‹ Traité de la carie dentaireChapitre 16 sur 36 · EXPÉRIENCES SUR LE VIVANT · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LE VIVANT

table. Les exemples suivants doivent être encore plus démonstratifs.

Obs. II. — Mademoiselle F.. ., âgée de trente-cinq ans, est affectée depuis sept années d'une gastralgie rebelle. Depuis la même époque, un grand nombre de caries se sont produites et ont nécessité à plusieurs reprises des traitements appropriés; la boucbe ne présente sur aucun point la production de tartre et les dents se recouvrent habituellement de mucosités blanchâtres et abondantes ; la salive est visqueuse et filante à un haut degré. Une des incisives antéro-supérieures, la latérale droite, a été atteinte une des premières par la carie, qui en a fait disparaître toute la couronne.

Elle a été remplacée il y a cinq ans par une dent naturelle montée sur un pivot métallique appliqué dans le canal de la racine restante. Celte dent a été trouvée après ce laps de temps dans l'état suivant : la surface de section qui est en contact avec la racine et où s'implante le pivot présente un ramollissement brun, uniforme ; ce pivot est mobile par élargissement du canal où il a été fixé ; les deux bords latéraux de la dent offrent chacun une vaste cavité à fond jaunâtre clair et présentant tous les caractères de la carie ordinaire (fig. 10, A) : l'émail creusé à pic livre passage à une excavation un peu irrégulière et qui se dirige transversalement vers celle du côté opposé ; l'une d'elles, plus profonde que l'autre, a même rencontré le pivot métallique central qu'elle a isolé.

Fig. 10. Caries artificielles développées sur deux dents humaines iippliquées comme appareils de prothèse; a a, dents avec leur carie; hl), pivots.

Obs. III. — M. B..., âgé de quarante ans, d'une constitution fort débile et cachectique par suite de fièvres paludéennes contractées, il y a dix ans, en Espagne, est resté depuis cette époque sous l'influence d'un état dyspeptique avec entérite chronique, diarrhée fréquentes et divers autres phénomènes généraux ; la salive est visqueuse, la bouche habituellement pâteuse, surtout le matin, et chargée de mucosités abondantes; les dents, autrefois excellentes, ont depuis cette époque beaucoup souffert et se sont affectées pour la plupart de caries à marche rapide et douloureuse. Une d'elles, incisive centrale supérieuie, a été remplacée il y a huit ans par une dent humaine

appliquée sur un pivot métallique. Cette dent présente aujourd'hui, après le séjour dans la bouche pendant huit années, une vaste cavité à son bord externe. Cette cavité, un peu irrégulière et de forme ovoïde, occupe toute la largeur de ce bord même et la plus grande partie de sa hauteur. L'excavation a un fond moins ramolli que dans le cas précédent et coloré en noir intense (fig. 10, B).

Obs. IV. — M. G..., âgé de trente-sept ans, est affecté depuis quatre ans d'une pharyngo-laryngite granuleuse très-rebelle avec exacerbations, revenant tous les deux ou trois mois et amenant le retour d'une véritable stomatite aiguë avec salivation abondante, dépôts muqueux considérables à la surface des dents. Celles-ci, jusqu'alors restées parfaitement saines, se sont altérées, et l'on peut dire qu'aujourd'hui elles sont presque toutes atteintes de carie qui paraît alfecter de préférence le collet de la dent au contact du bord libre des gencives. Les dents antéro-inférieures elles-mêmes, qui sont ordinairement épargnées, ont été envahies, et l'une d'elles ayant eu sa couronne emportée complètement fut remplacée, il y a deux ans, par une dent humaine montée sur un petit appareil d'or. Aujourd'hui cette dent est altérée au même degré et de la même manière que ses voisines, et présente, non plus une ou deux caries bien limitées comme dans les observations précédentes, mais deux sillons profonds occupant toute la hauteur des bords latéraux de la dent, et réunis inférieurement par une large surface ramollie répondant à l'appareil et au tenon qui la fixait à la petite lame d'or. Cette altération offre la coloration noirâtre qu'on retrouve sur toutes les caries qug présente la bouche. 0"

Conclusions des observations précédentes. — Il résulte des exemples que nous venons d'exposer que l'ivoire en général, et en particulier les deats humaines employées dans des appareils de prothèse dentaire, subissentrune altération qui offre tous les caractères extérieurs de la carie naturelle, lorsqu'elles sont appliquées dans la bouche d'individus présentant d'ailleurs les conditions ordinaires de développement de cette affection, et l'on peut immédiatement opposer à ces exemples les cas dans lesquels des appareils composés de même substance et appliqués par suite de fracture ou de luxation accidentelle d'une dent, se sont conservés indéfiniment dans les bouches impropres d'ailleurs au développement de la maladie. Les cavités artificielles produites de la sorte offrent les mêmes conditions de forme, de direction que la carie pathologique; le siège est le même et répond, dans les deux espèces, aux points de la surface des dents les

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plus favorables aux actions chimiques. On trouve aussi à la carie factice les mêmes différences de coloration que dans Fautre. Ce qui prouve surabondamment, ainsi que nous l'avons déjà signalé, que ces différences sont dues à des particularités secondaires d'ordre chimique, avec isolement de certaines matières colorantes, et en relation intime avec la marche rapide ou lente de l'altération. Une distinction fondamentale s'observe néanmoins; elle consiste dans l'absence de tout phénomène de réaction de la part de la dent et de la pulpe dentaire disparue, tandis que dans la carie pathologique, l'organe lésé réagit et lutte contre l'envahissement du mal, de la manière que nous avons étudiée dans un autre travail. Sauf cette seule différence d'ordre vital, les deux altérations sont identiques de nature et de physionomie; de sorte que, toutes conditions égales d'ailleurs, la carie envahira et détruira plus rapidement une dent morte, inerte et passive qu'une dent vivante qui, le plus souvent et dans une certaine mesure, oppose h la maladie une résistance variable dans son énergie, mais parfois suffisante à en arrêter complètement les progrès.

B. — EXPÉRIENCES DE LABORATOIRE

Conditions générales expériences. Les expériences dont nous allons présenter la relation et étudier les résultats ayant pour but d'étabhr l'influence qu'exercent sur les tissus dentaires certaines substances qui peuvent se rencontrer dans la bouche, nous avons dû, autant que possible, nous rapprocher des conditions ordinaires de cette cavité. Les agents essayés devaient nécessairement être solubles dans l'eau et conséquemment dans la salive ; le degré de concentration devait varier pour établir le point approximatif où se produit l'altération sans arriver à un état qui ne fût plus susceptible de se rencontrer physiologiquement : aussi avons-nous fait en général, et sauf quelques circonstances particulières, deux solutions simuUanément essayées : la première au millième, soit i gramme de substance pour 1 litre d'eau; la seconde au centième, soit 1 gramme de substance pour 100 grammes d'eau. L'eau ordinaire a été employée le plus généralement, sauf les cas où nous avons voulu étudier dans le vide et sans modification possible l'action d'une sub-

stance altérable au contact de ce liquide; nous avons alors opéré dans l'eau distillée. Les solutions renfermées dans des flacons bouchés légèrement ont été abandonnées ainsi à la température ordinaire pendant un temps uniforme qui a été de deux années, et les caractères extérieurs ainsi que les réactions ont été notés au commencement et à la fm de chaque expérience.

La plupart des solutions étudiées restant soumises au contact de l'air atmosphérique devaient subir des altérations variées, fermentations spéciales ou putréfactions proprem.ent dites : aussi devons-nous étudier les modifications survenues au sein de ces liquides et en déterminer les effets. Dans certains cas, l'addition de quelques gouttes de créosote dans le liquide a eu pour but de retarder, et pour quelques-unes d'empêcher complètement les altérations, ce qui a modifié sensiblement nos résultats. Nous tiendrons compte de ces variations. Enfin, devant instituer certaines expériences dans le vide, nous avons opéré sur des liquides portés à l'ébullition et placés dans des ballons de verre étirés et fermés à la lampe.

Les substances choisies pour entrer en expérience devaient répondre à plusieurs indications spéciales; il fallait d'abord qu'elles fussent susceptibles de se trouver dans la cavité buccale et au contact des dents en quantité suffisante pour exercer sur elles une action notable, ensuite qu'elles pussent y séjourner le temps nécessaire pour y exercer leur influence, ce que rend possible dans la bouche la réunion de certaines conditions locales. Quant aux substances mêmes, nous les avions prises parmi celles dont la réaction fut primitivement acide ou put le devenir par voie de fermentation. Nous allons étudier ainsi les faits relatifs à chacune d'elles dans l'ordre suivant :

Les sucres,

L'acide lactique,

L'acide butyrique.

L'acide citrique,

L'acide malique,

Le cidre.

L'acide carbonique,

L'albumine et les substances albuminoïdes, L'alun,

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L'acide oxalique et les oxalates acides, L'acide acétique,

L'acide tartrique et les tartrates acides. Le chlorure de sodium, Le tannin.

Nous avons distrait, comme on voit, de cette étude : d'une part, les acides énergiques, azotique, sulfurique, etc., dont l'action sur les dents est bien connue, et qui d'ailleurs ne se rencontrent point habituellement dans la bouche; d'autre part les substances neutres à réaction fixe dont on ne saurait prévoir aucun rôle appréciable.

En ce qui concerne les pièces mises^en expérience, elles se composaient de deux groupes de dents humaines adultes et parfaitement saines, sauf quelques-unes choisies avec intention et offrant un commencement plus ou moins avancé de carie. Dans le premier groupe, les dents étaient absolument libres dans le liquide; dans le second, elles étaient complètement entourées d'une couche résineuse de cire à cacheter appliquée soigneusement comme une enveloppe continue et perforée sur un point seulement d'une ouverture circulaire d'environ 1 à 2 millimètres de diamètre mettant à nu soit l'émail, soit l'ivoire, de manière à localiser l'action du liquide. Ce procédé représentait une imitation des conditions du développement de la carie dans la bouche où elle n'affecte le plus souvent que les parties limitées de la surface de l'organe et plus favorablement disposées par leur conformation ou leur siège. Enfin, à ces deux groupes de dents, nous avons ajouté, dans un certain nombre d'expériences, des fragments d'os humain adulte, afin d'essayer comparativement l'influence de quelques agents sur les os et les dents, influence d'ailleurs uniforme pour l'ivoire et le tissu osseux, dont la composition chimique présente des analogies considérables.

a. SUCRES.

Exp. L — Une solution aqueuse de sucre de canne au tiers (300 grammes pour 1 litre d'eau) a donné au bout de deux années les résultats suivants: le liquide est roussâtre, recouvert d'une couche épaisse de moisis-

sure ; réaction acide franche, odeur fade ; pris entre les doigts le liquide conserve encore l'apparence épaisse et sirupeuse.

Les dents laissées libres dans la solution sont complètement ramollies et noires, les racines ont la consistance gélatiniforme; à la couronne, l'émail est friable comme de la craie, détaché sur plusieurs points et laissant voir au-dessous de lui l'ivoire au même degré d'altération que les racines (fig. H).

Les dents protégées par la couche de cire présentent sur le point exposé une altération identique à la précédente et qui, ainsi localisée, a produit une cavité offrant tous les caractères de la carie. Les bords de l'émail sont mous et friables, le fond ramolli et noir (fig. 12). Un fragment d'os, apophyse épineuse d'une vertèbre, est tout ramolli et noirâtre.

Fig. li. Grosse molaire humaine restée plongée pendant 2 ans dans la dissolution sucrée.

Exp. IL — Une solution identique à la précédente a été additionnée d'un fragment de matière animale dans le but d'en activer la fermentation, et exposée à l'air dans un bocal incomplètement bouché pendant le même temps. Le liquide est franchement acide et couvert de moisissures épaisses.

L'altération des dents placées librement dans cette solution a été portée au suprême degré et présente, Fio. 12. Carie artificielle du avcc un ramollissement général de la substance, une

sucre développée sur un fi,- -ttiji i j •'^ ^

réduction considérable de leur volume de manière a

point dénudé de la face antérieure de la couronne d'une grande incisive supérieure adulte.

les rendre méconnaissables.

Les dents protégées avaient également subi une altération si profonde, que par le point dénudé et malgré la couche protectrice qui recouvrait le reste de la surface, elles se sont ramollies dans toute leur étendue et pénétrées uniformément de la coloration noire habituelle à ce genre d'action. En outre, ce même point d'émail dénudé offrait une excavation considérable.

Exp. IlL — Une même solution a été additionnée de quelques gouttes de créosote dans le but, cette fois, de ralentir les phénomènes d'altération. La couleur et la transparence du liquide n'ont pas, après deux années, changé notablement ; il est seulement un peu trouble, sa réaction est franchement acide; il y a quelques moisissures peu épaisses à la surface, l'odeur est fade et un peu fétide à cause de la créosote.

Deux dents restées libres offrent une altération avancée, des racines qui sont ramollies et brunes, sans présenter toutefois la couleur noire et intense des expériences précédentes; l'émail est crayeux, friable, sauf cependant

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quelques points où il a conservé son aspect et son poli ordinaires ; la couronne de l'une d'elles, grosse molaire inférieure, présente une excavation, véritable carie qui a pris naissance dans un sillon primitif intertuberculaire de la face triturante.

Trois dents protégées de cire, à l'exception d'un point répondant à l'émail, ont éprouvé une altération qui, après avoir envahi la totalité de la couche d'émail, n'a pénétré au sein de l'ivoire qu'à une profondeur modérée, formant des cavités qui ont tous les caractères de la carie (fig. 15). Nous signalerons toutefois dans celte expérience une exception pour une canine adulte douée d'une conformation apparente irrépro- Fig. 13. Caneaitiiiciciie

• fr ^ • . j' j' 1 *• ^"^'^^ développée

chabJe et qui, onrant comme pomt dénude la partie à ja face postérieure moyenne de la face antérieure de la couronne, a ^'""^ ^"P^"

^ , , . . . neure adulte sur un

échappé à l'action du liquide sans subir la moindre point « dénudé, altération.

Le fragment osseux, apophyse transverse d'une vertèbre, présentait une altération moindre que dans les expériences précédentes.

Exp. IV. — Un solution au tiers de glucose a été placée dans les mêmes conditions avec addition de quelques gouttes de créosote. Le liquide, après deux années, n'a nullement changé d'aspect ; sa surface ne présente aucune moisissure, sa transparence est complète, son odeur fade, sa réaction acide extrêmement faible. Tous ces caractères indiquent clairement que la solution n'a point fermenté.

Aux dents libres et sur le point exposé des dents protégées, il n'est possible de constater aucune altération non plus que sur le fragment osseux ajouté dans le liquide.

Exp. V. — Une solution saturée à froid dans l'eau ordinaire de sucre de lait, et placée dans les mêmes conditions que les précédentes, a donné les résultats suivants :

Le liquide resté clair n'a produit ni moisissure ni dépôt quelconque; sa réaction est parfaitement neutre, et les dents, soit libres, soit protégées, n'ont subi aucune altération.

Exp. VI. — Une solution au tiers dans l'eau distillée de sucre de canne iillrée et portée à l'ébullition a été introduite dans un ballon de verre dont le col a été étiré et fermé à la lampe, puis abandonné pendant deux années à lui-même. Un groupe de quatre dents humaines saines et pesées avec le plus grand soin avait été introduit préalablement dans le liquide bouillant. Retrouvées après l'expérience dans un état d'intégrité parfaite et pesées de nouveau après lavage et dessiccation, les dents n'avaient subi aucune perte de poids ni aucune altération appréciable.

Exp. VII. — Une solution de glucose dans des conditions identiques a donné les mêmes résultats négatifs.

Conclusion des expériences relatives aux sucres. — Il résulte des expériences précédentes que le sucre n'exerce directement, c'està-dire en sa qualité même de sucre, aucune action destructive sur les dents. Les expérimentations faites dans le vide en fournissent la preuve irrécusable. Celles qui, soit spontanément, soit par l'addition de substances retardant la fermentation, n'ont éprouvé que des modifications partielles, ont produit des altérations faibles et peu étendues, et enfin les solutions sucrées abandonnées librement à elles-mêmes ou additionnées de matières pouvant jouer le rôle de ferments ont amené sur les dents expérimentées les résultats les plus désastreux.

Or la fermentation des sucres est de deux ordres : sous Tinfluence de la levure de bière, elle est alcoobque, et nous n'avons pas à nous en occuper ici ; sous l'influence de ferments azotés (matières albuminoïdes, etc.), la fermentation peut prendre deux directions : elle est lactique ou butyrique, et le plus ordinairement elle passe successivement de l'une à l'autre. Le phénomène de production d'acide lactique s'effectue d'une matière fort simple et par un dédoublement du sucre C^^ H^^ 0^^ en deux équivalents d'acide lactique 0^ Quant à la formation butyrique, elle s'opère avec dégagement d'hydrogène et production de carbonate et de butyrate de chaux :

Ces deux phénomènes, qui s'effectuent à l'air libre et à la température ordinaire, trouvent, comme on le pense bien, dans la bouche des conditions éminemment favorables à leur production énergique et rapide.

Dans tous les cas, ces actes de fermentation des sucres sont toujours précédés en ce qui concerne les sucres de canne, de betterave, etc., de leur passage à l'état de glucose et de lévulose, condition expresse de leUr fermentation. Ce passage se produit par la fixation d'un double équivalent d'eau.

C;i2Hi20i2

Sucre.

C24H22022 ^ 2H0 = C12H120Î2 -j- O^-Rl^-O^^-

2 équivalents Glucdse. Lërulose.

de sucre de cailne.

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Les sucres n'exercent donc sur les tissus dentaires une action altérante qu'à la condition de subir des modifications de la nature des fermentations et amenant la formation d'acide lactique, puis consécutivement d'acide butyrique et de quelques-uns de ses dérivés, acides propionique, valérique, etc., agents qui, nous le verrons, ont une influence destructive directe des plus énergiques sur les dents.

Ainsi se trouve résolue par nos expériences la question des caries produites par le sucre, et que l'observation journalière avait depuis longtemps admise sans démonstration. On avait en effet constaté que l'usage de cette substance sous différentes formes, des aliments sucrés, du miel, etc., semblaient produire la carie des dents. Certains individus à professions spéciales, les confiseurs, les cuisiniers, éprouvaient les mêmes effets; de plus, il est reconnu que le contact de la salive imprégnée de matières sucrées produit sur certaines dents privées d'émail par usure ou carie commençante la sensation de l'agacement et même de véritables douleurs au même titre que le contact des acides. Tous ces faits trouvent aujourd'hui leur explication.

Les expériences dont nous venons d'exposer les résultats ont été instituées par nous depuis plusieurs années et ont même été déjà consignées \ Dans ces derniers temps, un expérimentateur, M. Mantegazza, professeur de pathologie générale à l'université de Pavie^, désirant de son côté élucider cette question de l'action du sucre sur les dents, a entrepris une série d'observations qui l'ont conduit à peu près aux mêmes conclusions que les nôtres. Les procédés employés sont toutefois différents : des dents humaines séchées et pesées ont été introduites dans des dissolutions de sucre à concentration variable, dans l'eau distillée d'une part, et d'autre part dans la salive expuée directement de la bouche ; les liquides, d'abord neutres ou alcalins, avaient au bout de quelques jours acquis une réaction acide ; lehquide contenait des traces de chaux, et les dents avaient perdu de leur poids. Il était dès lors certain que le sucre avait attaqué les

* Voyez Dict. cité, 12^ édition, art. Carie dentaire.

- De faction du sucre et de quelques substances acides sur les dents. Pavie,

(lents. Restait alors à déterminer expérimentalement si cette altération avait lieu par le fait du sucre directement ou par les transformations qu'il subità Tair libre. C'était là une lacune dans les observations de M. Mantegazza. Nos expériences personnelles ont, ce nous semble, répondu d'avance à toute objection ou contestation que peut soulever cet ordre de questions.

h. ACIDE LACTIQUE.

Exp. I. — Une solution au millième, soit 1 gramme d'acide lactique pour 1 litre d'eau, et n'offrant primitivement qu'une réaction acide extrêmement faible, n'avait point, au bout de deux ans, cbaujé d'aspect, si ce n'est qu'elle renfermait une grande moisissure flottant au fond du vase ; réaction neutre au tournesol.

Les dents, soit libres, soit protégées par la couche de cire, ne paraissent a^oir éprouvé aucune altération appréciable.

Exp. II. — Une solution identique à la précédente, avec quelques gouttes de créosote, a donné les mêmes résultats négatifs.

Exp. III. —Une solution d'acide lactique au centième. Eau, 200 grammes, acide lactique, 2 grammes, a donné les résultats suivants :

Le liquide est limpide et transparent, couvert d'une épaisse couche de moisissure; sa réaction est neutre au papier de tournesol ; il présente une odeur fade et un peu fétide.

Les dents libres dans le liquide ont subi une altération profonde et uniforme ; les racines sont molles, flexibles, comme gélatineuses et considérablement réduites de volume, principalement dans le sens de leur longueur; l'émail est crayeux, friable, détaché par place de la surface delà couronne et se réduisant en poussière blanche au moindre grattage (fig. 14 6). Toute la masse des dents offre une coloration généralement brune.

Les dents protégées ayant un point dénudé ont éprouvé une altération de même ordre. Un premier point de la surface triturante de la grosse molaire est le siège d'une véritable carie ayant pénétré à 5 ou 4 millimètres environ dans la profondeur de l'organe. Un autre bord libre d'une incisive supérieure

Fig. a. Canes arlilicielles de l'acide lactique.

A. Carie en gouttière développée sur le bord libre, resté seul exposé, d'une incisive supérieure adulte.

B. Allération générale d'une incisive plongée librement dans la solution : a, émail brisé et friable; b, racine profondément ramollie et biune.

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de vieillard, privée d'émail par usure, présente une carie en forme de gouttière (fig. \A, A). Un troisième point, face antérieure de la couronne d'une incisive adulte, n'a subi qu'une altération relativement faible consistant en une dissociation des éléments de l'émail, atteignant à peine jusqu'à lacouclie superficielle de l'ivoire.

Un fragment osseux, joint aux préparations précédentes, a éprouvé un ramollissement complet presque aussi énergique que dans les expériences du sucre.

Conclusion des expériences relatives a l'acide lactique. — L'acide lactique à la dose d'un millième n'exerce sur les dents qu'une action modérée seulement appréciable au passage de la solution d'abord faiblement acide à la réaction neutre; mais à un degré de concentration plus élevé, au centième, il agit d'une manière énergique et uniforme sur tous les tissus dentaires produisant des altérations qui se rapprochent beaucoup de celles des sucres, et ont tous les caractères de caries véritables.

L'acide lactique est, comme on sait, un dissolvant énergique des phosphates et des carbonates, et sa fixité relative indique suffisamment qu'il a dû agir ici par lui-même et sans subir personnellement aucune modification ou fermentation.

Cet agent doit être considéré comme un des altérants les plus fréquents qui se rencontrent dans la bouche : outre qu'il s'y produit, comme on voit, spontanément, il s'y trouve porté en d'autres circonstances, par exemple dans les matières des vomissements, dans le mal de mer, les maladies, etc., et l'on sait que le suc gastrique contient à l'état libre une très-notable proportion d'acide lactique.

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