DE L'OUVRAGE
La plupart des questions soulevées dans le travail qui précède peuvent se résumer dans les propositions suivantes :
I. — La carie dentaire est une altération purement chimique de l'émail et de l'ivoire des dents.
IL — Elle procède constamment de Textérieur à l'intérieur de l'organe; il n'existe aucun exemple rigoureusement constaté de carie ïnierne.
in. — La carie dentaire est une. La diversité de formes et de colorations dépend de simples variations secondaires dans la nature de la cause altérante, la marche et la durée de la maladie.
IV. — Les lésions anatomiques particulières à la carie se succèdent suivant les trois périodes régulières de la maladie en : lésions de l'émail ; lésions de l'ivoire ; lésions de la cavité de la pulpe.
V. — Les lésions de l'émail consistent, après le soulèvement de sa cuticule, dans une désorganisation chimique purement passive des prismes qui composent le tissu.
YI . — Les lésions de l'ivoire, consistant également dans une décomposition chimique de ses éléments, peuvent rester parfois passives, ce qui est rare, mais le plus ordinairement elles déterminent dans le tissu des phénomènes de réaction qui se manifestent par l'apparition
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d'un cône ou zone blanche formé d'un ensemble de canalicules oblitérés par suite d'une production de dentine secondaire.
VII. — Cette production du cône de résistance peut être suivie de la formation de petites masses ou osselets de dentine secondaire occupant soit une partie, soit la totalité de la cavité centrale de la dent et entraînant un retrait proportionnel de la pulpe.
VIII. — L'envahissement par la carie de la cavité centrale produit dans la pulpe une série de phénomènes inflammatoires se terminant par la destruction de l'organe, de sorte que la couronne, désormais livrée sans résistance à l'altération, se ramollit et s'affaisse.
ÎX. — Quant à l'altération ultérieure des racines, elle est absolument passive et ne provoque d'autres phénomènes morbides que ceux qui sont propres au périoste dentaire et aux parties voisines.
X. — La dent attaquée par la carie ne reste donc point constamment passive et inerte, mais peut entrer en réaction dans une certaine mesure par les phénomènes de clentification condensante de l'ivoire.
XL — L'agent de la carie dentaire est la salive devenue le milieu de fermentations acides ou le véhicule de substances étrangères susceptibles d'altérer directement les tissus de l'ivoire et de l'émail.
Xîl. — La cavité buccale et la salive peuvent présenter normalement cette disposition aux fermentations, et la carie se produit alors dans l'état de santé parfaite. Cette disposition peut également être transmissible par hérédité à la famille et à la race.
XIII. — Le plus souvent toutefois les aptitudes fermentescibles de la bouche sont sous la dépendance de circonstances morbides locales ou générales amenant des modifications, soit dans le mode de sécrétion, soit dans la composition même des liquides salivaires.
XIV. — Les diverses conditions de conformation et de structure des dents agissent puissamment, comme causes prédisposantes, sur le développement et la marche de la carie. Ainsi, cette altération, qui épargne ordinairement les surfaces lisses et polies, se montre presque exclusivement, soit dans les interstices dentaires, soit dans les trous, sillons, anfractuosités, que peut présenter la couronne, lieux où les
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 221
actions chimiques se produisent le plus aisément. Ces circonstances expliquent la production de la carie aux mêmes points de deux dents opposées, la constitution anatomique prédisposante se trouvant reproduite aux dents homologues.
XV. — Le nombre eî la gravité des caries sont en raison inverse de la résistance des tissus dentaires et en raison directe de l'activité des fermentations de la bouche, ou de l'énergie de l'agent destructeur.
XVI. — La carie est susceptible de se réaliser artificiellement par imitation des conditions d'altération que peut présenter la bouche elle-même. Elle offre alors les mêmes caractères que la carie morbide, à l'exception des phénomènes de résistance organique.
XVn. — Le mécanisme intime de production de la carie est une simple dissolution des sels terreux et calcaires qui entrent dans la constitution de l'émail et de l'ivoire par l'agent de nouvelle formation.
XVIII. — La carie dentaire, ou pour mieux dire les prédispositions anatouiiques à la contracter sont transmissibles par hérédité, dans la famille et dans la race, ce qui donne l'explication des caries qui frappent de préférence certains groupes consanguins, ou certains peuples.
XIX. — La carie dentaire affecte dans sa marche une direction représentée par une ligne fictive qui s'étendrait du point primitivement altéré au centre de la cavité de la pulpe.
XX. — Toutefois cette direction est modifiée, dans quelques circonstances, tantôt par la nature de l'agent d'altération, tantôt par les actes de résistance de la dent elle-même.
XXI. — Les symptômes de la carie se distinguent suivant les trois périodes successives :
— 1" période, carie de rémail^ indolence habituelle ou sensations légères provoquées.
— 2*^ période, carie moyenne, douleurs provoquées ordinaires et constantes; rares douleurs spontanées.
— 5° période^ carie pénétrante, douleurs spontanées sous forme de crises, sans préjudice de douleurs provoquées habituelles.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
XXIL — La carie est susceptible de guérir spontanément par arrêt ou suspension dans sa marche et passage de l'altération à Pétat de carie sèche. Cette guérison est due, tantôt aux phénomènes de résistance de la pulpe, tantôt à la suspension de l'influence altérante.
XXIII. — La carie dentaire est radicalement curable artificiellement dans l'immense majorité des cas.
XXIV. — Les moyens préventifs, prophylaxie de la carie, ne pou- . vaut exercer aucune influence bien manifeste sur la constitution anatomique des dents, doivent avoir pour but la suppression du contact de celle-ci des agents d'altération ou la neutralisation sur place de leurs effets.
XXV. — La méthode générale de traitement curatif consiste dans V isolement précédé de la thérapeutique appropriée aux accidents.
XXVI. — La thérapeutique de la carie varie suivant les périodes :
Dans la première période, toute thérapeutique peut être inutile et l'opération (résection ou obturation) est possible immédiatement.
Dans la seconde période, emploi des astringents et des caustiques superficiels.
Dans la troisième période, application des caustiques profonds et destruction de la pulpe.
XXVn. — Visolement de la carie est représenté dans la pratique par deux opérations :
— 1° La résection pour certaines caries superficielles.
— 2*^ L'obturation pour toutes celles qui sont plus ou moins profondes.
XXVIII. — Le terme de possibilité de la guérison de la carie est marqué par le développement de lésions graves du périoste alvéolodentaire, pouvant occasionner des désordres locaux ou des troubles généraux nécessitant alors l'extraction de la dent»