CHAP. III
la chaudière et au-dessus d'elle se trouve une colonne distillatoire formée de quatre tronçons et munie de vingt-six plateaux perforés, munis chacun d'un tube de trop-plein qui vient descendre dans une petite cuvette formée par le plateau inférieur, de façon à éviter le passage de la vapeur par ce tube. Les vapeurs sortent de la colonne par le tube g pour se rendre d'abord dans le condenseur analyseur tubulaire C ; le liquide de condensation retourne sur le premier pla-
Fig. 340.
teaude la colonne par le tube h, les vapeurs se rendent par le tuyau i dans le réfrigérant tubulaire D ; les vapeurs circulent dans le réfrigérant et dans l'analyseur autour du faisceau tubulaire ; l'eau circule à Tintérieur des tubes ; elle est amenée par le tuyau k et sort par le tuyau m d'où elle se rend dans le régulateur d'admission J, pour se Péclet. II. 19
perdre ensuite; ce régulateur sert à alimenter le réfrigérant en agissant sur la valve i4, de telle façon que Teau sorte en m avec une température déterminée. L'alcool fourni par le réfrigérant arrive dans Xéprouvette-jauge F qui est représentée à part {/ig. 341) ; elle a pour but d'indiquer la production de l'appareil en alcool ; le principe de
sa construction est basé sur l'écoulement plus ou moins considérable qui se produit par un orifice donné sous des pressions différentes; elle se compose d'un réservoir E en verre, alimenté d'alcool par le tube C ; l'alcool circule autour du tube F et passe ensuite dans l'éprouvette E; le tube F est surmonté d'un tube en verre gradué percé à la partie inférieure d'un petit orifice qu'on règle une fois pour toutes à la mise en train de l'appareil ; cet orifice a une section telle que l'alcool fourni par l'appareil ne peut y passer totalement que sous l'influence d'une certaine pression ; le liquide monte donc dans l'éprouvette d'une quantité d'autant plus grande qu'il afflue en plus grande quantité ; la division marquée sur le tube gradué indique la valeur du débit ; l'alcool se rend dans le réservoir de distribution G^ d'où il sort par l'un des robinets I, J ou K, suivant qu'il est bon goût, médiocre ou mauvais goût. Dans l'alcool de l'éprouvette E se trouve un alcoomètre qui indique à chaque instant la richesse de Talcool obtenu ; en D se trouve un petit robinet de dégustation.
M. Savalle conseille d'introduire dans les flegmes, avant la rectification, une certaine quantité de potasse perlasse, ayant pour but de neutrahser la petite quantité d'acide que renferment les liquides à rectifier. Cette quantité est variable avec la nature des alcools : voici les nombres moyens qu'indique M. Savalle comme le résultat d'une longue expérience. Ou conçoit d'ailleurs que ces quantités peuvent varier en plus ou moins suivant la nature des hquides à rectifier.
Fig. 311.
CHAP. m. — APPAR. DE DISTILLAT. ET D'ANALYSE DES VAPEURS. 291
Alcool de mélasse à 60°, 43 grammes par hectolitre.
— garance à 75», 6 grammes par hectolitre.
— grains à f)5°, 95 grammes par hectolitre.
— marcs de raisin à 86°, 20 grammes par hectolitre.
— fécule de pommes de terre à oO", 86 grammes par hectolitre .
— , maïs à 60°, 7o grammes par hectolitre.
— betteraves à 50°, 10 grammes par hectolitre.
— genièvre de Schiedam, 85 grammes par hectolitre.
— eau-de-vie de cidre, 155 grammes par hectolitre.
— 3/6 Montpellier (non rectifié) à 86°, 41 grammes par hectolitre
— lichen de Norvège, 22 grammes par hectolitre.
— eau-de-vie de la Rochelle, 56 grammes par hectolitre.
Voici maintenant la conduite de l'opération :
Les flegmes saturés de potasse, comme nous venons de le dire, sont amenés par addition d'eau, si cela est nécessaire, à un degré centésimal compris entre 40 et 50.
Pour chaufi"er l'appareil, on ouvre d'abord le robinet de purge n" 4, puis celui de vapeur, en plein, pourchaulï'er promptementles flegmes. Quand le contenu de la chaudière* A est en ébullition, on ferme à moitié le robinet de vapeur, afin de purger sans soubresaut l'air contenu dans la colonne, puis on ouvre en plein le robinet d'eau de condensation n" 4. Les vapeurs alcooliques sont alors condensées en C, et retournent à l'état liquide, par le tuyau h, garnir successivement tous les plateaux de la colonne B ; on reconnaît que les plateaux de celle-ci sont suffisamment garnis par l'action du régulateur de vapeur qui, à ce moment, fonctionne, lise passe environ trentecinq minutes, pendant lesquelles la pression monte graduellement dans le tube indicateur du régulateur; cette pression est la représentation des couches successives d'alcool qui viennent garnir les plateaux de la colonne.
Dès que tous les plateaux sont garnis d'alcool, on diminue l'arrivée de l'eau froide dans le condensateur C, de manière à ne plus condenser que les 2/3 de la vapeur arrivant dans le condensateur; l'autre tiers se rend dans le réfrigérant D, et de là dans l'éprouvette.
Les premiers produits sontà94° très-fortement chargés de produits éthérés, d'une odeur acre, forte, et généralement d'une couleur verte. — On les laisse aller au réservoir à mauvais goiit, aussi longtemps qu'ils sont imprégnés de cette odeur piquante. — On obtient ainsi environ 3 pour 100 du produit mis en travail. Ensuite l'alcool s'épure graduellement, il est d'une qualité supérieure au premier, et se mélange
aux alcools bruts de l'opération du lendemain ; ensuite commence, parle fractionnement, l'arrivée du 3/6 du bon goût qui se reconnaît à sa neutralité, sa douceur et sa limpidité ; il se continue presque jusqu'à la lin de l'opération.
Quand le thermomètre, posé sur le dôme 0, marque 99 à 100% on déguste le produit à l'éprouvette F, et on le fractionne en le renvoyant au réservoir à alcool demi-fin aussitôt que l'on observe que sa qualité diminue.
Puis, aussitôt que le thermomètre arrive à 101°, on fait cesser la production de l'alcool à l'éprouvette F, en ouvrant un peu plus le robinet d'eau de condensation n" 4. — Cette condensation a pour effet de maintenir l'alcool à fort degré dans le condensateur C, et dans la partie supérieure de la colonne, pour empêcher ces parties de l'appareil de s'imprégner d'huiles essentielles.
Enfin, quand le thermomètre marque 102°, le liquide contenu dans celle-ci est épuisé d'alcool ; on ouvre alors le robinet n° 3 de vidange des eaux de la chaudière, puis on tourne le robinet à trois eaux n" 12, posé sur la partie cylindrique de la chaudière, pour mettre en communication la colonne et le réservoir aux huiles ; enfin on ferme, immédiatement après, le robinet de vapeur qui chauffait l'appareil ; comme la pression n'est plus maintenue dans la colonne B, les plateaux se vident successivement de haut en bas sur le plateau inférieur qui communique au réservoir à mauvais goût par le robinet à trois eaux n" 12 ; à cette période de l'opération, les plateaux de la colonne ne contiennent plus que des huiles essentielles et de l'alcool mauvais goût ; on les envoie dans le réservoir où on a logé les produits éthérés au début de l'opération.
Par ce moyen, les huiles essentielles ne viennent jamais salir le condenseur ni le réfrigérant de l'appareil ; elles restent dans les plateaux inférieurs, et ces derniers se trouvent nettoyés par le peu d'alcool à fort degré qui tombe des plateaux supérieurs.
En admettant, comme nous l'avons dit plus haut, que la chaudière soit chargée de flegmes à 50", l'opération commence à 8S° du therjuomètre; elle est terminée dès que la température s'élève à 102°, c'est-à-dire lorsqu'il ne reste plus d'alcool dans l'eau contenue dans la chaudière.
M. René Collette se sert d'un thermomètKe électrique, qui permet de faire connaître, dans le bureau du directeur même, l'état de la distillation et de la surveiller.
L'alcool obtenu au moyen des rectificateurs Savalle marque de 96
à 97» centésimaux. Les avantages résultant de l'emploi de ces appareils tiennent à la facilité de nettoyage des plateaux, à la rapidité de la mise en train, à la régularité du chauffage et de la condensation, à la qualité supérieure des produits et enfin à la facilité que procure l'emploi du thermomètre pour diriger le fractionnement. Enfin le rendement est très-élevé, c'est ce qui résulte d'expériences faites dans l'usine de M. Porion, à Wadrecques, et qui ont porté sur le travail d'un mois. On a obtenu :
3/6 mauvais goût à retravailler. 62 hect. 84 litres. 3 » 0/0
3/6 moyens 445 — 82 — 2128 0/0
3/6 extra-fins 1,496 — 70 — 7158 0/0
3/5 mauvais goût à retravailler. 49—31 — 2 36 0/0
Perte 37—21 — 178 0/0
ToTAi 2, 091 hect. 28 litres. 100
L'appareil a coulé au bon goût pendant 273 heures 15 minutes, soit 576 litres 1/2 à 95° par heure de coulage au bon goût. La durée totale des opérations pendant le mois avait été de 476 heures 25 minutes.
Le tableau suivant indique la production et la consommation des rectificateurs Savalle.