CHAPITRE X. — DISPOSITIONS DES GÉNÉRATEURS A VAPEUR
de la locomotive; on utiliserait ainsi, par la réaction sur le fond du tuyau, le travail de l'écoulement. Dans le cas particulier que nous avons étudié (1351), le travail provenant de la réaction serait équivalent à 2,5 chevaux vapeur; la machine consommant 0'',112 de coke par seconde, ou 0,112 . 3600 = 403''2 par heure, produit certainement plus de 100 chevaux de force; ainsi, l'économie qu'on retirerait de cette disposition, même dans le cas le plus favorable, serait peu importante, d'autant plus que le changement de direction des gaz augmenterait la résistance et diminuerait probablement l'effet produit par le jet de vapeur.
1357. En France et en Angleterre, on n'employait, il y a quelques années, que du coke pour le service des locomotives, principalement en vue de la régularité du service et pour éviter la fumée, et môme en ces derniers temps on exigeait du coke ne produisant qu'une petite quantité de cendres. Mais il est évident que tous les combustibles pourraient être employés. En Autriche, sur les chemins du Nord, les locomotives sont alimentées avec du bois. D'après des essais faits en 1844, 100" de coke peuvent être remplacés par 0"%676 de bois de pin, ou 0°'%540 de bois de chêne, ou 225" de tourbe. En Bohême, où l'on ne trouve guère de houilles propres à la fabrication du coke, on a reconnu que la houille, les lignites et le bois pouvaient être substitués au coke sans inconvénient.
En Bavière, les locomotives sont alimentées, tantôt avec du bois, tantôt avec de [la tourbe, suivant les contrées que traversent les chemins de fer.
1358. Il y a quelques années, on a fait en Angleterre de nombreux essais pour remplacer le coke par différentes espèces de houille, en augmentant à peu près de moitié la longueur du foyer. Les houilles grasses obstruant la grille diminuaient beaucoup le tirage, produisaient beaucoup de fumée, et la consommation de houille était beaucoup plus considérable que celle de coke. Avec des houilles maigres, on évitait la fumée ; mais ces houilles se divisaient en petits fragments par l'action de la chaleur, une partie passant à travers la grille et une autre partie dans la boîte à fumée ; on a été ainsi obligé de renoncera l'emploi des houilles maigres, et on en revint à l'usage du coke.
Mais cet insuccès ne fit qu'ajourner la solution d'une question que les circonstances devaient imposer, quelqu'imparfaite qu'elle fût.
En effet, le développement sans cesse croissant des chemins de
fer, l'augmentation de consommation de combustible qui en résultait, ne permettaient plus de s'astreindre à l'emploi exclusif du coke, dont le prix croissant avec la demande aurait fort surchargé les frais d'exploitation. Aussi la question de l'emploi de la houille fut-elle bientôt reprise en France, et aujourd'hui on peut dire que la presque totalité de la consommation des chemins de fer a lieu avec de la houille ; le coke a complètement disparu ; les briquettes forment, suivant les compagnies, une fraction plus ou moins notable du poids du combustible consommé. Des essais persistants eurent lieu en 18S5 et 1856 au chemin de fer du Nord et au chemin de fer d'Orléans pour brûler de la houille avec la grille à gradins de MM. de Marsilly et Chobzinski (806); mais si les inconvénients de cette disposition, que nous avons signalés, l'ont fait abandonner, il n'en est pas moins certain que ces ingénieurs ont mis en évidence la possibilité de substituer la houille au coke, tout en satisfaisant aux conditions d'un bon service, et qu'ils ont démontré l'économie considérable qui résulte de cette substitution.
1359. On s'est en même temps préoccupé de rendre fumivores les foyers à houille des locomotives ; diverses dispositions ont été essayées. Ainsi on a placé en travers de la boîte à feu, au-dessus de la grille, un bouilleur méplat qui devait servir, en forçant les gaz à faire deux mouvements avant d'entrer dans les tubes, à assurer un mélange plus complet et par suite à achever la combustion dans la boîte à feu. Mais les gaz n'étaient point complètement brûlés, et le bouilleur introduit dans la boîte à feu était sujet à des fuites ; dans un autre agencement analogue, on ajoutait des accès d'air neuf, en filets minces, dans la flamme ; mais les appareils nécessaires pour produire cet effet n'ont point résisté à l'usage.
On n'est donc pas parvenu à rendre fumivores les foyers des locomotives qui brûlent de la houille ou des briquettes. La pratique généralement en usage consiste à faire ce que nous avons indiqué pour les foyers fixes, c'est-à-dire à charger la houille par devant et à pousser le combustible vers l'arrière au fur et à mesure qu'il passe à l'état de coke; de plus, à procéder à l'alimentation du foyer par petites charges et à ne pas couvrir la grille d'une grande épaisseur de houille. Les chaudières de locomotives, avec leur constitution actuelle, sont donc toujours plus ou moins fumeuses quand elles brûlent de la houille; les soins du chauffeur peuvent seuls arriver à diminuer la fumée sans la détruire.
1360. On brûle même dans les locomotives des houilles menues,