‹ Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amauroseChapitre 32 sur 70 · OPHTHALMIE CATARRHALE · texte numérisé non relu

OPHTHALMIE CATARRHALE

ciractère anatomique est de la plus haute importance sous îe rapport de la gravité du mal et sous eelui du traitement. Si ou le perd de vue, et si l'on néglige de lui opposer une médication convenable , on risque de voir l'affection se transformer en une ophthalmie blennorrhagique chronique ou aiguë qui peut amener les accidents les plus funestes.

Troisième degré. — Les vaisseaux tuméfiés de la conjonctive scléroticale se prolongent jusqu'au bord de la cornée ; dans ce troisième degré , leur nombre est plus considérable , car d'autres vaisseaux se sont engorgés dans les interstices de ceux qui étaient primitivement gonflés. En même temps , un liquide séreux , de quantité variable , s'épanche dans le tissu cellulaire sous-eonjonctival , et donne naissance tantôt à une espèce de chémosis séreux partiel , tantôt à un chémosis complet. Le premier est constitué par quelques gouttelettes d'une sérosité incolore ou jaunâtre , qui s'accumule sous une portion circonscrite de la conjonctive scléroticale , la soulève sous forme d'une vésicule oblongue ou arrondie dont ia base n'adhère point fortement à la sclérotique , et que l'on peut déplacer avec facilité. La résorption de ce liquide se fait en général au bout de quelques jours ; dans le cas contraire , une simple ponction ou une légère incision suffisent pour son évacuation. Il n'est pas rare de rencontrer dans l'ophthalmie catarrhale le chémosis séreux complet , que complique assez, souvent un gonflement œdémateux des paupières , assez fort pour empêcher le malade de les entr'ouvrir. Cet accident, bien^ que d'un aspect quelquefois fort effrayant pour le malade et son médecin, et simulant souvent une blépharite et une ophthalinite violentes, n'a rien de grave, et il cède toujours à un traitement antiphlogistique peu énergique , joint aux autres moyens que nous indiquerons pour guérir la conjonctivite eatanhale. L'absence de rougeur des paupières , le peu de

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douleur au toucher, la mollesse des tissus gondés qui reçoivent et conservent pendant un certain temps l'empreinte du doigt , la marche de la maladie , etc. , suffisent pour assurer le diagnostic. Quelques auteurs semblent avoir confondu le cliémosis catarrhal complet ou incomplet avec l'ophthalmie érysipélateuse ; pour distinguer les deux maladies l'une de l'autre , il faut faire attention à la marche et à la succession des phénomènes et aux symptômes concomitants. D'autres ophthalmologistes ont confondu le cliémosis partiel avec les phlyetènes , qui n'appartiennent qu'à l'ophthalmie rhumatismale et ont des caractères bien différents.

Lorsque le cliémosis séreux dont nous venons de parler n'existe pas , il est facile de constater les caractères que nous avons assignés à l'injection catarrhale , bien que , dans ce troisième degré , cette injection soit confluente et s'étende jusqu'au contour du miroir de l'œil. Il est encore possible de reconnaître alors que la sclérotique n'est le siège d'aucune injection ; il n'y a en même temps ni photophobie ni épiphora. Un larmoiement plus ou moins abondant ne survient , dans le second et le troisième degré de cette inflammation, que quand, devenue chronique , elle s'étend par les points et les canaux lacrymaux à la membrane muqueuse des voies lacrymales , la boursoufle, et nuit au passage des larmes. Ce larmoiement est donc passif , puisqu'il est le résultat d'une obstruction des voies lacrymales , qui oppose à l'écoulement des larmes un obstacle mécanique ; on ne doit pas le confondre avec l' épiphora ou la véritable hyperdiacrisie lacrymale. Quand le larmoiement survient , on a tout lieu de redouter la formation d'une blennorrhagie du sac lacrymal ou d'un engorgement de sa muqueuse , qui peut donner naissance à une tumeur lacrymale.

Causes. — L'ophthalmie que nous décrivons est un véritable

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catarrhe de la muqueuse oculaire , affection analogue aux maladies catarrhales des membranes pituitaire ou bronchique. Elle a , comme ces dernières , pour cause principale le refroidissement. Cette espèce d'ophthalmie est très fréquente au printemps et en automne , dans les temps humides et froids , et surtout quand des journées chaudes alternent avec des nuits fraîches. L'ophthalmie qui naît sous l'empire des circonstances que nous venons d'énumérer règne souvent épidémiquement et de concert avec d'autres affections catarrhales. Alors , et même quand on ne l'observe que sporadiquement , cette conjonctivite vient très souvent s'ajouter à un catarrhe nasal ou à une bronchite , maladies qui peuvent disparaître dès que la conjonctive se prend. L'on peut dire que , sur dix individus affectés d'ophthalmie catarrhale , huit ou neuf présentent en même temps les symptômes d'un coryza , d'une irritation bronchique , ou d'autres maladies catarrhales, ou bien en étaient affectés peu de temps auparavant.

Les personnes d'un système cutané très sensible , et disposées à ressentir d'une manière fâcheuse le moindre changement de température , sont particulièrement sujettes à cette ophthalmie. Cette circonstance explique le retour fréquent de cette affection chez les mêmes individus. Elle peut encore se développer sans qu'il soit possible de rapporter son origine à des causes atmosphériques d'action épidémique. Il suffit pour cela que les yeux ou la tète , échauffés par la marche , le travail , l'air ambiant d'un appartement chaud, soient exposés subitement à une atmosphère d'une température moins élevée.

Quant aux terminaisons de cette maladie, nous en avons déjà parlé en indiquant sa marche et ses symptômes. Nous parlerons de sa combinaison avec l'ophthalmie rhumatismale quand nous traiterons de cette dernière.

Traitement. — Dans l'exposé des moyens thérapeutiques qui

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doivent être mis en usage contre la conjonctivite catarrhale , nous suivrons la marche que nous avons adoptée en décrivant ses symptômes. Le traitement se résume dans les indications suivantes :

1° Combattre la congestion ou l'inflammation oculaire.

2° Rétablir la transpiration cutanée , qui a été troublée momentanément.

Cette maladie étant au début moins une véritable phlegmasie qu'un état congestif de la conjonctive , doit être plutôt traitée par des répercussifs et des révulsifs , que par des évacuations sanguines. Le premier degré de l'affection cède assez généralement à l'emploi des bains de pieds sinapisés et des collyres astringents employés dans une certaine gradation. Ainsi l'on commencera par le plus faible , une dissolution d'acétate de plomb cristallisé (gr. ij à iv pour eau dist. %\. ); on passera à l'emploi d'un collyre de sulfate de zinc ( suif, de zinc, gr. j ou ij , eau dist. 3>j., laudanum de Rousseau , quelques gouttes), auquel on fera succéder, au besoin, celui d'un collyre de sulfate de cuivre \ etc. On devra avoir soin que les moyens destinés à soulager les malades ne deviennent pas pour eux de nouvelles causes de refroidissement. On chauffera donc au bain-marie les liquides médicamenteux , et l'on en imbibera des compresses que l'on appliquera sur les yeux pendant dix minutes ou un quart d'heure , trois ou quatre fois par jour ; après chaque application , la peau sera essuyée avec un linge sec. Quelques gouttes du collyre peuvent être , en même temps, instillées dans le petit angle de l'œil. En plaçant sur les compresses humectées d'autres compresses préalablement chauffées, on prévient l'évaporation rapide du liquide , et le refroidissement qui en est le résultat.

A la seconde indication répond l'usage de quelques boissons sudorifiques , telles qu'une infusion chaude de fleurs de sureau ou de tilleul , avec addition de roob de sureau , ou d'une cuil-

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lerée d'acétate d'ammoniaque , l'administration de quelques doses de poudre de Dower , etc.

Les moyens que nous venons de mentionner ne suffisent pas pour combattre la conjonctivite catarrhale arrivée au se~ cond degré. La répercussion ; dans cette circonstance, doit être plus énergique ; les applications locales devront "donc se succéder plus rapidement ; elles seront pratiquées de deux en deux heures , ou même d'heure en heure. On imprimera une efficacité plus grande aux moyens thérapeutiques que nous avons indiqués précédemment ; ainsi , dans les collyres , on élèvera la dose des substances actives pour la même quantité de véhicule. On pourra encore avoir recours à une solution de pierre divine , à la dose d'un à deux grains par once d'eau distillée, avec addition d'un demi- scrupule de laudanum de Sydenham, ou à un collyre de nitrate d'argent, composé d'un grain de ce sel et d'une once d'eau. On observera dans ces applications topiques les précautions que nous avons recommandées plus haut.

Il est encore utile , dans ce degré de la conjonctivite catarrhale , de stimuler la sécrétion sur d'autres surfaces muqueuses, pour détourner l'inflammation de la membrane muqueuse oculaire. Cette inflammation cédera souvent avec rapidité à l'usage d'un purgatif plus oti moins énergique , tel que les sulfates de soude ou de magnésie , l'eau de Sedlitz , la racine de jalap , la scammonée , le calomélas , etc. Dans les degrés plus élevés de cette conjonctivite, on fera toujours précéder les applications locales astringentes par cette dérivation sur le tube intestinal ; sans cela il serait souvent à craindre , principalement chez les individus prédisposés aux congestions sanguines vers les membranes oculaires internes, que celles-ci ne devinssent le siège de l'irritation et de l'hypérémie répercutée des tuniques superficielles. On peut encore , pont atteindre ce but , établir une sécrétion muqueuse artificielle , dans un en-

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droit éloigné de l'organe de la vue , par l'application d'un vésicatoire volant à la nuque ou entre les épaules, moyen thérapeutique plus puissant cependant pour faire disparaître les dernières traces de l'ophthalmie que pour la combattre de prime abord ou pendant son plus grand développement ; au moins avons-nous fréquemment vu des ophthalmies catarrhales, longtemps rebelles aux vésicatoires et à des exutoires même plus énergiques, céder en peu de jours , et comme par enchantement , aux collyres astringents joints aux purgatifs.

Les émissions sanguines générales et locales ne sont point nécessaires, et ne semblent même pas avoir une grande efficacité contre ce degré de la maladie dont nous nous occupons ici. Un régime convenable et l'emploi des boissons diaphoniques doit , dans tous les cas , accompagner l'usage des dérivatifs que nous venons de mentionner.

Si l'ophthalmie catarrhale menace de revêtir un caractère de chronicité, ou bien si elle se renouvelle fréquemment , les soins hygiéniques les plus minutieux et les plus propres à préserver le malade du refroidissement seront nécessaires pour assurer le succès du traitement et empêcher les rechutes; c'est dans ces cas que les exutoires trouvent leur indication particulière.

Arrivée au troisième degré , la conjonctivite Catarrhale réclame une médication plus active ; les saignées générales et locales obvieront avec efficacité à l'exaspération des symptômes , et enraieront la marche de la maladie ^ qui , sans un traitement des plus énergiques, a une tendance funeste à passer à l'état biennorrhagique. Le médecin graduera la dose des émissions sanguines d'après l'âge et la constitution du sujet et d'après l'intensité des phénomènes. Les évacuations sanguines seront suivies de l'emploi des collyres astringents, que l'on ordonnera le plus vite possible ; et dès que la diminution de la phlegmasie le permettra , on aura soin d'en aug-

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mériter rapidement les doses. En résumé , les antiphlogisti* ques,les topiques répercussif s, les purgatifs, les diaphoniques et les vésicatoires , agents thérapeutiques sur lesquels on insistera plus long-temps et plus activement que dans les premier et second degrés de la maladie, sont les moyens les mieux appropriés au troisième degré de la conjonctivite catarrhale.

Les granulations, production plus fréquente et plus rehelle de cette ophthalmie qu'on ne le croit d'ordinaire , réclameront un traitement à part. Si elles sont peu volumineuses , il suffira pour les détruire de l'usage de collyres astringents énergiques , d'instillations entre les paupières de laudanum liquide de Sydenham , et finalement de la cautérisation avec un morceau de sulfate de cuivre cristallisé, taillé en forme de crayon , qu'on passe légèrement sur la surface grenue de la conjonctive palpébrale. La cautérisation avec le sulfate de cuivre est peu efficace et trop faible si la muqueuse oculaire est devenue plus exubérante, et si les granulations sont feftt* gueuses , à gros grains , volumineuses. Pour détruire ces dernières excroissances végétatives , on les cautérisera avec le nitrate d'argent, et si le caustique seul ne suffit pas, on les extirpera en les excisant avec des ciseaux courbes sur le plat, puis on cautérisera avec la pierre infernale la surface de la plaie dès qu'elle aura cessé de saigner. Ces procédés seront modifiés, toutefois, suivant la sensibilité individuelle des malades. Souvent, en effet, l'action du nitrate d'argent n'estpas supportée là où le sulfate de cuivre obtient un succès complet. En générai, il convient de ne passer à l'emploi du premier qu'après avoir trouvé insuffisante ou trop lente l'action de ce dernier. Il est des cas où le mal résiste opiniâtrement à la cautérisation avec l'un ou l'autre de ces cathérétiques , et ne cède qu'après l'excision de la partie granulée. Les pommades de précipité blanc ou rouge, à la dose d'un à trois grains pour un gros d'axonge,

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et appliquées en très petite quantité, une ou deux fois par jour, entre les cils et sur la peau du bord libre des paupières , seconderont puissamment les procédés que nous venons d'exposer.

Le boursoufflement des voies lacrymales absorbantes , accident qui accompagne fréquemment la conjonctivite catarrhale, et qui est une des causes les plus communes des tumeurs lacrymales, mérite une attention particulière de la part du praticien. L'affection catarrhale du sac et des conduits lacrymaux, traitée à temps et dans son état sub-aigu , cède avec facilité , dans le plus grand nombre des circonstances , aux moyens pharmaceutiques dirigés contre elle , et ces agents préviennent les accidents graves qui exigeraient l'application de moyens chirurgicaux , toujours d'un succès fort douteux dans les cas de ce genre. Les collyres astringents instillés entre les pau pières sont pompés par les points lacrymaux, et ne manquent pas d'exercer leur action sur la muqueuse de ces parties. Cependant , lorsque des larmes abondantes séjournent entre les paupières, et qu'elles découlent sur les joues à cause du boursoufflement de la muqueuse des voies lacrymales qui s'oppose à leur marche naturelle , il importe d'avoir recours de bonne heure à l'injection directe des astringents dans les points lacrymaux , et aux frictions d'onguent napolitain sur les régions du sac lacrymal et du conduit nasal. Nous devons dire toutefois que , dans les affections des membranes muqueuses, l'emploi des hydrargyriques à l'extérieur nous a paru le plus souvent fort infidèle. Quant aux injections, elles doivent être répétées tous les jours et pratiquées avec une grande prudence par une main exercée ; dans le cas contraire, la lésion et l'irritation produites sur ces organes délicats exaspéreraient la maladie. Il faut s'en abstenir quand le larmoiement est un véritable épiphora dépendant d'une affection sympathique de la sclérotique. Un autre moyen très effi-

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