CHAPITRE VIII
Appareils d'évaporation dans lesquels la chaleur est employée
plusieurs fois.
1647. D'après ce que nous avons dit à l'occasion de la distillation, on conçoit facilement que la même chaleur puisse être plusieurs fois employée, et que les appareils de distillation à effets multiples, dont nous avons parlé (1520 et suiv.), soient applicables à la concentration des dissolutions. L'appareil de M. Degrand, que nous avons été conduits à décrire précédemment (1743), se trouve être un premier exemple du double emploi de la chaleur. Mais dans chaque cas particulier, il y a des conditions à remplir, qui sont quelquefois incompatibles avec un emploi réitéré de la vapeur, ou du moins qui limitent beaucoup le nombre des effets qu'on peut produire.
D'abord, quand l'évaporation doit avoir lieu dans l'air à la température ordinaire ou à une température inférieure à celle de l'ébulUtion du liquide, l'évaporation se fait par le renouvellement de l'air; et, dans ce cas, il serait extrêmement difficile d'employer plusieurs fois la chaleur renfermée dans la vapeur, à cause de la difficulté qu'on renconti'e dans la condensation de la vapeur mêlée avec l'air. Mais quand le liquide est évaporé dans une chaudière fermée, à une température supérieure à celle de son ébullition dans l'air, ou quand l'ébullition a lieu dans le vide, on peut utihser plusieurs fois la chaleur dépensée pour la première opération, à la vérité avec des appareils compliqués qui exigent des soins dans leur construction et dans leur usage, mais qui produisent une économie de combustible considérable.
1648. La figure 376 représente une coupe verticale d'un appareil construit, il y a longtemps, par M. Derosne pour concentrer le jus
de betterave, et dans lequel 1 kilogramme de houille évapore de 9 à 10 kilogrammes d'eau. A, B et C sont trois chaudières placées à des hauteurs différentes et chauffées par le même foyer F ; le liquide à évaporer est renfermé dans le réservoir D, d'où il s'écoule constamment dans le vase E, et successivement dans les trois chaudières A, B, C, dont il parcourt les fonds en faisant de longs circuits commandés par les nombreuses chicanes dont ces fonds sont garnis ; le liquide, après avoir parcouru les trois chaudières, se réunit dans le vase M. Les chaudières sont garnies de couvercles à fermetures hydrauhques, et de tuyaux qui conduisent les vapeurs dans le double fond d'une grande caisse métaUique inchnée I I. Ces vapeurs, en
Fig. 376.
parcourant le double fond, se condensent, et les eaux de condensation se réunissent dans le vase R. Le réservoir K verse constamment dans le vase L, et celui-ci dans la partie supérieure de la caisse I, le liquide à concentrer, qui, après avoir parcouru les nombreuses sinuosités de la caisse, se rassemble dans le vase S. Ce dernier ahmente le vase D, et le vase M aUmente le réservoir K. Cet appareil est complètement abandonné.
1649. La figure 377 représente une disposition qu'on a appliquée, il y a quelques années, pour la concentration des dissolutions de carbonate de soude. L'appareil est composé de trois chaudières A, B, C, placées les unes à la suite des autres et à des hauteurs différentes ; la première est placée à nu au-dessus du foyer F ou sur une voûte en briques ; la seconde est garnie d'un couvercle à fermeture hydrauli-