COMPLICATIONS
riode et comme complications aux premiers temps qui suivent les lésions de la pulpe.
Quoi qu'il en soit, la carie ne peut donc en général, à elle seule, effectuer la disparition totale d'une dent, et lorsque les racines subissent à leur tour l'allération qui a détruit la couronne, elles éprouvent, lorsque le ramollissement atteint les parties les plus proforides, une sorte de soulèvement ou de luxation spontanée par suite des inflammations répétées du périoste, et sont, en définitive, détachées et chassées, ainsi de l'économie.
Les complications qui surviennent dans le cours de la carie sont extrêmement nombreuses, et leur histoire comprendrait une grande partie de la pathologie dentaire. Nous en avons observé quelquesunes en étudiant la marche et la symptomalologie; d'autres seront signalées à propos du traitement. Nous nous bornerons donc ici à résumer les principales.
Dans la première période, presque toujours indolente, les complications sont ordinairement nulles si ce n'est, toutefois, la gingivite pour les caries du collet, gingivite locale qui se termine aussitôt qu'est guérie la carie elle-même.
Dans la seconde période, outre quelques accidents locaux du même genre, on observe divers phénomènes de voisinage, tels que points névralgiques plus ou moins éloignés du siège de l'altération et sur lesquels nous nous sommes étendus assez longuement dans ce chapitre.
C'est dans le cours de la troisième période que les complications sont les plus nombreuses et les plus importantes. On peut les distinguer en accidents locaux, accidents de voisinage et accidents généraux.
Parmi les complications locales la plus fréquente de toutes est la périostite alvéolo-dentaire, qui se développe, ainsi que nous l'avons dit, par propagation de Tinflammation de la pulpe dans les canaux des racines au sommet de celles-ci. Cette périostite, quelquefois simple et franchement inflammatoire, peut se compliquer elle-même
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de diverses lésions plus profondes, abcès, kystes purulents, fongosités, etc.
Ces différentes formes d'affections périostales peuvent aussi devenir, à leur tour, le point de départ d'autres désordres de voisinage : phlegmons de la gencive ou de la joue, abcès s'ouvrant dans la boucbe ou à l'extérieur sur la peau, fistules consécutives et altérations plus ou moins étendues du bord alvéolaire ou des mâchoires.
D'autres phénomènes d'ordre organique viennent encore accompagner la carie et ont pour siège le périoste : ce sont les diverses tumeurs et plus particulièrement les polypes , que nous avons déjà signalés dans Yanatomie pathologique. Ces petites productions pédiculées et occupant, par leur masse, la cavité de la carie, n'offrent en général aucune gravité, et leur excision suivie de cautérisation du pédicule permet de poursuivre ensuite le traitement régulier de la carie.
Ces productions ne sont pas les seules qui peuvent se rencontrer dans la carie, et nous en avons déjà signalé d'autres qui ont pour siège tantôt la gencive, végétations diverses dont l'excision est facile, tantôt la pulpe elle-même ; ces dernières constituées par une véritable hypertrophie de 1 organe ne représentent pas, comme on pourrait le croire, une contre-indication du traitement, et leur destruction soit par ablation brusque, soit par les caustiques, doit être faite comme si l'on avait affaire à la pulpe elle-même.
Nous n'insisterons pas davantage ici sur les diverses lésions du périoste ou de la pulpe compliquant la carie, leur histoire appartenant, en réalité, à un autre travail d'ensemble ^
Parmi les troubles locaux de la bouche, nous devons signaler la suppression des actes fonctionnels dans le côté qui répond à la dent altérée. En effet, sous l'influence de la gêne ou de la douleur qu'occasionne une carie, le sujet affecte instinctivement le côté opposé aux fonctions de la mastication. Le premier inconvénient qui en résulte est l'accumulation de mucosités, de tartre et autres dépôts de matières étrangères sur toute la région inactive. Cette complication en amène bientôt d'autres plus sérieuses; la gingivite d'abord locale
^ Voyez mivc Traité d'odontologie .
COMPLICA'iIO.NS.
puis bientôt généralisée. En outre, les dents, privées ainsi de leurs usages, deviennent pour ainsi dire molles et sensibles à la pression, de sorte que même lorsqu'on vient à supprimer la cause morbide, elles éprouvent des difficultés assez grandes à reprendre leur rcMe habituel.
Les accidents divers de voisinage que nous avons à noter sont d'abord ceux qui surviennent du côté du système nerveux et qui sont particulièrement nombreux et aigus à cette dernière période. On les connaît déjà, et nous y reviendrons plus utilement en traitant dn diagnostic.
Nous devons mentionner un phénomène qui apparaît quelquefois, c'est la salivation. Elle peut devenir si abondante qu'elle constitue une nouvelle cause de gêne en provoquant une sputation incessante. Ce fait s'explique très-bien quand on songe que le système nerveux des glandes salivaires est sous la dépendance de la cinquième paire.
Il est une autre comphcation sur laquelle nous devons insister comme très-fréquente et d'une interprétation parfois difficile : nous voulons parler des lésions, écorchures, ulcérations, tumeurs de la langue et des joues, dont les bords aigus ou tranchants de certaines caries déterminent parfois la production.
On observe en effet très-souvent que la langue ou la joue, rencontrant sans cesse dans ses mouvements l'arête plus ou moins vive formée par le bord d'une carie, s'irritent, s'ulcèrent sur le point correspondant ; l'ulcération s'étend souvent, s'indure à la base, et représenle en définitive une véritable tumeur. C'est presque constamment sur un point des bords latéraux de la langue que se montre cette lésion produite par des caries des grosses molaires inférieures. Des erreurs de diagnostic sont souvent commises à propos de circonstances de ce genre, et la relation n'étant pas saisie avec la cause accidentelle de CCS désordres, on peut croire à des affections essentielles, inflammatoires ou organiques de la langue elle-même. Nous devons mettre en garde contre une méprise si fréquente et recommander, dans les cas d'altération de la langue sur les parties contiguës aux dents, l'exploration attentive de l'état de celles-ci.
Une autre ordre de complications est rcl ilif à cei taines lésions des organes des sens; ainsi l'otalgie, lasurJité partielle ou totale survien-
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lient parfois sous l'influence de la carie dentaire. Des troubles de la vision ou des fonctions oculaires s'observent également: d'autres phénomènes du môme genre se produisent dans les sens de l'odorat et du goût par caries de dents en rapport de ramifications nerveuses avec les régions sensoriales. Les accidents les plus fréquents que nous ayons observés sont l'otalgie et la surdité sous la dépendance presque constante de la carie d'une grosse molaire inférieure, et plus spécialement de la dent de sagesse. Certains cas de ce genre dont la cause réelle restait méconnue, et que ne modifiait nullement la série de moyens dirigée vers l'oreille, ont cédé complètement après la guérison ou la suppression de la dent malade. Nous avons recueilli plu sieurs observations de cet ordre que le défaut d'espace ne nous permet pas de publier ici, et qui trouveront leur place dans une étude ultérieure. Il en est de même des désordres delà vision sous la dépendance des caries des dents supérieures, la canine, les petites molaires, par exemple. On observe alors du larmoiement, des contractions spasmodiques de l'orbicuîaire, ou des muscles du globe oculaire, du strabisme, et parfois même un affaiblissement de la vue, sans doute par retentissement dans le système nerveux de l'iris ou delà rétine ^ Quant aux troubles des sens du goût et de l'olfaction, ce sont les caries des dents voisines de ces sens spéciaux qui les causent ordinairement. Ils répondent au côté correspondant de l'appareil sensitif, s'accompagnant soit de coryza, soit de stomatite, ou résultant en l'absence de phénomènes inflammatoires d'une simple action réflexe.
Des accidents qui se produisent dans le sens de l'olfaction, nous pourrions rapprocher certaines lésions du sinus maxillaire survenant sous l'influence de l'altération, soit de la seconde bicuspide, soit de la première ou de la seconde molaire. Ce sont des inflammations, des abcès, des kystes muqueux ou autres, comme les a trèsbien décrits M. Giraldès^. Nous devons dire toutefois qu'ils sont provoqués bien moins par la carie elle-même des dents qui avoisinent
* Voyez Hancock, Amaiirose et affections diverses de Vappareil de la vision symptomatiques de désordres dentaires. TheLancet, janvier, 1859, et Arch. gén. de médecine, 1859, p. 224.
- Des Kystes w aqueux du sinus maxillaire, 18()0.
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celte cavité, que par des complications du périoste dentaire comme les abcès s'ouvrant dans le sinus. Ces faits appartiennent donc surtout à l'histoire de la périostite.
Les complications qui surviennent dans l'état général sous l'iiitluence de la carie sont dues, soit à l'intensitc des phénomènes douloureux, soit aux diverses lésions de voisinage occasionnées par l'altération dentaire. On peut observer alors des désordres du système nerveux ou des états fébriles. C'est ainsi que des caries ont pu déterminer, par exemple, des attaquas d'éclampsie, provoquer des accès épileptiques chez les sujets d'ailleurs prédisposés, du délire, etc. Quant aux accidents fébriles, ils peuvent survenir pendant les crises douloureuses qui produisent alors un véritable accès de lièvre avec frisson initial et divers autres phénomènes. Nous n'avons pas l'mtention d'insister longuement ici sur ces particularités, qui sont d'ailleurs assez rares, la carie étant en définitive une affection parliculièrement locale n'entraînant de complications générales (|ue si elle est multiple ou généralisée, ou lorsqu'elle a produit elle-même d'autres lésions consécutives retentissant alors sur l'ensemble de l'économie. Ce sont le plus souvent la périostite et ses divers formes, les phlegmasies de la bouche ou des régions voisines qui amènent ces troubles plus ou moins graves, dont nous ne pourrions d'ailleurs tracer la description sans sortir des limites du présent travail.