CHAPITRE VII. — ÉVAPORATION DANS LE VIDE
Voici la manière d'opérer. La chaudière étant vide, en ouvrant les robinets H et R, les autres étant fermés, la vapeur s'introduit dans la chaudière et dans le condenseur ; un mélange d'air et de vapeur s.ort par le robinet R ; et après quelques instants, lorsqu'on suppose que tout l'air a été expulsé, on ferme ces robinets et on ouvre le robinet K d'admission du sirop ; le liquide s'élève d'abord lentement par la condensation progressive de la vapeur dans la chaudière, occasionnée par le refroidissement de l'enveloppe, et ensuite très-rapidement, quand une partie du sirop a pénétré dans la chaudière, à cause de la condensation brusque qu'il occasionne. Lorsque le sirop, dans le bassin, est descendu à une limite fixée, on ferme le robinet K, et on ouvre les robinets F et G qui admettent la vapeur dans le double fond et dans le serpentin, ainsi que les robinets des retours d'eau, et quelques instants après le robinet d'injection P. Après quelques minutes on prend du sirop au moyen de la sonde, et quand il est arrivé au point convenable, on ferme le robinet P d'injection ; le sirop s'échauffe, et lorsqu'il est parvenu à 80 ou 90°, on ouvre le robinet de rentrée d'air et le robinet L, et le sirop cuit s'écoule. Pour procéder à une nouvelle opération, on ouvre le robinet R; l'eau chaude s'écoule, et on introduit de nouveau la vapeur dans la chaudière, pour expulser l'air qui la remplit ainsi que le condenseur.
La consommation d'eau doit être la même dans les appareils d'Howard et de Roth , la cuite ayant lieu à la même température. M. Roth, l'estime à quatre fois le poids du sirop à cuire. D'après M. Roth une chaudière de cuite ayant 2 mètres de diamètre, suffit complètement au travail qu'exige une fabrique opérant journellement sur 25,000 kilogrammes de sucre brut.
Lors de l'apparition des appareils de Roth, l'inventeur prétendait qu'ils consommaient moins de vapeur pour établir le vide, que ceux d'Howard pour l'établir et le maintenir; mais l'expérience a prouvé qu'il n'en était pas ainsi. Ils exigent plus de vapeur, et par conséquent de combustible, pour faire le même travail que ceux dans lesquels le vide est produit et maintenu par une action mécanique ; aussi ces derniers sont préférés et seuls employés.
1640. Appareil de MM. Trappe et Louvrier-Gaspard. — Ces constructeurs ont proposé et essayé un appareil analogue à celui de M. Roth, mais dans lequel le condenseur a des dimensions beaucoup plus petites et se termine par un tube vertical d'environ 10 mètres de hauteur, dont l'extrémité inférieure plonge dans un vase cons-
tamment rempli d'eau et par lequel s'écoule l'eau de condensation. Cet appareil consomme moins de vapeur que celui de M. Roth, mais il exige un puits profond, ou bien il faut que l'appareil soit placé dans les étages supérieurs des bâtiments ; cette disposition n'a pas non plus été adoptée par l'industrie. Cependant M. Walkhoff donne dans son ouvrage un dessin représentant un condenseur employé en Allemagne et fondé sur le principe de celui qui nous occupe ; les avantages que M. Walkboff trouve dans une diminution du travail de la pompe à eau sont et au delà compensés par l'encombrement que produit l'appareil.
1641. Il est important de remarquer que l'on pourrait réduire presque à rien la dépense réelle de la pompe aspirante dans les appareils d'Howard, en employant de la vapeur à haute pression, une machine à détente sans condensation, et en faisant ensuite passer la vapeur détendue dans une des chambres de condensation de la chaudière, entre les deux fonds ou dans le serpentin. Mais le travail exigé par les pompes est réellement insignifiant.
1642. Appareil de M. Pelletan. — M. Pellelan a imaginé un appareil analogue à celui de M. Roth, mais dans lequel l'expulsion de l'air était produite par un jet de vapeur dirigé de dehors en dedans. Pour comprendre ce mode d'action de la vapeur, considérons une capacité AB [fig. 368) d'une forme quelconque, garnie de tubulures,
l'une E communiquant avec l'extérieur, une autre F communiquant avec un espace fermé dans lequel on veut produire un vide partiel et enfin une dernière C, communiquant avec un générateur et portant un -^ tube conique D , dont l'extrémité se trouve à une petite distance de l'ouverture de la tubulure E, et dont le diamètre est plus petit que celui de cette tubulure. Le jet de vapeur entraîne avec lui l'air de l'espace AB et par suite celui de l'espace avec lequel AB communique par la tubulure F ; il y produit par conséquent un vide partiel. En employant de la vapeur à 3 atmosphères, et avec les rapports des diamètres indiqués par M. Pelletan, la pression dans l'espace AB et dans celui qui communique avec lui
s'est abaissée à0"°,50 de mercure, ou ^d'atmosphère. L'appareil de
M. Pelletan est fort ingénieux, il avait séduit quelques manufacturiers par sa simplicité, mais on a vite reconnu qu'il occasionnait une plus grande dépense de vapeur et qu'il était difficile d'utiliser le