‹ Traité de la carie dentaireChapitre 17 sur 36 · C. ACIDE BUTYRIQUE · texte numérisé non relu

C. ACIDE BUTYRIQUE

Exp. l. — Solution au millième : acide butyrique, 1 gramme ; eau, I litre. Le liquide, primitivement acide, a conservé au bout de deux années sa limpidité, sa transparence, sa réaction et tous ses caractères, il n'est recouvert d'aucune moisissure.

Les dents libres présentent une altération générale de toute leur substance : l'émail, blanc, opaque et crayeux, est friable au scalpel, qui le soulève et le réduit assez aisément en poudre. Le tissu des racines ramolli se laisse pénétrer dans une certaine épaisseur.

Les dents protégées offrent sur le point d'émail exposé la même altération que sur les dents libres; seulement l'action, limitée à la couche d émail, a respecté l'ivoire soiis-jacent (fig. 15, B).

E. Magitot. 8

Exp. II. — Solution au centième : acide butyrique, 2 gr. ; eau, 200 gr.

Les dents présentent l'altération précédente, mais à un degré beaucoup plus avancé, de sorte que l'émail se détache sans le moindre effort et que les racines, molles dans toute leur étendue et leur épaisseur, sont flexibles comme de la gélatine. La coloration générale des parties est jaunâtre, voisine de la coloration produite par l'acide lactique à l'exception de l'émail qui est devenu blanc et opaque.

Conclusion. L'acide butyrique doit être rapproché par son action de l'acide lactique, auquel il est très-analogue par le mode et l'énergie de l'altération qu'il produit et la coloration qu'il apporte aux tissus. Il est d'ailleurs fixe et non susceptible de fermentation, ainsi que l'indique l'état du liquide avant et après l'expérience. Son influence est donc commune à l'ensemble des tissus dentaires.

De l'acide butyrique nous devons rapprocher d'autres agents de la même série chimique C^" W 0* : les acides valérique, propionique, dont Faction est évidemment la même, mais dont la présence dans la bouche est trop rare pour que nous puissions leur attribuer une part active dans la production de la carie dentaire.

Exp. I. — Solution au millième: soit 1 gramme d'acide citrique pour 1 litre d'eau ordinaire. La solution a conservé, après deux années, sa transparence et sa réaction acide primitives. Une grande moisissure s'est produite à la surface.

FiG. 15. QuaLre caries artilicielles développées sur des couronnes de dents protégées de cire h l'exception d'un seul point : A, carie de l'acide citrique; B, carie de l'acide butyrique; C, carie de l'acide malique; D, carie du cidre.

Les dents libres au fond du vase sont recouvertes et pour ainsi dire entourées de végétations mamelonnéeSj blanchâtres, qui ne sont autres que du

d. ACIDE CITRIQUE.

EXPÉIUENGES DE LABORATOIRE.

citrate de chaux. Ii^lles sont presque eutièrement dépourvues de leur couche d émail, dont on ne relrouve la trace (jue sur quelques poiuts, le reste ayant servi à la formation des masses de citrate de chaux. Les racines et les points de la couronne privés d'émail, offrent un i amollissement général et profond de toute leur substance, mais sans coloration particulière, de sorte qu'à première vue on pourrait croire que l'ivoire et le cément ont échappé à l'altération.

Les dents protégées, sauf un point de leur émail, présentent sur celui-ci la même altération avec formation de stalactites de citrate de chaux produit aux dépens de toute l'épaisseur de la partie exposée, et l'ivoire atteint également par le liquide a subi un ramollissement profond, mais sans se détacher toutefois des parties altérées qui se retrouvent en place par couches gélatiniformes.

Exp. II. — Solution au centième : acide citrique, 2 grammes ; eau, 200 grammes. La solution, comme la précédente, n'a changé ni d'aspect ni de réaction ; une grande moisissure grisâtre recouvre la surface du liquide.

Les dents libres sont complètement privées de leur émail, tout entier transformé en masses de citrate de chaux déposées par couches au fond du vase.

Les dents ainsi réduites à leur ivoire et leur cément n'ont subi aucune autre déperdition apparente de leur substance ni aucun changement d'aspect et de coloration; seulement, prises entre les doigts, elles sont flexibles, spongieuses, complètement ramollies et gélatiniformes.

Les dents protégées présentent sur le point dénudé de leur couronne une destruction locale de l'émail dont toute l'épaisseur a fourni cà la production d'une masse de citrate de chaux (fig. 15, a). L'altération a même dépassé latéralement les limites de la perforation pratiquées dans la couche de cire et s'est étendue aux parties voisines de l'émail devenues opaques et crayeuses dans une certaine étendue. Au-dessous, l'ivoire est ramolli dans une profondeur considérable et devenu aisément pénétrable au moyen d'une aiguille.

Conclusions des expériences relatives a l'acidi-] citrique. — L'acide citrique ne paraît pas avoir fermenté dans les expériences ; il a donc agi par lui-même et sans transformation ultérieure ; son action est commune et uniforme à l'ensemble des tissus dentaires, et son influence destructive est tellement énergique que les effets s'étaient produits déjà avec une intensité considérable deux mois à peine après le début de l'expérience. On peut donc avancer avec raison que de toutes les substances qui agissent sur la dent en totalité, il n'en est point dans les conditions de nos expériences et dans les cir-

CIIAI». 11. ÊTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

constances de Talimentation ordinaire qui puissent présenter une influence plus pernicieuse sur les dents. En outre, son action s'exerce sans changement d'aspect et de coloration des parties altérées, ce qui amènerait à conclure qu'il est de nature à produire des caries blanches. On comprend dès lors les dangers qui peuvent résulter de l'usage fréquent de certains fruits, oranges, citrons, cédrats, mandarines, qui doivent leur saveur et leur acidité à cet agent, et l'emploi prolongé des limonades, orangeades, etc.

e. ACIDE MALIQUE. — CIDRE.

Enlp. I. — Solution au millième: acide malique, 1 gramme; eau ordinaire, 1 litre. La solution n'a pas changé de coloration et d'aepect, sa réaction est restée franchement acide. Une moisissure grisâtre et épaisse flotte dans le liquide.

Les dents libres présentent une opacité complète et totale de toute la couche d'émail devenue friable et crayeuse, mais sur place et sans être détachée de la surface de l'ivoire ; les racines offrent un ramollissement uniforme qui s'étend presque jusqu'au centre, mais sans les avoir rendues flexibles et gélatineuses.

Les dents protégées ont subi sur le point exposé la même altération (fig. 15, c) : état crayeux de l'émail, ramollissement profond de l'ivoire sous-jacent.

Exp.Il. — Solution au centième: acide malique, 2 grammes; eau, 200 grammes. L'aspect, la coloration et la réaction du liquide n'ont pas changé ; une grande moisissure grise recouvre sa surface.

Les dents libres ou protégées présentent une altération identique comme caractère à la précédente, mais avec une intensité beaucoup plus grande et qui paraît être exactement, à l'égard de la première, dans le rapport des solutions, c'est-à-dire de 10 à 1.

Exp. in. — De ces deux expériences, nous devons en rapprocher une autre, relative au cidre qui doit son acidité, comme on sait, à l'acide malique, et auquel on a attribué, pour ceriaines régions de la France, une influence sur l'état des dents des populations qui usent exclusivement de cette boisson.

Exp. IV. — L'expérience, commencée en 1864, fut faite avec 1 litre de cidre de Normandie de 1863, offrant tous les caractères ordinaires de cette boisson : réaction acide franche, saveur acidulée, fade et un peu amere ; tiré directement du tonneau, il n'était pas gazeux.

EXPf:RlENCES DE LABORATOIRE.

Deux groupes de dents ont été plongés dans le liquide et y ont séjourné pendant deux ans. Le premier était composé de trois dents saines, réunissant un poids total de 2 grammes 54 centigrammes ; le second groupe consistait en deux dents également saines, et protégées de cire, sauf un point de l'émail.

A la fin de l'expérience, le liquide était gazeux, mais conservant encore sa réaction acide au tournesol. Les autres caractères étaient ceux du cidre qui a séjourné longtemps en bouteilles.

Le groupe de dents libres pesant primitivement 2 grammes 54 cenligrammes est tombé à 1 gramme 22 centigrammes, et conséquemment a perdu 1 gramme 32 de son poids ; l'émail dans toute son étendue est opaque, friable et crayeux, s'enlevant avec la plus grande facilité et se réduisant en poussière par le grattage. Les racines sont ramollies, flexibles et pénétrées d'une teinte brun clair générale qui tranche avec la coloration blanc mat de l'émail à la couronne.

Des deux dents protégées, l'une (incisive centrale supérieure) exposant comme point dénudé le bord libre de la couronne privée d'émail par usure, offre un ramollissement très-prononcé de l'ivoire devenu jaunâtre et présentant tous les caractères d'une carie véritable (fig. 15, d) ; la seconde, (canine supérieure), exposée sur la partie moyenne de la face antérieure de la couronne, n'a subi en ce point aucun effet appréciable. Cette deinière circonstance est due, comme dans tous les cas oii nous l'avons rencontrée , à l'extrême résistance que présente en ce point la couche do l'émail; ce qui explique aussi la rareté des caries qui s'y produisent dans la bouche.

CoNCLUSlOiNS DES EXPÉRIENCES RELATIVES A l' ACIDE MALIQUE ET AU

CIDRE. — L'acide malique est un acide fixe, dont l'action est commune et uniforme à l'ensemble des tissus dentaires. L'intensité de cette action est toutefois variable dans les trois expériences précédentes; elle a atteint son summum dans la solution d'acide malique , au centième; la solution la moins active était celle au millième, et le cidre occupait le point intermédiaire. Plusieurs conséquences pratiques découlent de ces expériences, d'abord l'effet nuisible de certains fruits, pommes, poires, coings, etc., qui doivent leur acidité à l'acide mahque. Enfin, l'influence si discutée du cidre trouve ici sa démonsiration expérimentale complète : la perte de substance éprouvée par les dents plongées directement dans celte boisson, le ramollissement profond et général éprouvé par celles-ci en sont des preuves tout à fait convaincantes.

118 CHÂP. ïf. ÉTIOLOGTE ET EXPÉRIENCES.

Le cidre est donc pour les dents un agent pernicieux, et nous trouvons peut-être ici une part dans l'explication des caries habituelles aux individus livrés à l'usage de cette boisson, les Normands par exemple.

Les expériences relatives au cidre nous avaient depuis longtemps préoccupé, et nous avions, il y a plusieurs années déjà, en Normandie, plongé, au moyen de flotteurs, des groupes de dents saines dans des tonneaux de cidre toujours remplis. Les dents, recherchées après deux ou trois ans dans le tonneau, n'avaient pu y être retrouvées, malgré les recherches les plus minutieuses. Nous n'osions croire à cette époque à une action du cidre tellement énergique qu'elle fit disparaître toute trace des dents mises en expérience. Ces derniers résultats prouvent cependant que cette action est possible, et elle s'explique même d'autant mieux que le cidre contenu dans les tonnes reste ordinairement bien plus franchement acide que celui qui se conserve dans les bouteilles.

•Un second élément peut intervenir dans la question relative au cidre, c'est la présence de l'acide carbonique pour les cidres gazeux. Nos expériences directes sur l'acide carbonique y répondront suffisamment, et cette intluence serait d'ailleurs exclusive au cidre qui séjourne en bouteilles, celui qui reste dans des barriques toujours incomplètement bouchées ne pouvant contenir qu'un volume trèsfaible de ce gaz.

f. ACIDE CARBONIQUE.

Des expériences anciennes de Berzelius et de Dumas avaient établi que si Ton plonge dans l'eau de Seltz des lames d'ivoire, elles s'y ramollissent de la même manière et avec la même rapidité que dans l'acide chlorhydrique étendu. Dans le but de vérifier ces faits, nous avons institué les expériences suivantes :

Exp. 1. — Eau de Seltz faite directement dniis un appareil gazogène ordinaire, c'est-à-dire environ 1 volume d'eau pour 5 de gaz.

Les résultats indiqués ont été pleinement vérifiés, au bout de huit jours des lames d'ivoire minces, taillées dans une défense d'hippotame, étaieiil ramollies et flexibles; des dents humaines saines avaient subi une altéralion notable dans leur substance et une perte de leur poids qui était descendu

EXPÉPJENCES DE LABORATOIRE.

d'environ un dixième, l'ivoire était pénétrable au scalpel dans la racine, et l'émail devenu friable et crayeux. ,

Exp. IL — Dans une deuxième expérience, nous avons soumis des préparations à l'action d'une solution d'acide carbonique à l'air libre, c'està-dire à volume égal d'eau et de gaz. Le contact a duré également huit jours, et au bout de ce temps les lames d'ivoire et les dents n'avaient éprouvé aucune déperdition de leur poids ni subi aucune altération manifeste.

Conclusion. — L'acide carbonique à la pression de 5 à 6 atmosphères, comme l'eau de Seitz, exerce sur les dents l'action commune aux acides minéraux faibles ; mais à volume égal, son in-i fluence est complètement nulle. Quel est, au point de vue qui nous occupe, le rôle de cet agent si répandu aujourd'hui? doit-on, sous forme d'eau de Seltz, lui reconnaître pour les dents l'action destructive que produisent les expériences directes? Nous ne le croyons pas. Il faut remarquer, en effet, que si Peau de Seltz ingérée est à 5 atmosphères, elle tombe rapidement, à l'air libre et au contact de la température de ia bouche, à 1 ou 2 atmosphères et même au-dessous, degré de concentration où aucune action nuisible ne peut s'effeetuer dans les conditions ordinaires ; en outre, le passage dans la bouche est rapide et insuffisant à permettre une influence quelconque.

Une autre question se pose ici au sujet de l'acide carbonique : c'est la possibilité de son action lorsqu'il se produit spontanément au contact des dents dans certaines fermentations, celles des matières albuminoïdes, par exemple. Dans ce dernier cas, l'acide carbonique en solution dans les matières au sein desquelles il s'est formé est encore au-dessous de la proportion de volume égal, et en admettant même un contact très-prolongé, ne saurait, selon nous, contribuer à la production de la carie.

g. ALBUMINE ET MATIÈRES ALBUMINOIDES.

Exp. — Solution composée de 1 litre d'eau pour deux blancs d'œufs agités dans le liquide. L'expérience a duré deux années.

Après ce temps, la solution a pris une couleur jaunâtre et trouble; des moisissures nombreuses flottent dans le liquide, qui présente une réaction acide manifeste et une odeur extrêmement fétide.

CHAP. ÏI. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

FiG. 10. Deux caries artificielles de l'albumine développées sur des points dénudés de la couche de cire : A, carie delà face antérieuie de la couronne d'une incisive adulte ; B, carie de la face triturante d'une grosse molaire.

Des dents abaurlonnées librement dans le vase ont subi un ramollissement général et uniforme; les racines sont devenues transparentes et molles,

l'émail friable et opaque. Une de ces dents, qui présentait au centre de sa couronne un sillon assez profond, est devenue en ce point le siège d'une excavation extrêmement vaste, dans laquelle semblent s'être déposés des débris de lambeaux albumineux qui y ont dû subir sur place la putrélaction la plus avancée (fig. 16, B). Cette excavation à fond ramolli , à bords inégaux et fragile, offre tous les caractères d'une carie véritable.

Les dents protégées ont éprouvé sur le point exposé un effet analogue ; l'une d'elles, dénudée sur la partie la plus résistante de la coucbe d'émail n'a éprouvé qu'une très-légère altération qui rappelle le début d'une carie (fig. J6, A) ; une autre dent, exposée sur le bord libre privé d'émail, y a éprouvé un ramollissement bien plus prononcé qui a entraîné la produclion d'une cavité en forme de sillon profond, avec tous les caractères de la carie proprement dite.

Conclusion. — L'albumine et les substances albuminoïdes quelconques dont nous devons considérer l'action comme uniforme, ne sauraient faire éprouver par elles-mêmes aucune altération aux dents. C'est donc par les résultats seuls de leur fermentation que des effets peuvent se produire.

Or, abandonnées à elles-mêmes, ces matières entrent en putréfaction et amènent la formation des acides gras de la série acétique et de la série benzoïquc. Les éléments empruntés à cette seconde série ne doivent pas nous occuper, car ils sont évidemment dépourvus de toute action altérante possible. Dans la série acétique, au contraire, se trouvent l'acide butyrique, dont nous avons étudié isolément l'influence manifeste, et l'acide valérianique, identique comme action aux précédents, et quelques autres produits dérivés analogues. Ces acides se sont évidemment produits dans notre expérience, la réaction du liquide l'indiquait suffisamment, et de plus la fétidité extrême de la solution rappelait l'odeur des acides butyrique et valérique.

KXPKRIENCES DE LABOP.ATOmE. m

L'albumine et les matières albiiminoïdes sont donc susrcptibles de provoquer par les éléments de leur altération une destruction des tissus dentaires. Or rien n'est plus fréquent que le séjour prolongé dans un interstice dentaire de débris d'albumine, fibrine, caséine, qui s'y pulréfienl à leur aise, donnant à l'haleine la fétidité spé,ciale à ces sortes d'altération, et entraînant, si la même circonstance se renouvelle fréquemment sur le même point, la production d'une carie.

Les substances albuminoïdes ont, en outre, une seconde inlluence non moins importante à notre point de vue, c'est qu'elles sont susceptibles de jouer, sur un grand nombre d'autres matières, le rôle de ferment, de sorte que dans une masse interdentaire composée de débris d'alimentation divers, on peut rencontrer des substances qui en même temps sont fermentescibles et peuvent jouer le rôle de ferment, circonstance qui donne à un milieu de ce genre une influence doublement énergique et laisse prévoir dans la pratique une influence salutaire très-grande aux soins de propreté qui doivent être appliqués à la bouche, plus particulièrement après les repas.

h, ALUN.

Exp. — Une solution au centième a été seule essayée, 10 grammes d'alun pour i litre d'eau. Le liquide, resté clair après deux années, était inodore, transparent, et contenait de nombreuses moisis- ^ p

sures grisâtres danslclbiid et à la surface. Réaction acide fianche.

Les dents abandonnées librement ne sont nullement altérées dans leurs racines, qui ne présentent ni ramollissement, ni changement de forme ou de coloration quelconques. L'émail dans toute l'étendue de la couronne est profondément altéré, il a complètement perdu son aspect vitreux, il est devenu opaque; sa désorganisation est telle, Fig. 17. Caries arUficieiies deVaqu'il a l'apparence et la friabilité d'une couche 1"" ; ^P^^'jf

' , \^ . la totalité de la couche d email

de craie; il se détache par le moindre effurt de d'une incisive plongée libœ-

ki , 1 I'- • , , 1 ment dans le liquide: B, carie

substance de 1 ivoire et tombe en poussière umitée de la couche d'ômaii.

blanche (ti"^. 17 \). développée sur un point isolé

1 ' ,* , 00 • de la ( oiii omie.

Les dents protégées oiii'ent sur le point dénudé de leur couronne une altération identique de l'émail. Deux d'entre elles, exposées sur une dépression de leur surface, présentent une destruction complète de l'émaiL mais sans dépasser la limite de celui-ci; une troi-

sième, petite molaire supérieure, exposée sur le point le plus résistant, face antérieure de la couronne, a subi une altération de même ordre, mais sans avoir pénétré dans toute l'épaisseur de la couche d'émail.

Ces dents offrent ainsi tous les caractères d'une carie au premier degré: opacité et friabilité du tissu, perte de poli, séparation des prismes, etc.

Conclusion. — L'alun, matière minérale peu susceptible de fermentation, respecte absolument l'ivoire et le cément des dents, et détruit avec une grande énergie les éléments de l'émail. II serait donc un altérant exclusif de celui-ci; quant à cette action singulière, nous nous bornons à la constater sans en fournir l'explication, laissant ce soin aux chimistes. Disons, toutefois, que les réactions qui se produisent dans son contact sur les dents sont la formation de sulfates d'alumine et de chaux ; mais pourquoi cet effet spécial à l'émail et nul dans Tivoire?

l. BI0Xx\LATE DE POTASSE.

Exp. I. — Une solution au millième : eau, 200 grammes ; bioxalate de potasse, 0^^20, est restée claire, transparente, inodore, renfermant quelques moisissures dans le fond du vase. Réaction neutre au tournesol.

Les dents libres et celles qui n'exposaient qu'un point de leur surface n'ont subi aucune altération manifeste.

Exp. il — Solution au centième : eau, 125 grammes ; bioxalate de potasse, 1^'',25. Le liquide est resté clair, transparent; sans moisissures, inodore. Réaction acide.

Les dents libres ne présentent aucune altération de leur racine qui a conservé tous ses caractères ; mais l'émail est désorganisé dans toute son étendue; il est opaque, friable, et le scalpel le soulève et le réduit très-facilement en poussière (fig. 18, B).

Les dents protégées ont éprouvé sur les points mis à nu, qui répondent à la couche d'émail, une altération identique (fig. 1 8 , A) . Il est même remarquable que l'altération ne s'est pas bornée au seul point découvert, mais a fusé et s'est répandue à la plus grande partie de la couche d'émail par pénétration lente au-dessous de la calotte de cire, ou par propagation de proche en proche dans le tissu de l'émail lui-même.

Une autre dent provenant d'un vieillard et présentant à découvert un point de la surface triturante d'une petite molaire absolument privée d'émail

Fio. 18. Caries artificielles du bioxcil.a.3 de potasse : A, carie limitée de la couche d'émail sur la couronne d'une incisive dans un point seul exposé en a ; B, dent plongée librement dans la solution et dont la couronne en a offre une altération générale et complète de la couche d'émail ; b. racine restée intacte.

EXPÉRIENCIiS DE LABORATOIRE.

par usure, n'a éprouvé en cet endroit aucun ramollissement; toutefois, le liquide ayant encore pénétré au-dessous de la cire, a désorganisé légèrement l'émail voisin.

Conclusion. — Le bioxalate de potasse a une influence très-voisine de celle de l'alun, avec une intensité un peu moindre et qui paraît également exclusive à l'émail. Ce sel ayant une composition fixe et nullement susceptible de fermentation, il est évident que l'acide oxalique et tous les oxalates acides présenteraient les mêmes effets. Ces expériences expliquent le phénomène de l'agacement spécial que produit sur l'émail l'usage de certains aliments riches en oxalates, les tomates, l'oseille, etc., et l'action nuisible que peut faire éprouver aux dents leur usage fréquent.

j. ACIDE ACÉTIQUE.

Exp. I. — Solution d'acide acétique cristallisable au millième : 1 gramme pour 1 litre d'eau.

Le liquide, au bout de deux années, est resté limpide et transparent avec un léger dépôt de moisissures et une autre couche à la surface. Toutefois la réaction du liquide est neutre.

Les dents libres et celles qui sont protégées ne paraissent avoir éprouvé aucune altération.

Exp." II. — Une solution identique à la précédente et additionnée de quelques gouttes de créosote, a donné les mêmes résultats négati's.

Exp. III. — Solution au centième : eau 200 grammes ; acide acétique, 2 grammes. Le liquide, après deux années, est resté limpide et transparent, d'une odeur acétique ; pas de moisissures ; réaction acide franche. Les pièces en expérience au fond du vase sont couvertes d'un petit dépôt cristallin brillant.

Les dents libres présentent une altération toute particulière ; les racines sont profondément ramollies, devenues flexibles, jaunâtres, considérablement amincies dans le sens de la longueur, tandis que la couronne n'a subi aucune modification. L'émail, qui ne présentait primitivement aucune imperfection ni solution de continuité, n'a rien perdu de son poli, de son aspect et de sa résistance. Ces phénomènes ont donné à ces dents l'aspect bizarre d'une couronne normale surmontant une

FiG. 19. Altérations artificielles de l'acide acétique sur des incisives (A et Li) plongées librement dans le liquide.

aa, couronnes restées intactes; bh, racines amincies et ramollies dans le sens de leur longueur et devenues méconnaissables.

espèce de tige amincie (fig. 19). Au niveau du collet, l'altération de l'ivoire des racines ayant pénétré dans la couronne au-dessous de l'émail, a isolé celui-ci resté aussi sans soutien, mais sans lui avoir fait éprouver aucun effet. Les dénis protégées de cire, qui n'offraient à l'action du liquide que des points dénudés de leur émail, n'ont éprouvé aucune altération.

Un fragment osseux a subi un ramollissement profond et une réduction considérable de son volume.

Conclusion des expériences relatives a l'acide acétique. — Aune dose faible, solution au millième, Facide acétique n'exerce qu'une action très-faible ou nulle sur les dents; à une dose plus forte, au centième, il reste complètement sans action sur l'émail, mais fait subir au cément et à l'ivoire une altération profonde. La conséquence qui découle de ces faits, au point de vue pratique, est que, employé dans l'alimentation sous forme de vinaigre, il n'est susceptible d'aucune influence nuisible sur les dents, à la condition toutefois que celles-ci aient conservé intacte leur couche d'émail et ne laissent à découvert aucun point d'ivoire ou de cément. Mais si Lémail vient à manquer, soit accidentellement, soit par carie ou usure, l'usage du vinaigre peut devenir nuisible. On observe en effet que les dents placées dans ces dernières conditions donnent lieu au contact de cet agent à une sensation d'agacement qui devient même parfois une véritable douleur.

Le fait même de l'altération des dents par l'acide acétique s'explique dans le cément et l'ivoire par la propriété qu'ont les phosphates terreux de se dissoudre dans cet agent, solubilité favorisée singulièrement d'après Dehérain\ s'ils se trouvent en présence de l'acide carbonique ou des carbonates, ce qui est précisément le cas pour Livoire et l'os. Quant à l'intégrité que conserve l'émail, elle est due peut-être à la présence d'une moindre pro[)orlion de phosphates, et sans doute aussi à la petite quantité de fluorure de calcium qu'il renferme, ou bien à certaines combinaisons particulières de ces diverses substances, de nature à s'opposer à toute altération.

k. ACIDE TÂRTRIQUE ET TARTRATES ACIDES.

]^]xp. L — Solution au millième : acide tartrique, i gramme ; eau, 4 litre.

^ Cité par Pelouze et Fremy, Traité de chimie, p. 590.

EXPÉRIENCES DE LABORATOIRE

Le liquide n'a pas cliangé d'aspect, il renferme quelques moisissures ; inodore; réactiou neutre.

Les dents libres ou protégées ne paraissent avoir subi aucune altération appréciable.

Exp. II. — Solution au centième : acide tartrique, 2 grammes ; eau, 200 grammes ; quelques gouttes de créosote.

Les dents libres ne présentent aucune modification à leur couronne : l'émail est simplement recouvert d'une couche de cristaux, mais resté absolument intact. Les racines, sans offrir un ramollissement général et profond, ont néanmoins subi une véritable altération de leur substance; le scalpel, par le grattage, peut enlever facilement toute la couche de cément et entamer même à une certaine profondeur le tissu de l'ivoire qui a toutefois conservé sa coloration et sa transparence habituelles.

Les dents protégées n'exposant au liquide qu'un seul point d'émail n'ont éprouvé aucun effet.

Exp. m. — Solution au millième detartrate de potasse: crème de tartre; 1 gramme de sel pour 1 litre d'eau.

Le liquide est un peu trouble, avec une grande moisissure flottante, inodore, neutre.

Les dents libres on protégées n'ont éprouvé ancune altération.

Exp., IV. — Solution debitartrate de potasse au centième, soit 2 grammes de sel pour 200 grammes d'eau. Après deux années, le sel n'est pas entièrement dissous. Le liquide est transparent, inodore, recouvert d'une grande moisissure; réaction acide franche.

Les dents libres sont recouvertes d'un dépôt cristallin abondant et assez adhérent à leur surface. L'émail n'offre cependant aucune altération. La racine présente un ramollissement superficiel du même genre que celui que produit l'acide tartrique, mais avec une intensité un peu moindre.

Les seuls points d'émail qu'offraient au liquide les dents protégées de cire n'ont éprouvé aucune altération.

Conclusion des expériences relatives a l'acide tartrique et auk TARTRATEs ACIDES. — L'acide tartrique et les tartrates acides, dépourvus de toute action appréciable sur l'émail, font éprouver à la couche de cément des racines et à l'ivoire sous-jacent un ramollissement qui, sans pénétrer à toute l'étendue de la racine, s'avance à une certaine profondeur à la manière de l'acide acétique. On peut donc les considérer avec ce dernier comme des agents spéciaux d'altération et exclusifs à Tivoire et au cément.

m CHAP. II. ÉTIOLOGIE ET EXPÉRIENCES.

L'action intime de l'acide tartrique sur les dents doit être envisagée comme une dissolution des phosphates, du moins à la température ordinaire ; car cet acide, soumis à la chaleur assez élevée de la bouche, peut perdre sa fixité et entrer en fermentation, ce qui donne alors naissance à des produits de la série des acides gras, acétique, butyrique, propionique, etc.

Quant aux tartrates acides que contiennent les vins et surtout un grand nombre de fruits, leur action doit être considérée comme directe en la qualité de sels fixes, et, dans tous les cas, leur fermentation, fort peu connue, paraît être analogue à celle de l'acide tartrique qui ne fermente qu'à l'état salin et dans le sens de la série acétique, butyrique, etc.

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