I. — Théorie de Bourgelât sua la sécrétion co&i^ée
Bourgeiat est, à noire connaissance, le premier autear qui ait doand dans son Essai théorique et pratique sur la ferrure, line théorie complète du mode de formation et d'aeeroissement dé l^ongle.
Bien que les pages écrites par cet illustre mettre soient loin d*étre en tous points irréfalables, elles portent, comme tout ce qui est émaqé de sa plume, le cachet d'une remarquable originalité, et témoignent, par la justesse de quelques-unes des idées qu^elles ren* ferment, que si leur auteur n'a pas trouvé !a vérité, la faute en est bien moins à lui qu'au temps ou il vivait et à l'obscurité profonde de la qucsUoii que io premier il essayait d'éclairer.
Nous croirions b-iissor une lacune dans ce livre, si nous n'v transcrivions pas, /;? c.rfen.^ti, lV\p s ' 1U3 la doctrine de Bourj^'elat, sur la formalioa de i'ougle, dans les termes mêmes où il Ta donné. Le voici :
< Qu'est-ce que le tissu de Tongie et comment est 11 formé? Nous ne saurions espérer ici des idées connues sur l'origine de Tongle hu* main, de véritables lumières.
« Dirions-nous, en effet, en nous prêtant à Topinion de la plus grande partie des anatomistes, que le sabot est une continuation de l'épiderme? Comment un corps aussi solide pourrait-il naître de cette pellicule? D'où recevrait-il sa nourriture? Comment son accroissement aurait-il lieu, puisqu'elle n'a ni vaisseau, ni fibres régulières, et qu'où ae voit eu elle qu'uu réseau formé de l'épanouissement des dernières séries des vaisseaux qui constituent les pores inuoiubrables dont le téf^umcnt se trouve criblé?
«Avancerions-nous, à l'exemple de quelques autres, qu'il ne doit sa naissance qu'à la juxta-posilioa des humeurs qui suintent de la peau, c'est-à-dire à des parties cxcrcmcntilielies qui sont desséchées par le contact do l'air? S'il en était ainsi, l'ongle croîtrait par son extrémité, et ne serait pas constamment poussé, comme il l'est, à compter de son principe.
c Le regarderons-nous enfin, avec d'autres observateurs de la nature, comme formé par des poils unis et concrets, ou par des productions de tendons, ou comme une suite des houppes molles, pulpeuses, méduUaires, nerveuses, renfermées dans l'épiderme, repliées entre elles, desséchées, unies et serrées avec les vaisseaux cutanés devenus solides, etc.,etc?
c Au milieu de tant de contradictions, et do celte diversité d'avis,
340 PHTSiotoen.
nous n'aurons prarde de réclamer îe secours de l'analogie, et nous nous bornerons sagement à la seule coasidération de Tobjet qui frappe nos yeux.
« Jevoi8d*abord à Tendroit delà couronne un changement subit de la peau, opéré dans Tespace d*une seule ligne {i millimètres), et au moyen duquel le tégumeat est tout à coup traDsformé en une sorte de corae molle« dont la dureté augmente à mesure de son prolonge* ment et de son éloignement de cette partie*
« Dans le dessein d*éclaircir mes doutes» je prends un pied détadié et coupé verticalement.
« J'aperçois sur-le-champ deux couches principales : la plus extérieure comprend ce même tissu dégénéré, résultant du derme et de répidermc ensemble-, rintérieiu'e fournit le bourrelet qui remplit exactement le biseau.
« J'examine altentivermiu re]Ie-ci; fv remarque deux plans de libres très-disliîicts, le pian externe naissant des fibres lut rieurcs, et le plan interne des fibres extérieures, conséquemiiicnl au croisement des unes et des autres sur la ligne qui trace la circonférence de la covronm*
«c Du premier de ces plans résultent évidemment les feuillets plus lAches que nous avons vu se propager parallèlement le long de Tos du pied jusqu'à son bord inférieur où ils s*évanouiSsent, ainsi que nous Tavons dit, les fibres de ce même plan 8*entre>croisant alors et ne montrant qu'un réseau qui livre passage à une multitude considérable de vaisseaux, et dont les différentes coudies forment la toU et la f&ureheUe molles et charnues.
« D'une autre part, le second plan, ou le plan interne, donne naissance aux autres feuillets qui, depuis le biseau, régnent sur la surface intérieure du sabot, dans toute sa circonférence, jusqu'à sa commissure avec la sole solide, où ces mêmes feuillets, dont quelques-uns s'aperçoivent encore sur le revers et sur le principe des émincnces bordant la cavité qui loge la fourchette charnue, disparaissent aussi pour ne présenter de nouveau qu'un ordre ou un arrangement de fibres semblables h celui quia eu Heu dès l'origine de l'ongle : on ne trouve donc plus qu'un réseau qui tapisse intérieurement la 9oh et la fourchette solides ou de corne, et qui s'étend jusqu'à la commissure de cette soie avec l'ongle, où les fibres de runa et de l'autre se recroisant en partie, forment et assurent la liaison de ces deux portions, tandis que les couehes iaMioces sont dirigées
DIS sÉGiinoirs.
parallèlement entrci elles et à celle de l'oagle» pour former le dessous du pied.
« Eu égard à la face externe ou à la portioa la plus dure du sabot, nous avons remarqué que la couche extérieure; ou le tissu dégénéré» résultant du derme et de Tépiderme ensemble» augmentait en densité à mesure de son prolongement et de son éloignement de la covronne. Nous ne pouvons pas dire ndanmoins que toute l'épaisseur de l'ongle, inférieurement au biseau, lui soit uniquement due ; il est visible que le tissu feuilleté concourt aveo lui à donner plus de con* sistance à ce corps compacte et qui devient toujours de plus en plus dur, selon sa distance du centre, comme selon sa distance de son origine: du reste, il est bon d'observer que les feuillets qui, dans un sabot frais, n'offrent qu'une certaine résistance, peuvent devenir véritablement corne, ainsi qu'il arrive dans le sa l )ot desséché.
« Kntln, le môme tissu d^^éncré se continuauL à la partie poslérioure et à l'endroit des talons, en forme la face exiprmure, ainsi que la proloude échancrure qui divise la base de la fourchette solide en deux portions ; ses fibres, d'où résulte pareillement la face extérieure de la sole et de la fourchette solides, étant au surplus conséquentes, par leur direction, à la forme du pied inférieurement, et marcbant parallèlement entre elles jusqu'au bord inférieur du sabot.
< L'ongle parait donc être réellement une suite et une produotion du système général des libres cutanées ; et l'on peut dire que cbaquê extrémité de l'animal est bornée et renlbrmée dans une sorte de colde«ic opéré par le tégument.
< Il ne pouvait cependant être la suite de ces fibres seules ; les vaisseaux doivent nécessairement participer à cette production, ils y sont en effet multipliés à riaUui : les porosités innombi abies dont le biseau, ainsi que la face interne de la sole solide, et même chaque feuillet qui tapisse la paroi interne du sabni, sont criblés, en sont une preuve \ mais le diamètre de ces vaisseaux, auxquels toutes ces porosités livrent un passage, diminue tellement à mesure de Tétroitesse et de Tintimité de leur union, qu'ils n'admettent, lorsqu'ils sont arrivés à une certaine portion de Tongle, qu'une bumeur ténue, des* tinée à subvenir à la nourriture de cette même portion, tandis qu'au delà ce même ongle n'est plus» en quelque sorte^ qu'un corps étranger et dénué de toute organisation.
« Or, il me présente trois parties qua Je ne peux m'empôoher de distinguer.
PHTSIOLOeiR
« La première doit être appelée la partie vive; clic en est aussi la plus molle, soil à Toi igme du sabot, soit dans sa lace interne, soit dans la sole solide, parce qu'elle est tissue de fibres et de vaisseaux qui y sont infiniment moins rapprochés et moins serrés qu'à une distance plus éloignée de l'origine et du centre.
« La seconde, plus compacte^ et qu*on peut envisager comme le point où finissent les vaisseaux, forme celle que je nomme partie dmi-vive, on parU$ moyenne,
c La troisiôme, enfin, plus dure et plus solide que cette dernière, compose celle que f appeUejvor/ton morte*
m Quelle que soit Texililé des canaux dans \h partie vioe^ ellen*e8t pas telle, que la circulation ne puisse y avoir lieu et ne doive s*y exécuter comme dans toutes les outres portions du corps *, c'est-àdire que le fluide qui y esl porté par les artères doit être rapporté par les veines qui leur répondent.
« Dans la partie moyenne, que je croirais être réellement le terme de ces mêmes vaisseaux, auxquels la portion supérieure et la moins compacte doit la nourriture et la vie, il ne se fait qu'an suintement d'une humeur gélatineuse, une iranssudalion du suc nourricier, par des porosités imperceplibles ou par des tiUères extrêmement ténues, cette portion , la plus subtile de la iympbe, ne pouvant être repompée et rentrer dans la masse.
« Quant à la portion inférieure, c'est^-dire à laporffoii marte, lors même qu'on y supposerait des vaisseaux, et que Ton préisumeraît que les espèces de pinceaux, très^nsibles à la face inférieure de quelques soles solides desséchées, pussent être formés de ces mêmes vaisseaux et de ces fibres cutanées, unies et confondues avec eux, il est certain qu'ils seraient tellement oblitérés, qu'ils n'admettraient aucune sorte de liquide ^ et le dessèchement total des premières couches que I ou enlève, en parant un pied, le démontre sans réplique : or, dès que nulle espèce de It iuL ur ne peut être charriée dans cette portion, c'est avec raison que je la regarde comme essentieiiement privée de la vie.
« Ces faits une fois établis et constants, il est évident que c'est principalement dans la partie vive, qui est la plus exposée à l'impulsion des liquides» que s'opère la nutrition, et par conséquent Tac* croissemeat ; aussi voyons-nous que Pongle ne s*étend et ne s'épaissit, soit le sabot, soit la sole solide, qu'à compièr de leur portton supérieure ou de leur portion moùe, de même que, dans la végéta*
tion des plantes, la tige ne se prolonge qu*à commencer de la racine. La force de cette impulsion, due à la contraction du cœur» au baUement conliauel dea artères» ainsi^qu^à raelicn des muscles et à la pression de Pair» qui sont autant d'agents auxiliaires, y détermine le fluide» qui y aborde arec assez de vélocité pour surmonter et pour Taincre peu à peu l'obstacle que lui présentent la portkn moyenne et la portkn morte; de manière qu'elles sont Tune et l^autre chas^ sées par la portion supérieure, qui, descendant et s'éloignant toujours insensiblement elle-même du centre de la circulation, par sa partie la plus basse, devient successivement la partie moyenne^ et qui, chassée et poussée encore plus loin, devient à son tour la portion morte.
a II serait assez diftkiie de penser que la pardon moyenne ou detni-vive put avec succès faire effort contre cette dernière : comme elle ne reçoit la partie la plus subtile de la lymphe que par transsudatioQ, Tabord lent et paisible de ce suc, qui se trouve à Tabri de Taclion oscillatoire des vaisseaux et de tout mouvement progressif ordinaire dans la circulation» ne lui procure en aucune façon le pour voir de cbasser devant elle la partù marte; ce n'est qu'autant qu'elle est un corps continu à cette môme partie, et qu'elle est réellement chassée elle*méme par la partie vive, qu'elle peut la contraindre, la déterminer et la pousser : c'est donc dans cette même partie vive, que le travail et l'ouvrage de l'accroissemont s'accomplissent.
« Eu égard à la chuie ùe Tongle et à sa reproduction, cetlc cluUe est-elle entière? A-t-elle lieu par une suppuration, ou en est-elle la suite La destruction des vaisseaux interdit alors toute communication de l'ongle avec la source des sucs nourriciers, de manière quUl se dessèche et qu'il tombe, tandis que les humeurs qui auraient dû aller jusqu'à lui, se mêlent et se confondent avec celle qui est suppurée. Cette chute n'est^lle que d'une partie qui se sépare, etarrivet^lle par un dessèchement au moyen duquel cette partie s'oppose à l'entrée des liqueurs? Comme elles se trouvent chassées et qu'elles heurtent sans cesse contre elle, elles rompront les vaisseaux dans rendrait de l'obstacle» et le mort sera séparé d'avec le vif. Dans l'un et l'autre de ces cas» la reproduction proviendra des fibres et des vaisseaux de la couronne, ainsi que de ceux qui pénètrent le tissu feuilleté.
« Enfin, extirpons-nous nous-mêmes la sole solide ? Il y a liilacération de tous les vaisseaux qui pénétraient de la sole charnue dans
raTBiOLom
les porosités de sa surface interne, et qui formaient leur liaison et leur aiiliérence. On ne voit aucune goutte de san^ suinter de celte même surface ; il y a, de plus, rupture de la partie tibreii^e, qui est une suite des ûbres cutanées : la suppuration étant opérée, les parties diiacérées végèteot, il s'élève de toales parts des grains cbarnns, qui ne diffèrent point dans les commenoements de mamelons qui se montrent dans les plaies des parties molles; mais lorsque oes chairs sont parvenues à un certain point, karsuperflciedevientUsseetsèclie comme une cicatrice : cette espèce de peliionle prend du corps, se durcit, devient en peu de temps entièrement semblable à Tongle que nous avons enlevé, et s'unit avec la portion qui Tavoisine, de façon à ne laisser aucun vesii^c de la séparation qui a été fuite. Ici la reproduction dépend, en grande iJiirUe, de la sole charnue, et, sur le derrière, d'une portion des téguments. »
On est frappé, en lisant cet exposé de la théorie de Bourgelat, sur le mode do formation de la corne, de la justesse d'observation dont il porte l'empreinte.
Ce grand maître de Tart avait bien reconnu que le tissu corné est pénétré d$ taUiwasB à une certaine profondeur; qu'au delà* «le c diamètre de ces vaisseaux, amqiÊt^ lu parosUés de la eorm U- « vrent pauagêf diminue tellement, à mesure de Pétroitesae et de « Pintimltè de leur union, qu*iis n'admettent, lorsqu'ils sont arrivés « à une certaine portion de l*ongle, qu'tm$ humeur ténuê dêsUnée à € subvemàhfMwrriturtdêeeUemêmparHimtii^^
< ce même ongle n'est plus en quelque sorte qu'un corps étranger
< et dénué de toute organisation. »
Voilà certainement des faits bien observés ; Bourgolai n'a fait erreur que sur leur interprétation. Trompé par les nj.iparences, il a pris pour des vaisseaux propres du tissu corné, ceux qui appartiennent aux processus viileuxde la peau, et celle illusion devait le conduire forcément à considérer la corne comme une transforniaiion ou une sorte de dégénération du derm et de l^^iderm confondus mtemble.
De là, la distinction établie par lui et parfaitement fondée, do reste^ une fois admise l'erreur du point de départ, de la eam» me, dMN'HytiMet morte, pour exprimer les caraetèfes diflérentiels qae présente à l'œil te tissu corné, considéré dans ses couches profondes et superficielles.
Malgré oetia linsso interprétation des foits anatomiques, Bourge-
DBS Bicntaoïrs.
lot, chose remarquable, n'en est pas moins arrivé cependant à reconnaître avec ua parfait discernement, suivant quel mode et d'après quel mécanisme même s'opèrent la formation et raccroiasementde rongid* La théorie qu'il en donne est, en effet, trèa-rigoureuiement vraie, et la science moderne n'a rien à y changer.
Quand on réfléchit à la rapidité avec laquelle Eourgelat a rédigé les œuvres qu*i1 voulait léguer à son enseignement, on demeure étonné de la précocité, si l'on peut dire, et de la Justesse de ses cou* eeptiotts sur les matières les plus ignorées et les plus obscures*
A cet égard, son Essai théorique et pratique mr la furrwre n*est pas le moins remarquable de ses écrits.
n. — Ces idées sur la dégénérescence de la peau en substance cornée et sar la structure vasculaire que cette dernière conserverait encore dans le principe de sa formation, furent acceptées sans dis* cussion et régnèrent sans partage, appuyées par l'autorité de la parole du maître, pendant les premiers temps de rensci^uicment de nos écoles.
Girard ûls, le premier, réforma la doctrine do Bourgelal, dans ce qu'elle avait de fautif, en établissant la différence radicale qui existe entre les tissus vivants du pied et la corne dont ils sont revêtus.
Voici comment s'exprime h ce sujet, dans sa Thète inaugurale S ce savant d'un talent si distingué, que la m'ort enleva si malheureusement à la fleur de l'âge, à la science vétérinaire dont il était i'une des plus belles espérances.
a 11 nous reste à prouver que le tissu réticulaire sécrète la corne, car il est évident qu'il est le siège de la sensibilité du pied.
« La plupart des expériences, toiit en confirmant qu'il estlesiége de celte propriété vitale portée au plus haut degré, prouvent encore qu'il est la matrice .de la formation de la corne. Ainsi, lorsqu'on a enlevé une portion quelconque de l'ongle, on voit naitre quelque temps après, de distance en distance, sur la surface du tissu réticulaire, de petits noyaux blanchftties, qui sont bien évidemment le pr<h dml d'une exerétUm. Ces petits corps, d'abord mous, distinct et séparés, se réunissent bientôt pour former une couche cornée qui finit par devenir très-dure, jaunâtre et plus cassante que la corne primitive, mais qui n'a jamais l'aspect fibreux. Telle est la manière dont
^ Rmuêil de médecine vétérinaire, u XX, iUi, p. 276.
PHTSIOmil.
se fait la sécrcuoa cornée sur toute la surface du tissu réticulaire mis à nu.
c Nous verrons plus loin que celle corne difTère, sous beaucoup de rapports, de celle que fournil le bourreiel. Si le tissu réticulaire est le siège d*une sécrétion corné, il doit être nécessairement aussi le foyer central de sa nutrition et de $on aeeraissenmt* »
« Nous avons déjà prouvé que la corne peut être produite par toutes les parties du tissu réticulaire mis à nu, et nous avons fait ob* server aussi que cette corne de nouvelle formation, sécrétée à la périphérie de ce tissu , n^avait pas Taspect , le liant , la souplesse et la texturo de la corne loi ma al primitivement la partie antérieure de ron;;Ie ou la muraille. Ainsi, nous avons vu que celle-ci était lisse et luisante, que celle-là au contraire était terne et rugueuse, que cette dernière devenait trAs-dure, cassante et li iable, tnn lis que la première élait trcs-flexible, que celle-ci avait bien évidemment une texture nbreusc que Ton ne retrouvait Jamais dans celle-là,
« Ce n*est donc pas le tissu réticulaire qui sécrète la corne iibreuse de la muraille^ en effet, les expériences nous démontrent que c'est le bourrelet qui est la matrice de sa formation.
« Ainsi, lorsqu*on a enlevé une partie de la muraille chez un animal vivant, au bout de quelque temps on voit naître sur la surfece du tissu réticulaire mis à nu^ de petits noyaux cornés que j'ai indiqués plus haut, et bientét la plaie se trouve recouverte par une couche cornée plus ou moins épaisse résultant de la réunion de ces petits points. Celte pellicule, d'abord mince, peu consistanie, acquiert de répaisseur, une g^rande dureté, et devient rugueuse, disposition qui rend le sabot d.fforme-, mais pendant que ce travail s'est opéré à la surface des parties vives mises à découvert, le bourrelet est aussi devenu le siéf^e d'une sécrétion de substance cornée, qui, au fur et à mesure qu'elle augmente d'étendue, descend en se moulant sur le tissu réticulaire, et chassant en bas la corne qui s'était d'abord formée sur ce tissu. Or, d'après ces données, on doit considérer la couche cornée primitivement sécrétée à la surface du tissu rétlcu* laire, comme un prolecteur provisoire ayant pour but de tenir les parties dénudées à Tabri du contact des corps extérieurs. Maintenant, quand doit-on reg^arder la ^érison comme parfaite? Sera-ce lorsque les parties vives seront recouvertes d*une pellicule cornée? .Non, ce ne sera que quand la corne provenant du bourrelet sera des-
DES SÉCRÉIXONS. 347
ceodue att bord inférieur de l'oogla» et qu^elle sera de niveau avec les autres parties non altérées de cet organe. € Si on observe celte corne de nouvelle formation, on y retrouve
tous les caractères que nous avons signales à celle de la muraille.
« Myis pour que cette régénération se fasse comino nous venons de l'indiquer, csl-ii ntiiessaire que le bourrelet soit resté intact? Non. Les observations pratiques prouvent que lors même que celte partie a été détruite avec l'instrument tranchant, la peau qui fait suite à la portion détachée devient le siège d'une sécrétion coroée analogtie à la première, mais plus lente, ce qui permet de conclure que le bourrelet n'est pas un organe particulier, mais seulement un simple renflement de la peau en cet endroit. D n'en est pas de même lorsque cette partie a été détruite par des ulcères. Les altérations de ce genre déterminent généralement une viciation dans sa sécrétion ^ de là les saillies fongueuses qui se font quelquefois remarquer au bord supé* rieur de Pongle. Les compressions et les simples divisions perpeodi* eulaires deviennent également la cause de plusieurs affections connues sous le nom de cercles, seimes, etc. »
Telles sont les idées que professait Girard fils sur le mode de formation et d'accroissement de la corne.
D'après lui, les tissus vivants de la région digitale constituent un ' appareil sécréteur complexe, dont les différentes parties concourent simultanément à la formation de la boite cornée.
Cette manière de voir est très-exacte ^ elle dépouille la corne de ces propriétés vitales, que Bourgelat, trompé par les apparences, * lui avait à tort attribuées, et lui restitue sa place naturelle parmi les produits d'excrétion organique.
C'est là une interprétation très-juste des faits, et les recherches ultérieures n'ont fait que confirmer la justesse du principe qui lui sert de base.
m. —-Le savant auteur de VAmiomMvétérinairt et du Traité du pied, M. Girard père, a émis, à diflérentes époques, dans les dernières éditions de ses livres, des idées analogues à celles de son fils; mais c'est surtout dans ses considérations analomiques sur la corne des grands quadrupèdes domestiques, que sa manière de voir à ce sujet est nellement formoh^'c.
« Le tissu réliculau'e, du M. Girard, dans ce dernier travail, peut être comparé aux bulbes pileux avec lesquels il a les plus grands rap-
PBTSI0L06TE.
ports fl M paraît 6lre qu'une uuukiflcation âu deme; fl est le
siège d^une sensibilité très-grande» etil Heritêla mnUkêemiéêqin, n^^taU pa$ repritê par taharpHot^^ proèmî des oddiHom eotUi' nudki et détermine ainsi raccroissement de Pongle* »
Et ailleurs, M. Girard lyoute : «Ainsi qu*il a déjà été expliqué, la couche papillaire sous-oDgulée a fMjur of/ice la formatum d$ la matière cornée; mais cet organe n'est pas seul agent de cette sécrétion, Vexpérience prouve que la peau concourf à la même fonction, et quelle fournit la corne fibrettse de la [nnoi du sabot. Lorsqu oa enlève une portion un peu étendue de cette muraille, la surface papillaire dénudf'ïC ne tarde pas à se garnir de divers points blancs, qui sont autant de rudiments de corne. Ces petits bourgeons» d'abord mouSf blancs et isolés» se reprochent peu à peu, se réunissent enfin en une seule et même couche mince, peu résistante et jaunâtre. Cette production acquiert de la dureté» de l'épaisseur» et finit» si elle n'eal pas cbassée» par former une corne rugueuse et de mauvaise nature,
« Pendant que ce travail s*opére à la surface du corps réticulaire» le haurr^et devient le siège d'une autre eéerétio», d*où émane une substance cornée qui s'étend en bas et opère une cicatrisation complète de la muraille. Au fur et à mesure que la pousse du bourrelet descend, elle se moule sur le tissu [euillcté, se réunit intimement avec l'ancienne corne encore restante ; elle chasse en bas la couche primitivement formée à la face vive du corps papiiiaire, et elle Unit par rétablir rinlégrité du sabot.
a Toutes les fois que la plaie suit cette marciie, la cicatrisation devient parfaite, et la corne de nouvelle formation offre toutes les qualités requises. Cet ordre vient-il à être interrompu d'une manière quelconque» la guérison ne s'obtient qu'incomplètement ; il y a communément fauûf quartier et diverses autres altéraUons.
c Puisque la bonne régénération dépend du bourrelet, l'intégrité • de cette partie semblerait devoir en être l'une des conditions essentielles.
« L'observation pratique démontre que, lors même que le bour*
releta été détruit avec rinstrument tranchant, la peau qui fait suite
à la partie retrancbée devient loyur d'une sécrétion cornée, analogue à la première, mais plus lenle, et en quelque sorte plus difficile. L'on peut conckao, (faprès cela, que le bourrelet n'est pas un tjrfjane particulier, mais seule iiieni un renflement delà peau à cet endrott, « L'accroissement de la muraille se fait dans le même sens que
DES s^cninoifs.
celui de sa reproduction, et il a lieu de haut eu lias» du bord aupé* rieur à l'inférieur. Cestausal par le bord inférieur que ae Mt Pusure, la destnidion de ia partie* de manière que la paroi perd à peu prés, en raison de ce qu'elle ^gne, et il y a dans Pordre naturel une aorte
de compensation
« La muraille n'acquiert qu'une certaine épaisseur qui semble subordonnée à la grosseur du bourrelet, et Ton se demande pourquoi cette pnriie du sabot ne croît pas en épaisseur aussi bien qu'en longueur? L'explication de celle marche, toute naturelle, nous paraît facile. Si Ton accorde que la paroi puisse être supposée et qu'elle ne soit véritablement qu'un assembiage de poils naissant du bourrelet* nous dirons que ces poils ne peuvent arriver qu'à une certaine grosseur, tandis qu'ils peuvent s'allonger presque indéAniment. Il est bien vrai que l'eipansion papillaire fournit un suc corné, mais nous avons vu que la corne pileuse pousse en bas et remplace ce produit qui n*est pas d'ailleurs de nature à pouvoir former une bonne régénération. On peut donc présumer, avec quelque fondement, que les fluides sécrétés par le tissu réliculaire fortifient la sécrétion pileuse du bourrelet : toutefois, ils cnlrcliennent la souplesse, la flexibilité de la muraille, et par cela même qu'ils assouplissent, ils doivt^nt favoriser l'allongement des poils qui descendent du bourrelet, et qui deviennenl arides dès le moment où ils dépassent le corps papillaire. Ainsi, la substance pileuse de la muraille prend racine au bourrelet, d^où elle descend et s'allonge progressivement. £d passant sur l'expansion réliculaire, elle reçoit m secours de nourriture, qui entretient une vigueur et une souplesse égales partout. A partir du point où elle quitte le corps papillaire, celte même substance commence à se dessécher et devient comme morte.
« On voit» par ce qui vient d'être dit, que la couche principale do la muraille n'est sûrement pas une continuité du derme dont elle diffère sous tous les rapports; elle en est seulement le produit, la matière d'excrétion, »
IV. — Malgré les recherches de Girard fils, continuées par son père, sur Tori^j^ine et le développement de la corne podalc, la théorie do la kératogénèse n'était pas encore complètement formulée. Girard lils avait bien reconnu, il est vrai , ce fait considérable et d'une importance principale, que la sécrétion est la source de la formation et de l'allongement indiscoutinu de la matière cornée ^ mais quelles
8tO VHTSIOLOaiB.
étaient, dans i'action sécrétoire , les attributions bien déterminées des (liiTérentes parties oomposanles de rapparcil sécréteur? c'est ce qu'il n'avaii pas exprimé d'une manière parlaitemeul claire et satù^ faisante pour Tioterprétation complète des faits.
En assignant au tissu réticulaire, c^est-à dire aux tissus feuilleté et velouté, un rèle aussi essentiel que celui de foyer eentral de mh trition, de mairm de formation de l'ongle; et, diantre part, en ne eonsidéraot le bourrelei que comme un appareil secondaire , dont la destruction ne s'opposait pas à ce que le sabot se régénérât dans son intégrité, Girard ne s*était pas rendu un compte suffisant des fonctions spéciales des différentes parties dont Tcnsemble constitue rapparcil sécréteur kérato^ol'ne.
Restait donc à déterminer i>ar de nouvelles recherches quelles étaient les londions ie>j)eelives de ces pîu i i es dan^ raclioû sécrétoire à laquelle elles eoiicourenl simullaneuicut.
C'est cette déLerriiinalion précise et rigoureuse qui a été le but et le résultat des recherches persévérantes du savant directeur actuel de l'École d'AIfort, M. Renault} recheri lies qui ont servi de base à Texposé théorique que nous avons donné plus haut de la sécrétion kéra* togéne.