CHAPITRE I. DE I* OPHTHALMIE CATARRHALE
Caractères anatomiques et physiologiques et marche de la tnalar//6>.— L'ophthalmie catarrhale est la plus commune et, dans sa forme la plus ordinaire , la plus simple de toutes les ophthalmies. Qui de nous n'en a pas été atteint une fois dans sa vie? Souvent elle passe presque inaperçue. Elle a son siège dans la membrane muqueuse oculaire , la conjonctive, et à son moindre degré elle peut être regardée plutôt comme une irritation congestive de cette membrane, avec tendance à la sécrétion muqueuse ( hypérémie et hyperdiacrisie), que comme une véritable inflammation. C'est un véritable catarrhe, semblable aux catharres bronchique ou nasal, maladies qui le plus
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auvent la précèdent, l'accompagnent ou lui succèdent. Comme tel c'est dans la partie de la conjonctive qui présente les caractères d'une véritable membrane muqueuse que la maladie doit avoir son siège et où elle l'a en effet. Des recherches anatomiques et microscopiques répandront beaucoup de lumière sur cette affection.
La description de la conjonctivite catarrhale , donnée par Weller , renferme quelques inexactitudes et quelques erreurs que partagent avec lui d'autres ophthalmologistes. JNous les signalerons dans notre exposé.
Premier degré. — La maladie débute le plus souvent par une légère démangeaison qui se fait sentir à la surface interne des paupières, aux angles de l'œil, et notamment au grand angle. Le malade ressent une espèce de roideur dans les paupières; leurs mouvements sont gênés; il éprouve au réveil quelque difficulté pour les ouvrir. Le matin principalement, une petite quantité de mucus desséché existe à l'angle interne, et quelquefois même sur le bord libre des paupières , aux ra^ cines des cils. Les symptômes s'exaspèrent légèrement vers le soir ; à cette époque de la journée , quelque trouble se manifeste dans la vue.
Tels sont les symptômes qu'offre la maladie , lors de son début , tel est son premier degré. Avant d'aller plus loin , nous devons avertir le lecteur que dans cette ophthalmie , comme dans toutes les autres, il est impossible de distinguer des périodes bien fixes et bien tranchées, telles que les auteurs les ont admises, car la nature ne se prête pas à nos divisions. Si nous établissons différents degrés dans ces affections, ces divisions doivent avoir toujours quelque chose d'arbitraire; elles sont néanmoins nécessaires pour pouvoir donner des descriptions exactes , éviter toute confusion, et faciliter Fobservation. Tant que les symptômes énurnérés plus haut existent seuls , ils tourmentent peu le malade, qui ne songe guère à recourir
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aux avis d'un homme de l'art , et ils se dissipent le plus souvent d'eux-mêmes, comme un léger coryza. Si l'on a occasion d'explorer l'œil à cette époque de la maladie , on rencontre dans la conjonctive , et surtout sur le feuillet de cette membrane qui tapisse la face interne des paupières , les caractères naissants de l'injection eatarrhale, telle qu'elle sera décrite tout à l'heure. Ce feuillet prend une teinte rose et présente quelques vascularités qui lui ôtent en partie sa diaphanéité et font que les follicules de Meibomius n'apparaissent plus aussi bien dans toute l'étendue des paupières. Les vaisseaux de la conjonctive palpébrale forment des stries parallèles entre elles, très discrètes , dirigées du bord libre vers le bord adhérent , traversant le grand pli de la conjonctive et se perdant bientôt sur la circonférence de la partie scléroticale de cette membrane. Cependant , quand ce premier degré persiste et devient chronique , il gêne sensiblement le malade , et lui donne des craintes et des inquiétudes. Un commencement de villosité et quelques petites élévations grenues apparaissent quelquefois dans la conjonctive palpébrale, si cette première période se prolonge.
Deuxième degré. — L'injection de la conjonctive palpébrale augmente; les stries qui la forment deviennent plus nombreuses, plus rapprochées , d'un rouge vermillon plus foncé et un peu jaunâtre. Souvent elles restent parallèles , souvent aussi elles sont croisées par d'autres dans différentes directions , de manière à constituer un réseau irrégulier. Cette injection , qui , dans le principe, n'était bien marquée que dans la conjonctive palpébrale , se propage sur le pli de la conjonctive , et de là sur la conjonctive scléroticale. Dans cette dernière partie, elle prend une forme tout-à-fait particulière etpathognomonique» L?s vaisseaux qui la composent et qui appartiennent évidemment à la conjonctive , puisqu'ils offrent tous les caractères qie nous avons développés à l'article Conjonctivite, ont une
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couleur d'un rouge-jaunâtre pâle ; leur calibre est plus considérable que celui des vaisseaux de la sclérotique , quand cette membrane est frappée d'inflammation , mais plus mince que celui des vaisseaux qui constituent les injections scrofuleuse et abdominale. Leurs troncs se trouvent près du grand pli de la conjonctive , et en partie dans la conjonctive palpébrale ; de là les vaisseaux se dirigent dans la conjonctive scléroticale, en devenant de plus en plus grêles , de plus en plus déliés , et ils se terminent à une ou deux lignes du bord de la cornée par une extrémité fine et pointue ; aucun d'eux ne touche conséquemment la circonférence de la cornée ; ils laissent autour d'elle une zone blanche formée par la conjonctive qui reste saine. Ils sont légèrement flexueux, et presque parallèles entre eux. Quelques uns sont simples et non ramifiés ; il en est d'autres qui se partagent en deux rameaux, sans se subdiviser ultérieurement. Très discrets dans cette phase de la maladie , ils n'ont pas tous le même calibre; quelques uns d'entre eux se font particulièrement remarquer par leur grosseur. En même temps toute la conjonctive scléroticale présente un certain degré de laxité , et dans quelques cas son tissu semble avoir contracté plus d'épaisseur ; elle offre une teinte d'un blanc sale , légèrement jaunâtre. A aucune période de l'affection on ne découvre, dans cette membrane, des papules, des phlyctènes ou des pustules.
Nous devons dire aussi que la photophobie et le larmoiement ne se manifestent jamais, tant que la maladie existe dans toute sa pureté.
Les symptômes du premier degré s'accroissent dans la seconde période. Le mucus sécrété devient plus copieux; il se concrète sous forme de croûtes minces, molles, jaunâtres, peu adhérentes , faciles à détacher, quand on les humecte avec un liquide , tel que l'eau ou la salive. Après leur chute, on voit que les parties qu'elles recouvraient ont conservé leur entière
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intégrité. Ces caractères suffisent pour faire distinguer ces croûtes de celles de la blépharite lymphatique. Le mucus qui, pendant la nuit, durcit à l'air, produit chaque matin l'agglutination des bords palpébraux. La démangeaison augmente et devient souvent une cuisson véritable que le malade sent aux paupières et à la superficie du globe oculaire. Jamais il n'éprouve de douleur dans le globe de l'œil, ni dans les parties adjacentes, à l'exception de certains cas rares, où quelques cils très fins, places sur les bords palpébraux auprès des commissures, et principalement auprès du grand angle , sont renversés vers le globe oculaire par suite de la friction exercée par le malade afin de faire cesser la démangeaison. Quelque inexplicable et presque incroyable que soit ce phénomène , nous avons vu plusieurs fois ce renversement , d nt nous allons parler de suite sous un autre rapport, produire des douleurs circum-orbitaires et sus-orbitaires très violentes et chroniques , rémittentes ou intermittentes , rebelles à tous les traitements et ne cédant qu'à l'extraction de ces cils.
En outre , les personnes affectées de conjonctivite catarrhale accusent assez constamment une sensation analogue à celle que produirait un corps étranger engagé sous les paupières; elles attribuent ces sensations à des graviers , à des ordures qui se sont introduits dans leur œil. Les malades persistent souvent avec opiniâtreté à amrmer[l'existence d'un corps étranger; ils indiquent la place qu'il occupe , le jour et les circonstances de son introduction ,"et ils demandent au médecin qu'il veuille bien les en délivrer. Cette sensation est occasionnée tantôt par un vaisseau dilaté par le sang qui , à chaque clignotement des paupières, froisse et irrite l'œil, comme le ferait un corps étranger venu dxi dehors ; tantôt elle est causée par un ou plusieurs cils qui se-sont dirigés vers le globe de l'œil , la démangeaison ayant porté le malade à exercer sur les paupières un frottement plus ou moins prolongé. L'étroitesse de la fen^e
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palpébrale du côté des angles , la facilité avec laquelle les cils lestent renversés dans ces parties, le développement souvent extraordinaire qu'acquièrent les poils fins et ténus qui. chez presque tous les sujets, naissent de la caroncule lacrymale, et l'irritation qui en résulte, sont autant de circonstances qui déterminent la chronicité et l'opiniâtreté de l'ophthalmie catarrhale, en la fixant, chose remarquable , sur un seul œil, tandis que , dans les circonstances ordinaires , elle affecte en même temps les deux yeux.
La démangeaison , le gonflement des vaisseaux , et par suite la sensation de corps étrangers, tous les symptômes, en un mot, s'exaspèrent vers le soir, à la lumière artificielle, surtout si le malade veut se livrer au travail. Alors survient un trouble de la vision qui n'existait pas durant le jour; il provient en grande partie de l'augmentation de la sécrétion muqueuse, dont le produit , sous forme de flocons et de filaments , vient couvrir de temps en temps la cornée et en troubler la diaphanéité: En outre la turgescence plus forte des vaisseaux de la conjonctive palpébrale et scléroticale qui a lieu à cette époque de la journée doit , sans aucun doute , exercer une tension et une irritation passagères dans le feuilletconjonctival qui couvre la cornée , d'où résulte une altération légère et momentanée dans la transparence de ce feuillet , et par suite le trouble de la vision.
L'état granuleux de la. conjonctive palpébrale n'est pas une conséquence forcée et constante de l'oplithalinie catarrhale ; mais quand elle a acquis un haut degré d'intensité , et plus souvent encore quand elle est chronique , la conjonctive palpébrale offre çà et là des villosités analogues à celles que l'on observe dans l'ophthalmie blennorrhagique , et des granulations plus ou moins volumineuses et plus ou moins discrètes, qui siègent principalement au grand pli de la conjonctive. Ce