin de recourir à cette dernière conclusion ; pourquoi les causes __, après avoir accompli leur action et produit leur effet , laisseraient- elles d'autres traces de leur existence que ces modifications mêmes qui en résultent ? Un praticien doute-t il de la réalité d'une syphihde secondaire quand il en voit tous les symptômes réunis, parce que l'infection primitive est niée par le malade , et n'a laissé aucune marque palpable ? Un
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accès goutteux caractérisé par tous ses phénomènes , est-il moins réel parce qu'auparavant le malade n'a jamais senti d'attaque semblable , et qu'il ne porte pas l'empreinte d'une constitution arthritique ? une ophthalmie scrofuleuse entourée du cortège complet de ses signes pathognomoniques , qui, une fois sur vingt ou trente, se manifesterait chez un individu bien portant jusqu'alors , et non doué de la prédisposition lymphatique > perdrait-elle pour cela l'évidence de sa nature spéciale et de sa manière d'être tout-à-fait pathognomonique , bien qu'elle résiste opiniâtrement à l'antiphlogose pure et simple, et cède, comme par enchantement, aux antiphlogistiques , dès qu'on leur joint une médication spéciale antiscrofuleuse ? De quelle immense utilité et de quelle importance ne doivent point être pour la pathologie et pour le diagnostic certains caractères qui , à l'inspection seule , et sans qu'on ait recours à tout autre examen plus ou moins faillible et plus ou moins difficile , permettent de reconnaître le cachet spécial de la maladie et la nécessité de recourir à un traitement spécial ?
5° Ces modifications dans les phénomènes morbides de la phlegmasie sont toujours accompagnées de modifications analogues dans la marche, la durée, le plus ou moins de gravité , et les terminaisons de l'affection.
6° Ces différences , loin d'être un simple objet de curiosité ? offrent un véritable but et un haut intérêt pratiques , puisque sur elles repose la thérapeutique et qu'au diagnostic différentiel correspond un traitement différentiel.
7° En résumé , on peut formuler de la manière suivante les différences qui existent entre les ophthalmies simples et les ophthalmies spéciales :
Les ophthalmies simples dérivent toutes d'une seule classe de causes toujours uniformes , dont l'action est irritante et locale , c'est-à-dire , ne s'étendant point au-delà de l'organe