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CHAPITRE VIII. DE L OPHTHALMIE VARIOLEUSE

Depuis que l'introduction générale de la vaccination a fait cesser les ravages produits parla petite vérole, nous avons peu d'occasions d'observer cette forme d' ophthalmie spéciale , qui

OPHTHALMIE VAIUOLEUSE. /pj

jadis a été une des causes les plus fréquentes de la destruction totale ou partielle de la vue.

La variole et la vai ioloïde peuvent affecter successivement ou simultanément la peau des paupières et toutesles parties de la conjonctive. Cette différence du siège a fait distinguer cette ophthalmie en blépharite et en ophthalmie varioleusc. Nous n'avons pu , jusqu'ici, trouver un caractère particulier dans l'ophthalmie quand elle accompagne la variole et quand elle se montre dans le cortège de la varioloïde. Nous croyons que , dans les cas d'éruption confluente, dans ces deux espèces d'exanthème, la phlegmasie oculaire présente les mêmes symptômes.

La blépharite varioleuse consiste dans l'éruption de la variole à la surface externe des paupières. Les caractères de l'exanthème sont ici les mêmes que ceux que l'on observe sur d'autres parties de la surface cutanée. Les pustules se forment quelquefois en grand nombre sur les bords des paupières. L'éruption est précédée et accompagnée d'une tuméfaction souvent érysipélateuse de ces voiles membraneux. Ce gonflement est parfois tel , qu'il produit l'occlusion complète des paupières, qui dure jusqu'au moment de la dessiccation des pustules. La sécrétion des follicules de Meibomius et de la conjonctive est augmentée; les mucosités, desséchées entre les bords palpébraux , collent ces derniers , et s'opposent à l'écoulement libre des larmes. L'irritation peut se propager à la conjonctive palpébrale et scléroticale , sans que cette membrane soit elle-même le siège d'une éruption varioleuse.

Nous entendons , par les noms de conjonctivite ou ophthalmite varioleuse , les cas dans lesquels la conjonctive devient le siège de pustules varioleuses. L'exanthème peut se développer sur toutes les parties de la conjonctive , et même sur le feuillet conjonctival de la cornée. Dans tous les cas d' ophthalmie varioleuse que nous avons observés , le gonflement concomitant des paupières, le blépharospasme et la pho-

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tophobie ont été tels qu'il nous a été impossible d'étudier avec soin la forme de l'injection vasculaire qui accompagne le développement des pustules varioleuses dans les différentes parties de la conjonctive. Cependant la disposition des vais- •seaux nous a paru particulière , et nous saisirons la première occasion opportune pour continuer nos recherches à cet égard. L'éruption de l'exanthème sur la conjonctive s'annonce par une sensation de tension, de gravier et de douleur lancinante que les malades éprouvent au-dessous des paupières. L'œil est rouge et sensible à la lumière ; des larmes brûlantes s'écoulent de la fente des paupières. Les pustules de la conjonctive palpébrale et scléroticale sont petites, jaunâtres et élevées au-dessus du niveau de la membrane; la cornée devient le siège de points suppuratifs blanchâtres d'abord, puis jaunâtres, qui s'élèvent peu à peu; la suppuration ne tarde pas à affecter la substance de la cornée, et y prend la forme d'une pustule assez acuminée et élevée, ou plus tard celle de l'onyx. Cette éruption est naturellement accompagnée de violentes douleurs. L'inflammation se transmet quelquefois aux tissus profonds de l'œil. Le travail destructeur de la suppuration peut occasionner la perte et la désorganisation totale ou partielle de l'organe de la vue- La suppuration de la cornée laisse après elle des leucomes plus ou moins étendus , avec ou sans synéchie ; les ulcères pénétrants de la cornée , qui peuvent résulter de cette affection, donnent lieu aux procidences indiennes, aux staj hylomes , à la destruction de la cornée et à la dénudation complète de l'iris , et même à la fonte purulente de l'œil.

Parmi les suites les plus fréquentes de la blépharite varioleuse , nous citerons des excoriations ou ulcérations superficielles rougeâtres, arrondies et en partie déprimées en godets, qui souvent persistent pendant toute la vie, entretiennent une irritation douloureuse, gênent les fonctions de l'organe visuel, produisent un aspect désagréable et souvent repoussant, et ré-

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sistent opiniâtrement à tous les moyens curatifs. On observe encore la destruction complète des cils et une blépharite glandulaire chronique qui se montre souvent rebelle, durant toute la vie, à toute espèce de traitement. Cette blépharite paraît être due à l'oblitération des orifices des follicules palpébraux déterminée par les cicatrices que les pustules varioleuses ont laissées après elles. Souvent elle est sollicitée par la coexistence d'une disposition scroluleuse. Un grand nombre d'ophthalmies chroniques, consécutives à la petite vérole, sont dues aux progrès que les exanthèmes aigus en général impriment au développement des affections scrofuleuses. Les ulcères varioleux , souvent très rebelles au traitement , détruisent quelquefois les ligaments interpalpébraux , et donnent ainsi lieu à des ectropions hideux. L'inflammation occasionnée par la blépharite varioleuse étend souvent ses ravages sur l'appareil lacrymal résorbant ; il peut en résulter un larmoiement incurable, la blennorrhée du sac lacrymal, et l'oblitération partielle ou totale de ce canal.

Traitement. — La partie prophylactique du traitement est la plus importante. Il serait éminemment utile en effet de pouvoir, d'une manière quelconque, détourner l'éruption varioleuse d'un organe qui, par cette affection, est non seulement menacé de difformité , mais encore de la destruction partielle ou totale de sa fonction. Bien que nous ne connaissions jusqu'ici aucun moyen dont notre propre expérience nous ait fait connaître une vertu préservative infaillible, nous pouvons dire cependant que nous avons constaté les bons effets de l'application locale sur les paupières et sur l'œil de certains répercussifs, tels que les fomentations avec l'eau froide , avec les solutions saturnines fortes , avec des liquides imprégnés de vinaigre camphré , l'instillation d'un collyre saturnin plus faible entre les paupières, et de la révulsion opérée avant et pendant le période de l'éruption sur les parties inférieures

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du corps , sur les cuisses , les mollets et les pieds , à l'aide de fomentations chaudes , de cataplasmes sinapisés , etc. , etc. Nous n'hésiterions pas non plus , dans des cas de variole , de tenter l'action prophylactique de la pommade mercurielle appliquée sur les paupières. Si, malgré ces précautions, les paupières et la conjonctive deviennent le siège de l'éruption varioleuse , si des pustules se forment sur la conjonctive palpébraie , la continuation de l'emploi des mêmes moyens peut encore les faire avorter. Dans le cas contraire, quand ces pustules grossissent, et quand d'autres commencent à se développer sur la cornée, nous croyons utile de suivre le conseil donné par M. Serres ; il consiste à ouvrir toutes les pustules à l'aide de la lancette , et à les faire avorter en les cautérisant avec un crayon pointu de nitrate d'agent, La cautérisation des pustules et des ulcères de la cornée doit être faite profondément; on met ainsi obstacle à la propagation aux tissus profonds de l'œil d'une suppuration destructive. D'après l'assurance donnée par le savant inventeur de la méthode ectrotique, la transparence de la cornée serait même conservée dans son intégrité malgré l'action la plus énergique du caustique. Nous n'avons pas eu l'occasion de constater les effets de cette méthode, les moyens prophylactiques indiqués ayant toujours jusqu'ici réussi entre nos mains à prévenir la formation de pustules sur la cornée , même dans des cas de variole confluente. Est-ce à l'action de ces moyens que nous devons l'attribuer, ou bien à la nature particulière des épidémies que nous avons observées , épidémies qui cependant ont été fort meurtrières ? Nous ne saurions le dire.

Les mesures antiphlogistiques doivent être combinées avec cette médication locale. On diminuera la tension des paupières , souvent insupportable aux malades , en observant la plus grande propreté et en entraînant les mucosités qui s'amassent aux bords palpébraux à l'aide de petites quantités

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d'un liquide émollient, tel qu'une décoction de mauve ou de guimauve ou d'un peu de lait tiède. L'humectation continuelle des paupières enflammées, faite à l'aide de ce même genre de fomentations tièdes , peut être employée quand les moyens indiqués n'ont pu empêcher l'éruption des pustules ; elle soulage beaucoup les malades. Dans l'ophthalmie varioleuse, l'emploi des émissions sanguines, des purgatifs et d'autres moyens antiphlogistiques , pratiqué d'après les règles générales, peut devenir fort utile et même d'une nécessité absolue ; les purgatifs surtout sont un des agents les plus efficaces de dérivation , en détournant le flux des liquides du derme malade , et en soutirant à l'économie une quantité notable de sucs blancs.

Les auteurs ont beaucoup parlé d'une ophthalmie varioleuse secondaire qui ne se manifesterait qu'à une époque plus ou moins éloignée de la desquamation de l'exanthème variolique , et qui , selon eux , dépendrait d'un reste de virus ou d'action morbide, se localisant tardivement dans les tissus oculaires. Cette ophthalmie varioleuse secondaire serait analogue à d'autres affections consécutives à la petite vérole et reconnaissant la même origine , telles que l'éruption de furoncles sur une grande partie de la peau , la formation d'abcès , etc. Les cas d'ophthalmie varioleuse que nous avons eu l'occasion d'observer n'appartenaient point à cette variété; nous les croyons trop peu nombreux pour que nous nous prononcions définitivement sur ce point.

Il est bon de rappeler à cette occasion que la variole laissant souvent après elle , de même que les autres exanthèmes aigus, une disposition aux affections scrofuleuses, on est quelquefois tenté d'attribuer à un reste de virus variolique dans l'économie l'apparition d'une ophthalmie qui n'est que l'expression locale d'un travail lymphatique.

46â GPHTHALMJE DARTEEUSE.

CHAPITRE IX. DE LA BLEPKARITE SERPIGINEUSE , HERPÉ- TIQUE, IMPETIGINEUSE.

( OPHIHALMIE DARTREDSK DES ACTEURS. J

Les éruptions chroniques de la peau de la face peuvent s'étendre aux paupières et donner lieu à uneblépharite, quia reçu les noms d'ophthalmie impétigineuse, herpétique, psorophthalmie, et qui est quelquefois accompagnée d'une conjonctivite qui n'a rien de particulier et le plus souvent présente la forme scrofuleuse.

Nous trouvons le terme d'ophthalmie dartreuse fréquemment employé dans les ouvrages sur les maladies des yeux, et surtout par les auteurs français. En général, on n'attache pas un autre sens à cette dénomination que celui d'une irritation oculaire quelconque développée sur un individu affecté d'éruption dartreuse de la peau, et sans que la forme particulière de la phlegmasie et ses caractères anatomiques prouvent le nexus entre les deux affections. Fidèle à ce que nous avons dit jusqu'ici sur la nécessité de baser le diagnostic sur des signes positifs , nous comprenons exclusivement sous le titre d'ophthalmie impétigineuse ou dartreuse les formes d'inflammation de l'une ou de l'autre partie de l'œil, carac-* térisées par des symptômes locaux anatomiques et fonctionnels, qui sont appréciables pour l'observateur.

Et d'abord disons que nous n'avons vu jusqu'ici que des blépharites se développer sous l'influence d'éruptions cutanées chroniques ; les ophthalmies qu'on a décrites sous le nom de dartreuses ne sont que des ophthalmies scrofuleuses qui se manifestent chez des individus sur lesquelles la disposition lymphatique produit en même temps des éruptions chroniques au derme.

Chez les enfants la croûte laiteuse et serpigineuse ( crusta

lactetiy crustascrpiginosa, cczcma impetiginodc.s), envahit souvent les paupières. Ces voiles membraneux se couvrent de pustules qui, en se rompant, fournissent un liquide qui se condense à l'air en croûtes plus ou moins épaisses, jaunâtres , brunes ou d'un jaune brunâtre. Les paupières deviennent le siège d'un gonflement érysipélateux considérable. La conjonctivite scrofuleuse qui accompagne ordinairement cette éruption prend facilement le caractère blennorrhoïque. Malgré la gravité apparente de l'affection, la blennorrliée de l'œil, dans ces cas, n'affecte que rarement une marche aiguë, et se borne principalement à la conjonctive palpébrale. Cette dernière se boursouffle , et son corps papillaire acquiert un développement anormal. Le plus souvent il existe en même temps une blé— pharite glandulaire lymphatique.

Quand, le gonflement des paupières ayant cessé, l'on parvient à les ouvrir, on trouve ordinairement un état grenu et sarcomateux de la conjonctive; les cils sont tombés, les bords palpébraux sont érodés, etc. Cette affection, lorsqu'elle a profondément attaqué le derme et produit des ulcérations, peut donner lieu au renversement des paupières en dehors; si leur occlusion a persisté long-temps, l'entropium et les trichiasis peuvent en être la conséquence.

Cette affection se développe sous l'influence de la diathèse lymphatique et de ses causes ordinaires et principalement de la malpropreté.

Elle exige le traitement que nous avons indiqué pour l'ophthalmie scrofuleuse en général. Afin d'empêcher que les paupières ne soient envahies par la croûte laiteuse , on peut employer des fomentations avec une faible solution de deutochlorure de mercure (un demi-grain au plus par once d'eau distillée ) , en même temps qu'on établit une révulsion à la nuque ou derrière les oreilles , à l'aide de frictions avec la pommade stibiée.

De même que la croûte laiteuse chez les enfants, les affections herpétiques et impétigineuses, chez les adultes, peuvent s'étendre aux paupières avec la même forme qu'elles affectent sur le reste du derme et produire une irritation inflammatoire de la conjonctive. Les follicules de Meibomius deviennent souvent alors le siège d'une blépharite glandulaire. La conjonctive palpébr aie s'injecte, se boursouffle , et peut devenir sarcomateuse. Si l'affection n'est pas combattue avec sucées, on voit se former les mêmes altérations ( difformité du tarse , chute des cils, ectropium , entropium, trichiasis) que nous venons de signaler comme suite de la blépharite produite par la croûte laiteuse et serpigineuse.

Cette phlegmasie n'est pas moins rebelle que la cause qui la produit. Elle ne guérit pas, tant que le traitement reste impuissant contre l'affection générale. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de dermatopathologie; nous nous contenterons de dire que les antimoniaux , les mercuriaux , les préparations sulfureuses, iodurées, les sudorifiques, les exutoires, etc., peuvent tour à tour être utiles. Ces éruptions dépendent presque toujours d'une diathèse scrofuleuse, veineuse ou syphilitique , qui mérite avant tout l'attention du praticien. Les moyens spéciaux peuvent être employés localement, sous forme de fomentations , de collyres et d'onguents. Dans un cas qui , pendant trois ans , est resté rebelle à toute médication , nous avons obtenu un prompt succès en cautérisant la surface impétigineuse des paupières et du derme voisin avec le nitrate acide de mercure, et en touchant journellement avec un crayon de sulfate de cuivre la conjonctive palpébrale fortement sarcomateuse.

Nous devons signaler encore une autre forme de blépharite dartreuse , qui , en ce qui concerne les symptômes locaux, a beaucoup de rapports avec le pityriasis. Cette variété se rencontre surtout chez les personnes d'une habitude scrofu-

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leuse, délicate, sanguine , à teint fleuri, à peau très sensible, demi-transparente , et douées d'une grande érectilité du système capillaire. Chez elles, les bords des paupières sont rouges ; dans les interstices qui séparent les cils se forment de petites écailles blanchâtres, très fines , aplaties , ou des croûtes peu volumineuses, jaunâtres et arrondies. Ces écailles et ces croûtes se détachent de la peau avec la même facilité que les squames du cuir chevelu affecté de pityriasis. Le derme qui se trouve couvert de ces écailles est légèrement rouge ; le liquide qui suinte à sa surface se concrète presque aussitôt. Les follicules ciliaires sont rarement affectés en même temps; le bord libre des paupières reste lisse, son gonflement est peu considérable et uniforme, la iougtur est peu profonde et n'a rien de livide , la peau se laisse facilement déplacer et n'est nullement adhérente au cartilage tarse ni aux glandes de Meibomius. La conjonctive palpé hrale présente souvent une rougeur uniforme. Cette affection des paupières est accompagnée d'une sensibilité extraordinaire ; les malades ne peuvent supporter la moindre fatigue des yeux. La plus légère excitation, la lecture du soir, même celle du jour, lorsqu'elle est un peu prolongée, les veilles , le moindre excès de table, l'impression soudaine d'une éclat de lumière sont promptement suivis d'une aggravation des symptômes Les paupières sont le siège d'une vive démangeaison et d'une cuisson souvent insupportable. Les malades y éprouvent une raideur gênante, principalement le matin.

L'affection dont nous venons d'exposer succinctement les symptômes est singulièrement rebelle au traitement. JXous l'avons toujours vue s'exaspérer , lorsque nous voulûmes la combattre à l'aide des moyens locaux altérants ou stimulants. Les collyres de sublimé , de sulfate de zinc , de cuivre , les on guents de précipité blanc ou rouge , à quelque faibles doses qu'on les emploie dans le début de l'affection , ne manquent

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presque jamais d'augmenter l'irritation à un tel point qu'on est forcé d'en cesser l'usage. Les lotions douces avec des eaux mucilagineuses , peu laudanisées,'font le plus de bien dans le principe ? mais ne suffisent pas pour achever la guérison. Les lotions des paupières avec l'eau froide sont souvent mieux supportées que tout autre topique. La cautérisation des bords palpébraux est encore moins tolérée que l'usage local desmercuriaux et des astringents. La médication diaphorétique, jointe à des moyens généraux propres à changer la constitution lymphatique de ces malades , et aux onctions mercurielles audevant du pourtour de l'orbite et sur la partie saine des paupières , est celle qui nous a fourni , parmi tous lès traitements, les résultats les plus satisfaisants.

La plupart des auteurs ont appelé à tort psorophthalmie ce qui n'est autre chose qu'une blépharite glandulaire scrofuleuse , qui , comme nous l'avons établi plus haut , produit quelquefois de petites ulcérations siégeant sur les bords palpébraux. La véritable psorophthalmie est extrêmement rare. Mous ne l'avons observée que trois fois sur des personnes atteintes d'une ancienne gale qui avait été négligée. Il s'était formé sur la peau des paupières et de leurs bords des vésicules entièrement analogues aux vésicules psoriques , mêlées à de petites pustules d'ecthyma qui, en se rompant, avaient donné naissance à de petits ulcères circonscrits. Ces ulcères peuvent s'étendre , et plusieurs d'entre eux se réunir en un seul , qui alors présente une forme irrégulière. Dans un des cas que nous avons observés, l'ulcération formée par la réunion des pustules psoriques rompues occupait une grande partie de la paupière , et avait des bords irréguliers, fongueux ; cependant on reconnut, dans le fond de l'ulcère , un certain nombre de petites excavations qui indiquaient l'existence antérieure de pustules et d'ulcères séparés. Cette affection est accompagnée d'une démangeaison très vive dans les paupières.

La psorophthalmie n'est pas moins difficile à guérir que toute autre affection résultant d'une gale ancienne et négligée. Son traitement doit être dirigé d'après les mêmes principes. L'usage prolongé des sulfureux , des antimoniaux et des sudorifiques à l'intérieur, des bains et des lotions hydrosulfureuses , l'application de pommades sulfureuses aux paupières mêmes , sont les moyens les plus avantageux pour combattre eette affection.

Observation. Ophthalmie impétigineuse. — Cautérisation. — Guérison.

Madame B... , cordonnière, âgée de vingt-quatre ans, d'une constitution lymphatique, face très colorée ets'injectant facilement, a toujours joui d'une bonne santé; elle ne se souvient pas d'avoir eu dans son enfance d'autre maladie que la rougeole et une dartre à la figure. Depuis cinq ans elle est affectée d'une éruption dartreuse à la région auriculaire des deux côtés. Quand nous la voyons, le 7 octobre 1836, le derme des alentours des oreilles est rouge , couvert de croûtes minces , et fournit un liquide jaunâtre qui se durcit à l'air. Cette éruption s'étend jusque dans l'intérieur du pavillon des oreilles, à la nuque , en avant à la partie externe de l'oreille, sur une grande partie du front; elle est plus répandue sur le côté gauche que sur le côté droit. La malade se plaint d'une Vive démangeaison dans les parties qui sont le siège de l'éruption.

Depuis deux mois l'œil gauche a commencé à être affecté ; la peau des deux paupières a été successivement envahie par cette éruption eczémateuse , qui est cernée en haut et en bas par plusieurs papules rouges ; le tissu de la peau de la paupière supérieure est devenu roide , inégal; il est couvert de croûtes épaisses, jaunâtres ; les follicules de Meibomius , ceux

surtout de la paupière supérieure, sont gonflés, et forment pour ainsi dire un chapelet de petits renflements le long de la paupière ; les racines des cils sont couvertes de petites croûtes ; la surface conjonctivale de la paupière supérieure et inférieure présente un boursouflement sarcomateux et une injection presque uniforme , dans laquelle on distingue des stries rougeâtres parallèles et perpendiculaires par rapport au diamètre longitudinal de la paupière ; la partie externe de la paupière inférieure est renversée en dehors [ectropion) ; la conjonctive scléroticale est exempte d'injection; les paupières de ^l'œil droit offrent également l'injection conjonctivale et sont collées le matin par des mucosités ; la malade y éprouve beaucoup de démangeaison; cette dernière est plus intense lorsque le temps est humide ; depuis cinq jours les bras et les cuisses sont couverts d'un grand nombre de papules rouges qui ont tous les caractères de la gale ; plusieurs de ces papules sont surmontées de vésicules qui renferment un liquide purulent.

C'est un de ces cas rares de blépharite impétigineuse , où l'affection des paupières n'est véritablement que la suite de l'affection primitive du derme; l'éruption est probablement de nature lymphatique. Malgré l'examen le plus scrupuleux , nous n'y avons pu rien découvrir qui nous portât à assigner à la maladie une origine syphilitique ; la rougeur de l'éruption ne présentait nullement cette nuance cuivrée qui est pathognomonique pour les affections syphiloïdes. Ce qui nous a paru surtout digne d'attention , c'est l'affection sympathique des glandes de Meibomius , coïncidente avec l'affection du derme; elle semble fournir un signe de plus qui milite en faveur de la nature lymphatique de la maladie. Autre chose remarquable , c'est la coïncidence de deux maladies cutanées, différentes en apparence, chez le même individu. Les formes

OPHTHALMIE DARTRETTSE. 4^Q

diverses d'éruptions ne sont-elles point l'expression modifiée d'une et la même maladie générale et constitutionnelle , c'està-dire des scrofules ?

Nous avons cru devoir attaquer l'affection psorique avant de commencer le traitement de l'ancienne affection pour laquelle la malade avait déjà été soumise à toutes les médications possibles. Dans cette intention nous prescrivîmes à l'intérieur les fleurs de soufre combinées avec la crème de tartre , les lotions avec l'hydrosulfure de potasse , des bains généraux et un régime adoucissant. Après quinze jours de traitement , les papules des bras et des cuisses avaient disparu ; mais l'affection principale , l'éruption impétigineuse de la figure, resta la même. Les antimoniaux, les mercuriaux , les sudorifiques , les sulfureux employés tour à tour, n'avaient que peu et passagèrement amélioré l'état de la malade. L'éruption paraissait diminuer pendant quelque temps , et ne tardait pas ensuite à repulluler de nouveau. Les yeux ne supportaient aucune application locale de collyres ou de pommades, quelque peu stimulante que fût leur composition; l'emploi d'un très faible collyre de sublimé (gr. 1/2 de ce sel pour 2 onces d'eau distillée avec addition d'une grande quantité de mucilage ), provoqua rapidement une irritation de la conjonctive oculaire et de la sclérotique , accompagnée de photophobie et de larmoiement.

Tel était l'état de la malade au mois de décembre 1836; nous désespérions presque de la guérir, car l'état sarcomateux de la conjonctive de la paupière inférieure de l'œil gauche allait toujours en augmentant, et l'ectropion était devenu considérable et hideux. Nous résolûmes de faire un dernier essai, en imprimant une modification énergique aux tissus malades ; à cet effet nous fîmes appliquer dès le 16 décembre des cataplasmes de mie de pain et de lait sur les paupières, afin d'en-

lever les croûtes épaisses dont elles étaient couvertes. A mesure que ces dernières tombaient et laissaient des ulcérations et des érosions profondes, nous cautérisions les parties malades de la peau avec le nitrate acide de mercure. La conjonctive palpébrale fut en même temps énergiquement touchée avec un crayon de sulfate de cuivre. La malade , qui jusqu'alors n'avait supporté aucun moyen topique, hormis les émollients, se trouva parfaitement bien de ces cautérisations; elles furent répétées journellement pendant deux mois. On leur associa l'usage interne d'une tisane de salsepareille ; l'affection locale s'améliora d'une manière notable. Les ulcères de la peau se cicatrisèrent, et nous ne vîmes plus revenir de nouvelles papules ni de nouvelles croûtes. L'état sarcomateux de la conjonctive palpébrale diminua également; la paupière inférieure se redressapeu à peu ; et après deux mois de traitement, cette daine, naguère défigurée par l'éruption impétigineuse qui la rendait hideuse et un objet de dégoût pour ceux qui la voyaient, n'était plus reconnaissante.

CHAPITRE X. DES OPHTHALMIES SCORRUTIQUE , INTER- MITTENTE, ETC., ET DE QUELQUES AUTRES ESPECES DOPH- THALMIES ADMISES PAR LES AUTEURS.

Nous n'avons jamais eu occasion d'observer X ophthalmie scorbutique des auteurs -, elle se caractériserait principalement, d'après eux , par une injection violacée et par des taches et des ecchymoses dans lts parties externes du globe de l'œil. Plus tard, des varicosités se développeraient dans l'iris, et du sang s'épancherait dans les chambres oculaires; ces symptômes locaux seraient accompagnés de signes de scorbut dans d'autres organes.

OPHTHAXMIES DIVERSES. /tf 1

Nous avons vu sur des sujets scorbutiques des ecchymoses livides dans la conjonctive , mais qui n'ont jamais été de nature phlegmasique. Nous pensons que le scorbut peut se manifester dans l'œil comme dans d'autres organes, sans que l'ensemble des symptômes auxquels il donne naissance puisse être considéré comme une Véritable phlogose. En effet, il n'y à guère d'analogie entre les symptômes et la nature du scorbut, et ceux de l'inflammation. Comment une affection qui consiste essentiellement dans le défaut de plasticité et de coagulabilité du sang donnerait-elle lieu à un état morbide dont l'augmentation de plasticité de ce liquide et la tendance aux exsudations solidifiables constituent les principaux caractères ?

\] ophthalmie intermittente des auteurs ne nous paraît pas non plus devoir former une espèce à part • nous n'avons du moins jamais vu d'exemples d'une ophthalmie véritablement intermittente. Les cas que nous aurions pu considérer comme tels ont toujours été des opbtbalmies rhumatismales, arthritiques ou scrofuleuses, offrant des rémittences très marquées , ou présentant une succession tellement fréquente de récidives, que l'observation peu exacte et attentive aurait pu les regarder pour un moment comme des exemples d'ophthalmies intermittentes. Dans tous ces cas, cependant, malgré une périodicité très marquée en apparence , et malgré la rémission considérable des douleurs ou d'autres phénomènes fonctionnels, nous n'avons jamais pu trouver une absence complète des signes locaux et anatomiques. L'injection et les autres caractères objectifs ont toujours persisté, et démontraient assez la présence de l'inflammation. Pendant le règne épidémique et endémique des fièvres intermittentes , les ophthalmies, surtout celles de nature rhumatismale , offrent, il est vrai , quelquefois un cachet que le caractère épidémique o"u endémique imprime à la plupart des affections, même

phlegmasiques; mais ici, comme dans les. inflammations d'autres organes , telles , par exemple , que les inflammations pulmonaires, on ne doit voir autre chose qu'une combinaison de l'élément intermittent , s'il est permis de s'exprimer ainsi , et de l'élément inflammatoire. Dans ce cas encore , quelle que soit la périodicité apparente de l'affection, il n'y a jamais une apyrexie pure et complète ; dans les intervalles qui séparent ces espèces d'accès périodiques , les symptômes anatomiques ne disparaissent jamais entièrement , et sont toujours là pour faire reconnaître l'irritation locale dont les exaspérations prennent toutefois le caractère de l'intermittence sous l'empire d'une constitution atmosphérique spéciale.

Cette combinaison mérite , sous le point de vue thérapeutique , toute l'attention du praticien. Il devra combattre , en premier lieu , la phlegmasie proprement dite , mais il ne négligera pas d'administrer en temps utile des remèdes propres à faire cesser les recrudescences dues à l'influence épidémique. Les antipériodiques , tels que le quinquina , le sulfate de quinine , le sous-carbonate de fer doivent , dans ces cas y être hardiment associés au traitement antiphlogistique.

L'ophthalmie qu'on a appelée ophthalmie nerveuse owphlegmasia dolens de l'œil, n'est qu'une combinaison de l'une ou de l'autre espèce des phlegmasies oculaires avec une véritable névralgie , ayant le plus souvent son siège dans les nerfs sus ou sous-or bitaires. La névralgie marche à côté de l'inflammation ; d'autres fois ces deux états se combinent de manière à être dépendants l'un de l'autre. Ces douleurs névralgiques., qui compliquent la phlegmasie , sont surtout fréquentes dans les ophthalmies rhumatismales et arthritiques. Nous en avons déjà parlé en traitant de ces ophthalmies spéciales. Cet état pathologique mixte réclame aussi un traitement mixte. L'inflammation fournit toujours la première indication à remplir , mais dès qu'elle a diminué d'intensité , l'affection né-

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